De prime abord, la notion d’embarcation insiste sur l’impureté de toute pensée et de toute action, et, dès lors, elle rappelle que l’écriture littéraire, malgré sa tendance historique à refouler ses soubassements pratiques et matériels, n’a rien d’une pratique sacrée. Mais, plus qu’une piqûre de rappel, la notion renvoie plus généralement à ce qui serait la condition partagée des militant⋅es, intellectuel⋅les et artistes : dans un monde devenu rétif à toute appréhension totalisante et dans lequel l’autonomie de la sphère intellectuelle ne va plus de soi, « être embarqué » dit à la fois la perte d’un magistère, la fragilisation d’une assise fixe…
Doit-on admettre si facilement que la seule manière pour les textes littéraires d’être en prise avec le réel serait d’adopter la référentialité des témoignages, études de cas, analyses du quotidien et autres autobiographies ? N’y a‑t‑il pas lieu de penser que les signes disposent d’une panoplie plus étendue de manières de référer ? […] Cette focalisation est le fait ou d’un attachement à un modèle correspondantiste (il y aurait le langage d’un côté, le réel de l’autre, et entre les deux des ponts jetés par la référence) ou, plus généralement, d’une difficulté à reconnaître que la littérature est autre chose qu’un simple…