• Mario Perniola ⋅ « IV. Descartes et la chose sentante » ⋅ Le sex-appeal de l’inorganique 31 01 26

    Dire que la chose est « toute nue » est cepen­dant trom­peur car cela signi­fie encore une fois faire pré­va­loir les exi­gences du connaître sur celles du sen­tir, expri­mer un soup­çon pré­ju­di­ciable sur ce qui est exté­rieur, pré­tendre trou­ver la véri­té nue sous les appa­rences men­son­gères. Du point de vue du sen­tir, la chose est plu­tôt habits que nudi­té. Elle est sem­blable à « ces cha­peaux » et à « ces man­teaux » qui, pour Descartes, « pour­raient cou­vrir des spectres ou des hommes feints qui ne se remuent que par res­sorts ». Mais il nous faut ici aban­don­ner Descartes à ses esprits et ses machines : c’est sur…

  • Mario Perniola ⋅ « V. Devenir vêtement étranger » ⋅ Le sex-appeal de l’inorganique

    Le corps dont fait l’expérience la sexua­li­té neutre n’est pas une machine, mais un vête­ment, une chose. Il est fait d’une mul­ti­tude de types de tis­sus super­po­sés et entre­croi­sés. Se don­ner comme une chose sen­tante signi­fie deman­der que les tis­sus qui consti­tuent le corps de son par­te­naire viennent se mêler à ses propres tis­sus pour créer une exten­sion unique dans laquelle on voyage durant des heures et des jours. Prendre une chose sen­tante signi­fie deman­der que ses propres habits soient accueillis par­tout et tou­jours, au point de ne plus être recon­nus par soi-même ni par son propre par­te­naire comme appartenant…

  • Mario Perniola ⋅ « VIII. Sadisme et sex-appeal de l’inorganique » ⋅ Le sex-appeal de l’inorganique

    Il serait néan­moins erro­né de consi­dé­rer la sexua­li­té neutre comme une rela­tion réci­proque de pos­ses­sion et d’esclavage où les par­te­naires s’offrent alter­na­ti­ve­ment l’un à l’autre dans un acte de sou­mis­sion abso­lue et incon­di­tion­nelle. Pour péné­trer le ter­ri­toire ano­nyme et imper­son­nel des choses sen­tantes, il faut savoir dire « fais de moi ce que tu veux » et être trans­por­té par une irré­sis­tible exci­ta­tion à l’idée d’assister à la trans­for­ma­tion de la per­sonne qui fré­mit et pal­pite dans vos bras en une enti­té inerte et opaque, qui est pour­tant suf­fi­sam­ment récep­tive et sen­sible pour per­ce­voir la plus infime caresse, le plus imper­cep­tible baiser,…

  • Mario Perniola ⋅ « VIII. Sadisme et sex-appeal de l’inorganique » ⋅ Le sex-appeal de l’inorganique

    À par­tir du moment où le per­son­nage sadique prend l’aspect de l’infirmière, de la nonne, de l’assistante qui calme la dou­leur et le mal de vivre, nous entrons dans la dimen­sion la plus pro­fonde et inquié­tante du monde sadique. Celui-ci devient en effet le dis­pen­sa­teur non plus d’une dou­leur posi­tive, et encore moins d’une jouis­sance posi­tive, mais d’un récon­fort, d’un remède qui ne gué­rit pas mais sou­lage, atté­nue et tem­père le sup­plice infi­ni de l’existence. De fait, si la vie est souf­france, le fait d’être par­ve­nu à trou­ver et à entraî­ner avec vous quelqu’un qui soit dis­po­sé à vous couper…

  • Mario Perniola ⋅ « IX. Cybersexe philosophique » ⋅ Le sex-appeal de l’inorganique

    La sexua­li­té neutre peut être consi­dé­rée comme une expé­rience vir­tuelle, un cyber­sexe, mais pas au sens com­mu­né­ment admis d’une expé­rience illu­soire de sexua­li­té qui, grâce à la tech­no­lo­gie (casques, gants, com­bi­nai­sons), est vécue comme réelle. Cette inter­pré­ta­tion de la vir­tua­li­té est trop dépen­dante d’une soi-disant nor­ma­li­té sexuelle. Nous ne com­men­çons à entrer dans la pro­blé­ma­tique de la sexua­li­té vir­tuelle que du moment où nous nous deman­dons com­ment il est pos­sible de sus­ci­ter n’importe quand et de main­te­nir un temps indé­ter­mi­né l’excitation sexuelle, en la sous­trayant au cycle natu­ra­liste du désir-orgasme-relâ­che­ment. La vir­tua­li­té n’est pas une simu­la­tion, une imi­ta­tion, une mimesis…

  • Mario Perniola ⋅ « XII. Des corps comme des vêtements » ⋅ Le sex-appeal de l’inorganique

    Le sen­sua­lisme spi­ri­tua­liste des par­ti­sans actuels de la cor­po­réi­té n’est pas dif­fé­rent des émois dévots des âmes pieuses : les uns comme les autres ignorent l’expérience de la chose, des vête­ments, du corps en tant que vête­ment. Un ani­mal ne sent pas d’une manière très dif­fé­rente d’un ange. Les cha­leurs d’une bête en rut, la fer­veur ardente d’un dévot et le goût raf­fi­né d’un esthète se rejoignent dans le fait de se trou­ver du côté de l’expérience vécue et non de celle de la chose sen­tante. La véri­table oppo­si­tion ne réside pas entre âme et corps, mais entre vie et vêtement.…