• Thomas Bernhard ⋅ Déjeuner chez Wittgenstein 17 01 16

    et ensuite le chan­tage nor­vé­gien la cabane en ron­dins soi-disant pro­jet contre lui-même Fétichisme des toi­lettes d’été il me l’a jeté à la figure…

  • Thomas Bernhard ⋅ Déjeuner chez Wittgenstein

    Nos petits déjeu­ners rien n’a chan­gé depuis vingt ans depuis trente ans rien nous tar­ti­nons depuis trente ans la même chose sur le même pain et nous buvons le même thé en plus tu ne trouves pas que nous devrions nous sui­ci­der uni­que­ment à cause de se fait…

  • Thomas Bernhard ⋅ Déjeuner chez Wittgenstein

    je suis l’incommode je suis celle qui énerve je ne sais même pas faire la cui­sine même recui­si­ner je ne sais pas le faire…

  • Thomas Bernhard ⋅ Déjeuner chez Wittgenstein

    Les des­serts ont tou­jours été ton fort Veau boeuf porc finis­saient tou­jours en catas­trophe rôtie et panée La mère ne savait pas faire la cui­sine elle détes­tait la cui­sine Mais comme en atten­dant tu as cui­si­né RITTER Elle ne l’a que re-cui­si­né VOSS ce que tu as re-cui­si­né c’est loin d’être mau­vais Thomas Bernhard, Déjeuner chez Wittgenstein…

  • Thomas Bernhard ⋅ « Discours lors de la remise du prix d’État autrichien » ⋅ Mes prix littéraires

    Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs, Il n’y a rien à célé­brer, rien à condam­ner, rien à dénon­cer, mais il y a beau­coup de choses déri­soires ; tout est déri­soire quand on songe à la mort. On tra­verse l’existence, affec­té, inaffec­té, on entre en scène et on la quitte, tout est inter­chan­geable, plus ou moins bien rôdé au grand maga­sin d’accessoires qu’est l’État : erreur ! Ce qu’on voit : un peuple qui ne se doute de rien, un beau pays – des pères morts ou conscien­cieu­se­ment dénués de conscience, des gens dans la sim­pli­ci­té et la bas­sesse, la pau­vre­té de leurs besoins… Rien que des…

  • Thomas Bernhard ⋅ Béton 18 01 16

    Un ami, je n’avais jamais vou­lu en avoir depuis mes vingt ans, où tout à coup je me suis mis à pen­ser par moi-même. Les seuls amis que j’aie sont les morts qui m’ont légué leur lit­té­ra­ture, je n’en ai pas d’autres. D’ailleurs, il m’a tou­jours été dif­fi­cile rien que d’avoir quelqu’un, alors je ne songe même pas à un mot aus­si gal­vau­dé par tout le monde et aus­si peu appé­tis­sant que le mot d’amitié. Et déjà, très tôt, par périodes je n’ai abso­lu­ment eu per­sonne, tout le monde avait quelqu’un, moi je n’avais per­sonne, au moins je savais que…

  • Thomas Bernhard ⋅ Béton

    Mais j’ai tou­jours eu le sens de ce qu’il faut ou ne faut pas publier, bien que j’aie tou­jours pen­sé que publier est une pure folie, sinon même un crime de l’esprit, mieux encore, un crime capi­tal contre l’esprit. Oui, nous ne publions que pour satis­faire notre désir de gloire, pour nulle autre rai­son, quand ce n’est pas pour la rai­son encore beau­coup plus vile de l’argent, qui, tou­te­fois, vu les condi­tions dans les­quelles je suis né, peut être écar­tée en ce qui me concerne, Dieu mer­ci ! […] Toute publi­ca­tion est une bêtise et une preuve de médio­cri­té. Faire paraître…

  • Thomas Bernhard ⋅ Béton

    Ce n’est pas aus­si absurde que cela semble à pre­mière vue quand je dis que le monde doit ses guerres les plus atroces au pré­ten­du amour des bêtes de ses diri­geants. Tout cela est confir­mé par des docu­ments et il fau­drait qu’on s’en rende compte une bonne fois. Ces gens, les poli­ti­ciens, les dic­ta­teurs, sont gou­ver­nés par un chien et ain­si pré­ci­pitent des mil­lions d’êtres humains dans le mal­heur et dans la ruine, ils aiment un chien et déclenchent une guerre dans laquelle des mil­lions de gens sont tués à cause de ce seul chien. Qu’on se demande seule­ment quel…

  • Thomas Bernhard ⋅ Béton

    Je m’étais d’ailleurs tou­jours pré­oc­cu­pé fort peu de l’opinion publique, parce que j’avais tou­jours le plus grand mal avec ma propre opi­nion et n’avais donc aucun temps à consa­crer à l’opinion publique, je ne l’acceptais pas et aujourd’hui encore je ne l’accepte pas et je ne l’accepterai jamais. Cela m’intéresse, ce que les gens disent, mais avant toute chose, il ne faut pas les prendre au sérieux. C’est comme ça que j’avance le mieux.…

  • Thomas Bernhard ⋅ La cave 13 06 21

    La véri­té, je le pense, n’est connue que par celui qu’elle concerne, s’il veut en faire part, il devient auto­ma­ti­que­ment un men­teur. Tout ce qui est com­mu­ni­qué ne peut être autre chose qu’altération et fal­si­fi­ca­tion, on n’a donc jamais com­mu­ni­qué que des choses alté­rées et fal­si­fiées. La volon­té d’être véri­dique est, comme tout autre che­min, le plus rapide pour faus­ser et fal­si­fier une situa­tion. Coucher sur le papier une époque, une période de la vie et de l’existence, peu importe son éloi­gne­ment dans le pas­sé, peu importe sa lon­gueur ou sa briè­ve­té, c’est agglo­mé­rer des cen­taines, des mil­liers, des millions…

  • Thomas Bernhard ⋅ Maîtres anciens. Une comédie. 28 09 17

    En hiver, je me dis le prin­temps va me sau­ver, et au prin­temps je me dis l’été va me sau­ver, et en été je me dis l’automne, et en automne l’hiver, c’est tou­jours la même chose, d’une sai­son à l’autre j’espère. Mais c’est natu­rel­le­ment une qua­li­té mal­heu­reuse, cette qua­li­té m’est innée, je ne dis pas comme c’est bien, c’est l’hiver, l’hiver est tout juste fait pour toi, comme je ne dis pas le prin­temps, il est tout juste fait pour toi, comme l’automne, il est tout juste fait pour toi, l’été et ain­si de suite. Je reporte tou­jours mon malheur…

  • Thomas Bernhard ⋅ Les Mange-pas-cher 30 05 24

    La ligne qui m’était tra­cée par nature, il l’avait tou­jours qua­li­fiée de ligne simple, la sienne, qu’il s’était tra­cée lui-même, contre la et en fin de compte sa nature, comme il l’avait décla­ré une fois, de com­pli­quée. D’entrée de jeu le patri­moine de son esprit, héri­té ou non, disait il, avait été plus impor­tant que le mien et il avait pu au fil du temps faire fruc­ti­fier ce patri­moine de l’esprit d’une manière cor­res­pon­dante, en ne tra­vaillant jamais à autre chose qu’à aug­men­ter ce patri­moine de l’esprit qui était le sien, en s’appropriant peu à peu l’art d’augmenter le patrimoine…

  • Thomas Bernhard ⋅ Les Mange-pas-cher

    Il aurait natu­rel­le­ment, dit-il, pu aller aus­si avec moi au Wertheimsteinpark et m’expliquer là-bas les Mange-pas-cher, mais sur le che­min du Wertheimsteinpark déjà l’intensité néces­saire à son expo­sé se serait pro­ba­ble­ment per­due, rien n’était, comme je le savais, plus fra­gile qu’un sujet scien­ti­fique com­plexe comme les Mange-pas-cher, il était déjà de la plus grande dif­fi­cul­té de rete­nir assez long­temps pour soi dans sa tête un pareil sujet, à plus forte rai­son un pareil sujet pour quelqu’un d’autre encore, et ain­si, comme il était natu­rel, il avait été obli­gé de se déci­der à me prier d’aller à l’Œil de Dieu, de…

  • Thomas Bernhard ⋅ Les Mange-pas-cher

    Nous ne devons pas nous livrer tota­le­ment à l’infirme, capi­tu­ler devant l’infirme, nous devons nous affir­mer face à lui, même si nous devons nous réfu­gier dans l’abjection. Il avait ain­si, avant même que nous n’eussions mis le pied à l’Œil de Dieu, payé au moins son écot. Je lui avais, avec ma bru­ta­li­té impi­toyable, à savoir que je n’avais pas craint de me retour­ner vers lui, mani­fes­té tout à fait clai­re­ment le fait que sa pen­sée avait un très haut prix, le prix le plus haut, je le crois. Mais il ne m’avait natu­rel­le­ment pas été per­mis d’espérer un équilibre,…

  • Thomas Bernhard ⋅ Les Mange-pas-cher

    Il avait, dit-il main­te­nant, amé­na­gé depuis le tout début sa Physiognomonie de manière qu’elle lui appa­rût aujourd’hui dans toutes ses par­ties comme entiè­re­ment rela­tive aux Mange-pas-cher, de fait qu’elle soit rela­tive aux Mange-pas-cher, donc à Einzig, Grill, Goldschmidt et Weninger, dont il devait don­ner, l’un après l’autre, un bref cur­ri­cu­lum vitae, avant qu’il ne dût appro­fon­dir leurs autres points de réfé­rence par­ti­cu­liers. Il m’avait, tou­jours à par­tir d’une marque exis­ten­tielle carac­té­ris­tique de cha­cun des Mange-pas-cher, selon l’expression qu’il avait, lui Koller, employée, solide et pro­bante, pour ain­si dire déchif­fré les Mange-pas-cher l’un après l’autre. Pourquoi a‑t‑il pré­ci­sé­ment com­men­cé par le…

  • Thomas Bernhard ⋅ Les Mange-pas-cher

    Il est clair que Koller n’avait pas pu faire autre­ment que de se sen­tir atti­ré sur­tout par Goldschmidt, qui, tout bien consi­dé­ré en soi et pour soi, était au pre­mier chef exac­te­ment comme lui, Koller, pour l’abolition de la socié­té de classes et un être de l’esprit. À pro­pos de la langue il aurait dit qu’elle se com­po­sait sur­tout de mots équi­va­lant à des poids par les­quels les pen­sées sont constam­ment rame­nées vers le bas et à terre, et par là ne peuvent en abso­lu­ment aucun cas deve­nir mani­festes dans toute leur signi­fi­ca­tion et leur infi­ni effec­tif. La langue pesait…

  • Thomas Bernhard ⋅ Les Mange-pas-cher

    Einzig, dit Koller, avait tou­jours atta­ché, sur­tout dans toutes les cor­res­pon­dances, la plus grande valeur à être appe­lé von Einzig, et s’il avait à signer, il ne signait tou­jours que von Einzig, mais même dans les rela­tions quo­ti­diennes, Einzig s’était tou­jours fait appe­ler par tout le monde, sur­tout par les gens de basse extrac­tion, von Einzig, mais les Mange-pas-cher, dès le tout début, ne l’avaient jamais appe­lé von Einzig et s’étaient refu­sés dès la toute pre­mière appa­ri­tion d’Einzig à lui don­ner le titre de von Einzig, dès le pre­mier ins­tant ils ne s’étaient pas abais­sés à cette chose ridi­cule, et…