• Danielle Mémoire ⋅ Quelque membre de notre Cercle 05 03 22

    Quelles qu’en soient les rai­sons, les bonnes, les mau­vaises, les gra­ve­ment soup­çon­nables, les hau­te­ment condam­nables, quoique ne par­lant que de moi ou, du moins, qu’à par­tir de moi, je n’ai pas envie de par­ler de moi. J’ai, dès l’enfance, accor­dé une atten­tion déme­su­rée, moins tou­te­fois à ma per­sonne qu’à la ques­tion de savoir quelle atten­tion il conve­nait que j’accordasse à ma per­sonne. J’ai, conjoin­te­ment, accor­dé mon atten­tion moins à mes vête­ments qu’à la ques­tion de savoir quelle atten­tion il conve­nait que j’accordasse à mes vête­ments. J’ai, par la suite, réso­lu de la sorte, l’une et l’autre de ces ques­tions : il convient…

  • Danielle Mémoire ⋅ Quelque membre de notre Cercle

    Dernière en grec (sep­tième ex æquo). Devant ma honte, ma stu­peur. Je n’avais donc jamais eu honte ? J’avais vu la honte des autres, je les avais vus être en situa­tion hon­teuse. Et main­te­nant, mon tour était venu. La dou­leur, tou­te­fois – c’était la dou­leur qui m’étonnait : que ce fût une dou­leur, et qu’elle mon­tât en moi, fût en moi, fût moi, au lieu que je m’étais atten­due à por­ter ma honte comme un vête­ment peu seyant. L’expérience, disons, des chaus­settes hautes (beau­coup de jeunes filles, à l’âge que j’avais alors, por­taient des bas) : je réprou­vais qu’on condam­nât quelqu’un à…

  • Danielle Mémoire ⋅ Quelque membre de notre Cercle

    Certaine manière qua­si de délire et, en tout cas, de ridi­cule consiste en le déve­lop­pe­ment d’objections telles qu’elles ne vien­draient à l’esprit de per­sonne, du moins lisant (et écri­vant – per­sonne n’irait écrire cela), en telle sorte que l’on peut se per­mettre de pas­ser outre, et même qu’on le doit ; néan­moins l’objet de ces objec­tions est, c’est à savoir le plus sou­vent un illo­gisme dans l’énoncé, l’inaperçue capa­ci­té d’illogisme des énon­cés. En ce sens, mes objec­tions sont par­fai­te­ment sérieuses, elles sont même ter­ri­fiantes, et elles consti­tuent – en effet, elles se répètent – une large part de ma dif­fi­cul­té d’écrire.…

  • Danielle Mémoire ⋅ Noms, pré­noms, titres et sobriquets 09 12 24

    Nous par­lions de l’ignorance ; aus­si, d’un savoir obs­cur ; du sang, et com­ment, une fois appris qu’il cir­cule, c’est conti­nû­ment, obs­cu­ré­ment, qu’on le per­çoit cir­cu­ler ; de ce chuin­te­ment aux oreilles lorsqu’on les bouche ; du cour, et comme on l’entend battre, la nuit, ces coups sourds, dans le silence de la cam­pagne ; du corps en géné­ral ; de son uni­té, de son mor­cel­le­ment, de ses débris.…

  • Danielle Mémoire ⋅ Noms, pré­noms, titres et sobriquets

    L’intérêt, pour­tant, qu’il y a, non négli­geable, tant s’en faut, à pas­ser des nuits très courtes, c’est que, à la condi­tion qu’il ne soit pas pré­vu de ren­dez-vous après le déjeu­ner, l’on a désor­mais un but dans la vie : la sieste. C’est dans la pen­sée de la sieste, en outre, qu’au cours d’une mati­née certes s’étirant, mais enfin moins que n’eût fait, suc­cé­dant à la nuit longue, le jour entier, et mal­gré les effets de la fatigue qu’il se peut bien que l’on res­sente, l’on s’adonnera à quelque tâche louable : repeindre une à deux fenêtres, apprendre quelques mots d’une langue…

  • Danielle Mémoire ⋅ Noms, pré­noms, titres et sobriquets

    Est-ce que je ten­dais la main vers l’interrupteur, pro­non­çais les mots à voix basse, « je ne sais pas », et seule­ment alors me disais : « Tiens, voi­là que je les ai pro­non­cés encore ! », et cela, chaque soir ? N’est-ce pas plu­tôt que, une fois, les pro­non­çant, me sur­pre­nant les pro­non­çant, j’ai pen­sé – j’ai pen­sé d’abord « Mais qu’est-ce qu’il me prend ? » : je ne bat­tais pas, en effet, à tel point la cam­pagne que je n’eusse conscience à tout le moins d’une bizar­re­rie ; et ensuite seule­ment : « Qui plus est, il me semble bien que ce n’est pas la pre­mière fois. » Mais com­bien de fois ?…

  • Danielle Mémoire ⋅ Noms, pré­noms, titres et sobriquets

    Oui, c’est le mar­quis, je pense, de qui le cer­veau, de même que le mien, se voit équi­pé de ce que le mar­quis, donc, appelle un sur­veillant de som­meil. Le sur­veillant de som­meil est mis en acti­vi­té sitôt que le mar­quis s’est lui-même mis au lit. Le mar­quis lit dans son lit (force lui est, au demeu­rant, de consta­ter que ce n’est plus jamais que dans son lit qu’il lit), et le sur­veillant de som­meil est, prin­ci­pa­le­ment, un sur­veillant de lec­ture, quoiqu’il puisse aus­si, mais de moins en moins fré­quem­ment pour celui qui nous occupe, fonc­tion­ner en mode de surveillance…