• W. G. Sebald ⋅ Les émi­grants 18 01 16

    Voilà donc com­ment ils reviennent, les morts. Parfois, après plus de sept décen­nies, ils sortent de la glace et gisent au bord de la moraine, un petit tas d’os polis, une paire de chaus­sures cloutées.…

  • W. G. Sebald ⋅ Les émi­grants

    La plu­part des appar­te­ments sont depuis long­temps déser­tés et leurs pro­prié­taires ne sont plus de ce monde. Seules quelques vieilles dames indes­truc­tibles reviennent été après été han­ter la gigan­tesque bâtisse. Elles enlèvent pour quelques semaines les housses de sur les meubles, gisent immo­biles la nuit quelque part au milieu du vide, longent les larges cou­loirs, tra­versent les immenses salles, montent et des­cendent, en posant pré­cau­tion­neu­se­ment un sou­lier devant l’autre, les esca­liers dans leurs cages sonores et sortent au petit matin sur la Promenade, avec leurs caniches et leurs péki­nois ron­gés par les ulcères.…

  • W. G. Sebald ⋅ Les émi­grants

    La pous­sière, dit-il, lui était beau­coup plus fami­lière que la lumière, que l’air, que l’eau. Rien ne lui parais­sait plus insup­por­table qu’une mai­son où l’on fait la pous­sière, et nulle part il ne se trou­vait plus à l’aise que là où les choses ont le droit de res­ter où elles sont, sans qu’on les dérange, adou­cies par la sco­rie noire et velou­tée qui se dépose quand la matière, par touches imper­cep­tibles, se décom­pose pour retour­ner au néant.…