• Samuel Beckett ⋅ Malone meurt 10 09 23

    L’essentiel est de s’alimenter et d’éliminer, si l’on veut tenir. Vase, gamelle, voi­là les pôles.…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    Sapo aimait la nature, s’intéressait.…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    Et je sens même une étrange envie me gagner, celle de savoir ce que je fais, et pour­quoi, et de le dire.…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    Je me suis dit aus­si qu’il faut que j’aille plus vite. Les vraies vies ne tolèrent pas cet excès de circonstance.…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    Que de belles choses, de choses impor­tantes, je vais rater par crainte, par crainte de tom­ber dans l’ancienne erreur, par crainte de ne pas finir à temps, par crainte de jouir, une der­nière fois, d’un der­nier flot de tris­tesse, d’impuissance et de haine. Les formes sont variées où l’immuable se sou­lage d’être sans forme.…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    Il est juste que lui aus­si ait sa petite chro­nique, ses sou­ve­nirs, sa rai­son, et qu’il puisse retrou­ver le bon dans le mau­vais, le mau­vais dans le pire, et ain­si dou­ce­ment vieillir tout le long des jours qui se res­semblent, et mou­rir un jour comme les autres, seule­ment plus court.…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    Naître, voi­là mon idée à pré­sent, c’est-à-dire vivre le temps de savoir ce que c’est que le gaz car­bo­nique libre, puis remer­cier. Ça a tou­jours été mon rêve au fond. Toutes les choses qui ont tou­jours été mon rêve au fond. Tant de cordes et jamais une flèche. Pas besoin de mémoire. Oui, voi­là, je suis un vieux fœtus à pré­sent, che­nu et impo­tent, ma mère n’en peut plus, je l’ai pour­rie, elle est morte, elle va accou­cher par voie de gan­grène, papa aus­si peut-être est de la fête, je débou­che­rai vagis­sant en plein ossuaire, d’ailleurs je ne vagi­rai point,…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    C’est curieux, je ne sens plus mes pieds, la sen­sa­tion les ayant misé­ri­cor­dieu­se­ment quit­tés, et cepen­dant je les sens hors de por­tée du téles­cope le plus puis­sant. Serait-ce là ce qu’on appelle avoir un pied dans la tombe ? Et tout à l’avenant, car s’il ne s’agissait que d’un phé­no­mène local je ne l’aurais pas remar­qué, n’ayant été toute ma vie qu’une suite ou plu­tôt une suc­ces­sion de phé­no­mènes locaux, sans que cela ait jamais rien don­né. Mais mes doigts aus­si écrivent sous d’autres lati­tudes, et l’air qui res­pire à tra­vers mon cahier et en tourne les pages à mon insu,…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    L’idée de châ­ti­ment se pré­sen­ta à son esprit, cou­tu­mier à vrai dire de cette chi­mère et impres­sion­né pro­ba­ble­ment par la pos­ture du corps et par les doigts cris­pés comme dans la souf­france. Et sans savoir exac­te­ment quelle était sa faute il sen­tait bien que vivre n’en était pas une peine suf­fi­sante ou que cette peine était en elle-même une faute, appe­lant d’autres peines, et ain­si de suite, comme s’il pou­vait y avoir autre chose que de la vie, pour les vivants. Et il se serait sans doute deman­dé s’il fal­lait vrai­ment être cou­pable pour être puni, sans le sou­ve­nir qu’il…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt 18 09 23

    Et à vrai dire il était de par son tem­pé­ra­ment plus près des rep­tiles que des oiseaux et pou­vait subir sans suc­com­ber des muti­la­tions mas­sives, se sen­tant mieux assis que debout et cou­ché qu’assis, de sorte qu’il se cou­chait et s’asseyait au moindre pré­texte et ne se levait pour repar­tir que lorsque le struggle for life ou élan vital lui met­tait le feu au cul. Et une bonne par­tie de son exis­tence a dû se pas­ser dans une immo­bi­li­té de pierre, pour ne pas dire les trois quarts, et même les quatre cin­quièmes, immo­bi­li­té de sur­face dans les pre­miers temps…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    Lasse de ma las­si­tude, blanche lune der­nière, seul regret, même pas. Être mort, avant elle, sur elle, avec elle, et tour­ner, mort sur morte, autour des pauvres hommes, et n’avoir plus jamais à mou­rir, d’entre les mou­rants. Même pas, même pas ça. Ma lune fut ici-bas, ici bien bas, le peu que j’aie su dési­rer. Et un jour, bien­tôt, une nuit de terre, bien­tôt, sous la terre, un mou­rant dira, comme moi, au clair de terre, Même pas, même pas ça, et mour­ra, sans avoir pu trou­ver un regret.…

  • Samuel Beckett ⋅ Malone meurt

    Mais tout cela est à côté de la ques­tion, comme tant de choses. Tout est pré­texte, Sapo et les oiseaux, Moll, les pay­sans, ceux qui dans les villes se cherchent et se fuient, mes doutes qui ne m’intéressent pas, ma situa­tion, mes pos­ses­sions, pré­texte pour ne pas en venir au fait, à l’abandon, en levant le pouce, en disant pouce et en s’en allant, sans autre forme de pro­cès, quitte à se faire mal voir de ses petits cama­rades. Oui, on a beau dire, il est dif­fi­cile de tout quit­ter. Les yeux usés d’offenses s’attardent vils sur tout ce qu’ils…