• Gilles Deleuze , Jean-François Lyotard ⋅ « Dialogue » 16 01 16

    La per­ver­sion, comme dit Klossowski, est « hors de prix » ; en fait de valeur. À la limite, comme il le dit, un phan­tasme sadien, ça coûte une popu­la­tion entière, ça s’achète au prix que coû­te­rait la sur­vie d’une population.…

  • Gilles Deleuze , Jean-François Lyotard ⋅ « Dialogue »

    Cette géni­ta­li­té dont parle Freud, où on passe des pul­sions par­tielles dans un par­cours répu­té nor­mal, de l’état per­vers poly­morphe de l’enfant jusqu’à la géni­ta­li­té … En fait, c’est Freud lui-même qui nous a don­né le maté­riel pour pen­ser cela non pas comme un par­cours nor­mal, mais comme une espèce de conflit, de lutte, pour obte­nir un corps géni­tal éro­tique. En fait, ce corps éro­tique géni­tal, c’est celui qui est exi­gé par la repro­duc­tion, c’est à dire par l’instance capi­ta­liste pour notre socié­té. Freud nous donne encore les moyens de pen­ser ce qu’est la jouis­sance, en tant qu’elle échappe à…

  • Gilles Deleuze , Jean-François Lyotard ⋅ « Dialogue »

    Cette idée d’un sys­tème clos est fan­tas­ma­tique. C’est le fan­tasme du capi­tal, bien sûr ! C’est pour ça que, simul­ta­né­ment, le Kapital est fon­ciè­re­ment impé­ria­liste : non pas sim­ple­ment au sens où il a besoin d’écraser des peuples à sa péri­phé­rie, mais il a besoin d’une péri­phé­rie en géné­ral, et il a besoin de la pom­per, et ce, sans le dire, i.e. de faire des pré­lè­ve­ments d’énergie où que ce soit dans le sys­tème solaire, dans l’air et dans l’eau, de faire entrer dans son propre cir­cuit en fai­sant croire au miracle de la crois­sance auto­nome de ce cir­cuit. Ce qui est…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Rudiments païens 08 05 17

    Lyotard résu­mant Antisthène : « Qu’il n’y a nulle défi­ni­tion de chose, mais seule­ment nomi­nale, que toute pro­po­si­tion défi­ni­tion­nelle est de type déic­tique : ceci est Socrate, que les juge­ments en géné­ral sont de forme non pas attri­bu­tive, mais évé­ne­men­tielle, comme : Socrate musi­cien (= Socrate est en train de s’adonner aux Muses). Partant, qu’il n’y a pas de contra­dic­tion pos­sible entre deux inter­lo­cu­teurs, car ou bien ils parlent de la même chose, et il faut alors qu’ils emploient les mêmes mots, ou bien si leurs énon­cés dif­fèrent, c’est qu’ils dési­gnent des choses dif­fé­rentes. (…) Et qu’il n’y a pas non plus d’erreur en…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Rudiments païens

    Telle serait la dia­ble­rie en matière de théo­rie (fort éloi­gnée du dia­bo­lisme) qu’on y pré­fère lais­ser cou­rir la puis­sance d’inventer plu­tôt que conso­li­der par des preuves les nou­veau­tés qu’on pro­pose. Encore est-ce peu dire : on pré­fère se mettre en situa­tion d’avoir à inven­ter plu­tôt que de res­ter en posi­tion d’avoir à prou­ver. C’est ain­si qu’on « décide » de ces­ser de répondre, qu’on se fait irres­pon­sable, et qu’on s’exclut de la socié­té savante. L’intelligence théo­rique se fait insen­sible aux argu­ments, aux sic et non, aux valeurs du savoir, aux mathèmes. Elle désire le nou­veau, nur aus wis­sen­schaft­li­cher Neugierde ; mais alors quelle…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Rudiments païens

    En invo­quant le désir, on n’a encore rien dit, car il s’entend fort bien, Diotime l’enseignait déjà au cré­dule Socrate, comme Penia, le manque ; et cela suf­fit pour que la repré­sen­ta­tion conserve tous ses droits. Elle sera seule­ment plus nos­tal­gique, mys­tique : riche tra­di­tion, en Occident, de la théo­lo­gie néga­tive du désir. Mais l’humour pro­cède d’un Eros qui est tout Poros, rien que moyen de moyen­ner, comme d’une logique sans apo­rie et d’une poli­tique sans uto­pie. A ce désir, il faut des dieux beau­coup plus retors que celui qui s’est pro­cla­mé la véri­té, et des divi­na­tions sans pêché.…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Rudiments païens 18 06 17

    Klosswski dit : ma syn­taxe, c’est la peau de Roberte, la peau enfer­mant le volume du corps sin­gu­lier por­tant un nom propre. Or cela, ce que dit Klossowki, n’est pas la per­ver­sion ? La dure­té, la ten­sion de la gram­maire et du lexique opèrent comme la pro­duc­tion d’un écran ten­du à rompre, cet écran se referme sur lui-même en un corps volu­mi­neux, le corps de Roberte, ce corps est atta­chable à un sujet qui vien­dra en occu­per l’intérieur. Et alors toute varia­tion fixe de la gram­maire, du lexique fera signe, fris­son, pas­sage d’intensité sur le corps propre de la vic­time. Cette variation…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Économie libi­di­nale 03 03 16

    Où il y a inten­si­té, il y a laby­rinthe, et déter­mi­ner les sens du par­cours, souf­france ou allé­gresse, est l’affaire des consciences et de leurs direc­teurs. Il nous suf­fit que la barre tourne pour que fusent les spi­rales impré­vi­sibles, il nous suf­fit qu’elle ralen­tisse et s’arrête pour que s’engendrent la repré­sen­ta­tion et la pen­sée claire. Donc pas de bonnes et de mau­vaises inten­si­tés, mais l’intensité ou sa décom­pres­sion. Et comme on l’a dit et on le redi­ra, l’une et l’autre dis­si­mu­lées ensemble, le sens caché dans l’émotion, le ver­tige dans la rai­son. Ainsi point de morale, plu­tôt une théâ­trique ; point…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Économie libi­di­nale 03 04 16

    Ouvrez le pré­ten­du corps et déployez toutes ses sur­faces : non seule­ment la peau avec cha­cun de ses plis, rides, cica­trices, avec ses grands pans velou­tés, et conti­gus à elle le cuir et sa toi­son de che­veux, la tendre four­rure pubienne, les mame­lons, les ongles, les cornes trans­pa­rentes sous le talon, la légère fri­pe­rie, entée de cils, des pau­pières, mais ouvrez et éta­lez, expli­ci­tez les grandes lèvres, les petites lèvres avec leur réseau bleu et bai­gnés de mucus, dila­tez le dia­phragme du sphinc­ter anal, cou­pez lon­gi­tu­di­na­le­ment et met­tez à plat le noir conduit du rec­tum, puis du côlon, puis du cæcum,…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Économie libi­di­nale

    Et pour chaque bran­che­ment, un nom divin, pour chaque cri, inten­si­té et bran­che­ment qu’apportent les ren­contres atten­dues et inat­ten­dues, un petit dieu, une petite déesse, qui a l’air de ne ser­vir à rien quand on le regarde avec les glo­bu­leux yeux tristes pla­to­ni­co-chré­tiens, qui ne sert en effet à rien, mais qui est un nom de pas­sage de l’émotion.…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Économie libi­di­nale

    Ce qui nous menace, éco­no­mistes libi­di­naux, c’est de fabri­quer une nou­velle morale avec cette conso­la­tion, c’est de pro­cla­mer et de dif­fu­ser que la bande libi­di­nale est bonne, que la cir­cu­la­tion des affects est gaie, que l’anonymat et l’incompossibilité des figures sont épa­tants et libres, que toute dou­leur est réac­tion­naire et recèle le poi­son d’une for­ma­tion issue du grande Zéro.…

  • Jean-François Lyotard ⋅ Économie libi­di­nale

    Toujours per­dus, même lorsque nous croyons nous y retrou­ver, quand par exemple, telle émo­tion nous l’attribuons à un sup­pôt, à nous-mêmes, à une personne.…