• Paul Valéry ⋅ Monsieur Teste 10 11 16

    Je ne l’ai jamais vu que la nuit. Une fois dans une sorte de b… ; sou­vent au théâtre. On m’a dit qu’il vivait de médiocres opé­ra­tions heb­do­ma­daires à la Bourse. Il pre­nait ses repas dans un petit res­tau­rant de la rue Vivienne. Là, il man­geait comme on se purge, avec le même entrain. Parfois, il s’accordait ailleurs un repas fin et lent. M. Teste avait peut-être qua­rante ans. Sa parole était extra­or­di­nai­re­ment rapide, et sa voix sourde. Tout s’effaçait en lui, les yeux, les mains. Il avait pour­tant les épaules mili­taires, et le pas d’une régu­la­ri­té qui éton­nait. Quand il…

  • Paul Valéry ⋅ Monsieur Teste ⋅ pré­face à la seconde édi­tion anglaise 18 01 16

    J’étais affec­té du mal aigu de la pré­ci­sion. Je ten­dais à l’extrême désir insen­sé de com­prendre, et je cher­chais en moi les points cri­tiques de ma facul­té d’attention. Je fai­sais donc ce que je pou­vais pour aug­men­ter un peu les durées de quelques pensées.…

  • Paul Valéry ⋅ Monsieur Teste ⋅ pré­face à la seconde édi­tion anglaise

    J’essayais donc de me réduire à mes pro­prié­tés réelles. J’avais peu de confiance dans mes moyens, et je trou­vais en moi sans nulle peine tout ce qu’il fal­lait pour me haïr ; mais j’étais fort de mon désir infi­ni de net­te­té, de mon mépris des convic­tions et de sidoles, de mon égoût de la faci­li­té et de mon sen­ti­ment de mes limites. Je m’étais fait une île inté­rieure que je per­dais mon temps à recon­naître et à fortifier……

  • Paul Valéry ⋅ « La soi­rée avec Monsieur Teste » ⋅ Monsieur Teste

    Je n’ai rete­nu le meilleur ni le pire de ces choses : est res­té ce qui l’a pu. (…) Je me suis rare­ment per­du de vue ; je me suis détes­té, je me suis ado­ré ; – puis, nous avons vieilli ensemble.…

  • Paul Valéry ⋅ Monsieur Teste ⋅ pré­face à la seconde édi­tion anglaise

    Chaque esprit qu’on trouve puis­sant com­mence par la faute qui le fait connaître. En échange du pour­boire public, il donne le temps qu’il faut pour se rendre per­cep­tible, l’énergie dis­si­pée à se trans­mettre et à pré­pa­rer la satis­fac­tion étran­gère. (…) J’ai rêvé alors que les têtes les plus fortes, les inven­teurs les plus sagaces, les connais­seurs le plus exac­te­ment de la pen­sée devaient être des incon­nus, des avares, des hommes qui meurent sans avouer.…