• Robert Walser ⋅ La pro­me­nade 10 04 20

    En outre, l’œil est atti­ré par deux cha­peaux de paille ou d’été. L’histoire de ces cha­peaux de paille pour hommes est la sui­vante : c’est que sou­dain, dans l’air clair, je vois deux ravis­sants cha­peaux ; sous ces cha­peaux se tiennent deux mes­sieurs très comme il faut, qui paraissent vou­loir s’adresser le bon­jour en sou­le­vant leurs couvre-chefs d’un geste frin­gant, gra­cieux et beau : spec­tacle où mani­fes­te­ment les cha­peaux jouent un plus grand rôle que leurs déten­teurs ou propriétaires.…

  • Robert Walser ⋅ La pro­me­nade

    – Je ne puis nul­le­ment consen­tir à ce que vous vous arrê­tiez de cou­per et d’ingérer, et je ne crois pas du tout que vous soyez réel­le­ment ras­sa­sié. Si vous dites que vous êtes à deux doigts de l’asphyxie, vous ne dites très cer­tai­ne­ment pas la véri­té. Je suis obli­gée de croire que ce ne sont là que des poli­tesses. Je renonce volon­tiers, je l’ai dit, à quelque forme que ce soit de bavar­dage spi­ri­tuel. Je suis sûre que vous êtes prin­ci­pa­le­ment venu pour prou­ver que vous êtes un gros man­geur et pour mani­feste que vous avez de l’appétit. Cette…

  • Robert Walser ⋅ « L’étudiant » ⋅ Petite prose 10 12 20

    Parfois, il croyait avoir des che­veux d’or et une épée à la main. Il s’imaginait qu’il était un che­va­lier du Moyen Âge qui devait cou­rir le monde à l’aventure. Parfois, au contraire, il était comme un moine, comme dans une cel­lule, assis là à médi­ter sur l’énigme du monde. Tout lui était mys­tère, ce qui est clair et évident autant que tout le reste.…

  • Robert Walser ⋅ « L’étudiant » ⋅ Petite prose

    La forme qu’il allait prendre, ce qu’il allait faire de lui et ce qu’il allait adve­nir de lui, tout cela n’était pas très clair à ses yeux. Il était de ceux qui ont la ferme volon­té de se déve­lop­per, qui pré­fèrent n’être rien que quelque chose de par­tiel, de faux, ou de flasque, en un mot, il était de ceux qui cherchent.…

  • Robert Walser ⋅ « Tobold » ⋅ Petite prose

    J’avais eu à l’occasion, j’en ai le sou­ve­nir très net, une conver­sa­tion ani­mée sur cette ques­tion avec un mon­sieur très élé­gant, intel­li­gent et consi­dé­rable. L’idée, aus­si insen­sée qu’elle pût paraître ou être en réa­li­té, était enfon­cée dans ma tête et ne me lais­sait pas en paix. Les idées aspirent à se réa­li­ser, à s’incarner ; une pen­sée vivante veut tôt ou tard se trans­for­mer en réa­li­té vivante, elle veut prendre corps. « Mais à ce qu’il me semble, vous n’êtes pas vrai­ment homme à faire un bon domes­tique », me décla­ra le mon­sieur très intel­li­gent, très élé­gant que j’ai dit, et je crus…

  • Robert Walser ⋅ « Tobold » ⋅ Petite prose

    Je fis la connais­sance de toutes sortes de per­sonnes aimables et impor­tantes dont la vue et la fré­quen­ta­tion, tou­te­fois, eurent sur­tout pour résul­tat de me rap­pe­ler que je devais me dépê­cher le plus pos­sible d’accéder moi-même à une impor­tance quelconque.…

  • Robert Walser ⋅ « Tobold » ⋅ Petite prose

    « Vous êtes Tobold, n’est-ce pas, et à par­tir d’aujourd’hui, vous entrez au ser­vice de Monsieur le comte comme domes­tique com­tal. On espère que chez nous, ici, donc, vous serez zélé, loyal, ponc­tuel, poli, cour­tois, hon­nête, tra­vailleur, conscien­cieux, et docile en tout temps. Votre aspect est satis­fai­sant, espé­rons que votre conduite don­ne­ra éga­le­ment satis­fac­tion. Dès main­te­nant, vous devez essayer d’atténuer et de raf­fi­ner tous vos mou­ve­ments. Les natures car­rées et bruyantes ne sont pas appré­ciées, ici au châ­teau, et elles ne le seront jamais. Veuillez en prendre note une fois pour toutes. Vous devez abso­lu­ment savoir qu’ici, on parle à voix…

  • Robert Walser ⋅ « Tobold » ⋅ Petite prose

    Voir un comte prendre son petit déjeu­ner est affli­geant et conster­nant, et pour cette rai­son, mieux vaut s’abstenir d’avoir l’impudence de déran­ger un comte qui daigne prendre son petit déjeu­ner. De quoi l’aristocratie aime-t-elle se nour­rir, en géné­ral ? À mon avis, la réponse la plus juste et la plus simple à cette ques­tion dif­fi­cile et déli­cate est la sui­vante : l’aristocratie aime sur­tout les œufs au bacon. En outre, elle dévore et absorbe toutes sortes de confi­tures exquises. Si à pré­sent, nous sou­le­vons la ques­tion un peu inquié­tante, peut-être, parce que sans doute par­fai­te­ment incon­grue, de savoir ce que lit l’aristocratie,…

  • Robert Walser ⋅ « Tobold » ⋅ Petite prose

    « Me voi­ci, homme mau­vais et sans valeur, heu­reux pour­tant, sinon bien­heu­reux, d’avoir été envoyé par Monsieur le secré­taire, lui aus­si à l’heure qu’il est cer­tai­ne­ment heu­reux, voire bien­heu­reux, auprès de Madame la baronne avec ce verre de limo­nade, dans le but d’apporter à la plus belle femme du monde ce que cette der­nière a dai­gné com­man­der. Monsieur le secré­taire m’a ordon­né de dire à Madame la baronne qu’il sol­li­ci­tait la per­mis­sion de pou­voir mille mille fois pré­sen­ter ses com­pli­ments et recom­man­der ses ser­vices à Madame. Je ne sais pas où Monsieur le secré­taire se trouve en ce moment ; mais ce…

  • Robert Walser ⋅ « Tobold » ⋅ Petite prose

    « Maintenant, je suis un cos­taud. Maintenant, quelque épreuve que le sort me réserve, je l’affronterai, je me mesu­re­rai à elle, et j’irai à sa ren­contre avec confiance et impé­tuo­si­té. J’ai l’impression de pou­voir en découdre avec le monde entier, ou avec la moi­tié du monde au moins. Imagination, illu­sion, constel­la­tion mer­veilleuse ! Mon humeur est gran­diose. J’ai l’envie et la force de vivre, main­te­nant, vrai­ment, c’est à écla­ter de rire. Je m’emballe ! J’aimerais par-des­sus tout être un che­val sau­vage et filer au galop dans les pays radieux. C’est qu’il est divi­ne­ment beau, le monde, céles­te­ment beau. Quelle jubi­la­tion ! Je ne comprends…

  • Robert Walser ⋅ « Rien du tout » ⋅ Petite prose 16 12 20

    Une femme qui était juste un peu bizarre se ren­dit en ville pour ache­ter quelque chose de bon à dîner pour elle et son mari. Bien des femmes ont déjà fait leur mar­ché en étant juste un peu dis­traites. L’histoire n’a donc abso­lu­ment rien de nou­veau ; je pour­suis néan­moins et raconte que la femme qui vou­lait ache­ter quelque chose de bon pour elle et son mari et s’était ren­du en ville dans ce but n’était pas tout à fait à son affaire. Elle tour­nait dans tous les sens la ques­tion de savoir ce qu’elle pour­rait bien ache­ter de spé­cial et…

  • Robert Walser ⋅ « Et toc ! Je te tiens » ⋅ Petite prose

    Celui qui n’en croyait pas ses yeux regar­dait une porte pour voir si elle était fer­mée. Oui, elle était fer­mée, et même fer­mée comme il faut, c’était indu­bi­table. La porte était fer­mée, c’est tout à fait sûr, mais celui qui n’en croyait pas ses yeux ne le croyait pas, il flai­rait cette porte pour sen­tir si elle était fer­mée, oui ou non. Elle était vrai­ment et véri­ta­ble­ment fer­mée. Sans conteste, elle était fer­mée. Elle n’était pas ouverte, en tout cas. Elle était fer­mée, dans tous les cas. Sans aucun doute, cette porte était fer­mée. En aucun cas il n’y avait…

  • Robert Walser ⋅ « Lampe, papier et gants » ⋅ Petite prose

    Une lampe est sous doute un objet très utile et joli. On dis­tingue les lampes à pied et les sus­pen­sions, les lampes à alcool et les lampes à pétrole. Involontairement, qui dit lampe est for­cé de pen­ser abat-jour, c’est-à-dire qu’il n’y est nul­le­ment for­cé. Ce n’est pas vrai qu’on y soit for­cé. Personne ne nous y oblige. Libre à cha­cun de pen­ser ce qu’il veut, mais il semble néan­moins avé­ré que lampe et abat-jour se com­plètent le mieux du monde. Un abat-jour sans lampe nous paraî­trait inutile et dépour­vu de sens, et une lampe sans abat-jour nous paraî­trait laide et…

  • Robert Walser ⋅ « Neiger » ⋅ Petite prose

    Il neige, il neige. Il neige tout ce que le ciel contient de neige, et c’est consi­dé­rable. Sans arrêt, sans début et sans fin. Il n’y a plus de ciel, tout est chute de neige grise, blanche. Il n’y a plus d’air non plus, il est plein de neige. Il n’y a plus de terre non plus, elle est cou­verte de neige, et encore de neige. Toits, routes, arbres sont enve­lop­pés de neige. Il neige sur tout, et c’est com­pré­hen­sible, car quand il neige, la neige tombe sur tout, on l’aura com­pris, sans excep­tion. Tout doit por­ter la neige, objets…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta 27 11 24

    Quand je prends l’ascenseur, je me sens vrai­ment comme l’enfant de mon époque. Wenn ich Lift fahre, komme ich mir so recht wie das Kind mei­ner Zeit vor.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    [J]e me repré­sente comme indi­ci­ble­ment beau de mou­rir avec la conscience ter­rible d’avoir offen­sé ceux qui me sont le plus chers au monde, et de les lais­ser pleins de juge­ments défa­vo­rables sur moi. [Ich stelle] es mir als unsag­bar schön vor, zu ster­ben, im furcht­ba­ren Bewußtsein, das Liebste, was ich auf der Welt habe, gekränkt und mit schlech­ten Meinungen über mich erfüllt zu haben.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Quelle dépra­va­tion étrange : se réjouir secrè­te­ment d’être en mesure de consta­ter qu’on est un petit peu volé. Solch eine son­der­bare Verdorbenheit : sich heim­lich zu freuen, bemer­ken zu dür­fen, daß man ein wenig bes­toh­len wird.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Toute l’Europe envoie ici ses exem­plaires humains. Ganz Europa sen­det hie­rher seine Menschenexemplare.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    J’ai sucé la sub­stance et le sen­ti­ment de la ville avec le lait mater­nel. Enfant, je voyais titu­ber les ouvriers ivres chan­tant à tue-tête. Tout petit déjà, la nature m’apparaissait comme quelque chose de céleste et de loin­tain. En sorte que je peux me pas­ser de la nature. Ich habe Stadtwesen und ‑emp­fin­den mit der müt­ter­li­chen Milch ein­ge­so­gen. Ich sah als Kind joh­lende, betrun­kene Arbeiter hin und her tau­meln. Die Natur ist mir schon als ganz klein als etwas Himmlisch-Entferntes vor­ge­kom­men. So kann ich die Natur entbehren.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Je hais les natures qui veulent tout savoir, qui res­plen­dissent de science et font la roue avec leur esprit. Ich hasse das alles vers­te­hen­wol­lende, mit Wissen und Witz glän­zende, und sich breit­ma­chende Wesen.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Pour défi­nir mon cama­rade Fuchs, je ne dis­pose que d’une expres­sion : Fuchs est fuyant, Fuchs est faux. Il parle comme une culbute ratée et se conduit comme une grosse impro­ba­bi­li­té pétrie en forme d’homme. Tout en lui est anti­pa­thique, par consé­quent indigne d’être consi­dé­ré. Savoir quelque chose de Fuchs est un abus, un super­flu cho­quant, gênant. Für mei­nen Mitschüler Fuchs habe ich nur einen ein­zi­gen spra­chli­chen Ausdruck : Fuchs ist schräg, Fuchs ist schief. Er spricht wie ein miß­lun­ge­ner Purzelbaum und benimmt sich wie eine große, zu Menschenform zusam­men­gek­ne­tete Unwahrscheinlichkeit. Alles an ihm ist unsym­pa­thisch, daher unbe­her­zi­gens­wert. Über Fuchs etwas zu…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Un homme qui porte vrai­ment une belle barbe est un chan­teur d’opéra, ou le chef de rayon bien payé d’un grand maga­sin. Sont beaux en règle géné­rale les sem­blants d’hommes. Ein Mann, der einen wirk­lich schö­nen Bart trägt, ist ein Opernsänger oder der gut­be­zahlte Abteilungschef eines Warenhauses. Scheinmänner sind in der Regel schön.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Ici, on est géné­ra­le­ment pres­sé parce qu’on est d’avis à tout ins­tant qu’il est beau de cher­cher à arra­cher et à attra­per quelque chose. Man hat es hier all­ge­mein eilig, weil man jeden Augenblick der Meinung ist, es sei hübsch, etwas erkämp­fen und erha­schen zu gehen.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Pour Kraus, il y a pre­miè­re­ment des hommes, deuxiè­me­ment des devoirs, et troi­siè­me­ment tout au plus des éco­no­mies, celles qu’il veut faire pour les envoyer à sa mère, à ce qu’il croit. Kraus erblickt ers­tens Menschen, zwei­tens Pflichten und drit­tens höchs­tens noch Ersparnisse, die er zurü­ck­le­gen wird, wie er denkt, um sie sei­ner Mutter zu schicken.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Kraus est che­va­le­resque des pieds à la tête. En véri­té, il serait à sa place au moyen âge, et il est bien dom­mage qu’il n’ait point de dou­zième siècle à sa dis­po­si­tion. Kraus ist Ritter von Kopf bis zu Fuß. Er gehört eigent­lich ins Mittelalter, und es ist sehr schade, daß ihm kein zwölftes Jahrhundert zur Verfügung steht.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    J’espionne, et cela embel­lit ma vie, car sans la néces­si­té d’espionner, il n’y a plus de vie du tout. Ich passe auf1, und das ver­schö­nert das Leben, denn ohne auf­pas­sen zu müs­sen, gibt es eigent­lich gar kein Leben. Je fais atten­tion, je suis aux aguets, j’ouvre les oreilles ↩…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Nous sommes tous sans excep­tion un peu éner­giques, car la médio­cri­té et la misère dans les­quelles nous vivons nous donnent sujet de croire fer­me­ment aux quelques conquêtes que nous avons pu faire. Notre foi en nous-mêmes est notre modes­tie. Si nous ne croyions à rien, nous ne sau­rions pas que nous sommes insi­gni­fiants. Wir sind alle ohne Ausnahme ein wenig ener­gisch, denn die Kleinheit und Not, in der wir uns befin­den, veran­las­sen uns, fest an die paar Errungenschaften, die wir gemacht haben, zu glau­ben. Unser Glaube an uns ist unsere Bescheidenheit. Wenn wir an nichts glau­ben wür­den, wüß­ten wir nicht,…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Diable, quel audi­teur com­pré­hen­sif tu fais. Positivement, un arbre ployant sous les fruits de la com­pré­hen­sion. Teufel, was bist du für ein verständ­nis­vol­ler Zuhörer. Du bist gera­de­zu ein Baum, der voll Verständnis behan­gen ist.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Lorsqu’un élève de l’Institut Benjamenta est en droit d’être content de lui, ce qui arrive rare­ment, car chez nous les règle­ments tombent comme la pluie, la neige, la foudre et la grêle, il répand une bonne odeur, et c’est la douce sen­teur d’une louange modeste, mais gagnée de haute lutte. Darf ein Schüler des Institutes Benjamenta zufrie­den mit sich sein, was sel­ten vor­kommt, da es bei uns von Vorschriften hagelt, blitzt, schneit und regnet, so duf­tet es um ihn herum, und das ist der süße Duft des bes­chei­de­nen, aber wacker erkämpf­ten Lobes.…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    Et pour­tant, nous ne sommes pas sans digni­té, mais c’est une digni­té très, très mobile, petite, flexible et souple. D’ailleurs nous nous en revê­tons et la dépouillons selon les besoins. Sommes-nous les pro­duits d’une haute civi­li­sa­tion, ou des enfants de la nature ? Cela non plus je ne sau­rais pas le dire. Il y a une chose dont je suis sûr : nous atten­dons ! C’est là notre valeur. Oui, nous atten­dons, nous ten­dons pour ain­si dire l’oreille vers la vie, vers cette plaine, vers cette mer et ses tem­pêtes qu’on appelle monde. Und doch sind wir Schüler dur­chaus nicht ohne Würde, aber…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    J’adore empê­cher mon rire d’éclater. C’est un cha­touille­ment si mer­veilleux que de ne pas pou­voir lâcher ce qui aime­rait tel­le­ment jaillir. J’aime ce qui ne doit pas être, ce qui doit ren­trer en moi. La chose étouf­fée en devient plus pénible, mais aus­si plus pré­cieuse. Oui, oui, je l’avoue, j’aime bien être oppri­mé. Certes. Non, pas tou­jours certes. Que M. Certes dis­pa­raisse de ma vue. Voici ce que je vou­lais dire : être obli­gé de répri­mer quelque chose, cela signi­fie le faire dou­ble­ment autre part. Rien n’est plus fade qu’une per­mis­sion indif­fé­rente obte­nue rapi­de­ment et à bon compte. J’aime bien tout…

  • Robert Walser ⋅ L’Institut Benjamenta

    [L]es émo­tions font tom­ber un froid de glace sur mon âme. Ai-je une occa­sion immé­diate de tris­tesse, aus­si­tôt le sen­ti­ment de la tris­tesse me fait défaut. Erschütterungen sen­ken etwas wie Eiseskälte in meine Seele hinein. Unmittelbar zur Trauer veran­laßt, ent­schlüpft mir die Trauer-Empfindung vollständig.…

  • Robert Walser ⋅ Le bri­gand 04 07 24

    Nous te prions de ne pas essayer de punir l’auteur de ces lignes en pre­nant des airs, cela n’aurait aucun sens, cela ne ferait tout au plus que de te confé­rer une touche de pro­vin­cia­lisme. Tu ne veux tout de même pas paraître à tout prix une pro­vin­ciale à nos yeux de voya­geur ? Nous te prions d’y son­ger. Au bri­gand, l’autre, celle dont il recher­chait les faveurs, dit ceci : « Vous êtes vrai­ment trop gen­til. » C’était une très aimable, une recon­nais­sante. Un jour, dans cette autre petite salle, il a man­gé un pou­let, arro­sé de Dôle. Nous disons cela sim­ple­ment parce…