Quelles qu’en soient les raisons, les bonnes, les mauvaises, les gravement soupçonnables, les hautement condamnables, quoique ne parlant que de moi ou, du moins, qu’à partir de moi, je n’ai pas envie de parler de moi. J’ai, dès l’enfance, accordé une attention démesurée, moins toutefois à ma personne qu’à la question de savoir quelle attention il convenait que j’accordasse à ma personne. J’ai, conjointement, accordé mon attention moins à mes vêtements qu’à la question de savoir quelle attention il convenait que j’accordasse à mes vêtements. J’ai, par la suite, résolu de la sorte, l’une et l’autre de ces questions : il convient…
Dernière en grec (septième ex æquo). Devant ma honte, ma stupeur. Je n’avais donc jamais eu honte ? J’avais vu la honte des autres, je les avais vus être en situation honteuse. Et maintenant, mon tour était venu. La douleur, toutefois – c’était la douleur qui m’étonnait : que ce fût une douleur, et qu’elle montât en moi, fût en moi, fût moi, au lieu que je m’étais attendue à porter ma honte comme un vêtement peu seyant. L’expérience, disons, des chaussettes hautes (beaucoup de jeunes filles, à l’âge que j’avais alors, portaient des bas) : je réprouvais qu’on condamnât quelqu’un à…
Certaine manière quasi de délire et, en tout cas, de ridicule consiste en le développement d’objections telles qu’elles ne viendraient à l’esprit de personne, du moins lisant (et écrivant – personne n’irait écrire cela), en telle sorte que l’on peut se permettre de passer outre, et même qu’on le doit ; néanmoins l’objet de ces objections est, c’est à savoir le plus souvent un illogisme dans l’énoncé, l’inaperçue capacité d’illogisme des énoncés. En ce sens, mes objections sont parfaitement sérieuses, elles sont même terrifiantes, et elles constituent – en effet, elles se répètent – une large part de ma difficulté d’écrire.…
Nous parlions de l’ignorance ; aussi, d’un savoir obscur ; du sang, et comment, une fois appris qu’il circule, c’est continûment, obscurément, qu’on le perçoit circuler ; de ce chuintement aux oreilles lorsqu’on les bouche ; du cour, et comme on l’entend battre, la nuit, ces coups sourds, dans le silence de la campagne ; du corps en général ; de son unité, de son morcellement, de ses débris.…
L’intérêt, pourtant, qu’il y a, non négligeable, tant s’en faut, à passer des nuits très courtes, c’est que, à la condition qu’il ne soit pas prévu de rendez-vous après le déjeuner, l’on a désormais un but dans la vie : la sieste. C’est dans la pensée de la sieste, en outre, qu’au cours d’une matinée certes s’étirant, mais enfin moins que n’eût fait, succédant à la nuit longue, le jour entier, et malgré les effets de la fatigue qu’il se peut bien que l’on ressente, l’on s’adonnera à quelque tâche louable : repeindre une à deux fenêtres, apprendre quelques mots d’une langue…
Est-ce que je tendais la main vers l’interrupteur, prononçais les mots à voix basse, « je ne sais pas », et seulement alors me disais : « Tiens, voilà que je les ai prononcés encore ! », et cela, chaque soir ? N’est-ce pas plutôt que, une fois, les prononçant, me surprenant les prononçant, j’ai pensé – j’ai pensé d’abord « Mais qu’est-ce qu’il me prend ? » : je ne battais pas, en effet, à tel point la campagne que je n’eusse conscience à tout le moins d’une bizarrerie ; et ensuite seulement : « Qui plus est, il me semble bien que ce n’est pas la première fois. » Mais combien de fois ?…
Oui, c’est le marquis, je pense, de qui le cerveau, de même que le mien, se voit équipé de ce que le marquis, donc, appelle un surveillant de sommeil. Le surveillant de sommeil est mis en activité sitôt que le marquis s’est lui-même mis au lit. Le marquis lit dans son lit (force lui est, au demeurant, de constater que ce n’est plus jamais que dans son lit qu’il lit), et le surveillant de sommeil est, principalement, un surveillant de lecture, quoiqu’il puisse aussi, mais de moins en moins fréquemment pour celui qui nous occupe, fonctionner en mode de surveillance…