• Nathalie Quintane ⋅ « Une par­tie de l’extrême gauche lit davan­tage de littérature » 07 04 18

    Je ne suis pas une intel­lec­tuelle enga­gée. Je suis poète. Je remarque tout ce qui sen­si­ble­ment me heurte, me capte, m’arrête. Je remarque qu’on a pas­sé une jour­née de pro­cès à regar­der des vidéos, c’est tout. Je n’ai pas de thèse à défendre. Je ne viens pas véri­fier ce que je sais déjà, parce que je ne sais rien avant de l’avoir écrit. Je n’ai rien à apprendre à qui que ce soit, ni sur Jeanne d’Arc, ni sur les classes moyennes – sur les­quelles j’ai pour­tant écrit deux petits livres parus chez P.O.L. Je crois sim­ple­ment que ma place…

  • Nathalie Quintane ⋅ « Pain d’é­pice » ⋅ Ultra-Proust 08 04 18

    Le « tra­vail de la langue » est une chose absurde quand on ne com­prend pas qu’il ne se réduit pas à lui-même comme objet d’auto-contemplation ; ou plu­tôt, quand on l’a oublié. Baudelaire n’a pas écrit les Petits Poèmes en Prose pour « révo­lu­tion­ner le lan­gage poé­tique » et coif­fer Gautier au poteau ; la rage conte­nue qu’il y met, y com­pris à l’égard de lui-même, prouve assez qu’il enten­dait lit­té­ra­le­ment faire déchan­ter le second Empire.…

  • Nathalie Quintane ⋅ « Pain d’é­pice » ⋅ Ultra-Proust

    L’importance des cor­rec­tions, chez Proust, ne tient pas seule­ment à son per­fec­tion­nisme, ou au fait que, « quelque part », il se sen­tait incor­rect, ou pas assez juste dans sa langue, mais révèle à mon sens un trait de la moder­ni­té dont sa syn­taxe se sai­sit dans cette façon d’approcher en spi­rale, pro­gres­si­ve­ment, son objet, en recu­lant et en y reve­nant tour à tour, dans une épa­nor­those éten­due à tout un livre, et qui consiste à reprendre ce qu’on vient de poser pour le refor­mu­ler. Il y a aus­si comme un filet où se nouent, chez ce roi de la pun­chline, toutes…

  • Nathalie Quintane ⋅ « Le der­nier chorégraphe » ⋅ Ultra-Proust

    Tant que les écri­vains fran­çais ne s’auto-provinçialiseront pas, et tant que la France ne sera pas sa propre pro­vince et celle de tous les autres pays, nous ne pour­rons nous sau­ver de cette sorte par­ti­cu­lière de bêtise que nous nom­mons l’intelligence.…

  • Nathalie Quintane ⋅ « Le der­nier chorégraphe » ⋅ Ultra-Proust

    Cette idée lyser­gique de la liber­té est assez éloi­gnée du trio dit « répu­bli­cain » et de son ori­gine révo­lu­tion­naire pour que l’auteur bétonne concep­tuel­le­ment son écho prous­tien : « [S’emparer de la pers­pec­tive], c’est rompre le par­tage entre ceux qui sont sou­mis à la néces­si­té du tra­vail des bras et ceux qui dis­posent de la liber­té du regard. (…) [Cette appro­pria­tion esthé­tique] défi­nit la consti­tu­tion d’un autre corps qui n’est plus « adap­té » au par­tage poli­cier des places, des fonc­tions, et des com­pé­tences sociales. »…

  • Nathalie Quintane ⋅ Antonia Bellivetti 09 04 18

    Qu’est-ce que l’entêtement ? C’est res­ter au soleil alors qu’on sent déjà le gré­sille­ment des brû­lures. C’est man­ger encore un car­ré de cho­co­lat alors que cho­co­lat ne désigne plus qu’une pâte sucrée qui tapisse ma gorge. C’est déchi­rer un papier en pen­sant ain­si faire dis­pa­raître ce qui est écrit, ou mieux : faire en sorte que cela n’ait jamais été écrit. C’est ne pas se cou­vrir alors qu’il fait froid parce qu’on a déci­dé qu’il fait chaud. C’est for­cer son chien à por­ter des lunettes de soleil dans le seul but de prendre une pho­to. C’est refu­ser d’organiser un pique-nique parce qu’on…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins 23 11 18

    Il est pos­sible que l’habileté et la bonne humeur du nou­veau gou­ver­ne­ment quel que soit le nou­veau gou­ver­ne­ment, à condi­tion qu’il soit cau­te­leux et assu­ré, forme enfin un adver­saire com­pact et lisible, parce qu’il vient après les autres qui nous ont fati­gués, parce qu’il parade sans rete­nue mais sans arro­gance spé­ciale, n’ayant jamais à vaincre puisque tou­jours gagnant, et parce que de mémoire, qui n’est pas une mémoire d’homme, il n’a plus sou­ve­nir d’avoir vu ni enten­du pour de vrai ces gens dont il pense que tant qu’ils auront des kebabs ils ne se révol­te­ront pas. De fait, le motif…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins

    en France, pays où cha­cun-cha­cune est ponc­tuel­le­ment capable de se chan­ger en Compagnie répu­bli­caine de Sécurité le cas échéant, si besoin est, à l’occasion…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins

    Que des gênés aux entour­nures, et pas des révo­lu­tion­naires paten­tés, puissent à la fois foutre le zbeul et cal­cu­ler leur rage, gérer un biz et cal­li­gra­phier de la ban­de­role, livrer des piz­zas tout habillés de noir, covoi­tu­rer pour trente euros et faire des molo­tov (etc.), c’est une perspective.…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins

    Par Histoire, nous enten­dons les évé­ne­ments qui sont mis en récit (en his­toires). On raconte que les récits ou filtrent forment une telle croûte par leur nombre qu’on n’aurait plus accès qu’à cette croûte, et que nous serions tous, tels que nous sommes, pris dans la croûte jusqu’à pour­quoi pas être la croûte même. Le voca­bu­laire plante des points de capi­ton dans l’épaisseur comme Chemoule plante ses griffes dans ma tête le matin. On ne déleste pas le voca­bu­laire pour un oui pour un non ; c’est lui qui nous fait ça.…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins

    Quelque chose a pris de mars à juin, c’est indé­niable, je m’en sou­viens – car deux mois de plus ont suf­fi à don­ner à ce tiers de l’année le tour incer­tain du sou­ve­nir et de la « lit­té­ra­ture ». C’est ce qui lave le mieux l’intensité poli­tique, me dis-je en sep­tembre, mois des romans et d’une panique légère à la pers­pec­tive de ne pas y arri­ver (tout faire dans les temps).…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins

    La lit­té­ra­ture est un bon com­plé­ment pour com­pen­ser ce han­di­cap ; ou mieux : la poé­sie. La conden­sa­tion et la com­po­si­tion à l’œuvre dans un cer­tain genre de poé­sie per­mettent pour ain­si dire l’exposition (exhi­bi­tion, en anglais) des capa­ci­tés de son cer­veau. Comment peut-on pen­ser tant de choses à la fois et si bien les com­pres­ser, et si bien les ordon­ner ? se demande-t-on par­fois, à la lec­ture ou à l’audition de poèmes. Quand Baudelaire écrit que « la poé­sie n’a pas d’autre but qu’elle-même », il veut dire qu’elle n’a d’autre but que celui de me rendre lisibles, c’est-à-dire visibles, les capa­ci­tés de mon…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins

    Les anti-rép., eux, sont des artistes ; des artistes dra­ma­tiques, par exemple. Ils ne sont pas vêtus en tous-les-jours, ou leur mise est soi­gnée, cal­cu­lée : le noir et sa sym­bo­lique dominent ; c’est aus­si une cou­leur qui affine, min­cit, rend élé­gant. Je suis le téné­breux, le veuf, l’inconsolé. La capuche qui couvre leur tête et dis­si­mule leur visage leur donne du mys­tère. Le prince d’Aquitaine à la tour abo­lie. Les choses qu’ils lancent les changent en dan­seurs. Ma seule étoile est morte. Les gestes qu’ils font appar­tiennent à une cho­ré­gra­phie réper­to­riée, pho­to­gra­phiée, archi­vée, mon­trée dans les musées. Et mon luth constel­lé. Cette…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins

    Donc, des phrases simples. Pour une rai­son simple : c’est qu’un ter­rain, c’est quand on parle, et que l’idée qu’on se fait de la parole, c’est que c’est moins com­pli­qué que l’écrit, et du coup quand on la retrans­crit, et qu’on s’aperçoit qu’entre les répé­ti­tions, les digres­sions et les hési­ta­tions, c’est incom­pré­hen­sible, on te net­toie tout ça, on éclair­cit, on puri­fie, pour abou­tir à des phrases, je disais, simples, sym­pa­thiques – au fond, oui, c’est ça, sym­pa­thiques. Des phrases qu’on se ver­rait bien dire soi-même, illi­co, la lec­ture « silen­cieuse » se dou­blant d’une lec­ture à voix haute in pet­to (on s’entend lire…

  • Nathalie Quintane ⋅ Un œil en moins

    Peut-on écrire sans pro­to­cole ? Peut-on d’ailleurs man­ger sans pro­to­cole ? Se bala­der dans une ville sans pro­to­cole et sans qu’on vous donne un sand­wich quand vous êtes noir ? N’importe quoi, peut-être, mais pas n’importe comment.…

  • Nathalie Quintane ⋅ Crâne chaud 23 11 13

    six ans où presque tout ce que j’avais pu faire et dire, seule ou avec d’autres, avait été dou­blé par la pen­sée de cet homme, si bien qu’à l’époque le moindre détail était salo­pé par cette pen­sée […] une pen­sée exclu­si­ve­ment concen­trée sur un seul sujet, aucun autre sujet et aucun autre objet n’ayant la pos­si­bi­li­té de vivre là-dedans plus de cinq secondes ; mon corps inté­gra­le­ment, depuis mes doigts de pied jusqu’à mes che­veux, était rétrac­té à l’intérieur d’un dis­cours en boucle, c’est-à-dire d’une boucle qui tour­nait sans inter­rup­tion même la nuit – je rêvais, c’était lui ; je me levais…

  • Nathalie Quintane ⋅ J’adore apprendre plein de choses 09 05 21

    – Il arrive, il est là. – Il est en cos­tume. – C’est un adulte. – Bien sûr. Dans cette ins­ti­tu­tion, il n’y a que des adultes. – Vous m’étonnez. – Vous croyez que des gosses seraient capables de res­ter assis sept heures par jour ? – Vous avez rai­son, je n’y avais pas pen­sé. Donc il est en cos­tume ; cos­tume-cos­tume ? – Légèrement relâ­ché. Velours prune. Et une mou­moute. – Une mou­moute ? – Cheveux gri­son­nants qui fri­sottent, ce sont les siens. Il y a, dans sa coif­fure, une façon d’authenticité social-démo­crate. – Il y a une authen­ti­ci­té social-démo­crate. Il y a, dans la…

  • Nathalie Quintane ⋅ J’adore apprendre plein de choses

    – Qu’est-ce qui fait un bon cours magis­tral, comme ici ? Je dirais que ce qui fait un bon cours magis­tral, c’est d’abord un cli­mat d’hostilité. Si le public est d’avance conquis, si aucune dis­tance ne se creuse entre ce qui sera dit et ce qu’on est dans l’attente d’en-tendre (et je ne parle pas là de sur­prise, je ne parle pas là d’offrande), alors nous demeu­rons dans la flat­te­rie, flat­tons, c’est cette flat­te­rie qui foca­li­se­ra notre atten­tion et non ce qu’elle dit (ou elle plus net­te­ment que ce qu’elle dit). Ici, en ce moment, ce n’est pas l’empathie qu’il faut…

  • Nathalie Quintane ⋅ Grand ensemble 04 12 16

    MAQUIS Les mili­taires pensent et agissent d’un coup. C’est : lit­té­ra­ture. Ils ne nous donnent pas que des titres pra­tiques ou un lexique mais, en douce, des modèles tac­tiques, cepen­dant que nous fai­sons nos décou­pages et nos col­lages avec fuck war. Cependant que nous fai­sons nos décou­pages et nos col­lages avec fuck war, nous pen­sons comme des mili­taires ou des avants-centres. D’autre part, il ne vaut pas mieux s’imaginer le foot­ball maro­cain por­teur de traits typi­que­ment maro­cains : n’allez pas vous ima­gi­ner des choses. N’allez pas vous ima­gi­ner des choses, disait Cervantès, disaient Patrice Lumumba et Jimmy Durham. Ici n’est pas le…

  • Nathalie Quintane ⋅ Grand ensemble

    FAUX BARRAGE 16 : docu­men­taire À par­tir d’un moment qu’on peut nom­mer X par un sou­ci d’hommage à la pré­pon­dé­rance des sciences quel que soit le domaine réfé­ré à comp­té du moment X le docu­men­taire gagne qui n’est pas la docu­men­ta­tion le docu­men­taire gagne défilent des séries de têtes d’anciens com­bat­tants tous assis d’anciens appe­lés rap­pe­lés figures his­to­riques et fel­lags pré­sen­tés en mouches d’un tract dis­tri­bué mon­trant un fell-mouche, fell-sau­te­relle X arrive et tout sou­dain l’archive accable comble des groupes entiers de mer­ci mon adju­dant 0,5 % au regard de la guerre – je veux dire la guerre de 40 – de sol­dats alle­mands désertant…

  • Nathalie Quintane ⋅ Tout va bien se passer 23 12 23

    Elle lévite, à demi cou­chée, dans une brume bleue ou un tis­su bleu ou un tis­su de brume, un bras bran­di et mou à la fois, relâ­ché mais puis­sant, pla­cide. Le bras bran­di découvre l’aisselle rou­quine. C’est une rou­quine. On dit véni­tienne, sous Napoléon III. Vénitienne, c’est une blonde rou­quine, que j’ai moi-même du mal à ima­gi­ner sur le papier. Si je me rends dans­la réa­li­té, à la recherche d’une blonde rou­quine ou d’un blond rou­quin que j’aurais ren­con­trés, je ne vois per­sonne ; ils sont soit blonds, soit roux, soit auburn. Après, le fait de l’avoir vu copié à plusieurs…

  • Nathalie Quintane ⋅ Tout va bien se passer

    Que faire ? À peu près tous les salons servent pour le Conseil depuis que le PR a décla­ré que puisque tous les salons à peu près avaient ser­vi pour le Conseil depuis qu’il y a Conseil, il ne voyait pas pour­quoi faire le Conseil tou­jours dans le même salon et puisque c’était comme ça, c’était la tra­di­tion, il chan­ge­rait de salon chaque semaine afin qu’on ne s’habitue pas, voi­là, c’était impor­tant qu’on ne s’habitue pas sinon dans un même envi­ron­ne­ment, en l’occurrence dans un même salon, on avait ten­dance à prendre les mêmes déci­sions, ou plu­tôt à avoir les mêmes…

  • Nathalie Quintane ⋅ Tout va bien se passer

    On raconte que sous le Directoire, cette période encore bali­sée par le calen­drier révo­lu­tion­naire mais qui n’a plus grand-chose de révo­lu­tion­naire et qu’on appelle République à l’époque, Première République, la duchesse de Bourbon, preuve que nous n’avions pas tran­ché d’avec tous les nobles, a trans­for­mé le jar­din de l’Élysée en parc d’attractions. Des bals, des jeux, des diver­tis­se­ments, un pano­ra­ma peut-être, qui est ce vaste pay­sage en demi cercle ou cercle qui vous sur­plombe et entoure de manière à ce que vous soyez en immer­sion, c’est un fait, anthro­po­lo­gique appa­rem­ment, mais sans doute un chat dans un jar­din incon­nu surplombé…

  • Nathalie Quintane ⋅ Tout va bien se passer

    Une jambe. C’est le pied qui bouge d’une jambe. Et là-bas, der­rière, une autre jambe. Des formes. C’est comme des col­lines, un relief de mon­tagnes moyennes vertes, vio­lettes, puis rousses et sans neige jusqu’en avril, quand la der­nière pous­sée d’hiver sau­poudre les som­mets. Des creux, des val­lons d’où l’eau sourd, lapée par les langues des daims, de leurs mères et de leurs pères. Les lichens secs se gorgent le matin pour prendre leur tex­ture caou­tchou­teuse, céla­don à l’intérieur, et noirs. Derrière ce mas­sif rocheux, ces schistes, il y a le sque­lette d’un ich­tyo­saure, l’un de ces dau­phins pré­his­to­riques qui ne…

  • Nathalie Quintane ⋅ Tout va bien se passer

    Le brouillard était de plus en plus pesant et, même si rien ne rete­nait nos pas, c’était pénible d’y aller coûte que coûte, de for­cer sa marche et ses yeux, à ten­ter d’y voir quelque chose alors que, si on nous avait posé un ban­deau, il n’y aurait pas eu grande dif­fé­rence. Bref, on était fati­guées. Je me sou­viens qu’un ami cher m’avait par­lé, une fois, de la grande fatigue qu’on éprouve à l’approche de la mort ou quand on devient très vieux, puis il m’avait repar­lé de cette grande fatigue, plus grande encore que la pre­mière fois. En même…

  • Nathalie Quintane ⋅ « 51. Valérie Pécresse » ⋅ Soixante-dix fan­tômes 23 12 25

    On est à Courchevel, qui n’est pas Courchevel puisque c’est le café du rond-point d’entrée de la ville, une sorte de pub avec du bois par­tout, ce pour quoi on l’appelle Courchevel. On boit un demi, une pinte, un demi, dans l’air frais du soir de février. On est pen­chés sur le télé­phone de Charles, qui déroule les œuvres de Antke*, une grosse artiste hol­lan­daise. Ce sont des formes orga­niques qui pendent. Naturellement il y a depuis Morris au moins énor­mé­ment de formes qui pendent, et encore plus de formes orga­niques qui pendent, mais il y a aus­si énor­mé­ment de…

  • Nathalie Quintane ⋅ « 49. L’internet che­ve­lu (et ses effets) » ⋅ Soixante-dix fan­tômes

    À la teinte glo­ba­le­ment bru­meuse de ce qui pré­cède et de ce qui suit à cet ensemble, il faut bien le dire, maré­ca­geux, au mieux lan­dais, ou plu­tôt lan­deux, je peux à pré­sent ajou­ter un mor­ceau net, bien contour­né, confor­mé, une réponse sinon une solu­tion, parce que si la lit­té­ra­ture ne sert qu’à plan­ter des ambiances alors quoi, ne sert qu’à décrire des situa­tions alors quoi, n’est qu’une mesure du temps alors quoi, une reprise d’anecdotes alors quoi, un lâcher de groupes nomi­naux alors quoi, un choix entre le pré­sent et le pas­sé com­po­sé alors quoi, l’espoir d’une implan­ta­tion, d’une…

  • Nathalie Quintane ⋅ « 40. Jordan Bardella » ⋅ Soixante-dix fan­tômes

    Il a voya­gé davan­tage. Que sa maille soit syn­thé­tique ou de mou­ton, des tas d’opérations chi­miques dont ni vous ni moi ne com­pre­nons le quart l’ont enduit et tis­sé assou­pli et cou­su. Il est pas­sé à la machine. Les doigts de quelle femme, les mains de quel homme l’ont dis­po­sé et lis­sé ? Ou bien il est tom­bé tout dru des chaînes jusque dans un panier, comme une tête. Pourquoi faut-il qu’il n’occupe que notre vision péri­phé­rique tan­dis que toute notre atten­tion est fixée sur ce qui sort d’un col si par­fait qu’il épouse le cou gra­cile qu’il barre de son trait noir ?…

  • Nathalie Quintane ⋅ « 14. Souvenirs des J.O. » ⋅ Soixante-dix fan­tômes

    Quel que soit l’à‑venir, ceux-là seront noyés dans la boue écra­sés, à celle-là on cou­pe­ra le cul avant de le mettre en conserve, et ces autres vomi­ront des paillettes jusqu’à ce que mort s’ensuive. À cette autre la gorge entaillée d’où sort un pied cou­pé, çui-ci cas­tré enfon­cé dans un pneu, çui-là aux yeux des­cen­dus dans les dents. À cet autre encore enton­noir dans le rec­tum, incar­cé­ré dans un ouf, étouf­fé dans une peau de pois­son, ouvert en deux l’épiderme dérou­lé en tapis, râpé jusqu’à l’os, nive­lé par une enclume, scal­pé sur tout le corps, chiant par le nez, pissant…

  • Nathalie Quintane ⋅ « 22. Réalpanier » ⋅ Soixante-dix fan­tômes

    Nous ne nous sommes pas tou­jours voi­tu­rés dans les lieux infer­naux. Tu vois. dit-il, balayant d’une main l’air au-delà de la por­tière, ici, il y avait des champs d’oliviers, des rus où buvait la ber­ge­ron­nette, des buses par­mi les nuages, et les den­telles de Montmirail. Tout de même, dis-je, Réalpanier annon­çait la cou­leur. Et nous tour­nons et tour­nons sans fin au rond-point, appré­ciant au loin les toits en tôle des han­gars des maga­sins, super, hyper, méga, giga, où s’avalanchent les objets, les nour­ri­tures, les choses bonnes qui réjouissent la vue et le palais et sentent le pétrole. Attends, je vais…