﻿{"id":22753,"date":"2025-08-01T15:48:07","date_gmt":"2025-08-01T14:48:07","guid":{"rendered":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=22753"},"modified":"2025-08-01T15:56:24","modified_gmt":"2025-08-01T14:56:24","slug":"conte-legende-fantome-fun-fact-bloch-le-principe-esperance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=22753","title":{"rendered":"conte, l\u00e9gende, fant\u00f4me, fun fact (Bloch, Le Principe Esp\u00e9rance)"},"content":{"rendered":"<p>Un des contes marins les plus vivants du Moyen Age, met exclu\u00adsi\u00adve\u00adment le cap sur cette \u00eele&nbsp;: il s\u2019agit de l\u2019exp\u00e9dition mari\u00adtime de saint Brandan. On a sur le navi\u00adga\u00adteur lui-m\u00eame, saint Brandan, des ren\u00adsei\u00adgne\u00adments his\u00adto\u00adriques&nbsp;: il \u00e9tait l\u2019abb\u00e9-\u00e9v\u00eaque d\u2019un couvent irlan\u00addais et vivait au sixi\u00e8me si\u00e8cle. C\u2019\u00e9tait le temps des ermites de la mer, c\u2019est-\u00e0-dire des moines qui fuyaient sur des \u00eeles d\u00e9sertes (comme les moines \u00e9gyp\u00adtiens fuyaient dans le d\u00e9sert) pour s\u2019y consa\u00adcrer tout entiers \u00e0 la contem\u00adpla\u00adtion. C\u2019est ain\u00adsi que les \u00eeles Faerae et les \u00eeles Shetland furent d\u00e9cou\u00advertes, et il se peut que cer\u00adtains \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments r\u00e9els soient \u00e0 la base de la l\u00e9gende du voyage de saint Brandan. Mais bien plus riche est la nos\u00adtal\u00adgie uto\u00adpique d\u2019un on-ne-sait-o\u00f9 qui l\u2019anime, lui et sa l\u00e9gende, bien plus exu\u00adb\u00e9\u00adrant y est le r\u00eave d\u2019une enclave de bon\u00adheur qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 entra\u00ee\u00adn\u00e9e dans la chute g\u00e9n\u00e9\u00adrale. La ver\u00adsion de la l\u00e9gende que donne la <em>Navigatio Sancti Brendani<\/em> date du onzi\u00e8me si\u00e8cle, mais la l\u00e9gende est en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 beau\u00adcoup plus ancienne. Elle s\u2019est d\u00e9ve\u00adlop\u00adp\u00e9e \u00e0 par\u00adtir d\u2019un ser\u00admon du neu\u00advi\u00e8me si\u00e8cle, connut ult\u00e9\u00adrieu\u00adre\u00adment un grand nombre de ver\u00adsions dif\u00adf\u00e9\u00adrentes, fut tra\u00adduite dans presque toutes les langues euro\u00adp\u00e9ennes, et tint en \u00e9veil pen\u00addant des si\u00e8cles l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00eele para\u00addi\u00adsiaque (cf. Babcock, <em>Legendary Islands of the Atlantic<\/em>. 1922. p. 34 sqq.). Le conte\u00adnu en est un m\u00e9lange d\u2019histoire reli\u00adgieuse et d\u2019\u00e9pop\u00e9e&nbsp;; une nuit. Brandan entend la voix d\u2019un ange lui dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu t\u2019a don\u00adn\u00e9 ce que tu cher\u00adchais, la terre pro\u00admise.&nbsp;\u00bb Il \u00e9quipe un bateau, fait voile quinze jours durant vers l\u2019ouest de l\u2019Irlande, trouve un palais plein de riches mets mais dont les h\u00f4tes sont invi\u00adsibles, pour\u00adsuit sa route pen\u00addant sept mois dans une direc\u00adtion non pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9e et trouve une \u00eele cou\u00adverte d\u2019innombrables trou\u00adpeaux de mou\u00adtons. Au moment o\u00f9 l\u2019\u00e9quipage veut faire r\u00f4tir un de ces mou\u00adtons, l\u2019\u00eele sombre dans la mer&nbsp;: c\u2019\u00e9tait le dos d\u2019une gigan\u00adtesque baleine dont le feu avait inter\u00adrom\u00adpu la sieste. Apr\u00e8s toute une s\u00e9rie d\u2019aventures o\u00f9 pul\u00adlulent les pois\u00adsons veni\u00admeux, les ser\u00adpents de mer cra\u00adchant le feu, et les oiseaux dia\u00adbo\u00adliques, et o\u00f9 appa\u00adraissent m\u00eame des voies d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enfer, Brandan, arri\u00adv\u00e9 tr\u00e8s loin dans l\u2019Atlantique, ren\u00adcontre dans une \u00eele un vieil ermite qui conna\u00eet le che\u00admin de la terre pro\u00admise. Appara\u00eet alors un pr\u00e9\u00add\u00e9\u00adces\u00adseur de Brandan, Meruoc, qui avait entre\u00adpris avant lui le voyage vers l\u2019\u00eele pro\u00admise&nbsp;; Brandan r\u00e9us\u00adsit \u00e0 se cacher si bien qu\u2019il peut vivre dans \u00ab&nbsp;la pre\u00admi\u00e8re terre d\u2019Adam et d\u2019Eve&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, au para\u00addis ter\u00adrestre, en d\u00e9pit de la mal\u00e9\u00addic\u00adtion. Un autre signe attes\u00adtant l\u2019approche du para\u00addis est l\u2019<em>Insula uva\u00adrum<\/em>, l\u2019\u00eele du vin et de Bacchus, sur laquelle les marins passent qua\u00adrante jours, apr\u00e8s quoi ils char\u00adge\u00adront encore leur vais\u00adseau de grappes de rai\u00adsin avant de pour\u00adsuivre leur route. Brandan atteint l\u2019\u00eele pro\u00admise o\u00f9 vivent des saints qui l\u2019attendent, il r\u00e9veille un mys\u00adt\u00e9\u00adrieux g\u00e9ant qui dor\u00admait dans une caverne&nbsp;: les portes du para\u00addis ter\u00adrestre, qui s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 de l\u2019oc\u00e9an Atlantique des t\u00e9n\u00e8bres, sont ouvertes. Apr\u00e8s sept ann\u00e9es Brandan et son \u00e9qui\u00adpage de moines reviennent par les Orcades, et font le r\u00e9cit de leur d\u00e9cou\u00adverte de la \u00ab&nbsp;Terre pro\u00admise des saints&nbsp;\u00bb, cette Inde cou\u00adverte de vignes et situ\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest, ou au-del\u00e0 de l\u2019ouest\u2026 Voil\u00e0 pour le plus c\u00e9l\u00e8bre des contes de marins du Moyen Age chr\u00e9\u00adtien, et l\u2019on crut fer\u00adme\u00adment pen\u00addant des si\u00e8cles \u00e0 la r\u00e9us\u00adsite de saint Brandan. La plu\u00adpart des villes han\u00ads\u00e9a\u00adtiques c\u00e9l\u00e9\u00adbraient la f\u00eate du saint&nbsp;; de 1476 \u00e0 1523 la l\u00e9gende des <em>Fortunatae insu\u00adlae Brantani<\/em> et de leur d\u00e9cou\u00adverte fut impri\u00adm\u00e9e treize fois en Allemagne&nbsp;; un cher\u00adcheur am\u00e9\u00adri\u00adcain, C. Selmer, a m\u00eame vou\u00adlu voir un rap\u00adport entre le nom de <em>Brandenburg<\/em> et les cultes de saint Brandan. L\u2019\u00eele uto\u00adpique est reprise sur la plu\u00adpart des cartes du Moyen Age et elle appa\u00adra\u00eet encore en 1569 sur la carte de Mercator&nbsp;; bien plus, au sei\u00adzi\u00e8me si\u00e8cle elle fut c\u00e9d\u00e9e le plus s\u00e9rieu\u00adse\u00adment du monde par le gou\u00adver\u00adne\u00adment por\u00adtu\u00adgais \u00e0 l\u2019aventurier Luis Perdigon, qui se pr\u00e9\u00adpa\u00adra tout aus\u00adsi s\u00e9rieu\u00adse\u00adment \u00e0 la conqu\u00e9\u00adrir. Et en 1721 encore, une exp\u00e9\u00addi\u00adtion par\u00adtit de Santa Cruz, dans l\u2019\u00eele espa\u00adgnole de T\u00e9n\u00e9riffe, afin de trou\u00adver la <em>Ila de San Borondon<\/em>. Ce qui reste curieux dans tout cela, c\u2019est l\u2019enchev\u00eatrement de la l\u00e9gende et de la tra\u00addi\u00adtion ori\u00adgi\u00adnaire d\u2019un milieu uto\u00adpique non chr\u00e9\u00adtien, tout \u00e0 fait \u00e9tran\u00adger \u00e0 l\u2019\u00eele des Bienheureux. Que l\u2019on y trouve des emprunts \u00e0 la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture popu\u00adlaire arabe de la m\u00eame \u00e9poque, n\u2019a rien de sur\u00adpre\u00adnant&nbsp;; la baleine qui plonge dans la mer lorsqu\u2019on allume un feu sur son dos, appa\u00adra\u00eet dans le conte de Sindbad sous la forme d\u2019une pieuvre mons\u00adtrueuse. Mais d\u2019autre part toute l\u2019\u00e9rudition clas\u00adsique des cou\u00advents irlan\u00addais consis\u00adtait entre autres choses \u00e0 recueillir les l\u00e9gendes mari\u00adtimes antiques et \u00e0 les ras\u00adsem\u00adbler, ce que Plutarque avait \u00e9t\u00e9 le seul \u00e0 faire. Il s\u2019agit des l\u00e9gendes rela\u00adtives \u00e0 l\u2019\u00eele des Bienheureux appa\u00adrais\u00adsant comme \u00eele de Saturne (\u00eele de Cronos) et situ\u00e9e dans la \u00ab&nbsp;mer Cronique&nbsp;\u00bb autour des \u00eeles bri\u00adtan\u00adniques. Plutarque rap\u00adpelle ces l\u00e9gendes aus\u00adsi bien dans son trai\u00adt\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Sur le visage qui est dans la lune<\/em>&nbsp;\u00bb que dans son entre\u00adtien inti\u00adtu\u00adl\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Sur la ces\u00adsa\u00adtion des oracles<\/em>&nbsp;\u00bb. Nous avons d\u00e9j\u00e0 signa\u00adl\u00e9 que les Colonnes d\u2019Hercule s\u2019\u00e9taient d\u2019abord appe\u00adl\u00e9es \u00ab&nbsp;Colonnes de Saturne&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de Cronos&nbsp;; or dans un texte o\u00f9 il parle de Saturne et de l\u2019Age d\u2019or, Plutarque d\u00e9crit des \u00eeles saintes, situ\u00e9es \u00e0 proxi\u00admi\u00adt\u00e9 des \u00eeles bri\u00adtan\u00adniques et dans les\u00adquelles habitent les \u00e2mes des h\u00e9ros, tout par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment dans celles \u00ab&nbsp;o\u00f9 le souffle de l\u2019air est doux et o\u00f9 som\u00admeille Cronos-Saturne, enfer\u00adm\u00e9 dans une caverne pro\u00adfonde, sous la garde de Briar\u00e9e&nbsp;\u00bb (Briar\u00e9e, puis\u00adsant dieu marin aux cent bras, \u00e9tait comme Cronos un des fils d\u2019Uranus). Or ce Saturne endor\u00admi repa\u00adra\u00eet dans le voyage de saint Brandan en la per\u00adsonne du g\u00e9ant que le saint r\u00e9veille dans sa caverne, et de toute mani\u00e8re les \u00ab&nbsp;pro\u00addiges de la mer Cronique&nbsp;\u00bb se repro\u00addui\u00adsaient dans l\u2019\u00eele de l\u2019Age d\u2019or. Mais \u00e0 la longue la mer bri\u00adtan\u00adnique ne put plus \u00eatre conser\u00adv\u00e9e comme empla\u00adce\u00adment du para\u00addis ter\u00adrestre&nbsp;; un cli\u00admat plus doux et une mer plus ais\u00e9\u00adment pra\u00adti\u00adcable finirent par l\u2019emporter sur elle. C\u2019est ain\u00adsi que l\u2019\u00eele de saint Brandan n\u2019a ces\u00ads\u00e9 depuis le qua\u00adtor\u00adzi\u00e8me si\u00e8cle de glis\u00adser tou\u00adjours plus au sud, en direc\u00adtion des \u00eeles Canaries. Sur son c\u00e9l\u00e8bre globe ter\u00adrestre, des\u00adsi\u00adn\u00e9 en 1492, Martin Beha\u00efm d\u00e9place l\u2019\u00eele \u00e0 ce point vers le sud, qu\u2019elle en vient presque \u00e0 se trou\u00adver \u00e0 la lati\u00adtude du cap Vert&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est l\u2019\u00eele, dit-il, dans laquelle saint Brandan a accos\u00adt\u00e9 en 565 et qu\u2019il a trou\u00adv\u00e9e pleine de choses mer\u00adveilleuses.&nbsp;\u00bb A ce sujet Alexandre de Humboldt remarque avec une froide pr\u00e9\u00adci\u00adsion (<em>Kritische Untersuchungen<\/em>. 1852.1, p. 410) que le d\u00e9pla\u00adce\u00adment constant de cette \u00eele introu\u00advable alla de pair avec les pro\u00adgr\u00e8s des sciences de la navi\u00adga\u00adtion, pro\u00adgr\u00e8s dus au com\u00admerce dans le bas\u00adsin m\u00e9di\u00adter\u00adra\u00adn\u00e9en. En m\u00eame temps tou\u00adte\u00adfois venait s\u2019ajouter le tabou propre au para\u00addis per\u00addu&nbsp;: celui qui ne le rend acces\u00adsible, dans la l\u00e9gende de saint Brandan. qu\u2019aux seuls saints&nbsp;: l\u2019\u00eele de saint Brandan devint ain\u00adsi non seule\u00adment une \u00eele errante de la car\u00adto\u00adgra\u00adphie, mais aus\u00adsi une \u00eele en soi ind\u00e9\u00adter\u00admi\u00adnable qui. en tant que telle, ne peut jamais \u00eatre aper\u00ad\u00e7ue que de loin. Cette croyance \u00e9tait en par\u00adtie \u00e9tay\u00e9e par des obser\u00adva\u00adtions faites \u00e0 par\u00adtir des \u00eeles Canaries&nbsp;: on s\u2019imaginait l\u00e0-bas voir de temps \u00e0 autre une terre mon\u00adta\u00adgneuse \u00e0 l\u2019horizon, en direc\u00adtion du sud-ouest, sans qu\u2019on e\u00fbt d\u2019ailleurs jamais r\u00e9us\u00adsi \u00e0 l\u2019atteindre. Comme le note Humboldt, l\u2019historien des \u00eeles Canaries Viera a trans\u00admis d\u2019amples infor\u00adma\u00adtions au sujet de toutes les ten\u00adta\u00adtives qui furent entre\u00adprises de 1487 \u00e0 1759 pour accos\u00adter dans l\u2019\u00eele que l\u2019on croyait aper\u00adce\u00advoir \u00e0 l\u2019horizon. On aper\u00ad\u00e7ut aus\u00adsi le mirage plus au nord, en divers endroits, ain\u00adsi que des A\u00e7ores&nbsp;; Colomb connais\u00adsait les r\u00e9cits rela\u00adtifs \u00e0 cette \u00eele, presque qua\u00adrante ans avant son voyage, comme il l\u2019indique dans son jour\u00adnal en 1492. D\u00e8s l\u2019instant de la pre\u00admi\u00e8re obser\u00adva\u00adtion, on conclut \u00e0 l\u2019apparition de l\u2019\u00eele de saint Brandan&nbsp;; l\u2019inaccessibilit\u00e9 de la terre entre\u00advue ne r\u00e9us\u00adsit pas \u00e0 d\u00e9truire la ferme croyance que l\u2019on avait de son exis\u00adtence, mais sem\u00adblait au contraire la confir\u00admer. Ajoutons que le pen\u00addant de cette \u00eele se retrouve en Chine, o\u00f9 la l\u00e9gende donne sur elle encore plus de d\u00e9tails, ce qui prouve que l\u2019\u00eele \u00e9va\u00adnes\u00adcente des Bienheureux, cette terre du bon\u00adheur ou du Graal r\u00e9ser\u00adv\u00e9e au seul m\u00e9ri\u00adtant, consti\u00adtue sinon une fable iti\u00adn\u00e9\u00adrante, du moins un arch\u00e9\u00adtype tr\u00e8s r\u00e9pan\u00addu, d\u00e9pas\u00adsant les limites du temps et de l\u2019espace. La <em>g\u00e9o\u00adgra\u00adphie mora\u00adli\u00ads\u00e9e<\/em> chi\u00adnoise men\u00adtionne l\u2019existence des \u00eeles bien\u00adheu\u00adreuses dans le golf de Pechili&nbsp;; les aper\u00ad\u00e7oit-on de loin, elles res\u00adsemblent \u00e0 des nuages&nbsp;; s\u2019en approche-t-on, le vais\u00adseau est repous\u00ads\u00e9 par les vents&nbsp;; r\u00e9us\u00adsit-on mal\u00adgr\u00e9 tout \u00e0 les atteindre, elles dis\u00adpa\u00adraissent dans la mer&nbsp;; quant aux navi\u00adga\u00adteurs qui ne sont pas appe\u00adl\u00e9s \u00e0 y abor\u00adder, ils rentrent phy\u00adsi\u00adque\u00adment amoin\u00addris. Au quin\u00adzi\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019\u00eele pr\u00e9\u00adsu\u00adm\u00e9e de Brandan ne fit plus l\u2019objet de sup\u00adpu\u00adta\u00adtions th\u00e9o\u00adlo\u00adgiques. mais elle res\u00adtait l\u2019\u00eele que l\u2019on n\u2019aper\u00e7oit que de loin et la terre enchan\u00adt\u00e9e qui ne cesse de sur\u00adgir der\u00adri\u00e8re l\u2019horizon. La l\u00e9gende se main\u00adtint, alors que depuis long\u00adtemps d\u00e9j\u00e0, les regards glis\u00adsaient vers l\u2019orient, l\u00e0 o\u00f9 la Bible situait le para\u00addis ter\u00adrestre. Vers l\u2019est g\u00e9o\u00adgra\u00adphique aus\u00adsi, et non plus seule\u00adment vers cet orient dont la conno\u00adta\u00adtion \u00e9tait magique \u2014 comme chez saint Brandan \u2014 vers l\u2019Asie d\u2019o\u00f9 \u00e9taient venus les trois Rois mages. Et o\u00f9 ce que l\u2019on enten\u00addait par \u00eele de saint Brandan ne serait plus un \u00eelot iso\u00adl\u00e9, mais \u2014 selon une l\u00e9gende tout aus\u00adsi tenace \u2014 un Etat tout entier, patrie de la f\u00e9li\u00adci\u00adt\u00e9. C\u2019est ain\u00adsi que la pro\u00admesse de saint Brandan se vit trans\u00adpo\u00ads\u00e9e dans tout son \u00e9clat sur le <em>conti\u00adnent asia\u00adtique<\/em>, dans un gigan\u00adtesque royaume, inac\u00adces\u00adsible lui aus\u00adsi, bien que pour d\u2019autres rai\u00adsons, et sur lequel nous allons main\u00adte\u00adnant tour\u00adner nos regards&nbsp;: le royaume de Saturne et du Christ, celui du \u00ab&nbsp;Pr\u00eatre-Jean&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Du reste ni les mar\u00adchands ni les che\u00adva\u00adliers ne se sou\u00adciaient de se reti\u00adrer dans une \u00eele iso\u00adl\u00e9e. Ce qu\u2019ils recher\u00adchaient, c\u2019\u00e9taient des tr\u00e9\u00adsors et de vastes terres pro\u00adduc\u00adtrices d\u2019\u00e9tain, or ce n\u2019est pas dans un quel\u00adconque royaume des morts qu\u2019on pou\u00advait trou\u00adver les uns et les autres, mais sur la route du Saint-S\u00e9pulcre, et au-del\u00e0. Quelques d\u00e9cen\u00adnies apr\u00e8s la prise de J\u00e9rusalem, la puis\u00adsance franque y \u00e9tait dan\u00adge\u00adreu\u00adse\u00adment mena\u00adc\u00e9e, la deuxi\u00e8me croi\u00adsade avait \u00e9chou\u00e9, une troi\u00adsi\u00e8me fut pr\u00e9\u00adpa\u00adr\u00e9e dans l\u2019inqui\u00e9tude et l\u2019incertitude. C\u2019est dans cette atmo\u00adsph\u00e8re que, vers 1165, tom\u00adb\u00e8rent trois mys\u00adt\u00e9\u00adrieuses mis\u00adsives pr\u00e9\u00adten\u00addu\u00adment exp\u00e9\u00addi\u00e9es d\u2019Asie par un puis\u00adsant sou\u00adve\u00adrain chr\u00e9\u00adtien. Il se fai\u00adsait modes\u00adte\u00adment appe\u00adler le Pr\u00eatre-Jean, van\u00adtait dans un style altier et gran\u00addi\u00adlo\u00adquent la puis\u00adsance et les pro\u00addiges de son Etat, le plus grand de la terre. D\u2019apr\u00e8s les lettres son royaume s\u2019\u00e9tendait \u00e0 l\u2019est \u00ab&nbsp;jusqu\u2019au lever du soleil&nbsp;\u00bb, et \u00e0 l\u2019ouest jusqu\u2019\u00e0 la tour de Babel. La puis\u00adsance \u00e9norme d\u2019un nou\u00advel alli\u00e9 sem\u00adblait ain\u00adsi se dres\u00adser contre les Sarrasins, v\u00e9ri\u00adtable don du ciel, consti\u00adtuant un second front \u00e0 l\u2019est. Les lettres \u00e9taient adres\u00ads\u00e9es au pape Alexandre III, \u00e0 l\u2019empereur Fr\u00e9d\u00e9ric Barberousse et \u00e0 l\u2019empereur byzan\u00adtin Manuel&nbsp;; les deux empe\u00adreurs semblent s\u2019\u00eatre d\u00e9fi\u00e9s du mes\u00adsage, le pape un peu moins, puisqu\u2019il y r\u00e9pon\u00addit, quoiqu\u2019un peu tar\u00addi\u00adve\u00adment peut-\u00eatre. Au Pr\u00eatre-Jean, sei\u00adgneur des Indes et ma\u00eetre d\u2019un royaume qui, comme le disait le mes\u00adsage, entou\u00adrait le para\u00addis ter\u00adrestre, il envoya un \u00e9mis\u00adsaire sp\u00e9\u00adcial, puisqu\u2019il s\u2019agissait de son m\u00e9de\u00adcin per\u00adson\u00adnel Philippe, grand connais\u00adseur de l\u2019Orient&nbsp;; une d\u00e9l\u00e9\u00adga\u00adtion se mit en route vers ce qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un fan\u00adt\u00f4me. Le texte de la r\u00e9ponse du pape est conser\u00adv\u00e9, il est dat\u00e9 du 27 sep\u00adtembre 1177 \u00e0 Venise, douze ans apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e du mes\u00adsage venu de l\u2019Inde&nbsp;; ces dates montrent que le cr\u00e9\u00addit assez r\u00e9duit que le pape avait d\u2019abord accor\u00add\u00e9 \u00e0 l\u2019existence du pr\u00eatre-roi, avait cr\u00fb en m\u00eame temps que gran\u00addis\u00adsait la menace des Sarrasins. Pour le peuple, le Pr\u00eatre-Jean \u00e9tait une cer\u00adti\u00adtude depuis long\u00adtemps d\u00e9j\u00e0&nbsp;; sa lettre avait \u00e9t\u00e9 lar\u00adge\u00adment r\u00e9pan\u00addue gr\u00e2ce \u00e0 un grand nombre de copies&nbsp;; elle fut tra\u00adduite en fran\u00ad\u00e7ais, en alle\u00admand, eh h\u00e9breu, et toute l\u2019Europe s\u2019inclina devant le nou\u00advel espoir offert par l\u2019Asie. La r\u00e9ponse du pape \u00e9tait adres\u00ads\u00e9e au \u00ab&nbsp;<em>Carissimo in Christo filio, illus\u00adtri et magni\u00adf\u00ee\u00adco Indorum r\u00e9gi, sacer\u00addo\u00adtum sanc\u00adtis-simo<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; mais Philippe, qui devait trans\u00admettre la lettre, n\u2019eut m\u00eame pas l\u2019occasion de rap\u00adpor\u00adter que le pro\u00addi\u00adgieux royaume res\u00adtait introu\u00advable, car il ne revint pas \u00e0 Rome&nbsp;: l\u2019exp\u00e9dition dis\u00adpa\u00adrut sans lais\u00adser de traces.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un des contes marins les plus vivants du Moyen Age, met exclu\u00adsi\u00adve\u00adment le cap sur cette \u00eele&nbsp;: il s\u2019agit de l\u2019exp\u00e9dition mari\u00adtime de saint Brandan. On a sur le navi\u00adga\u00adteur lui-m\u00eame, saint Brandan, des ren\u00adsei\u00adgne\u00adments his\u00adto\u00adriques&nbsp;: il \u00e9tait l\u2019abb\u00e9-\u00e9v\u00eaque d\u2019un couvent irlan\u00addais et vivait au sixi\u00e8me si\u00e8cle. 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