﻿{"id":20849,"date":"2024-07-17T09:30:09","date_gmt":"2024-07-17T08:30:09","guid":{"rendered":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=20849"},"modified":"2024-10-03T14:37:32","modified_gmt":"2024-10-03T13:37:32","slug":"20849","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=20849","title":{"rendered":"autriche, \u00e9tats-unis, fluidit\u00e9, mod\u00e9ration (Musil, L\u2019homme sans qualit\u00e9s)"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 l\u2019on aime encore \u00e0 se regar\u00adder dans la glace et o\u00f9 l\u2019on accorde encore de l\u2019importance aux pro\u00adbl\u00e8mes du tailleur et du coif\u00adfeur, il arrive aus\u00adsi que l\u2019on se d\u00e9crive un lieu o\u00f9 l\u2019on aime\u00adrait pas\u00adser sa vie, ou du moins un lieu o\u00f9 il serait \u00ab&nbsp;chic&nbsp;\u00bb de s\u00e9jour\u00adner quand bien m\u00eame on pres\u00adsen\u00adti\u00adrait qu\u2019on ne s\u2019y plai\u00adrait gu\u00e8re personnellement.<\/p>\n<p>Parmi ces id\u00e9es fixes sociales est appa\u00adrue, depuis long\u00adtemps d\u00e9j\u00e0, une esp\u00e8ce de ville hyper-am\u00e9\u00adri\u00adcaine, o\u00f9 tout marche et s\u2019arr\u00eate au chro\u00adno\u00adm\u00e8tre. L\u2019air et la terre ne sont plus qu\u2019une immense four\u00admi\u00adli\u00e8re sillon\u00adn\u00e9e d\u2019art\u00e8res en \u00e9tages. Les trans\u00adports, de sur\u00adface, a\u00e9riens et sou\u00adter\u00adrains, les d\u00e9pla\u00adce\u00adments humains par pneu\u00adma\u00adtique, les files d\u2019automobiles foncent dans l\u2019horizontale tan\u00addis que dans la ver\u00adti\u00adcale des ascen\u00adseurs ultra-rapides pompent les masses humaines d\u2019un palier de cir\u00adcu\u00adla\u00adtion \u00e0 l\u2019autre&nbsp;; aux points de jonc\u00adtion, l\u2019on saute d\u2019un trans\u00adport dans l\u2019autre&nbsp;; leur rythme qui, entre deux vitesses ton\u00adnantes, fait une pause, une syn\u00adcope, un petit gouffre de vingt secondes, vous aspire et vous enl\u00e8ve sans que vous ayez le temps de r\u00e9fl\u00e9\u00adchir, et dans les inter\u00advalles de ce rythme g\u00e9n\u00e9\u00adral, on \u00e9change h\u00e2ti\u00adve\u00adment quelques mots. Les ques\u00adtions et les r\u00e9ponses s\u2019embo\u00eetent les unes dans les autres comme les pi\u00e8ces d\u2019une machine, cha\u00adcun n\u2019a devant soi que des t\u00e2ches bien d\u00e9fi\u00adnies, les pro\u00adfes\u00adsions sont grou\u00adp\u00e9es par quar\u00adtiers, on mange tout en se d\u00e9pla\u00ad\u00e7ant, les plai\u00adsirs sont concen\u00adtr\u00e9s dans d\u2019autres sec\u00adteurs, et ailleurs encore se dressent les tours o\u00f9 l\u2019on retrouve son \u00e9pouse, sa famille, son gra\u00admo\u00adphone et son \u00e2me. La ten\u00adsion et la d\u00e9tente, l\u2019activit\u00e9 et l\u2019amour ont tous leurs moments dis\u00adtincts, cal\u00adcu\u00adl\u00e9s sur la base de minu\u00adtieuses exp\u00e9\u00adriences de labo\u00adra\u00adtoire. Si une dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9 se pr\u00e9\u00adsente dans l\u2019une ou l\u2019autre de ces acti\u00advi\u00adt\u00e9s, rien de plus simple&nbsp;: on l\u2019abandonne&nbsp;; ou bien on en trou\u00adve\u00adra une autre, ou bien, \u00e0 l\u2019occasion, on d\u00e9cou\u00advri\u00adra une meilleure issue&nbsp;; et si on passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9, un autre sau\u00adra bien la voir&nbsp;; dans tout cela, aucune perte, alors que rien n\u2019\u00e9corne l\u2019\u00e9nergie com\u00admune autant que la pr\u00e9\u00adten\u00adtion d\u2019avoir une mis\u00adsion per\u00adson\u00adnelle et le refus de s\u2019\u00e9carter de son but. Dans une com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 constam\u00adment irri\u00adgu\u00e9e d\u2019\u00e9nergie, tous les che\u00admins m\u00e8nent \u00e0 un but esti\u00admable, pour\u00advu que l\u2019on n\u2019h\u00e9site ni ne r\u00e9fl\u00e9\u00adchisse trop long\u00adtemps. Les buts sont \u00e0 courte dis\u00adtance&nbsp;; mais la vie aus\u00adsi est courte&nbsp;; on lui prend ain\u00adsi le maxi\u00admum de r\u00e9sul\u00adtats, et il n\u2019en faut pas plus \u00e0 l\u2019homme pour \u00eatre heu\u00adreux, car l\u2019\u00e2me est for\u00adm\u00e9e par ce qu\u2019elle atteint, alors que ce qu\u2019elle pour\u00adsuit sans y atteindre la d\u00e9forme&nbsp;; <span class=\"quali\">pour le bon\u00adheur, ce qui compte n\u2019est pas ce que l\u2019on veut&nbsp;; mais d\u2019atteindre ce que l\u2019on veut. D\u2019ailleurs, la zoo\u00adlo\u00adgie enseigne que la som\u00adma\u00adtion d\u2019individus dimi\u00adnu\u00e9s peut par\u00adfai\u00adte\u00adment don\u00adner un total g\u00e9nial.<\/span><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas du tout s\u00fbr que les choses doivent \u00e9vo\u00adluer ain\u00adsi, mais ces ima\u00adgi\u00adna\u00adtions font par\u00adtie des r\u00eaves de voyage dans les\u00adquels se refl\u00e8te l\u2019impression de mou\u00adve\u00adment inces\u00adsant qui nous entra\u00eene. Ils sont super\u00adfi\u00adciels, brefs et agi\u00adt\u00e9s. Dieu sait ce qui r\u00e9el\u00adle\u00adment se pro\u00addui\u00adra. On serait ten\u00adt\u00e9 de croire que nous avons \u00e0 chaque minute le com\u00admen\u00adce\u00adment en main, et que nous devrions tirer des plans pour l\u2019humanit\u00e9. Si la chi\u00adm\u00e8re de la vitesse nous d\u00e9pla\u00eet, cr\u00e9ons-en une autre, par exemple tr\u00e8s lente, un bon\u00adheur mys\u00adt\u00e9\u00adrieux comme le ser\u00adpent de mer, flot\u00adtant comme des voiles, et ce pro\u00adfond regard de vache dont les Grecs d\u00e9j\u00e0 s\u2019engou\u00e8rent&nbsp;! Mais il n\u2019en va nul\u00adle\u00adment ain\u00adsi. C\u2019est la chose qui nous a en main. Jour et nuit, on voyage en elle, et l\u2019on en fait bien d\u2019autres&nbsp;: on s\u2019y rase, on y mange, on y aime, on y lit des livres, on y exerce sa pro\u00adfes\u00adsion comme si les quatre murs \u00e9taient immo\u00adbiles, mais l\u2019inqui\u00e9tant, c\u2019est que les murs bougent sans qu\u2019on s\u2019en aper\u00ad\u00e7oive et qu\u2019ils pro\u00adjettent leurs rails en avant d\u2019eux-m\u00eames comme de longs fils qui se recourbent en t\u00e2ton\u00adnant, sans qu\u2019on sache jamais o\u00f9 ils vont. Et par-des\u00adsus le mar\u00adch\u00e9, on vou\u00addrait encore, si pos\u00adsible, \u00eatre l\u2019une des forces qui d\u00e9ter\u00adminent le train du temps&nbsp;! Voil\u00e0 un r\u00f4le bien \u00e9qui\u00advoque, et il arrive que le pay\u00adsage, si l\u2019on regarde au-dehors apr\u00e8s un inter\u00advalle suf\u00adfi\u00adsant, ait chan\u00adg\u00e9&nbsp;; ce qui file devant nos yeux file parce qu\u2019il n\u2019en peut \u00eatre autre\u00adment&nbsp;; mais, si r\u00e9si\u00adgn\u00e9 que l\u2019on soit, on ne peut faire qu\u2019un sen\u00adti\u00adment d\u00e9sa\u00adgr\u00e9able ne prenne de plus en plus de force, comme si l\u2019on avait d\u00e9pas\u00ads\u00e9 le but ou que l\u2019on se f\u00fbt trom\u00adp\u00e9 de voie. Un beau jour, en tem\u00adp\u00eate, un besoin vous enva\u00adhit&nbsp;: des\u00adcendre&nbsp;! sau\u00adter du train&nbsp;! Nostalgie d\u2019\u00eatre arr\u00ea\u00adt\u00e9, de ne pas se d\u00e9ve\u00adlop\u00adper, de res\u00adter immo\u00adbile ou de reve\u00adnir au point qui pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addait le mau\u00advais embran\u00adche\u00adment&nbsp;! Et dans le bon vieux temps, quand l\u2019empire d\u2019Autriche exis\u00adtait encore, il n\u2019y avait alors qu\u2019\u00e0 quit\u00adter le train du temps, \u00e0 prendre place dans un train tout court, et \u00e0 ren\u00adtrer dans sa patrie.<\/p>\n<p>L\u00e0, en Cacanie, dans cet \u00c9tat depuis lors dis\u00adpa\u00adru et res\u00adt\u00e9 incom\u00adpris qui fut sur tant de points, sans qu\u2019on lui en rende jus\u00adtice, exem\u00adplaire, il y avait aus\u00adsi du \u00ab&nbsp;dyna\u00admisme&nbsp;\u00bb, mais point de trop. Chaque fois qu\u2019on repen\u00adsait \u00e0 ce pays de l\u2019\u00e9tranger, venait flot\u00adter devant vos yeux le sou\u00adve\u00adnir de ses routes larges, blanches, pros\u00adp\u00e8res, datant de l\u2019\u00e9poque de la marche \u00e0 pied et des malles-postes, qui le sillon\u00adnaient en tous sens, fleuves d\u2019ordre, clairs rubans de cou\u00adtil mili\u00adtaire, bras admi\u00adnis\u00adtra\u00adtifs, cou\u00adleur de papier tim\u00adbr\u00e9, \u00e9trei\u00adgnant les pro\u00advinces\u2026 Et quelles pro\u00advinces&nbsp;! Il y avait les gla\u00adciers et la mer, le Karst et les champs de bl\u00e9 boh\u00eames, les nuits au bord de l\u2019Adriatique, gr\u00e9\u00adsillantes de l\u2019activit\u00e9 des grillons, et les vil\u00adlages slo\u00advaques o\u00f9 la fum\u00e9e sor\u00adtait des che\u00admi\u00adn\u00e9es comme d\u2019un nez retrous\u00ads\u00e9, o\u00f9 les mai\u00adsons \u00e9taient tapies entre deux col\u00adlines comme si la terre avait entrou\u00advert ses l\u00e8vres afin d\u2019y r\u00e9chauf\u00adfer son enfant. Naturellement, il y avait aus\u00adsi des auto\u00admo\u00adbiles sur ces routes&nbsp;; mais pas trop. Ici aus\u00adsi, l\u2019on pr\u00e9\u00adpa\u00adrait la conqu\u00eate de l\u2019air&nbsp;; mais point trop inten\u00adsi\u00adve\u00adment. De loin en loin, point trop sou\u00advent, l\u2019on envoyait un bateau en Am\u00e9rique du Sud ou dans l\u2019Extr\u00eame-Orient. On n\u2019avait nulle ambi\u00adtion \u00e9co\u00adno\u00admique, nul r\u00eave d\u2019h\u00e9g\u00e9monie&nbsp;; on \u00e9tait ins\u00adtal\u00adl\u00e9 au centre de l\u2019Europe, au croi\u00adse\u00adment des vieux axes du monde&nbsp;; les mots de colo\u00adnie et d\u2019outre-mer ne ren\u00addaient encore qu\u2019un son loin\u00adtain et comme trop neuf. On d\u00e9ployait quelque luxe&nbsp;; mais en se gar\u00addant d\u2019y mettre le raf\u00adfi\u00adne\u00adment des Fran\u00e7ais. On pra\u00adti\u00adquait les sports&nbsp;; mais avec moins d\u2019extravagance que les Anglo-Saxons. On d\u00e9pen\u00adsait pour l\u2019arm\u00e9e des sommes consi\u00add\u00e9\u00adrables&nbsp;; juste assez cepen\u00addant pour \u00eatre s\u00fbr de res\u00adter l\u2019avant-derni\u00e8re des Grandes puis\u00adsances. La capi\u00adtale elle-m\u00eame \u00e9tait un rien plus petite que les plus grandes m\u00e9tro\u00adpoles du monde, et pour\u00adtant consi\u00add\u00e9\u00adra\u00adble\u00adment plus grande que ne le sont de simples \u00ab&nbsp;grandes villes&nbsp;\u00bb. Et ce pays \u00e9tait admi\u00adnis\u00adtr\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re \u00e9clai\u00adr\u00e9e, \u00e0 peine sen\u00adsible, tous les angles pru\u00addem\u00adment arron\u00addis, par la meilleure bureau\u00adcra\u00adtie d\u2019Europe, \u00e0 qui l\u2019on ne pou\u00advait repro\u00adcher qu\u2019une seule faute&nbsp;: qu\u2019elle v\u00eet dans le g\u00e9nie et les ini\u00adtia\u00adtives g\u00e9niales des par\u00adti\u00adcu\u00adliers, s\u2019ils n\u2019en avaient pas re\u00e7u le pri\u00advi\u00adl\u00e8ge de par leur haute nais\u00adsance ou quelque mis\u00adsion offi\u00adcielle, une atti\u00adtude imper\u00adti\u00adnente et une sorte d\u2019usurpation. Mais y a\u2011t\u2011il per\u00adsonne qui aime voir des incom\u00adp\u00e9\u00adtents se m\u00ealer de ses affaires&nbsp;? Et puis au moins, en Cacanie, on se bor\u00adnait \u00e0 tenir les g\u00e9nies pour des pal\u00adto\u00adquets&nbsp;: jamais on n\u2019e\u00fbt, comme ailleurs, tenu le pal\u00adto\u00adquet pour un&nbsp;g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Sur cette Cacanie main\u00adte\u00adnant englou\u00adtie, que de choses curieuses seraient \u00e0 dire&nbsp;! Elle \u00e9tait, par exemple, <i>kai\u00adser\u00adlich-k\u00f6ni\u00adglich<\/i> (imp\u00e9\u00adriale-royale) et aus\u00adsi bien <i>kai\u00adser\u00adlich und k\u00f6ni\u00adglich<\/i> (imp\u00e9\u00adriale et royale)&nbsp;; il n\u2019\u00e9tait chose ni per\u00adsonne qui ne f\u00fbt affec\u00adt\u00e9e l\u00e0-bas de l\u2019un de ces deux sigles, <i>k.&nbsp;k.<\/i> ou <i>k.&nbsp;u.&nbsp;k.<\/i>&nbsp;; il n\u2019en fal\u00adlait pas moins dis\u00adpo\u00adser d\u2019une science secr\u00e8te pour pou\u00advoir d\u00e9ci\u00adder \u00e0 coup s\u00fbr quelles ins\u00adti\u00adtu\u00adtions et quels hommes pou\u00advaient \u00eatre dits <i>k.&nbsp;k.<\/i>, et quels autres <i>k.&nbsp;u.&nbsp;k.<\/i> Elle s\u2019appelait, par \u00e9crit, Monarchie aus\u00adtro-hon\u00adgroise, et se fai\u00adsait appe\u00adler, ora\u00adle\u00adment, l\u2019Autriche&nbsp;: nom qu\u2019elle avait offi\u00adciel\u00adle\u00adment et solen\u00adnel\u00adle\u00adment abju\u00adr\u00e9, mais conser\u00advait dans les affaires de c\u0153ur, comme pour prou\u00adver que les sen\u00adti\u00adments ont autant d\u2019importance que le droit public, et que les pres\u00adcrip\u00adtions n\u2019ont rien \u00e0 voir avec le v\u00e9ri\u00adtable s\u00e9rieux de la vie. La Constitution \u00e9tait lib\u00e9\u00adrale, mais le r\u00e9gime cl\u00e9\u00adri\u00adcal. Le r\u00e9gime \u00e9tait cl\u00e9\u00adri\u00adcal, mais les habi\u00adtants libres pen\u00adseurs. Tous les bour\u00adgeois \u00e9taient \u00e9gaux devant la loi, mais jus\u00adte\u00adment, tous n\u2019\u00e9taient pas bourgeois.<\/p>\n<p>Le Parlement fai\u00adsait de sa liber\u00adt\u00e9 un usage si imp\u00e9\u00adtueux qu\u2019on pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrait d\u2019ordinaire le tenir fer\u00adm\u00e9&nbsp;; mais l\u2019on avait aus\u00adsi une loi d\u2019exception qui per\u00admet\u00adtait de se pas\u00adser du Parlement&nbsp;; et chaque fois que l\u2019\u00c9tat tout entier se pr\u00e9\u00adpa\u00adrait \u00e0 jouir des bien\u00adfaits de l\u2019absolutisme, la Couronne d\u00e9cr\u00e9\u00adtait qu\u2019on allait recom\u00admen\u00adcer \u00e0 vivre sous le r\u00e9gime par\u00adle\u00admen\u00adtaire. Parmi nombre de sin\u00adgu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9s du m\u00eame ordre, il faut citer aus\u00adsi les dis\u00adsen\u00adsions natio\u00adnales qui atti\u00adraient sur elles, \u00e0 juste titre, l\u2019attention de toute l\u2019Europe, et que les his\u00adto\u00adriens d\u2019aujourd\u2019hui d\u00e9fi\u00adgurent. Ces dis\u00adsen\u00adsions \u00e9taient si vio\u00adlentes que la machine de l\u2019\u00c9tat s\u2019enrayait plu\u00adsieurs fois par ann\u00e9e \u00e0 cause d\u2019elles&nbsp;; mais dans ces inter\u00advalles et ces repos de l\u2019\u00c9tat, cha\u00adcun s\u2019en tirait \u00e0 mer\u00adveille, et l\u2019on fai\u00adsait comme si de rien n\u2019\u00e9tait. D\u2019ailleurs, il n\u2019y avait rien eu de r\u00e9el. Il y avait sim\u00adple\u00adment que cette aver\u00adsion de tout homme pour les efforts de son pro\u00adchain dans laquelle nous com\u00admu\u00adnions tous aujourd\u2019hui, s\u2019\u00e9tait fait jour tr\u00e8s t\u00f4t dans cet \u00c9tat pour atteindre \u00e0 une sorte de c\u00e9r\u00e9\u00admo\u00adnial subli\u00adm\u00e9 qui e\u00fbt pu avoir de grandes cons\u00e9\u00adquences si son \u00e9vo\u00adlu\u00adtion n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9\u00adma\u00adtu\u00adr\u00e9\u00adment inter\u00adrom\u00adpue par une catastrophe.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas seule\u00adment, en effet, que l\u2019aversion pour le conci\u00adtoyen se f\u00fbt \u00e9le\u00adv\u00e9e l\u00e0-bas au niveau d\u2019un sen\u00adti\u00adment de com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9, mais encore que la m\u00e9fiance envers soi-m\u00eame, envers son propre des\u00adtin, y avait pris le carac\u00adt\u00e8re d\u2019une pro\u00adfonde assu\u00adrance. En ce pays (et par\u00adfois jusqu\u2019au plus haut point de pas\u00adsion, et jusque dans ses extr\u00eames cons\u00e9\u00adquences), on agis\u00adsait tou\u00adjours autre\u00adment qu\u2019on ne pen\u00adsait, ou on pen\u00adsait autre\u00adment qu\u2019on n\u2019agissait. Des obser\u00adva\u00adteurs mal infor\u00adm\u00e9s ont pris cela pour du charme, ou m\u00eame pour une fai\u00adblesse de ce qu\u2019ils croyaient \u00eatre le carac\u00adt\u00e8re autri\u00adchien. C\u2019\u00e9tait faux&nbsp;; il est tou\u00adjours faux de vou\u00adloir expli\u00adquer les ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8nes d\u2019un pays \u00e0 tra\u00advers le carac\u00adt\u00e8re de ses habi\u00adtants. Car <span class=\"quali\">l\u2019habitant d\u2019un pays a tou\u00adjours au moins neuf carac\u00adt\u00e8res&nbsp;: un carac\u00adt\u00e8re pro\u00adfes\u00adsion\u00adnel, un carac\u00adt\u00e8re de classe, un carac\u00adt\u00e8re sexuel, un carac\u00adt\u00e8re natio\u00adnal, un carac\u00adt\u00e8re poli\u00adtique, un carac\u00adt\u00e8re g\u00e9o\u00adgra\u00adphique, un carac\u00adt\u00e8re conscient, un incons\u00adcient, et peut-\u00eatre m\u00eame encore, un carac\u00adt\u00e8re pri\u00adv\u00e9&nbsp;; il les r\u00e9unit dans sa per\u00adsonne, mais s\u2019en trouve dis\u00adso\u00adci\u00e9, et n\u2019est plus fina\u00adle\u00adment qu\u2019un petit val\u00adlon creu\u00ads\u00e9 par cette mul\u00adti\u00adtude de cours d\u2019eau, val\u00adlon dans lequel ils viennent s\u2019\u00e9couler pour en res\u00adsor\u00adtir ensuite et rem\u00adplir d\u2019autres val\u00adlons avec d\u2019autres ruis\u00adse\u00adlets. C\u2019est pour\u00adquoi tout habi\u00adtant de la terre pos\u00ads\u00e8de encore un dixi\u00e8me carac\u00adt\u00e8re, qui n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019imagination pas\u00adsive d\u2019espaces non encore rem\u00adplis&nbsp;; ce carac\u00adt\u00e8re donne \u00e0 l\u2019homme toutes les liber\u00adt\u00e9s, sauf une&nbsp;: celle de prendre au s\u00e9rieux ce que font ses autres carac\u00adt\u00e8res (neuf pour le moins), et ce qui leur arrive&nbsp;; donc, en d\u2019autres termes, la seule liber\u00adt\u00e9, pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment, qui pour\u00adrait rem\u00adplir cet espace.<\/span> Cet espace, dont il faut avouer qu\u2019il n\u2019est pas facile \u00e0 d\u00e9crire, sera colo\u00adr\u00e9 et for\u00adm\u00e9 autre\u00adment en Italie qu\u2019en Angleterre, parce que tout ce qui se d\u00e9tache sur son fond pos\u00ads\u00e8de une autre forme et une autre cou\u00adleur&nbsp;; et pour\u00adtant, il reste le m\u00eame, ici comme ailleurs, c\u2019est-\u00e0-dire pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment un espace invi\u00adsible et vide dans lequel la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 se dresse comme une petite ville de jeu de construc\u00adtion aban\u00addon\u00adn\u00e9e par l\u2019imagination.<\/p>\n<p>Dans la mesure o\u00f9 le fait peut deve\u00adnir visible \u00e0 tous les yeux, voi\u00adl\u00e0 ce qui s\u2019\u00e9tait pas\u00ads\u00e9 en Cacanie, voi\u00adl\u00e0 en quoi la Cacanie, sans que le monde le s\u00fbt encore, s\u2019affirmait l\u2019\u00c9tat le plus avan\u00adc\u00e9&nbsp;; c\u2019\u00e9tait un \u00c9tat qui ne sub\u00adsis\u00adtait plus que par la force de l\u2019habitude, on y jouis\u00adsait d\u2019une liber\u00adt\u00e9 pure\u00adment n\u00e9ga\u00adtive, dans la conscience conti\u00adnuelle des rai\u00adsons insuf\u00adfi\u00adsantes de sa propre exis\u00adtence et bai\u00adgn\u00e9 par la grande vision de ce qui ne s\u2019est point pas\u00ads\u00e9, ou point irr\u00e9\u00advo\u00adca\u00adble\u00adment du moins, comme par l\u2019haleine des Oc\u00e9ans dont l\u2019humanit\u00e9 est sortie.<\/p>\n<p><i>Es ist pas\u00adsiert<\/i>, disait-on l\u00e0-bas, quand d\u2019autres gens croyaient ailleurs que Dieu sait quoi avait eu lieu&nbsp;; c\u2019\u00e9tait un terme sin\u00adgu\u00adlier, qui n\u2019appara\u00eet nulle part ailleurs, ni en alle\u00admand ni dans une autre langue, et dans le souffle duquel les faits et les coups du sort deve\u00adnaient aus\u00adsi l\u00e9gers que des pen\u00ads\u00e9es, ou du duvet. Oui, mal\u00adgr\u00e9 tout ce qui parle en sens contraire, la Cacanie \u00e9tait peut-\u00eatre, apr\u00e8s tout, un pays pour g\u00e9nies&nbsp;; et sans doute fut-ce aus\u00adsi sa&nbsp;ruine.<\/p>\n<div class=\"langue-originale\">\n<p class=\"class_s3\">In dem Alter, wo man noch alle Schneider- und Barbierangelegenheiten wich\u00adtig nimmt und gerne in den Spiegel blickt, stellt man sich oft auch einen Ort vor, wo man sein Leben zubrin\u00adgen m\u00f6chte, oder wenig\u00adstens einen Ort, wo es Stil hat, zu ver\u00adwei\u00adlen, selbst wenn man f\u00fchlt, da\u00df man f\u00fcr seine Person nicht gerade gern dort w\u00e4re. Eine solche soziale Zwangsvorstellung ist nun schon seit lan\u00adgem eine Art \u00fcbe\u00adra\u00adme\u00adri\u00adka\u00adnische Stadt, wo alles mit der Stoppuhr in der Hand eilt oder stil\u00adl\u00adsteht. Luft und Erde bil\u00adden einen Ameisenbau, von den Stockwerken der Verkehrsstra\u00dfen dur\u00adch\u00adzo\u00adgen. Luftz\u00fcge, Erdz\u00fcge, Untererdz\u00fcge, Rohrpostmenschensendungen, Kraftwagenketten rasen hori\u00adzon\u00adtal, Schnellaufz\u00fcge pum\u00adpen ver\u00adti\u00adkal Menschenmassen von einer Verkehrsebene in die andre&nbsp;; man springt an den Knotenpunkten von einem Bewegungsapparat in den andern, wird von deren Rhythmus, der zwi\u00adschen zwei los\u00addon\u00adnern\u00adden Geschwindigkeiten eine Synkope, eine Pause, eine kleine Kluft von zwan\u00adzig Sekunden macht, ohne \u00dcberlegung ange\u00adsaugt und hinein\u00adge\u00adris\u00adsen, spricht has\u00adtig in den Intervallen dieses all\u00adge\u00admei\u00adnen Rhythmus mitei\u00adnan\u00adder ein paar Worte. Fragen und Antworten klin\u00adken inei\u00adnan\u00adder wie Maschinenglieder, jeder Mensch hat nur ganz bes\u00adtimmte Aufgaben, die Berufe sind an bes\u00adtimm\u00adten Orten in Gruppen zusam\u00admen\u00adge\u00adzo\u00adgen, man i\u00dft w\u00e4h\u00adrend der Bewegung, die Vergn\u00fcgungen sind in andern Stadtteilen zusam\u00admen\u00adge\u00adzo\u00adgen, und wie\u00adder anders\u00adwo ste\u00adhen die T\u00fcrme, wo man Frau, Familie, Grammophon und Seele fin\u00addet. Spannung und Abspannung, T\u00e4tigkeit und Liebe wer\u00adden zeit\u00adlich genau getrennt und nach gr\u00fcnd\u00adli\u00adcher Laboratoriumserfahrung aus\u00adge\u00adwo\u00adgen. St\u00f6\u00dft man bei irgen\u00addei\u00adner die\u00adser T\u00e4tigkeiten auf Schwierigkeit, so l\u00e4\u00dft man die Sache ein\u00adfach ste\u00adhen&nbsp;; denn man fin\u00addet eine andre Sache oder gele\u00adgent\u00adlich einen bes\u00adse\u00adren Weg, oder ein andrer fin\u00addet den Weg, den man ver\u00adfehlt hat&nbsp;; das scha\u00addet gar nichts, w\u00e4h\u00adrend durch nichts so viel von der gemein\u00adsa\u00admen Kraft ver\u00adschleu\u00addert wird wie durch die Anma\u00dfung, da\u00df man beru\u00adfen sei, ein bes\u00adtimmtes pers\u00f6n\u00adliches Ziel nicht locker zu las\u00adsen. In einem von Kr\u00e4ften dur\u00adch\u00adflos\u00adse\u00adnen Gemeinwesen f\u00fchrt jeder Weg an ein gutes Ziel, wenn man nicht zu lange zau\u00addert und \u00fcber\u00adlegt. Die Ziele sind kurz ges\u00adteckt&nbsp;; aber auch das Leben ist kurz, man gewinnt ihm so ein Maximum des Erreichens ab, und mehr braucht der Mensch nicht zu sei\u00adnem Gl\u00fcck, denn was man erreicht, formt die Seele, w\u00e4h\u00adrend das, was man ohne Erf\u00fcllung will, sie nur ver\u00adbiegt&nbsp;; f\u00fcr das Gl\u00fcck kommt es sehr wenig auf das an, was man will, son\u00addern nur darauf, da\u00df man es erreicht. Au\u00dferdem lehrt die Zoologie, da\u00df aus einer Summe von redu\u00adzier\u00adten Individuen sehr wohl ein geniales Ganzes bes\u00adte\u00adhen&nbsp;kann.<\/p>\n<p class=\"class_s4\">Es ist gar nicht sicher, da\u00df es so kom\u00admen mu\u00df, aber solche Vorstellungen geh\u00f6\u00adren zu den Reisetr\u00e4umen, in denen sich das Gef\u00fchl der rast\u00adlo\u00adsen Bewegung spie\u00adgelt, die uns mit sich f\u00fchrt. Sie sind ober\u00adfl\u00e4\u00adchlich, unru\u00adhig und kurz. Wei\u00df Gott, was wirk\u00adlich wer\u00adden wird. Man sollte mei\u00adnen, da\u00df wir in jeder Minute den Anfang in der Hand haben und einen Plan f\u00fcr uns alle machen m\u00fc\u00df\u00adten. Wenn uns die Sache mit den Geschwindigkeiten nicht gef\u00e4llt, so machen wir doch eine andre&nbsp;! Zum Beispiel eine ganz lang\u00adsame, mit einem schleie\u00adrig wal\u00adlen\u00adden, meer\u00adsch\u00adne\u00adcken\u00adhaft geheim\u00adnis\u00advol\u00adlen Gl\u00fcck und dem tie\u00adfen Kuhblick, von dem schon die Griechen ges\u00adchw\u00e4rmt haben. Aber so ist es ganz und gar nicht. Die Sache hat uns in der Hand. Man f\u00e4hrt Tag und Nacht in ihr und tut auch noch alles andre darin&nbsp;; man rasiert sich, man i\u00dft, man liebt, man liest B\u00fccher, man \u00fcbt sei\u00adnen Beruf aus, als ob die vier W\u00e4nde stil\u00adl\u00adst\u00fcn\u00adden, und das Unheimliche ist blo\u00df, da\u00df die W\u00e4nde fah\u00adren, ohne da\u00df man es merkt, und ihre Schienen voraus\u00adwer\u00adfen, wie lange, tas\u00adtend gekr\u00fcmmte F\u00e4den, ohne da\u00df man wei\u00df wohin. Und \u00fcber\u00addies will man ja wom\u00f6\u00adglich selbst noch zu den Kr\u00e4ften geh\u00f6\u00adren, die den Zug der Zeit bes\u00adtim\u00admen. Das ist eine sehr unk\u00adlare Rolle, und es kommt vor, wenn man nach l\u00e4n\u00adge\u00adrer Pause hinaus\u00adsieht, da\u00df sich die Landschaft ge\u00e4n\u00addert hat&nbsp;; was da vor\u00adbei\u00adfliegt, fliegt vor\u00adbei, weil es nicht anders sein kann, aber bei aller Ergebenheit gewinnt ein unan\u00adge\u00adnehmes Gef\u00fchl immer mehr Gewalt, als ob man \u00fcber das Ziel hinaus\u00adge\u00adfah\u00adren oder auf eine falsche Strecke gera\u00adten w\u00e4re. Und eines Tages ist das st\u00fcr\u00admische Bed\u00fcrfnis da&nbsp;: Aussteigen&nbsp;! Abspringen&nbsp;! Ein Heimweh nach Aufgehaltenwerden, Nichtsichentwickeln, Steckenbleiben, Zur\u00fcckkehren zu einem Punkt, der vor der fal\u00adschen Abzweigung liegt&nbsp;! Und in der guten alten Zeit, als es das Kaisertum \u00d6sterreich noch gab, konnte man in einem sol\u00adchen Falle den Zug der Zeit ver\u00adlas\u00adsen, sich in einen gew\u00f6hn\u00adli\u00adchen Zug einer gew\u00f6hn\u00adli\u00adchen Eisenbahn set\u00adzen und in die Heimat zur\u00fcckfahren.<\/p>\n<p class=\"class_s4\">Dort, in Kakanien, die\u00adsem sei\u00adther unter\u00adge\u00adgan\u00adge\u00adnen, unvers\u00adtan\u00adde\u00adnen Staat, der in so vie\u00adlem ohne Anerkennung vor\u00adbild\u00adlich gewe\u00adsen ist, gab es auch Tempo, aber nicht zuviel Tempo. So oft man in der Fremde an dieses Land dachte, schwebte vor den Augen die Erinnerung an die wei\u00dfen, brei\u00adten, wohl\u00adha\u00adben\u00adden Stra\u00dfen aus der Zeit der Fu\u00dfm\u00e4rsche und Extraposten, die es nach allen Richtungen wie Fl\u00fcsse der Ordnung, wie B\u00e4nder aus hei\u00adlem Soldatenzwillich dur\u00adch\u00adzo\u00adgen und die L\u00e4nder mit dem papier\u00adwei\u00dfen Arm der Verwaltung umschlan\u00adgen. Und was f\u00fcr L\u00e4nder&nbsp;! Gletscher und Meer, Karst und b\u00f6h\u00admische Kornfelder gab es dort, N\u00e4chte an der Adria, zir\u00adpend von Grillenunruhe, und slo\u00adwa\u00adkische D\u00f6rfer, wo der Rauch aus den Kaminen wie aus auf\u00adgest\u00fclp\u00adten Nasenl\u00f6chern stieg und das Dorf zwi\u00adschen zwei klei\u00adnen H\u00fcgeln kauerte, als h\u00e4tte die Erde ein wenig die Lippen ge\u00f6ff\u00adnet, um ihr Kind daz\u00adwi\u00adschen zu w\u00e4r\u00admen. Nat\u00fcrlich roll\u00adten auf die\u00adsen Stra\u00dfen auch Automobile&nbsp;; aber nicht zuviel Automobile&nbsp;! Man berei\u00adtete die Eroberung der Luft vor, auch hier&nbsp;; aber nicht zu inten\u00adsiv. Man lie\u00df hie und da ein Schiff nach S\u00fcdamerika oder Ostasien fah\u00adren&nbsp;; aber nicht zu oft. Man hatte kei\u00adnen Weltwirtschafts- und Weltmachtehrgeiz&nbsp;; man sa\u00df im Mittelpunkt Europas, wo die alten Weltachsen sich schnei\u00adden&nbsp;; die Worte Kolonie und \u00dcbersee h\u00f6rte man an wie etwas noch g\u00e4nz\u00adlich Unerprobtes und Fernes. Man ent\u00adfal\u00adtete Luxus&nbsp;; aber bei\u00adleibe nicht so \u00fcber\u00adfei\u00adnert wie die Franzosen. Man trieb Sport&nbsp;; aber nicht so n\u00e4r\u00adrisch wie die Angelsachsen. Man gab Unsummen f\u00fcr das Heer aus&nbsp;; aber doch nur gerade so viel, da\u00df man sicher die zweit\u00adschw\u00e4chste der Gro\u00dfm\u00e4chte blieb. Auch die Hauptstadt war um einiges klei\u00adner als alle andern gr\u00f6\u00df\u00adten St\u00e4dte der Welt, aber doch um ein Erkleckliches gr\u00f6\u00dfer, als es blo\u00df Gro\u00dfst\u00e4dte sind. Und ver\u00adwal\u00adtet wurde dieses Land in einer auf\u00adgekl\u00e4r\u00adten, wenig f\u00fchl\u00adba\u00adren, alle Spitzen vor\u00adsich\u00adtig bes\u00adch\u00adnei\u00adden\u00adden Weise von der bes\u00adten B\u00fcrokratie Europas, der man nur einen Fehler nach\u00adsa\u00adgen konnte&nbsp;: sie emp\u00adfand Genie und geniale Unternehmungssucht an Privatpersonen, die nicht durch hohe Geburt oder einen Staatsauftrag dazu pri\u00advi\u00adle\u00adgiert waren, als vor\u00adlautes Benehmen und Anma\u00dfung. Aber wer lie\u00dfe sich gerne von Unbefugten drein\u00adre\u00adden&nbsp;! Und in Kakanien wurde \u00fcber\u00addies immer nur ein Genie f\u00fcr einen L\u00fcmmel gehal\u00adten, aber nie\u00admals, wie es anders\u00adwo vor\u00adkam, schon der L\u00fcmmel f\u00fcr ein&nbsp;Genie.<\/p>\n<p class=\"class_s4\">\u00dcberhaupt, wie vieles Merkw\u00fcrdige lie\u00dfe sich \u00fcber dieses ver\u00adsun\u00adkene Kakanien sagen&nbsp;! Es war zum Beispiel kai\u00adser\u00adlich-k\u00f6ni\u00adglich und war kai\u00adser\u00adlich und k\u00f6ni\u00adglich&nbsp;; eines der bei\u00adden Zeichen k.k. oder k.u.k. trug dort jede Sache und Person, aber es bedurfte trotz\u00addem einer Geheimwissenschaft, um immer sicher unter\u00adschei\u00adden zu k\u00f6n\u00adnen, welche Einrichtungen und Menschen k.k. und welche k.u.k. zu rufen waren. Es nannte sich schrift\u00adlich \u00d6sterreichisch-Ungarische Monarchie und lie\u00df sich m\u00fcnd\u00adlich \u00d6sterreich rufen&nbsp;; mit einem Namen also, den es mit feier\u00adli\u00adchem Staatsschwur abge\u00adlegt hatte, aber in allen Gef\u00fchlsangelegenheiten bei\u00adbe\u00adhielt, zum Zeichen, da\u00df Gef\u00fchle eben\u00adso wich\u00adtig sind wie Staatsrecht und Vorschriften nicht den wirk\u00adli\u00adchen Lebensernst bedeu\u00adten. Es war nach sei\u00adner Verfassung libe\u00adral, aber es wurde kle\u00adri\u00adkal regiert. Es wurde kle\u00adri\u00adkal regiert, aber man lebte frei\u00adsin\u00adnig. Vor dem Gesetz waren alle B\u00fcrger gleich, aber nicht alle waren eben B\u00fcrger. Man hatte ein Parlament, welches so gewal\u00adti\u00adgen Gebrauch von sei\u00adner Freiheit machte, da\u00df man es gew\u00f6hn\u00adlich ges\u00adchlos\u00adsen hielt&nbsp;; aber man hatte auch einen Notstandsparagraphen, mit des\u00adsen Hilfe man ohne das Parlament aus\u00adkam, und jedes\u00admal, wenn alles sich schon \u00fcber den Absolutismus freute, ord\u00adnete die Krone an, da\u00df nun doch wie\u00adder par\u00adla\u00admen\u00adta\u00adrisch regiert wer\u00adden m\u00fcsse. Solcher Geschehnisse gab es viele in die\u00adsem Staat, und zu ihnen geh\u00f6r\u00adten auch jene natio\u00adna\u00adlen K\u00e4mpfe, die mit Recht die Neugierde Europas auf sich zogen und heute ganz falsch dar\u00adges\u00adtellt wer\u00adden. Sie waren so hef\u00adtig, da\u00df ihret\u00adwe\u00adgen die Staatsmaschine mehr\u00admals im Jahr stockte und stil\u00adl\u00adstand, aber in den Zwischenzeiten und Staatspausen kam man aus\u00adge\u00adzeich\u00adnet mitei\u00adnan\u00adder aus und tat, als ob nichts gewe\u00adsen w\u00e4re. Und es war auch nichts Wirkliches gewe\u00adsen. Es hatte sich blo\u00df die Abneigung jedes Menschen gegen die Bestrebungen jedes andern Menschen, in der wir heute alle einig sind, in die\u00adsem Staat schon fr\u00fch, und man kann sagen, zu einem subli\u00admier\u00adten Zeremoniell aus\u00adge\u00adbil\u00addet, das noch gro\u00dfe Folgen h\u00e4tte haben k\u00f6n\u00adnen, wenn seine Entwicklung nicht durch eine Katastrophe vor der Zeit unter\u00adbro\u00adchen wor\u00adden&nbsp;w\u00e4re.<\/p>\n<p class=\"class_s4\">Denn nicht nur die Abneigung gegen den Mitb\u00fcrger war dort bis zum Gemeinschaftsgef\u00fchl ges\u00adtei\u00adgert, son\u00addern es nahm auch das Mi\u00dftrauen gegen die eigene Person und deren Schicksal den Charakter tie\u00adfer Selbstgewi\u00dfheit an. Man han\u00addelte in die\u00adsem Land \u2013 und mitun\u00adter bis zu den h\u00f6chs\u00adten Graden der Leidenschaft und ihren Folgen immer anders, als man dachte, oder dachte anders, als man han\u00addelte. Unkundige Beobachter haben das f\u00fcr Liebensw\u00fcrdigkeit oder gar f\u00fcr Schw\u00e4che des ihrer Meinung nach \u00f6ster\u00adrei\u00adchi\u00adschen Charakters gehal\u00adten. Aber das war falsch&nbsp;; und es ist immer falsch, die Erscheinungen in einem Land ein\u00adfach mit dem Charakter sei\u00adner Bewohner zu erkl\u00e4\u00adren. Denn ein Landesbewohner hat min\u00addes\u00adtens neun Charaktere, einen Berufs\u2011, einen National\u2011, einen Staats\u2011, einen Klassen\u2011, einen geo\u00adgra\u00adphi\u00adschen, einen Geschlechts\u2011, einen bewu\u00df\u00adten, einen unbe\u00adwu\u00df\u00adten und viel\u00adleicht auch noch einen pri\u00adva\u00adten Charakter&nbsp;; er verei\u00adnigt sie in sich, aber sie l\u00f6sen ihn auf, und er ist eigent\u00adlich nichts als eine kleine, von die\u00adsen vie\u00adlen Rinnsalen aus\u00adge\u00adwa\u00adschene Mulde, in die sie hinein\u00adsi\u00adckern und aus der sie wie\u00adder aus\u00adtre\u00adten, um mit andern B\u00e4chlein eine andre Mulde zu f\u00fcl\u00adlen. Deshalb hat jeder Erdbewohner auch noch einen zehn\u00adten Charakter, und die\u00adser ist nichts als die pas\u00adsive Phantasie unaus\u00adgef\u00fcll\u00adter R\u00e4ume&nbsp;; er ges\u00adtat\u00adtet dem Menschen alles, nur nicht das eine&nbsp;: das ernst zu neh\u00admen, was seine min\u00addes\u00adtens neun andern Charaktere tun und was mit ihnen ges\u00adchieht&nbsp;; also mit andern Worten, gerade das nicht, was ihn ausf\u00fcl\u00adlen sollte. Dieser, wie man zuge\u00adben mu\u00df, schwer zu bes\u00adchrei\u00adbende Raum ist in Italien anders gef\u00e4rbt und geformt als in England, weil das, was sich von ihm abhebt, andre Farbe und Form hat, und ist doch da und dort der gleiche, eben ein lee\u00adrer, unsicht\u00adba\u00adrer Raum, in dem die Wirklichkeit darins\u00adteht wie eine von der Phantasie ver\u00adlas\u00adsene kleine Steinbaukastenstadt.<\/p>\n<p class=\"class_s4\">Soweit das nun \u00fcbe\u00adrhaupt allen Augen sicht\u00adbar wer\u00adden kann, war es in Kakanien ges\u00adche\u00adhen, und darin war Kakanien, ohne da\u00df die Welt es schon wu\u00dfte, der fort\u00adges\u00adchrit\u00adtenste Staat&nbsp;; es war der Staat, der sich selbst irgend\u00adwie nur noch mit\u00admachte, man war nega\u00adtiv frei darin, st\u00e4n\u00addig im Gef\u00fchl der unzu\u00adrei\u00adchen\u00adden Gr\u00fcnde der eige\u00adnen Existenz und von der gro\u00dfen Phantasie des Nichtgeschehenen oder doch nicht unwi\u00adder\u00adru\u00adflich Geschehenen wie von dem Hauch der Ozeane umsp\u00fclt, denen die Menschheit entstieg.<\/p>\n<p class=\"class_s4\"><em>Es ist pas\u00adsiert<\/em>, sagte man dort, wenn andre Leute anders\u00adwo glaub\u00adten, es sei wun\u00adder was ges\u00adche\u00adhen&nbsp;; das war ein eige\u00adnar\u00adtiges, nir\u00adgend\u00adwo sonst im Deutschen oder einer andern Sprache vor\u00adkom\u00admendes Wort, in des\u00adsen Hauch Tatsachen und Schicksalsschl\u00e4ge so leicht wur\u00adden wie Flaumfedern und Gedanken. Ja, es war, trotz vie\u00adlem, was dage\u00adgen spricht, Kakanien viel\u00adleicht doch ein Land f\u00fcr Genies&nbsp;; und wahr\u00adschein\u00adlich ist es daran auch zugrunde gegangen.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 l\u2019on aime encore \u00e0 se regar\u00adder dans la glace et o\u00f9 l\u2019on accorde encore de l\u2019importance aux pro\u00adbl\u00e8mes du tailleur et du coif\u00adfeur, il arrive aus\u00adsi que l\u2019on se d\u00e9crive un lieu o\u00f9 l\u2019on aime\u00adrait pas\u00adser sa vie, ou du moins un lieu o\u00f9 il serait \u00ab&nbsp;chic&nbsp;\u00bb de s\u00e9jour\u00adner quand bien&nbsp;m\u00eame&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"quote","meta":{"_acf_changed":false,"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[2853,2856,2457,2844,2845,1767,2528],"class_list":["post-20849","post","type-post","status-publish","format-quote","hentry","category-non-classe","tag-autriche","tag-dystopie","tag-etats-unis","tag-fluidite","tag-moderation","tag-technologie","tag-urbanisme","post_format-post-format-quote"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20849","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20849"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20849\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21793,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20849\/revisions\/21793"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20849"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20849"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20849"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}