• Heinz Wismann ⋅ Penser entre les langues 18 01 16

    Lorsque j’évoque la liber­té réflexive dis­tin­guant un enra­ci­ne­ment illu­soire et un déra­ci­ne­ment rela­tif, j’oppose un monde struc­tu­ré par la figure du père, qui dicte l’identité et a voca­tion à l’incarner exem­plai­re­ment, à un uni­vers de frères. La liber­té, au sens éty­mo­lo­gique, par­ti­cipe en fran­çais de la rela­tion du pater fami­lias à ses fils ; on n’est libre que dans la mesure où le père nous pro­tège. Le terme alle­mand de Freiheit pro­vient du lien d’amitié noué entre frères qui, en cas de guerre, s’enchaînaient et se ruaient ain­si sur les légions romaines. Chacun était le garant de l’autre, mais tous signifiaient…

  • Heinz Wismann ⋅ Penser entre les langues

    Lorsque je parle de « l’allemand », je désigne la langue alle­mande, non pas dans sa diver­si­té dia­lec­tale, mais en tant que langue codi­fiée, sous­traite en quelque sorte à la com­mu­nau­té immé­diate. J’évoque en réa­li­té ce que l’ont appelle le « Hochdeutsch », cette langue qui, pour être par­lée, sup­pose que les locu­teurs soient libé­rés de la contin­gence des affects. S’il est évi­dem­ment tou­jours pos­sible de recréer dans cette langue les condi­tions de l’expression affec­tive, cela passe uni­que­ment par la lit­té­ra­ture, si bien que l’allemand se pré­sente sous une forme très stra­ti­fiée. On a tout d’abord affaire à un idiome très sou­vent régio­nal, qui…

  • Heinz Wismann ⋅ Penser entre les langues

    Benjamin [dans La Tâche du tra­duc­teur] dit qu’il est impos­sible de tra­duire le conte­nu – c’est-à-dire le signi­fié – d’une langue à l’autre, parce que dans ce cas on réduit la par­ti­cu­la­ri­té de la langue à quelque chose d’universel et d’abstrait. Brot en alle­mand, ce n’est pas « pain », voi­là la dif­fi­cul­té. Brot a une tout autre forme empi­rique en alle­mand : ça se mangue autre­ment, ça s’associe à d’autres situa­tions que ce que le mot « pain » évoque dans le contexte cultu­rel fran­çais. Ce qui fait que tra­duire Bort par « pain », c’est tra­hir quelque chose que Brot évoque. Donc quand Hölderlin traduit…

  • Heinz Wismann ⋅ Penser entre les langues

    Pour résu­mer, je vois donc trois étapes. La pre­mière, c’est soit Pindare, soit Archiloque. La deuxième : Pindare et Archiloque – Heine, donc. Et la troi­sième : un au-delà de Pindare et d’Archiloque, quelque chose qui évoque la pos­si­bi­li­té de l’une et l’autre poé­sie à tra­vers leur absence, qui est struc­tu­rée par l’effort poé­tique. Comme si le poème conju­rait une chose per­due, une chose absente qui ne peut, sans être pro­fa­née, sans être més­usée, être évo­quée que de cette manière néga­tive et ne pour­ra plus jamais être posi­ti­ve­ment reven­di­quée. Celan ne peut pra­ti­quer l’éloge comme le fait Rilke, c’est impos­sible dans cette…