• Franz Kafka ⋅ « Désir d’être un Indien » 20 06 16

    Ah, pou­voir d’un seul coup être un Indien pen­ché dans le vent sur un che­val au galop, sen­tir secousse sur secousse mon­ter du sol qui tremble, avoir enfin aban­don­né les épe­rons car il n’y avait pas d’éperons, jeté les rênes car il n’y avait pas de rênes, et ne plus voir qu’à peine, devant soi, la plaine comme une lande rase, et même plus, bien­tôt, ni la tête ni l’encolure du che­val. (tra­duc­tion Bilmann/Cellard, in La méta­mor­phose, 1997) Si l’on pou­vait être un Peau-Rouge, tou­jours paré, et, sur son che­val fou­gueux, dres­sé sur les pattes de der­rière, sans cesse vibrer…

  • Franz Kafka ⋅ Journal ⋅ 2 août 1914 13 03 15

    Deutschland hat Rußland den Krieg erklärt. – Nachmittag Schwimmschule. L’Allemagne a décla­ré la guerre à la Russie. – Après-midi piscine.…

  • Franz Kafka ⋅ Journal ⋅ 2 novembre 1921 29 11 20

    Vague espoir, vague confiance. Un inter­mi­nable et mélan­co­lique après-midi de dimanche, qui consomme des années entières, qui se com­pose d’années. Tour à tour déses­pé­ré dans les rues vides, puis, cal­mé, sur mon cana­pé. Étonnement, par­fois, devant les nuages absurdes, sans cou­leur, qui défilent presque conti­nuel­le­ment. « Tu es mis en réserve pour un grand lun­di » « Bien par­lé, mais le dimanche ne fini­ra jamais. » Vage Hoffnung, vages Zutrauen. Ein end­los trü­ber Sonntagnachmittag, ganze Jahre auf­zeh­rend, ein aus Jahren bes­te­hen­der Nachmittag. Abwechselnd verz­wei­felt in den lee­ren Gassen und beru­higt auf dem Kanapee. Manchmal Erstaunen über die fast unaufhör­lich vor­bei­zie­hen­den far­blo­sen, sinn­lo­sen Wolken. »Du…

  • Franz Kafka ⋅ Journal ⋅ 27 octobre 1911 27 02 21

    Superstition : en buvant dans un verre qui a des défauts, on ouvre l’accès de l’homme aux mau­vais esprits. Aberglaube : Trinkt man aus einem unvoll­kom­me­nen Glas, bekom­men die bösen Geister Eingang in den Menschen.…

  • Franz Kafka ⋅ Journal ⋅ 1er novembre 1911

    La phrase favo­rite de la femme du phi­lo­sophe Mendelssohn : Wie mies ist mir vor tout l’univers ! Lieblingssatz der Frau des Philosophen Mendelssohn : Wie mies ist mir vor tout l’univers !…

  • Franz Kafka ⋅ Journal ⋅ 18 jan­vier 1922 03 03 21

    Ne t’impose aucune contrainte, mais ne sois pas mal­heu­reux de ne te contraindre à rien, ou encore, si tu devais le faire, d’être obli­gé de t’y contraindre. Et si tu ne te contrains pas, cesse de flai­rer las­ci­ve­ment les pos­si­bi­li­tés de contrainte. Zwinge dich zu nichts, aber sei nicht unglü­ck­lich darü­ber, daß du dich nicht zwing­st, oder darü­ber, daß du, wenn du es tun soll­test, dich zwin­gen müß­test. Und wenn du dich nicht zwing­st, umlaufe nicht immer­fort lüs­tern die Möglichkeiten des Zwanges.…

  • Franz Kafka ⋅ Journal ⋅ 1910 19 07 21

    Aujourd’hui, par exemple, j’ai com­mis trois impu­dences, l’une envers un conduc­teur, l’autre envers une per­sonne qui m’était pré­sen­tée – tiens, elles ne sont que deux – mais elles me font souf­frir comme des crampes d’estomac. C’eût été de l’impudence de la part de n’importe qui, com­bien plus encore venant de moi. Ainsi, je sor­tis de moi-même, je lut­tai à vide dans le brouillard et, ce qui est plus grave, per­sonne ne remar­qua que je fai­sais cette impu­dence comme telle, qu’il me fal­lait la faire même à l’égard de ceux qui m’accompagnaient, qu’il me fal­lait leur mon­trer la mine appro­priée et…

  • Franz Kafka ⋅ Journal ⋅ 17–18 mai 1910

    Quand j’y songe, il me faut dire qu’à maints égards, mon édu­ca­tion m’a cau­sé beau­coup de tort. Car il est sûr que je n’ai pas été éle­vé dans quelque lieu iso­lé, dans une ruine, peut-être, à l’intérieur des mon­tagnes ; si cela était, je ne pour­rais pro­fé­rer le moindre mot de reproche. Au risque d’être incom­pris de toute la kyrielle de mes anciens maîtres, je dis que j’eusse été volon­tiers, que j’eusse pré­fé­ré être ce petit habi­tant des ruines rôti par le soleil qui, à tra­vers les décombres, m’eût bai­gné de tous côtés sur le lierre tiède, même si j’avais été…

  • Franz Kafka ⋅ Journal ⋅ 1910

    Mais je veux par­tir, je veux mon­ter l’escalier, et dus­sé-je n’avancer que par culbutes. De la socié­té, je me pro­mets tout ce qui me manque, l’organisation de mes forces sur­tout, aux­quelles ne sau­rait suf­fire le genre d’exaspération qui consti­tue l’unique pos­si­bi­li­té de ce céli­ba­taire de la rue. Pour celui-ci, il est déjà bien content s’il par­vient à main­te­nir sa per­sonne phy­sique, d’ailleurs pitoyable, à défendre les quelques repas qu’il prend, à évi­ter l’influence des autres, bref, s’il conserve tout ce qu’il est pos­sible de conser­ver dans ce monde dis­sol­vant. Mais ce qu’il perd, il essaie de le rega­gner par force,…

  • Franz Kafka ⋅ Le Terrier 05 09 24

    Le prin­cipe d’une répar­ti­tion des pro­vi­sions est juste en soi, mais en fait seule­ment lorsqu’on a plu­sieurs places du genre de ma place forte. Plusieurs sem­blables places ! Évidemment ! Mais qui peut les bâtir ? D’ailleurs, il n’est plus pos­sible à pré­sent de les inté­grer dans le plan d’ensemble de mon ter­rier. Je veux bien concé­der qu’il découle de là un défaut du ter­rier, comme c’est géné­ra­le­ment tou­jours un défaut de ne pos­sé­der qu’un seul exem­plaire de quoi que ce soit. Der Grundgedanke einer Verteilung der Vorräte ist ja rich­tig, aber eigent­lich nur dann, wenn man meh­rere Plätze von der Art meines…

  • Franz Kafka ⋅ Le Terrier

    Je ne suis pas loin de prendre la déci­sion de gagner le large, de reprendre encore une fois cette ancienne vie déses­pé­rante qui ne m’assurait aucune sécu­ri­té, qui n’était qu’une suite inin­ter­rom­pue de périls et ne me per­met­tait par consé­quent ni de voir ni de redou­ter chaque dan­ger par­ti­cu­lier, comme ne cesse de me l’enseigner la com­pa­rai­son entre mon ter­rier pro­té­gé et la vie vaga­bonde. Ich bin nicht ganz fern von dem Entschluß, in die Ferne zu gehen, das alte, trost­lose Leben wie­der auf­zu­neh­men, das gar keine Sicherheit hatte, das eine ein­zige unun­ter­scheid­bare Fülle von Gefahren war und infol­ge­des­sen die…

  • Franz Kafka ⋅ Le Terrier

    En de telles occa­sions, c’est habi­tuel­le­ment le pro­blème tech­nique qui m’attire ; je me repré­sente, par exemple, d’après le bruit que mon oreille est assez exer­cée pour dis­cer­ner dans toutes ses nuances et enre­gis­trer exac­te­ment, quelle a pu en être l’origine, ce qui me pousse alors à véri­fier si la réa­li­té le confirme. J’ai pour cela une bonne rai­son, car aus­si long­temps qu’une véri­fi­ca­tion n’est pas effec­tuée, je ne peux pas me sen­tir en sécu­ri­té, même s’il ne s’agit que de savoir où rou­le­ra un grain de sable qui tombe d’un mur : et même un tel bruit, à cet égard, n’est…

  • Franz Kafka ⋅ Le Terrier

    Je m’étais tou­jours repré­sen­té, et sans doute non sans rai­son, cette cavi­té comme la plus belle demeure qui puisse exis­ter pour moi. Se sus­pendre à la voûte, y grim­per, glis­ser jusqu’en bas, culbu­ter et retrou­ver le sol sous ses pieds, et exé­cu­ter tous ces jeux lit­té­ra­le­ment sur le corps de la place forte, cepen­dant sans être dans son espace pro­pre­ment dit ; pou­voir évi­ter la place forte, pou­voir repo­ser ses yeux de la vue de celle-ci, remettre à plus tard le plai­sir de la voir sans pour autant être pri­vé d’elle ; la tenir au contraire fer­me­ment entre ses griffes, ce qui…