• Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution 29 12 20

    Il n’existe pas de com­por­te­ment ou de ligne de conduite qui ne se défi­nissent comme révo­lu­tion­naires en soi. Dès que cette pure sty­li­sa­tion de la conflic­tua­li­té s’établit et qu’elle devient donc « réa­li­sa­tion de l’art », tout com­por­te­ment, toute ligne de conduite va s’arranger pour pré­sen­ter l’événement comme un de ses acci­dents particuliers.…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution 04 12 20

    Dans la phase de tran­si­tion de la domi­na­tion for­melle à la domi­na­tion réelle du capi­tal, on dis­tin­gue­ra deux séries de média­tions, entre­croi­sées mais dis­tinctes. Dans le pre­mier ordre, exclu­si­ve­ment éco­no­mi­co-poli­tique, du capi­tal (domi­na­tion for­melle), il ne pou­vait être ques­tion de contre-révo­lu­tion : le pro­lé­ta­riat, en tant que classe, incu­bait la crois­sance d’un élan direc­te­ment diri­gé vers la néga­tion des condi­tions maté­rielles de son exis­tence, donc immé­dia­te­ment révo­lu­tion­naire. Le pro­lé­ta­riat comme masse, et une élite d’intellectuels déser­teurs de la bour­geoise domi­nante (mais non, comme on le ver­ra, de sa culture illu­mi­niste) concour­raient à faire mûrir une conscience de classe des­ti­née à exprimer…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    La quan­ti­té est le règne exclu­sif de la valo­ri­sa­tion qui consiste en ceci : la pro­duc­tion de qua­li­tés appa­rentes au som­met des­quelles gît tou­jours une quan­ti­té de tra­vail don­née. Depuis que le capi­tal se limi­tait à van­ter la qua­li­té de ses mar­chan­dises, il est pas­sé tout le temps néces­saire pour empri­son­ner tota­le­ment chaque forme de vie dans la forme mar­chan­dise, de telle sorte qu’aujourd’hui on peut dis­cu­ter de la « qua­li­té de la vie » après que der­rière toute « vie » pro­duite gise une quan­ti­té de tra­vail don­née, de vie déva­lo­ri­sée. Ceci est la nou­velle conquête du capi­tal anthro­po­morphe : avoir colo­ni­sé pour la valeur…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    Défonçant le mur d’une sub­jec­ti­vi­té déjà empri­son­née par l’histoire, l’économie poli­tique déborde à l’intérieur de chaque être ; rapi­de­ment elle comble tout vide, en le cachant tout sim­ple­ment. Au moment où l’identique se repro­duit de façon homo­gène, il perd les traits de la pri­son qu’il a tou­jours été, et prends les traits de l’entreprise capi­ta­liste. Chaque entre­prise pro­duc­tive est un hôtel des mon­naies depuis que l’argent s’est trans­sub­stan­tia­li­sé en cré­dit, et le capi­tal fic­tif valo­ri­sé grâce au « bon » renom de l’entreprise. Chaque entre­prise frappe sa mon­naie inexis­tante ; on lit par trans­pa­rence, au-delà de la façade, l’addition tru­quée de son châ­teau d’escompte.…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    Les modes selon les­quels se pro­duisent, dans l’histoire, les com­mu­nau­tés sociales ont fait fonc­tion­ner l’économie poli­tique de la « per­sonne » dans des connexions de subor­di­na­tion pseu­do-natu­relle avec l’économie glo­bale chaque fois en vigueur. Le pou­voir poli­tique, le pou­voir reli­gieux, le pou­voir cultu­rel ont enrô­lé la per­sonne à leur ser­vice pour ce qu’elle était : la repré­sen­tante « offi­cielle » d’une cor­po­réi­té dont la force était néces­saire au pou­voir, mais « natu­rel­le­ment » média­ti­sée par la liber­té d’apparaître sous le masque d’un rôle social. Il suf­fi­sait aux pou­voirs de s’assurer l’intégration à la com­mu­nau­té de l’énergie vitale des corps, et il leur était facile de l’assurer au…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    À bas la pro­duc­tion de mar­chan­dises inutiles et trop rapi­de­ment péris­sables, à bas la crois­sance incon­trô­lée de nou­velles entre­prises, à bas la déva­lo­ri­sa­tion accé­lé­rée, à bas l’extraction insen­sée d’énergie natu­relle en voie d’épuisement, à bas l’industrialisation concen­trée en quelques nations, à bas la pro­duc­tion pol­luante, à bas l’exploitation dés­équi­li­brée de la terre ; mais sur­tout il faut expul­ser de la vie de l’homme-capital le tra­vail pro­duc­teur seule­ment de mar­chan­dise. Ceci est la quin­tes­sence des recom­man­da­tions qui concluent le rap­port du MIT, et ceci est le sens expli­cite des sug­ges­tions de Mansholt. Mais si le capi­tal renonce à se sur­pro­duire, s’il déconsacre…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    Plus grise, plus misé­rable, plus répé­ti­tive, plus dégra­dante, plus vide était la vie de cha­cun et plus le film de l’aventure était ruti­lant de sens séques­tré, exclu­sif, subli­mant, débor­dant. Il suf­fit de cir­cons­crire les frag­ments d’une vie quel­conque, dans la mosaïque qui en expurge la tris­tesse d’être authen­ti­que­ment non vécue, pour sai­sir d’un seul coup toutes les qua­li­fi­ca­tions avec l’absence des­quelles elle est consti­tuée. Ceci est la leçon que le capi­tal à visage humain veut apprendre de l’art, pour la trans­fu­ser immé­dia­te­ment dans le corps empri­son­né der­rière ce visage. Que cha­cun soit l’entrepreneur d’une trans­cen­dance géné­ra­li­sée. Que cha­cun sai­sisse son…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution 05 12 20

    65. L’anthropomorphose du capi­tal déplace l’axe de la valo­ri­sa­tion de la pro­duc­tion quan­ti­fiée de mar­chan­dises à la pro­duc­tion quan­ti­fiée de valeur-homme. L’équilibre valorisation/dévalorisation, et l’équilibre espèce/ pla­nète, peut être com­pris comme un but que seul peut atteindre un capi­tal-homme qui, tan­dis qu’il a fait de cha­cun l’entrepreneur de sa propre valo­ri­sa­tion, efface fic­ti­ve­ment de son mode d’être la quan­ti­fi­ca­tion exté­rio­ri­sée pour la repro­duire, à un niveau supé­rieur de mys­ti­fi­ca­tion, à l’intérieur de la valo­ri­sa­tion de l’Ego. Ce ne sont pas tant les quan­ti­tés de « biens » de consom­ma­tion et de « sta­tuts-sym­bo­liques » dans les­quels cha­cun a été sol­li­ci­té jusqu’ici à se dévaloriser…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    Il ne s’agit pas d’être d’impuissants paci­fistes ou des clowns, fils des fleurs, il s’agit de savoir où com­mence et où se pour­suit le véri­table com­bat. Exactement là où com­mence, et où s’achèvera la pro­duc­tion de soi comme figure, la ges­tion de soi comme enti­té auto­nome de valo­ri­sa­tion inté­rio­ri­sée, la mar­chan­di­sa­tion des rap­ports humains dans la col­lu­sion sanc­tion­née par l’échange inauthentique.…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    71. Concentre-toi : tu seras la valeur. Après que, durant tout le temps néces­saire à vider les hommes d’eux-mêmes, le règne des choses s’est appro­prié leur essence, main­te­nant que le règne des choses se décom­pose et pour­rit, il ne reste plus qu’à rame­ner ce fumier dans l’enveloppe de la « per­sonne ». On ne deman­de­ra plus à per­sonne de se renier comme per­sonne pour se dépen­ser en tant que quan­ti­té d’énergie : au contraire, on deman­de­ra à cha­cun de se pro­duire éner­gi­que­ment comme quan­ti­té per­son­ni­fiée de valeur. Sobriété dans les choses exté­rieures, richesse dans l’intériorité faite chose. Mansholt signale l’habillement spar­tiate, mais colo­ré, des…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution 29 12 20

    Démasqué comme ges­tion­naire de la mort, le capi­tal répond en se confes­sant ; mais immé­dia­te­ment avare de tout geste et de tout être, il s’affirme comme mort repen­tie, il se désigne comme unique force capable de se dépas­ser ; ini­tié à la dia­lec­tique, il domes­tique le règne de la logique, ne crai­gnant pas de se poser comme ce para­doxe : être le défen­seur d’autant plus réso­lu de la sur­vie qu’il a plus puis­sam­ment pro­duit la des­truc­tion ; être recon­nu le ges­tion­naire le plus accré­di­té du sau­ve­tage qu’il a été l’artisan le plus dénon­cé du désastre.…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    Tout rap­port humain est donc une par­tie jouée « pour l’argent » (en vue d’obtenir valeur sym­bo­lique) et, comme toute par­tie, ou bien sur­vient concrè­te­ment dans un tri­pot, un cercle, une secte, une ini­tia­tion, une ambiance de conju­rés, une mafia, une maçon­ne­rie, ou en évoque for­te­ment l’image. La force de la par­tie est dans la règle qui la régit. Pour cette rai­son, sur tout jeu règne, comme étant son sens, la règle qui le régit, et pour cette rai­son tout rap­port humain est non seule­ment une repré­sen­ta­tion, c’est-à-dire une trans­crip­tion de sym­boles, non seule­ment il com­porte un appât sym­bo­lique et une liturgie…

  • Giorgio Cesarano , Gianni Collu ⋅ Apocalypse et révolution

    Personne n’a l’exclusivité du mal­heur ; aucun hasard cau­sal n’est à la racine d’une péri­pé­tie sin­gu­lière. C’est au contraire, la pri­va­tion, orga­ni­sée sur une échelle sociale, de toute aven­ture concrète et sub­jec­tive qui déter­mi­né a prio­ri les mal­chances de cha­cun. Les infor­tunes de la pas­sion ne prennent pas leur source ailleurs que dans l’impossibilité uni­ver­sel­le­ment sanc­tion­née, de vivre la qua­li­té de se pas­sion­ner. Le poi­son qui intoxique toute volon­té de s’affirmer, de s’affirmer comme qua­li­té en être vis-à-vis de la quan­ti­té en pro­cès – et qui la fait res­sem­bler à un rêve déme­su­ré, des­ti­né par force à se ren­ver­ser en un…

  • Giorgio Cesarano , Piero Coppo , Joe Fallisi ⋅ « Chronique d’un bal masqué » ⋅ Apocalypse et révolution

    Le capi­tal par­ve­nu à la domi­na­tion réelle de toute forme de pro­duc­tion et de repro­duc­tion de l’existant résume en lui l’histoire entière des socié­tés de classe et, débor­dant la sphère spé­ci­fique de l’économie poli­tique, sou­met à sa propre valo­ri­sa­tion deve­nue auto­nome toutes les sphères autre­fois sépa­rées de l’être indi­vi­duel et social deve­nu en tota­li­té le pro­duit de son orga­ni­sa­tion. Le capi­tal aujourd’hui domi­nant se défi­nit par son carac­tère fic­tif : l’essence vir­tuelle et cré­di­trice de toute « pro­prié­té ». « Dans le cré­dit, à la place du métal et du papier c’est l’homme lui-même qui devient l’intermédiaire de l’échange, non certes comme homme mais…

  • Giorgio Cesarano , Piero Coppo , Joe Fallisi ⋅ « Chronique d’un bal masqué » ⋅ Apocalypse et révolution

    La par­ti­ci­pa­tion mili­tante au réfé­ren­dum trace la ligne de démar­ca­tion à l’intérieur de « l’extrême-gauche ». C’est ici le lieu d’un pre­mier règle­ment de compte : tan­dis que Lotta conti­nua, Avanguardia Operaia et autres s’alignent sur la « poli­tique » ins­ti­tu­tion­nelle dans la mys­ti­fi­ca­tion de la mys­ti­fi­ca­tion et parlent de « vic­toire pro­lé­ta­rienne » cher­chant ain­si à occu­per le vide his­to­rique déjà occu­pé par le PCI (l’opposition fic­tive) les Brigades rouges et autres font irrup­tion sur le mar­ché en tant qu’opposition cré­di­trice de la future oppo­si­tion réelle, pour l”« alter­na­tive » dans la ges­tion de l’existant au nom de l’idéologie du contre-pou­voir (pré­li­mi­naire à la « dic­ta­ture du prolétariat »).…

  • Giorgio Cesarano , Piero Coppo , Joe Fallisi ⋅ « Chronique d’un bal masqué » ⋅ Apocalypse et révolution

    Le choix faus­se­ment qua­li­ta­tif du conspi­ra­teur qui en pous­sant ce der­nier à « fuir » la condi­tion com­mune du non-vécu pour se construire une image fan­tas­ma­tique de « héros » d”« avant-gar­diste », de « nou­veau résis­tant » non seule­ment sur­gèle, en se cris­tal­li­sant, la pas­sion latente mais trans­forme reli­gieu­se­ment le sens vivant en un « signi­fié » litur­gique, en sym­bo­lo­gie. La vraie révo­lu­tion sera tou­jours pour après sa mort : salut chré­tien. Et les « masses » et le « peuple », les « majo­ri­tés » rêvées, aux­quelles la per­son­na­li­té du conspi­ra­teur (deve­nue de façon ambi­guë, d’autant plus clan­des­tine qu’elle est plus affi­chée) s’adresse en tant que mes­sage publi­ci­taire élec­tri­sant, devraient οu se mettre, fascinées,…

  • Giorgio Cesarano , Paolo Faccioli ⋅ « Ce qu’on ne peut pas taire » ⋅ Apocalypse et révolution

    Aucune théo­ri­sa­tion de cou­ver­ture ne peut rendre à la sub­ver­sion moderne, armée contre la domi­na­tion trans-éco­no­mique du capi­tal, les formes his­to­ri­ci­sées de la vio­lence, expres­sion en droite ligne de la cri­tique de l’économie poli­tique. Nous ne sommes pas les héri­tiers des « révo­lu­tions vain­cues ». Notre sub­ver­sion se déclenche à par­tir d’une dis­con­ti­nui­té. La rup­ture avec le pas­sé, qui en com­bat toute sur­vie dans le pré­sent, ne rachète qu’ainsi celles de ses visées qui ne sont pas mortes. Nous ne par­lons pas par la voix des morts : ils ne peuvent plus faire mieux qu’ils n’ont fait. Nous ne les recon­naî­trons jamais mieux…

  • Giorgio Cesarano , Paolo Faccioli ⋅ « Ce qu’on ne peut pas taire » ⋅ Apocalypse et révolution

    La cri­tique qui se laisse anni­hi­ler par sa pré­ca­ri­té se repro­dui­sant, face aux dimen­sions défi­ni­tives de l’affrontement, pré­fère se liqui­der : elle se contente désor­mais d’énoncer ce mini­mum que tout indi­vi­du radi­cal connaît comme la condi­tion d’insuffisance que com­bat son désir de sai­sir sa véri­té : « le dépas­se­ment de la poli­tique ne laisse pas der­rière lui un vide mais le déve­lop­pe­ment pra­tique de la cri­tique qui est entiè­re­ment à décou­vrir. » La révo­lu­tion est alors « ce dont on ne sau­rait par­ler » : fait brut par excel­lence, sco­to­mi­sa­tion par­faite de ce qui, inex­pri­mable, ne pour­ra man­quer de se révé­ler mys­ti­que­ment aux néo-adven­tistes de la vraie…