• Novalis ⋅ « Monologue » ⋅ Œuvres com­plètes 17 05 18

    Tout bon­ne­ment ahu­ris­sante est l’erreur ridi­cule des gens qui se figurent par­ler pour les choses elles-mêmes. Mais le propre du lan­gage, à savoir qu’il n’est tout uni­ment occupe que de soi-même, tous l’ignorent. C’est pour­quoi le lan­gage est un si mer­veilleux mys­tère et si fécond : que quelqu’un parle tout sim­ple­ment pour par­ler, c’est jus­te­ment alors qu’il exprime les plus magni­fiques véri­tés. Mais qu’il veuille au contraire par­ler de quelque chose de pré­cis, voi­là tout aus­si­tôt la langue mali­cieuse qui lui fait dire les pires absur­di­tés, les bourdes les plus gro­tesques. Aussi est-ce bien de là que vient la haine que…

  • Novalis ⋅ « Fragments logo­lo­giques » 23 11 17

    La poé­sie élève chaque indi­vi­du à la tota­li­té à tra­vers une opé­ra­tion de connexion qui lui est propre – et si la phi­lo­so­phie, par sa juris­pru­dence, pré­pare le monde à l’influence des idées, alors la poé­sie est pour ain­si dire la clé de la phi­lo­so­phie, son but et sons sens. Car la poé­sie fonde la belle socié­té – la famille uni­ver­selle – la belle ordon­nance de l’univers.…

  • Novalis ⋅ « Fragments logo­lo­giques »

    Pendant que la phi­lo­so­phie aug­mente les forces de l’individu à tra­vers le Système et l’Etat, en lui com­mu­ni­quant les forces de l’humanité et de l’univers, et en trans­for­mant ain­si la tota­li­té en organe de l’individu, et l’individu en organe de la tota­li­té, la poé­sie réa­lise la même opé­ra­tion au niveau de la vie. L’individu vit dans la tota­li­té et la tota­li­té dans l’individu. La poé­sie engendre la sym­pa­thie supé­rieure et la coac­ti­vi­té, la com­mu­nion intime du fini et de l’infini.…

  • Novalis ⋅ « Fragments logo­lo­giques »

    De la même façon que le peintre voit les objets visibles avec d’autres yeux que ceux de l’homme com­mun – le poète découvre les évé­ne­ments du monde exté­rieur et inté­rieur d’une tout autre manière que les hommes ordi­naires. Mais en véri­té l’art du peintre est aus­si auto­nome que celui du musi­cien, et dépend tota­le­ment de condi­tions a priori.…

  • Novalis ⋅ « Fragments logo­lo­giques »

    Presque chaque homme est déjà artiste à un degré infime – il voit ce qu’il tire de lui-même et non ce qui lui vient du dehors – il sent ce qu’il tire de lui-même et non ce qui lui vient du dehors. La grande dif­fé­rence consiste en ceci : l’artiste a ani­mé dans ses organes le germe de la vie auto­poé­tique – il a aug­men­té l’excitabilité de ceux-ci dans leur lien avec l’esprit, et il est ain­si en mesure de dif­fu­ser à tra­vers ces mêmes organes les idées qu’il désire – sans sol­li­ci­ta­tion exté­rieure – de les uti­li­ser tels des outils…

  • Novalis ⋅ « Fragments logo­lo­giques »

    Nous avons de nom­breux exemples d’hommes qui ont atteint une maî­trise totale sur des par­ties du corps habi­tuel­le­ment indé­pen­dantes de la volon­té. De cette manière, cha­cun devien­dra son propre méde­cin et déve­lop­pe­ra un sen­ti­ment du corps com­plet, cer­tain et exact, l’homme devien­dra véri­ta­ble­ment indé­pen­dant de la nature, peut- être même en mesure de res­tau­rer des membres per­dus, de se tuer par un simple acte de volon­té, et ain­si il attein­dra un vrai savoir sur le corps, l’âme, le monde, la vie, la mort et le monde spi­ri­tuel. Alors, il ne dépen­dra peut-être que de lui d’animer quelque matière, il forcera…

  • Novalis ⋅ « Fragments logo­lo­giques » ⋅ Œuvres com­plètes 01 01 21

    Penseur brut, dis­cur­sif, voi­là le sco­las­tique. Un mys­tique de la sub­ti­li­té, tel est le vrai sco­las­tique. Il construit son uni­vers d’atomes logiques : il abo­lit toute nature vivante pour lui sub­sti­tuer un ouvrage arti­fi­ciel de la pen­sée. Son but est un auto­mate infi­ni. Son oppo­sé est le poète brut, intui­tif, qui est, lui, un macro­logue mys­tique. Il hait la règle et la forme fixe : c’est la vie sau­vage, énorme et puis­sante qui règne dans la nature, et y est en ani­ma­tion. Pas de loi nulle part – caprice et miracle par­tout. Il est pure­ment dyna­mique. Der rohe, dis­cur­sive Denker ist der…

  • Novalis ⋅ « Fragments logo­lo­giques » ⋅ Œuvres com­plètes

    Vraiment phi­lo­so­pher entiè­re­ment est donc un vol de migra­tion qu’on fait ensemble vers un monde aimé, un vol au cours duquel on se détache à tour de rôle au pre­mier poste de pointe, celui qui rend néces­saire le plus gros effort contre l’élément hos­tile dans lequel on vole. Achtes Gesammtphilosophiren ist also ein gemein­schaft­li­cher Zug nach einer gelieb­ten Welt – bey wel­chem man sich wech­sel­sei­tig im vor­ders­ten Posten, wel­cher die meiste Anstrengung gegen das widers­tre­bende Element, worinn man fliegt, nöthig macht, ablößt.…

  • Novalis ⋅ « Fragments logo­lo­giques » ⋅ Œuvres com­plètes

    L’énergie est la matière des matières. L’âme l’énergie des éner­gies. L’esprit est l’âme des âmes. Dieu est l’esprit des esprits. Kraft ist die Materie der Stoffe. Seele die Kraft d[er] Kräfte. Geist ist die Seele der Seelen. Gott ist der Geist der Geister.…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Ce que sont à la logo­lo­gie les phi­lo­so­phies qu’on a faites jusqu’à pré­sent, les poé­sies qu’on a faites jusqu’à pré­sent le sont à la poé­sie qui doit et qui va venir. Les poé­sies ont eu jusqu’à main­te­nant presque toutes un effet dyna­mique ; la future poé­sie trans­cen­dante se pour­ra dire orga­nique. Sitôt qu’on l’aura décou­verte, on s’apercevra que tous les authen­tiques poètes de jadis avaient, à leur insu, poé­ti­sé orga­ni­que­ment. Mais le fait qu’ils n’aient pas eu conscience de le faire a eu sur tout l’ensemble de leurs œuvres une influence essen­tielle, tant et si bien qu’elles ne furent vrai­ment poétiques…

  • Novalis ⋅ Œuvres com­plètes ⋅ résu­mé de la doc­trine de John Brown (1735–1788) par Armel Guerne

    Les êtres vivants ne se dis­tinguent des corps orga­niques que par la pro­prié­té qu’ils ont d’être exci­tés. Les agents de cette exci­ta­tion du corps vivant sont : ou bien a) l’air, les ali­ments, les objets exté­rieurs, le sang et les fluides sécré­tés dans le corps ; ou bien b) cer­taines fonc­tions du corps comme les contrac­tions mus­cu­laires, l’action céré­brale due aux sen­sa­tions, à la pen­sée, aux pas­sions, etc. Ces divers agents consti­tuent les puis­sances inci­tantes, et la fonc­tion qu’ils mettent en jeu se nomme l’inci­ta­bi­li­té. Quant à l’incitation, c’est le pro­duit de l’action des puis­sances inci­tantes sur l’incitabilité. La vie dépend donc…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes 02 01 21

    Je me sais tel que je me veux, et je me veux tel que je me sais moi-même : parce que je veux ma volon­té, parce que je veux abso­lu­ment. En moi sont donc par­fai­te­ment unis connais­sance et volon­té. Comme je veux encore per­ce­voir en par­ti­cu­lier ma volon­té, mon acte, – je remarque aus­si que j’ai une volon­té, que je puis faire quelque chose sans le savoir, et mieux encore, que je puis même connaître et savoir sans l’avoir vou­lu. Ich selbst weis mich, wie ich mich will und will mich, wie ich mich weis — weil ich mei­nen Willen will — weil ich abs[olut]…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Tout homme qui se tient à l’écart, tout indi­vi­du qui s’isole et qui a l’air habi­tuel­le­ment affec­té, eh bien, c’est quelqu’un chez qui s’anime un prin­cipe. Le com­por­te­ment qui n’est pas natu­rel est sym­to­ma­tique d’une maxime frois­sée. L’indépendance, l’originalité doit conu­nen­cer par être affec­tée. Toute morale com­mence (d’une manière) affec­tée. Elle impose l” l”  »affec­ta­tion ». Tout com­men­ce­ment est mal­adroit. Jeder sich abson­dernde, gewöhn­lich affec­tirt schei­nende Mensch ist denn doch ein Mensch, bey dem sich ein Grundsatz regt. Jedes unnatür­liche Betragen ist Symptom einer anges­choss­nen Maxime. Selbstständigkeit muß affec­tirt anfan­gen. Alle Moral fängt affec­tirt an. Sie gebie­tet Affectation. Aller Anfang ist ungeschickt.…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes 05 01 21

    Mais une idée ne se laisse pas inclure ou enfer­mer dans un pro­pos, dans une phrase. Une idée est une série infi­nie de pro­pos : une gran­deur irra­tion­nelle, infor­mable, incom­men­su­rable. Aber eine Idee läßt sich nicht, in einen Satz fas­sen. Eine Idee ist eine unend­liche Reihe von Sätzen — eine irra­tio­nale Größe — unsetz­bar (musik[alisch]) — incommensurabel.…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Il n’y a pas de tem­pé­ra­ment pur. Tout tem­pé­ra­ment est un mélange – qui est alté­ré, ou qui a pris de mau­vaises habi­tudes. Un tem­pé­ra­ment pur serait une mala­die per­ma­nente. Es giebt kein reines Temperament. Jedes Temperament ist gemi­scht — und nur ver­dor­ben, oder verwöhnt. Ein reines Temperament wäre eine per­ma­nente Kranckhieit.…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Les gens ne savent pas eux-mêmes, pour la plu­part, com­bien ils sont inté­res­sants en véri­té, ni com­bien ce qu’ils disent l’est aus­si. La des­crip­tion, le por­trait authen­tique de ce qu’ils sont, le rele­vé exact et l’annotation de leurs propres paroles les lais­se­raient dans la plus grande stu­pé­fac­tion sur eux-mêmes et les aide­rait à décou­vrir en eux un uni­vers abso­lu­ment nou­veau. Die Meisten wis­sen selbst nicht, wie inter­res­sant sie wir­ck­lich sind, was sie wir­ck­lich für inter­res­sante Dinge sagen. Eine ächte Darstellung Ihrer Selbst — eine Aufzeichnung und Beurtheilung ihrer Reden würde sie über sich selbst in das höchste Erstaunen set­zen und…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Le corps est pour ain­si dire la chaîne néga­tive que l’esprit laisse traî­ner à terre afin d’en être lui-même plus acti­ve­ment effi­cace. Es ist gleich­sam die nega­tive Kette, die er auf den Boden hera­bläßt, um des­to thä­ti­ger und wirck­sa­mer zu werden…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Qu’est-ce que la nature ? – Un index ou le plan ency­clo­pé­dique et sys­té­ma­tique de notre esprit. Pourquoi vou­loir se conten­ter du seul registre de nos tré­sors ? Allons les visi­ter nous-mêmes, amé­na­geons-les et usons-en nous-mêmes de diverses manières. […] Tout nous paraît affluer sur nous du dehors parce que nous ne débor­dons pas nous-mêmes à l’extérieur. C’est parce que nous le vou­lons que nous sommes néga­tifs : plus nous deve­nons posi­tifs, plus le monde autour de nous devient néga­tif jusqu’à ce qu’à la fin il n’y ait plus de néga­tion, mais que nous soyons tout en tout. Dieu veut des dieux. Was ist die…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes 06 01 21

    Une défi­ni­tion est un nom effec­tif ou géné­ra­teur. Le nom com­mun n’est guère qu’une note. Eine Definition ist ein rea­ler, oder gene­ri­ren­der Name. Ein gewöhn­li­cher Namen ist nur eine Nota.…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Le sen­ti­ment du sen­ti­ment est déjà sen­sa­tion ; sen­sa­tion de la sen­sa­tion, et ain­si de suite. Chacune des par­ties du corps peut avoir toutes les mala­dies aux­quelles sont sujettes les autres par­ties. Gefühl des Gefühls ist schon Empfindung — Empfindung der Empindung — u. s. fort. Jedes Glied des Körpers ist aller Kranckheiten fähig, denen eins sei­ner Mitglieder unter­wor­fen ist.…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Nos États ne sont guère, comme ins­ti­tu­tions juri­diques, que des dis­po­si­tifs de défense. Des ins­ti­tu­tions édu­ca­tives, des socié­tés artis­tiques, des aca­dé­mies, – voi­là ce qu’ils ne sont mal­heu­reu­se­ment pas, ou si peu ! À ce manque, il faut donc que les hommes sup­pléent encore par des coa­li­tions pri­vées. Les ins­ti­tu­tions poli­cières défaillantes aus­si, il faut qu’on cherche à les rem­pla­cer par des alliances par­ti­cu­lières. Unsre Staaten sind fast nichts als recht­liche Institute — nur Defenszorcsanstalten. Erziehungsinstitute — Academieen — und Kunstgesellschäften sind es lei­der nicht, wenig­stens sehr man­gel­haft. Dis müs­sen die Menschen also noch durch besondre Coalitionen sup­pli­ren. Auch feh­lende Politzeyanstalten sollte…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    Tout ce qui se fait invo­lon­tai­re­ment doit être trans­for­mé et se faire volon­tai­re­ment. Alles Unwillkührliche soll in ein Willkührliches ver­wan­delt werden.…

  • Novalis ⋅ « Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » ⋅ Œuvres com­plètes

    144. L’hypocondrie est une mala­die très extra­or­di­naire. Il y a la petite hypo­con­drie et la noble. C’est à par­tir de là qu’il faut essayer d’entrer de force dans l’âme. (D’autres mala­dies men­tales.) 369. L’hypocondrie fraye la voie à la connais­sance de soi quant au corps, à la maî­trise de soi, l’auto-domination et l’auto-vivification. 393. Hypocondrie abso­lue. Il fau­dra que l’hypocondrie devienne un art, une péda­go­gie. 484. L’hypocondrie est une ima­gi­na­tion patho­lo­gi­sante, atta­chée à la foi en la réa­li­té de ses pro­duc­tions, de ses phan­tasmes. Hypochondrie ist eine sehr mer­ckwür­dige Kranckheit. Es giebt eine kleine und eine erha­bene Hypochondrie. Von hier…