﻿{"id":20964,"date":"2024-07-24T11:56:41","date_gmt":"2024-07-24T10:56:41","guid":{"rendered":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=20964"},"modified":"2024-10-03T13:55:39","modified_gmt":"2024-10-03T12:55:39","slug":"20964","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=20964","title":{"rendered":"esprit (Musil, L\u2019homme sans qualit\u00e9s)"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"quali\">Tout ce qui le peut s\u2019orne d\u2019esprit, s\u2019en cha\u00admarre. L\u2019esprit, com\u00adbi\u00adn\u00e9 avec autre chose, est ce qu\u2019il y a de plus r\u00e9pan\u00addu au monde.<\/span> \u00ab&nbsp;L\u2019esprit de fid\u00e9\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019esprit d\u2019amour&nbsp;\u00bb, un \u00ab&nbsp;esprit viril&nbsp;\u00bb, un \u00ab&nbsp;esprit culti\u00adv\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le plus grand esprit de notre temps&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;nous vou\u00adlons sau\u00adve\u00adgar\u00adder l\u2019esprit de telle ou telle chose&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;nous vou\u00adlons agir dans l\u2019esprit de notre mou\u00adve\u00adment&nbsp;\u00bb&nbsp;: ah&nbsp;! le beau son d\u00e9cent de tout cela jusque dans les plus b\u2026asses classes&nbsp;! Tout le reste, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, le crime quo\u00adti\u00addien, la cupi\u00addi\u00adt\u00e9 assi\u00addue, appa\u00adra\u00eet alors comme l\u2019inavouable crasse que Dieu enl\u00e8ve aux ongles de ses orteils.<\/p>\n<p>Mais quand l\u2019esprit demeure tout seul, sub\u00adstan\u00adtif nu, glabre comme un fan\u00adt\u00f4me \u00e0 qui l\u2019on aime\u00adrait pr\u00ea\u00adter un suaire, qu\u2019en est-il donc&nbsp;? On peut lire les po\u00e8tes, \u00e9tu\u00addier les phi\u00adlo\u00adsophes, ache\u00adter des tableaux, dis\u00adcu\u00adter toute la nuit&nbsp;: mais ce que l\u2019on y gagne, est-ce de l\u2019esprit&nbsp;? En admet\u00adtant m\u00eame qu\u2019on en gagne, le pos\u00ads\u00e9\u00adde\u00adra-t-on pour autant&nbsp;? Cet esprit-l\u00e0 est si \u00e9troi\u00adte\u00adment li\u00e9 \u00e0 la forme for\u00adtuite qu\u2019il a prise pour entrer en sc\u00e8ne&nbsp;! Il passe \u00e0 tra\u00advers celui qui aime\u00adrait l\u2019accueillir, ne lui lais\u00adsant qu\u2019un \u00e9bran\u00adle\u00adment l\u00e9ger. Qu\u2019allons-nous faire de tout cet esprit&nbsp;? On ne cesse d\u2019en pro\u00adduire en quan\u00adti\u00adt\u00e9s pro\u00adpre\u00adment astro\u00adno\u00admiques sur des tonnes de papier, de pierre et de toile, on ne cesse pas davan\u00adtage d\u2019en ing\u00e9\u00adrer et d\u2019en consom\u00admer dans une gigan\u00adtesque d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie ner\u00adveuse&nbsp;: qu\u2019en advient-il ensuite&nbsp;? Dispara\u00eet-il comme un mirage&nbsp;? Se dis\u00adsout-il en par\u00adti\u00adcules&nbsp;? Se sous\u00adtrait-il \u00e0 la loi ter\u00adrestre de la conser\u00adva\u00adtion de la mati\u00e8re&nbsp;? Les par\u00adcelles de pous\u00adsi\u00e8re qui des\u00adcendent au fond de nous et len\u00adte\u00adment s\u2019y immo\u00adbi\u00adlisent n\u2019ont aucun rap\u00adport avec la d\u00e9pense faite. O\u00f9 est-il par\u00adti&nbsp;? O\u00f9 est-il, qu\u2019est-il&nbsp;? Peut-\u00eatre se for\u00adme\u00adrait-il autour de ce mot \u00ab&nbsp;esprit&nbsp;\u00bb, si l\u2019on en savait davan\u00adtage, un cercle de silence angoiss\u00e9\u2026<\/p>\n[\u2026]\n<p>L\u2019esprit sait que la beau\u00adt\u00e9 rend bon, mau\u00advais, b\u00eate ou s\u00e9dui\u00adsant. Il dis\u00ads\u00e8que un mou\u00adton et un p\u00e9ni\u00adtent, et trouve dans l\u2019un et l\u2019autre humi\u00adli\u00adt\u00e9 et patience. Il ana\u00adlyse une sub\u00adstance et constate que, prise en grandes quan\u00adti\u00adt\u00e9s, elle devient un poi\u00adson, en petites doses, un exci\u00adtant. Il sait que la muqueuse des l\u00e8vres est appa\u00adren\u00adt\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019intestin, mais il sait aus\u00adsi que l\u2019humilit\u00e9 de ces m\u00eames l\u00e8vres est appa\u00adren\u00adt\u00e9e \u00e0 celle du sacr\u00e9. Il m\u00e9lange, il dis\u00adsout, il recom\u00adpose dif\u00adf\u00e9\u00adrem\u00adment. Pour lui, le bien et le mal, le haut et le bas ne sont pas comme pour le scep\u00adtique des notions rela\u00adtives, mais les termes d\u2019une fonc\u00adtion, des valeurs qui d\u00e9pendent du contexte dans lequel elles se trouvent. Les si\u00e8cles lui ont ensei\u00adgn\u00e9 que les vices peuvent deve\u00adnir des ver\u00adtus, et r\u00e9ci\u00adpro\u00adque\u00adment&nbsp;; il tient pour pure mal\u00adadresse que l\u2019on ne r\u00e9us\u00adsisse pas encore, dans le temps d\u2019une vie, \u00e0 r\u00e9cu\u00adp\u00e9\u00adrer un cri\u00admi\u00adnel. Il n\u2019admet rien de licite ou d\u2019illicite, parce que toute chose peut avoir une qua\u00adli\u00adt\u00e9 qui la fera par\u00adti\u00adci\u00adper un jour \u00e0 un nou\u00adveau grand sys\u00adt\u00e8me. Il hait secr\u00e8\u00adte\u00adment comme la mort tout ce qui feint d\u2019\u00eatre immuable, les grands id\u00e9aux, les grandes lois, et leur petite copie p\u00e9tri\u00adfi\u00e9e, l\u2019homme satis\u00adfait. Il n\u2019est rien qu\u2019il consi\u00add\u00e8re comme ferme, aucune per\u00adsonne, aucun ordre&nbsp;; parce que nos connais\u00adsances peuvent se modi\u00adfier chaque jour, il ne croit \u00e0 aucune liai\u00adson, et chaque chose ne garde sa valeur que jusqu\u2019au pro\u00adchain acte de la cr\u00e9a\u00adtion, comme un visage auquel on parle et qui s\u2019alt\u00e8re avec les&nbsp;mots.<\/p>\n<p>L\u2019esprit est donc l\u2019opportuniste par excel\u00adlence, mais on ne peut le sai\u00adsir nulle part, et l\u2019on serait ten\u00adt\u00e9 de croire qu\u2019il ne demeure de son action que d\u00e9ca\u00addence. Tout pro\u00adgr\u00e8s consti\u00adtue un gain de d\u00e9tail, mais une cou\u00adpure dans l\u2019ensemble&nbsp;; c\u2019est un accrois\u00adse\u00adment de puis\u00adsance qui d\u00e9bouche dans un pro\u00adgres\u00adsif accrois\u00adse\u00adment d\u2019impuissance, et c\u2019est une chose \u00e0 quoi l\u2019on ne peut rien. Cela rap\u00adpe\u00adla \u00e0 Ulrich ce corps de faits et de d\u00e9cou\u00advertes, gros\u00adsis\u00adsant presque d\u2019heure en heure, dont l\u2019esprit est contraint aujourd\u2019hui de d\u00e9tour\u00adner ses regards s\u2019il veut exa\u00admi\u00adner avec pr\u00e9\u00adci\u00adsion quelque pro\u00adbl\u00e8me que ce soit. Ce corps gros\u00adsit en s\u2019\u00e9loignant de l\u2019\u00eatre int\u00e9\u00adrieur. D\u2019innombrables concep\u00adtions, opi\u00adnions, sys\u00adt\u00e8mes pro\u00adve\u00adnant de toutes les r\u00e9gions du monde et de toutes les \u00e9poques, de toutes les esp\u00e8ces de cer\u00adveaux, sains ou malades, en \u00e9tat de veille ou de r\u00eave, ont beau le sillon\u00adner comme des mil\u00adliers de petits cor\u00addons ner\u00adveux, il manque le centre o\u00f9 ses rayons pour\u00adraient conver\u00adger. L\u2019homme se sent mena\u00adc\u00e9 de repro\u00adduire le des\u00adtin de ces races d\u2019animaux g\u00e9ants de la pr\u00e9\u00adhis\u00adtoire, qui sont morts de leur gran\u00addeur m\u00eame&nbsp;; mais il ne peut pas abdiquer.<\/p>\n<p>Cela fit res\u00adsou\u00adve\u00adnir Ulrich d\u2019une id\u00e9e fort dou\u00adteuse \u00e0 laquelle il avait cru long\u00adtemps et qu\u2019il n\u2019avait pas encore pu extir\u00adper de son cer\u00adveau&nbsp;: que seul un s\u00e9nat d\u2019hommes \u00e9vo\u00adlu\u00e9s, dou\u00e9s de vastes connais\u00adsances, pou\u00advait gou\u00adver\u00adner le monde. Il est tr\u00e8s natu\u00adrel de pen\u00adser que l\u2019homme qui, malade, se confie aux soins de m\u00e9de\u00adcins sp\u00e9\u00adcia\u00adli\u00ads\u00e9s plu\u00adt\u00f4t qu\u2019\u00e0 des ber\u00adgers, n\u2019a aucune rai\u00adson, lorsqu\u2019il est en bonne san\u00adt\u00e9, de se faire trai\u00adter par des bavards beau\u00adcoup moins qua\u00adli\u00adfi\u00e9s que des ber\u00adgers, comme c\u2019est le cas dans ses affaires publiques&nbsp;; c\u2019est pour\u00adquoi les jeunes gens, qui s\u2019attachent \u00e0 l\u2019essentiel, com\u00admencent par juger secon\u00addaire tout ce qui, dans le monde, n\u2019est ni beau, ni vrai, ni bon, par exemple le Minist\u00e8re des Finances ou, jus\u00adte\u00adment, un d\u00e9bat par\u00adle\u00admen\u00adtaire. Du moins \u00e9taient-ils tels autre\u00adfois&nbsp;: aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9ducation poli\u00adtique et \u00e9co\u00adno\u00admique, ils doivent avoir chan\u00adg\u00e9. Mais, alors d\u00e9j\u00e0, quand on avait pris de l\u2019\u00e2ge et fr\u00e9\u00adquen\u00adt\u00e9 assez long\u00adtemps ces fumoirs de l\u2019esprit o\u00f9 le monde fume le jam\u00adbon des affaires, on appre\u00adnait \u00e0 s\u2019accommoder de la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9. En fin de compte, l\u2019homme culti\u00adv\u00e9 en venait ordi\u00adnai\u00adre\u00adment \u00e0 se limi\u00adter \u00e0 sa sp\u00e9\u00adcia\u00adli\u00adt\u00e9 en adop\u00adtant pour le reste de sa vie la convic\u00adtion que, si les choses pou\u00advaient \u00e9vi\u00addem\u00adment \u00eatre dif\u00adf\u00e9\u00adrentes dans l\u2019ensemble, il n\u2019en \u00e9tait pas moins inutile d\u2019y pen\u00adser trop. Tel appa\u00adra\u00eet \u00e0 peu pr\u00e8s l\u2019\u00e9quilibre int\u00e9\u00adrieur des tra\u00advailleurs de l\u2019esprit. Et sou\u00addain, tout le pro\u00adbl\u00e8me appa\u00adrut \u00e0 Ulrich sous la forme assez comique d\u2019une ques\u00adtion&nbsp;: le mal ne vien\u00addrait-il pas, en fin de compte, puisqu\u2019on ne peut dou\u00adter qu\u2019il n\u2019y ait de l\u2019esprit en suf\u00adfi\u00adsance, de ce que l\u2019esprit n\u2019a pas d\u2019esprit&nbsp;?<\/p>\n<p>Il eut envie de rire&nbsp;: n\u2019\u00e9tait-il pas lui-m\u00eame un de ces r\u00e9si\u00adgn\u00e9s&nbsp;? Mais l\u2019ambition d\u00e9\u00e7ue, vivante encore cepen\u00addant, le tra\u00adver\u00adsa comme une \u00e9p\u00e9e. En cet ins\u00adtant, deux Ulrich mar\u00adchaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. L\u2019un regar\u00addait en sou\u00adriant autour de lui et pen\u00adsait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ainsi donc, j\u2019ai vou\u00adlu jouer un r\u00f4le dans des cou\u00adlisses comme celles-l\u00e0&nbsp;! Je me suis \u00e9veill\u00e9 un jour, non point mou comme dans le cor\u00adbillon mater\u00adnel, mais fer\u00adme\u00adment per\u00adsua\u00add\u00e9 que j\u2019avais quelque chose \u00e0 r\u00e9a\u00adli\u00adser. On m\u2019a don\u00adn\u00e9 mes r\u00e9pliques, et j\u2019ai sen\u00adti qu\u2019elles ne me concer\u00adnaient pas. Toutes choses alors \u00e9taient emplies, comme par le scin\u00adtille\u00adment du trac, de mes attentes et de mes des\u00adseins propres. Entre-temps, la sc\u00e8ne a tour\u00adn\u00e9 imper\u00adcep\u00adti\u00adble\u00adment, j\u2019ai avan\u00adc\u00e9 de quelques pas, et me voi\u00adci d\u00e9j\u00e0, peut-\u00eatre, au seuil du d\u00e9noue\u00adment. Sous peu, la sc\u00e8ne tour\u00adnante m\u2019aura jet\u00e9 dehors, et tout ce que j\u2019aurai dit de mon grand r\u00f4le sera&nbsp;: \u201c<i class=\"calibre4\">Les che\u00advaux sont sel\u00adl\u00e9s<\/i>. Le diable vous emporte tous&nbsp;!\u201d&nbsp;\u00bb Mais tan\u00addis que l\u2019un des deux Ulrich, pen\u00adsant ain\u00adsi et sou\u00adriant, mar\u00adchait dans le flot\u00adte\u00adment du soir, l\u2019autre tenait les poings fer\u00adm\u00e9s, dans la col\u00e8re et la souf\u00adfrance. C\u2019\u00e9tait des deux le moins visible, ne pen\u00adsant qu\u2019\u00e0 trou\u00adver une for\u00admule de conju\u00adra\u00adtion, une poi\u00adgn\u00e9e que l\u2019on p\u00fbt sai\u00adsir, le v\u00e9ri\u00adtable esprit de l\u2019esprit, le mor\u00adceau man\u00adquant, tout petit peut-\u00eatre, qui per\u00admet\u00adtrait de fer\u00admer le cercle inter\u00adrom\u00adpu. Ce second Ulrich n\u2019avait pas de mots \u00e0 sa dis\u00adpo\u00adsi\u00adtion. <span class=\"quali\">Les mots sautent d\u2019arbre en arbre comme des singes, mais dans l\u2019obscur domaine o\u00f9 l\u2019on prend racine, on est pri\u00adv\u00e9 de leur ami\u00adcale entre\u00admise.<\/span> Le sol ruis\u00adse\u00adlait sous ses pieds. Il pou\u00advait \u00e0 peine ouvrir les yeux. Un sen\u00adti\u00adment peut-il souf\u00adfler en tem\u00adp\u00eate sans \u00eatre le moins du monde un sen\u00adti\u00adment temp\u00e9tueux&nbsp;?<\/p>\n<div class=\"langue-originale\">\n<p class=\"class_s4\">Was kann, schm\u00fcckt sich mit Geist, ver\u00adbr\u00e4mt sich. Geist ist, in Verbindung mit irgen\u00addet\u00adwas, das Verbreitetste, das es gibt. Der Geist der Treue, der Geist der Liebe, ein m\u00e4nn\u00adli\u00adcher Geist, ein gebil\u00adde\u00adter Geist, der gr\u00f6\u00dfte Geist der Gegenwart, wir wol\u00adlen den Geist die\u00adser und jener Sache hoch\u00adhal\u00adten, und wir wol\u00adlen im Geiste unse\u00adrer Bewegung han\u00addeln&nbsp;: wie fest und unanst\u00f6\u00dfig klingt das bis in die unters\u00adten Stufen. Alles \u00fcbrige, das allt\u00e4\u00adgliche Verbrechen oder die emsige Erwerbsgier, erscheint dane\u00adben als das Uneingestandene, der Schmutz, den Gott aus sei\u00adnen Zehenn\u00e4geln entfernt.<\/p>\n<p class=\"class_s4\">Aber wenn Geist allein das\u00adteht, als nacktes Hauptwort, kahl wie ein Gespenst, dem man ein Leintuch bor\u00adgen m\u00f6chte, \u2013 wie ist es dann&nbsp;? Man kann die Dichter lesen, die Philosophen stu\u00addie\u00adren, Bilder kau\u00adfen und n\u00e4ch\u00adte\u00adweise Gespr\u00e4che f\u00fch\u00adren&nbsp;: aber ist es Geist, was man dabei gewinnt&nbsp;? Angenommen, man gew\u00f6nne ihn&nbsp;: aber besitzt man ihn dann&nbsp;? Dieser Geist ist so fest ver\u00adbun\u00adden mit der zuf\u00e4l\u00adli\u00adgen Gestalt seines Auftretens&nbsp;! Er geht durch den Menschen, der ihn auf\u00adneh\u00admen m\u00f6chte, hin\u00addurch und l\u00e4\u00dft nur ein wenig Ersch\u00fctterung zur\u00fcck. Was fan\u00adgen wir mit all dem Geist an&nbsp;? Er wird auf Massen von Papier, Stein, Leinwand in gera\u00adde\u00adzu astro\u00adno\u00admi\u00adschen Ausma\u00dfen immer von neuem erzeugt, wird eben\u00adso una\u00adbl\u00e4s\u00adsig unter rie\u00adsen\u00adhaf\u00adtem Verbrauch von nerv\u00f6\u00adser Energie auf\u00adge\u00adnom\u00admen und genos\u00adsen&nbsp;: Aber was ges\u00adchieht dann mit ihm&nbsp;? Verschwindet er wie ein Trugbild&nbsp;? L\u00f6st er sich in Partikel auf&nbsp;? Entzieht er sich dem irdi\u00adschen Gesetz der Erhaltung&nbsp;? Die Staubteilchen, die in uns hinab\u00adsin\u00adken und lang\u00adsam zur Ruhe kom\u00admen, ste\u00adhen in kei\u00adnem Verh\u00e4ltnis zu dem Aufwand. Wohin, wo, was ist er&nbsp;? Vielleicht w\u00fcrde es, wenn man mehr davon w\u00fc\u00dfte, bek\u00adlom\u00admen still wer\u00adden um dieses Hauptwort Geist?!<\/p>\n[\u2026]\n<p class=\"class_s4\">Der Geist hat erfah\u00adren, da\u00df Sch\u00f6nheit gut, schlecht, dumm oder bezau\u00adbernd macht. Er zer\u00adlegt ein Schaf und einen B\u00fc\u00dfer und fin\u00addet in bei\u00adden Demut und Geduld. Er unter\u00adsucht einen Stoff und erkennt, da\u00df er in gro\u00dfen Mengen ein Gift, in klei\u00adne\u00adren ein Genu\u00dfmittel sei. Er wei\u00df, da\u00df die Schleimhaut der Lippen mit der Schleimhaut des Darms ver\u00adwandt ist, wei\u00df aber auch, da\u00df die Demut die\u00adser Lippen mit der Demut alles Heiligen ver\u00adwandt ist. Er bringt dur\u00adchei\u00adnan\u00adder, l\u00f6st auf und h\u00e4ngt neu zusam\u00admen. Gut und b\u00f6s, oben und unten sind f\u00fcr ihn nicht skep\u00adtisch-rela\u00adtive Vorstellungen, wohl aber Glieder einer Funktion, Werte, die von dem Zusammenhang abh\u00e4n\u00adgen, in dem sie sich befin\u00adden. Er hat es den Jahrhunderten abge\u00adlernt, da\u00df Laster zu Tugenden und Tugenden zu Lastern wer\u00adden k\u00f6n\u00adnen, und h\u00e4lt es im Grunde blo\u00df f\u00fcr eine Ungeschicklichkeit, wenn man es noch nicht fer\u00adtig\u00adbringt, in der Zeit eines Lebens aus einem Verbrecher einen n\u00fctz\u00adli\u00adchen Menschen zu machen. Er aner\u00adkennt nichts Unerlaubtes und nichts Erlaubtes, denn alles kann eine Eigenschaft haben, durch die es eines Tages teil hat an einem gro\u00dfen, neuen Zusammenhang. Er ha\u00dft heim\u00adlich wie den Tod alles, was so tut, als st\u00fcnde es ein f\u00fcr alle\u00admal fest, die gro\u00dfen Ideale und Gesetze und ihren klei\u00adnen ver\u00adstein\u00adten Abdruck, den gefrie\u00adde\u00adten Charakter. Er h\u00e4lt kein Ding f\u00fcr fest, kein Ich, keine Ordnung&nbsp;; weil unsre Kenntnisse sich mit jedem Tag \u00e4ndern k\u00f6n\u00adnen, glaubt er an keine Bindung, und alles besitzt den Wert, den es hat, nur bis zum n\u00e4chs\u00adten Akt der Sch\u00f6pfung, wie ein Gesicht, zu dem man spricht, w\u00e4h\u00adrend es sich mit den Worten ver\u00e4ndert.<\/p>\n<p class=\"class_s4\">So ist der Geist der gro\u00dfe Jenachdem-Macher, aber er selbst ist nir\u00adgends zu fas\u00adsen, und fast k\u00f6nnte man glau\u00adben, da\u00df von sei\u00adner Wirkung nichts als Zerfall \u00fcbrig\u00adbleibe. Jeder Fortschritt ist ein Gewinn im Einzelnen und eine Trennung im Ganzen&nbsp;; es ist das ein Zuwachs an Macht, der in einen fort\u00adschrei\u00adten\u00adden Zuwachs an Ohnmacht m\u00fcn\u00addet, und man kann nicht davon las\u00adsen. Ulrich f\u00fchlte sich an die\u00adsen fast st\u00fcnd\u00adlich wach\u00adsen\u00adden Leib von Tatsachen und Entdeckungen erin\u00adnert, aus dem der Geist heute heraus\u00adbli\u00adcken mu\u00df, wenn er irgen\u00addeine Frage genau betrach\u00adten will. Dieser K\u00f6rper w\u00e4chst dem Inneren davon. Unz\u00e4hlige Auffassungen, Meinungen, ord\u00adnende Gedanken aller Zonen und Zeiten, aller Formen gesun\u00adder und kran\u00adker, wacher und tr\u00e4u\u00admen\u00adder Hirne dur\u00adch\u00adzie\u00adhen ihn zwar wie Tausende klei\u00adner emp\u00adfind\u00adli\u00adcher Nervenstr\u00e4nge, aber der Strahlpunkt, wo sie sich verei\u00adnen, fehlt. Der Mensch f\u00fchlt die Gefahr nahe, wo er das Schicksal jener Riesentierrassen der Vorzeit wie\u00adde\u00adrho\u00adlen wird, die an ihrer Gr\u00f6\u00dfe zugrun\u00adde\u00adge\u00adgan\u00adgen sind&nbsp;; aber er kann nicht ablas\u00adsen. \u2013 Dadurch wurde nun Ulrich wie\u00adder an jene recht fragw\u00fcr\u00addige Vorstellung erin\u00adnert, die er lange Zeit geglaubt und selbst heute noch nicht ganz in sich aus\u00adge\u00admerzt hatte, da\u00df die Welt am bes\u00adten von einem Senat der Wissenden und Vorgeschrittenen gelenkt w\u00fcrde. Es ist ja sehr nat\u00fcr\u00adlich, zu den\u00adken, da\u00df der Mensch, der sich von fachlich gebil\u00adde\u00adten \u00c4rzten behan\u00addeln l\u00e4\u00dft, wenn er krank ist, und nicht von Schafhirten, kei\u00adnen Grund hat, wenn er gesund ist, sich von hir\u00adten\u00e4hn\u00adli\u00adchen Schw\u00e4tzern behan\u00addeln zu las\u00adsen, wie er es in sei\u00adnen \u00f6ffent\u00adli\u00adchen Angelegenheiten tut, und junge Menschen, denen an den wesen\u00adhaf\u00adten Inhalten des Lebens gele\u00adgen ist, hal\u00adten darum anfangs alles auf der Welt, was weder wahr, noch gut, noch sch\u00f6n ist, also zum Beispiel auch eine Finanzbeh\u00f6rde oder eben eine Parlamentsdebatte, f\u00fcr nebens\u00e4\u00adchlich&nbsp;; wenig\u00adstens waren sie damals so, denn heute sol\u00adlen sie ja dank der poli\u00adti\u00adschen und wirt\u00adschaft\u00adli\u00adchen Erziehung anders sein. Aber auch damals lernte man, wenn man \u00e4lter wurde und bei l\u00e4n\u00adge\u00adrer Bekanntschaft mit der R\u00e4ucherkammer des Geistes, in der die Welt ihren ges\u00adch\u00e4ft\u00adli\u00adchen Speck selcht, sich der Wirklichkeit anzu\u00adpas\u00adsen, und der endg\u00fcl\u00adtige Zustand eines geis\u00adtig ange\u00adbil\u00adde\u00adten Menschen war ungef\u00e4hr der, da\u00df er sich auf sein \u00bbFach\u00ab bes\u00adchr\u00e4nkte und f\u00fcr den Rest seines Lebens die \u00dcberzeugung mit\u00adnahm, das Ganze sollte ja viel\u00adleicht anders sein, aber es habe gar kei\u00adnen Zweck, dar\u00fc\u00adber nach\u00adzu\u00adden\u00adken. So ungef\u00e4hr sieht das innere Gleichgewicht der Menschen aus, die geis\u00adtig etwas leis\u00adten. Und mit einem\u00admal stellte sich Ulrich das Ganze komi\u00adscher Weise in der Frage dar, ob es nicht am Ende, da es doch sicher genug Geist gebe, blo\u00df daran fehle, da\u00df der Geist selbst kei\u00adnen Geist&nbsp;habe&nbsp;?<\/p>\n<p class=\"class_s4\">Er wollte dar\u00fc\u00adber lachen. Er war ja selbst einer von die\u00adsen Verzichtenden. Aber entt\u00e4u\u00adsch\u00adter, noch leben\u00addi\u00adger Ehrgeiz fuhr durch ihn wie ein Schwert. Zwei Ulriche gin\u00adgen in die\u00adsem Augenblick. Der eine sah sich l\u00e4chelnd um und dachte&nbsp;: \u00bbDa habe ich also ein\u00admal eine Rolle spie\u00adlen wol\u00adlen, zwi\u00adschen sol\u00adchen Kulissen wie die\u00adsen. Ich bin eines Tages erwacht, nicht weich wie in Mutters K\u00f6rbchen, son\u00addern mit der har\u00adten \u00dcberzeugung, etwas aus\u00adrich\u00adten zu m\u00fcs\u00adsen. Man hat mir Stichworte gege\u00adben, und ich habe gef\u00fchlt, sie gehen mich nichts an. Wie von flim\u00admern\u00addem Lampenfieber war damals alles mit mei\u00adnen eige\u00adnen Vors\u00e4tzen und Erwartungen aus\u00adgef\u00fcllt gewe\u00adsen. Unmerklich hat sich aber inz\u00adwi\u00adschen der Boden gedreht, ich bin ein St\u00fcck meines Weges voran gekom\u00admen und stehe viel\u00adleicht schon beim Ausgang. \u00dcber kurz wird es mich hinaus\u00adge\u00addreht haben, und ich werde von mei\u00adner gro\u00dfen Rolle gerade gesagt haben&nbsp;: \u203aDie Pferde sind gesat\u00adtelt.\u2039 M\u00f6ge euch alle der Teufel holen!\u00ab Aber w\u00e4h\u00adrend der eine mit die\u00adsen Gedanken l\u00e4chelnd durch den schwe\u00adben\u00adden Abend ging, hielt der andre die F\u00e4uste geballt, in Schmerz und Zorn&nbsp;; er war der weni\u00adger sicht\u00adbare, und woran er dachte, war, eine Beschw\u00f6rungsformel zu fin\u00adden, einen Griff, den man viel\u00adleicht packen k\u00f6nnte, den eigent\u00adli\u00adchen Geist des Geistes, das feh\u00adlende, viel\u00adleicht nur kleine St\u00fcck, das den zer\u00adbro\u00adche\u00adnen Kreis schlie\u00dft. Dieser zweite Ulrich fand keine Worte zu sei\u00adner Verf\u00fcgung. Worte sprin\u00adgen wie die Affen von Baum zu Baum, aber in dem dunk\u00adlen Bereich, wo man wur\u00adzelt, ent\u00adbehrt man ihrer freund\u00adli\u00adchen Vermittlung. Der Boden str\u00f6mte unter sei\u00adnen F\u00fc\u00dfen. Er konnte die Augen kaum \u00f6ff\u00adnen. Kann ein Gef\u00fchl bla\u00adsen wie ein Sturm und doch ganz und gar kein st\u00fcr\u00admisches Gef\u00fchl sein&nbsp;?<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout ce qui le peut s\u2019orne d\u2019esprit, s\u2019en cha\u00admarre. L\u2019esprit, com\u00adbi\u00adn\u00e9 avec autre chose, est ce qu\u2019il y a de plus r\u00e9pan\u00addu au monde. \u00ab&nbsp;L\u2019esprit de fid\u00e9\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019esprit d\u2019amour&nbsp;\u00bb, un \u00ab&nbsp;esprit viril&nbsp;\u00bb, un \u00ab&nbsp;esprit culti\u00adv\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le plus grand esprit de notre temps&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;nous vou\u00adlons sau\u00adve\u00adgar\u00adder l\u2019esprit de telle ou telle chose&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;nous vou\u00adlons agir&nbsp;dans&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"quote","meta":{"_acf_changed":false,"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[3061,2058,1296],"class_list":["post-20964","post","type-post","status-publish","format-quote","hentry","category-non-classe","tag-drama","tag-dramaturgie","tag-esprit","post_format-post-format-quote"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20964","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20964"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20964\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21774,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20964\/revisions\/21774"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20964"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20964"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20964"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}