• Georges Bataille ⋅ L’expérience inté­rieure 18 01 16

    L’angoisse, évi­dem­ment, ne s’apprend pas. On la pro­vo­que­rait ? C’est pos­sible : je n’y crois guère. On peut en agi­ter la lie… Si quelqu’un avoue de l’angoisse, il faut mon­trer le néant de ses rai­sons. Il ima­gine l’issue de ses tour­ments : s’il avait plus d’argent, une femme, une autre vie… La niai­se­rie de l’angoisse est infi­nie. Au lieu d’aller à la pro­fon­deur de son angoisse, l’anxieux babille, se dégrade et fuit. Pourtant l’angoisse était sa chance : il fut choi­si dans la mesure de ses pres­sen­ti­ments. Mais quel gâchis s’il élude : il souffre autant et s’humilie, il devient bête, faux, super­fi­ciel. L’angoisse éludée…

  • Georges Bataille ⋅ L’expérience inté­rieure

    Inutile de dire à quel degré il est vain (bien que la phi­lo­so­phie se ferme dans cette impasse) d’imaginer un jeu pur de l’intelligence sans angoisse.…

  • Georges Bataille ⋅ L’expérience inté­rieure

    …D’une par­ti­cule simple à l’autre, il n’y a pas de dif­fé­rence de nature, il n’y a pas non plus de dif­fé­rence entre celle-ci et celle-là. Il y a de ceci qui se pro­duit ici ou là, chaque fois sous forme d’unité, mais cette uni­té ne per­sé­vère pas en elle-même. Des ondes, des vagues, des par­ti­cules simples ne sont peut-être que les mul­tiples mou­ve­ments d’un élé­ment homo­gène ; elles ne pos­sèdent que l’unité fuyante et ne brisent pas l’homogénéité de l’ensemble. Les groupes com­po­sés de nom­breuses par­ti­cules simples pos­sèdent seuls ce carac­tère hété­ro­gène qui me dif­fé­ren­cie de toi et isole nos dif­fé­rences dans le…

  • Georges Bataille ⋅ L’expérience inté­rieure

    Je ne suis et tu n’es, dans les vastes flux des choses, qu’un point d’arrêt favo­rable au rejaillis­se­ment. Ne tarde pas à prendre une exacte conscience de cette posi­tion angois­sante : s’il t’arrivait de t’attacher à des buts enfer­més dans ces limites où per­sonne n’est en jeu que toi, ta vie serait celle du grand nombre, elle serait pri­vée de mer­veilleux. Un court moment d’arrêt : le com­plexe, le doux, le violent mou­ve­ment des mondes se fera de ta mort une écume écla­bous­sante. Les gloires, la mer­veille de ta vie tiennent à ce rejaillis­se­ment du flot qui ne nouait en toi dans…

  • Georges Bataille ⋅ La lit­té­ra­ture et le mal 19 01 16

    L’érotisme est, je crois, l’approbation de la vie jusque dans la mort. La sexua­li­té implique la mort, non seule­ment dans le sens où les nou­veaux venus pro­longent et rem­placent les dis­pa­rus, mais parce qu’elle met en jeu la vie de l’être qui se repro­duit. Se repro­duire est dis­pa­raître, et les êtres asexués les plus simples se sub­ti­lisent en se repro­dui­sant. Ils ne meurent pas, si, par la mort, on entend le pas­sage de la vie à la décom­po­si­tion, mais celui qui était, se repro­dui­sant, cesse d’être celui qu’il était (puisqu’il devient double). La mort indi­vi­duelle n’est qu’un aspect de l’excès…

  • Georges Bataille ⋅ La lit­té­ra­ture et le mal 30 09 14

    La misère de la tra­di­tion est de s’appuyer sur la fai­blesse, qui engage le sou­ci de l’avenir. Le sou­ci de l’avenir exalte l’avarice ; il condamne l’imprévoyance, gas­pille. La fai­blesse pré­voyante s’oppose au prin­cipe de la jouis­sance de l’instant pré­sent. La morale tra­di­tion­nelle s’accorde avec l’avarice, elle voit dans la pré­fé­rence pour la jouis­sance immé­diate la racine du Mal. La morale avare fonde l’entente de la jus­tice et de la police. Si je pré­fère la jouis­sance, je déteste la répression.…

  • Georges Bataille ⋅ La lit­té­ra­ture et le mal

    De la nais­sance à la mort de Charles Baudelaire, l’Europe s’engagea dans un réseau de voies fer­rées, la pro­duc­tion ouvrir la pers­pec­tive d’un accrois­se­ment indé­fi­ni des forces pro­duc­tives et se don­na cet accrois­se­ment pour fin. L’opération pré­pa­rée depuis long­temps com­men­çait une méta­mor­phose rapide du monde civi­li­sé, fon­dée sur le pri­mat du len­de­main, à savoir sur l’accu­mu­la­tion capitaliste.…

  • Georges Bataille ⋅ La lit­té­ra­ture et le mal

    L’amour de la nature est d’ailleurs si sus­cep­tible d’accord avec le pri­mat de l’utile, c’est-à-dire du len­de­main, qu’il a été le mode de com­pen­sa­tion le plus répan­du – le plus ano­din – des socié­tés uti­li­sa­trices : rien évi­dem­ment de moins dan­ge­reux, de moins sub­ver­sif, à la fin de moins sau­vage, que la sau­va­ge­rie des rochers.…

  • Georges Bataille ⋅ La lit­té­ra­ture et le mal

    La forme poé­tique, tita­nique, de l’individualisme est au cal­cul uti­li­taire une réponse exces­sive, mais une réponse : sous sa forme consa­crée, le roman­tisme ne fut guère qu’une allure anti­bour­geoise de l’individualisme bourgeois.…

  • Georges Bataille ⋅ La lit­té­ra­ture et le mal

    Il n’est pas de signe plus par­lant de la fête que la démo­li­tion insur­rec­tion­nelle d’une pri­son : la fête, qui n’est pas si elle n’est sou­ve­raine, est le déchaî­ne­ment par essence, d’où la sou­ve­rai­ne­té inflexible procède.…

  • Georges Bataille ⋅ La lit­té­ra­ture et le mal

    À la base d’une ver­tu est le pou­voir que nous avons d’en bri­ser la chaîne. L’enseignement tra­di­tion­nel a mécon­nu ce res­sort secret de la morale : l’idée de la morale en est affa­die. Du côté de la ver­tu, la vie morale a l’aspect d’un confor­misme peu­reux ; de l’autre, le dédain de la fadeur est tenu pour immo­ra­li­té. L’enseignement tra­di­tion­nel exige en vain une rigueur de sur­face, faite de for­ma­lisme logique : il tourne le dos à l’esprit de la rigueur. Nietzsche dénon­çant la morale ensei­gnée pen­sait ne pas sur­vivre à un crime qu’il aurait com­mis. S’il y a morale authen­tique, son existence…