﻿{"id":23113,"date":"2026-06-09T13:00:51","date_gmt":"2026-06-09T12:00:51","guid":{"rendered":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=23113"},"modified":"2026-06-09T13:00:51","modified_gmt":"2026-06-09T12:00:51","slug":"levi-le-christ-sest-arrete-a-eboli-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=23113","title":{"rendered":"(Levi, Le Christ s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0&nbsp;Eboli)"},"content":{"rendered":"<p>Tant de peuples se sont suc\u00adc\u00e9\u00add\u00e9 sur ces terres que l\u2019on trouve vrai\u00adment des objets par\u00adtout o\u00f9 on laboure. Des vases anciens, des sta\u00adtuettes, des mon\u00adnaies sur\u00adgissent au soleil, sous la b\u00eache, de quelque tombe ancienne. Don Luigino en pos\u00ads\u00e9\u00addait, qu\u2019il avait trou\u00adv\u00e9s dans un de ses champs, du c\u00f4t\u00e9 du Sauro, des mon\u00adnaies cor\u00adro\u00add\u00e9es&nbsp;\u2013 je ne pus \u00e9ta\u00adblir si elles \u00e9taient grecques ou romaines&nbsp;\u2013 et quelques vases noirs, sans des\u00adsins, de forme tr\u00e8s \u00e9l\u00e9\u00adgante. De tr\u00e9\u00adsors de bri\u00adgands, j\u2019en vis un moi-m\u00eame, plu\u00adt\u00f4t modeste \u00e0 vrai dire. Le menui\u00adsier Casala, qui l\u2019avait trou\u00adv\u00e9 par hasard, me le mon\u00adtra. Un soir qu\u2019il avait mis une grosse b\u00fbche dans l\u2019\u00e2tre, il aper\u00ad\u00e7ut, \u00e0 la clar\u00adt\u00e9 des flammes, quelque chose qui brillait dans le bois, c\u2019\u00e9taient quelques \u00e9cus bour\u00adbo\u00adniens en argent cach\u00e9s dans un trou de ce vieux tronc d\u2019arbre.<\/p>\n<p>Mais pour les pay\u00adsans ce ne sont l\u00e0 que les miettes des immenses tr\u00e9\u00adsors cach\u00e9s dans les entrailles de la terre. Les flancs des mon\u00adtagnes, le fond des grottes, l\u2019\u00e9paisseur des for\u00eats sont pour eux pleins d\u2019or brillant, qui attend l\u2019heureux cher\u00adcheur. Mais la recherche des tr\u00e9\u00adsors n\u2019est pas sans dan\u00adger, car c\u2019est une \u0153uvre dia\u00adbo\u00adlique, qui met en action des puis\u00adsances obs\u00adcures et effrayantes. Il est inutile de fouiller la terre au hasard, les tr\u00e9\u00adsors n\u2019apparaissent qu\u2019\u00e0 celui qui doit les trou\u00adver. Pour apprendre o\u00f9 ils sont, il n\u2019y a que les r\u00eaves, si l\u2019on n\u2019a pas la chance d\u2019\u00eatre gui\u00add\u00e9 par un des esprits de cette terre qui les garde, par un monachicchio.&nbsp;<\/p>\n<p>Le tr\u00e9\u00adsor appa\u00adra\u00eet en r\u00eave, au pay\u00adsan endor\u00admi, dans toute sa splen\u00addeur. Il le voit&nbsp;\u2013 un mon\u00adceau d\u2019or&nbsp;\u2013 et il voit l\u2019endroit pr\u00e9\u00adcis, l\u00e0 dans le bois, pr\u00e8s de cet arbre qui a cette marque sur le tronc, sous cette grande pierre car\u00adr\u00e9e. Il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 aller le cher\u00adcher. Mais il faut y aller la nuit&nbsp;: de jour le tr\u00e9\u00adsor s\u2019\u00e9vanouirait. Il faut y aller seul, sans se confier \u00e0 \u00e2me qui vive, si une seule parole vous \u00e9chappe, le tr\u00e9\u00adsor est per\u00addu. Les dan\u00adgers sont \u00e9pou\u00advan\u00adtables, les \u00e2mes des morts hantent le bois. Peu d\u2019hommes ont le cou\u00adrage d\u2019affronter l\u2019\u00e9preuve, et de la sou\u00adte\u00adnir jusqu\u2019au bout sans d\u00e9faillir. Un pay\u00adsan de Gagliano, qui habi\u00adtait pr\u00e8s de chez moi, avait vu un tr\u00e9\u00adsor en r\u00eave. Il se trou\u00advait dans la for\u00eat d\u2019Accettura, un peu au-des\u00adsous de Stigliano. Il prit son cou\u00adrage \u00e0 deux mains, et par\u00adtit dans la nuit, mais lorsqu\u2019il fut entou\u00adr\u00e9 d\u2019esprits dans l\u2019obscurit\u00e9 noire, son c\u0153ur trem\u00adbla. Il aper\u00ad\u00e7ut, loin entre les arbres, une lumi\u00e8re, c\u2019\u00e9tait un char\u00adbon\u00adnier, homme sans peur comme tous les char\u00adbon\u00adniers et Calabrais13 qui pas\u00adsait la nuit dans le bois pr\u00e8s de son char\u00adbon. La ten\u00adta\u00adtion fut trop forte pour le pauvre pay\u00adsan ter\u00adro\u00adri\u00ads\u00e9&nbsp;; il ne put s\u2019emp\u00eacher de racon\u00adter son r\u00eave au char\u00adbon\u00adnier et de le prier de l\u2019assister dans sa recherche. Ils se mirent donc \u00e0 cher\u00adcher ensemble la pierre vue en r\u00eave, le pay\u00adsan un peu ragaillar\u00addi par la com\u00adpa\u00adgnie, le Calabrais plein de cou\u00adrage et arm\u00e9 de sa hachette. Ils trou\u00adv\u00e8rent la pierre, tout \u00e9tait exac\u00adte\u00adment comme dans le r\u00eave. Heureusement qu\u2019ils \u00e9taient deux, la pierre \u00e9tait tr\u00e8s lourde et ils ne purent la d\u00e9pla\u00adcer qu\u2019\u00e0 grand-peine. Quand ils furent par\u00adve\u00adnus \u00e0 la sou\u00adle\u00adver, un trou pro\u00adfond appa\u00adrut. Le pay\u00adsan se pen\u00adcha et il vit l\u2019or briller dans le fond, une extra\u00ador\u00addi\u00adnaire quan\u00adti\u00adt\u00e9 d\u2019or. Les petits cailloux qui se d\u00e9ta\u00adchaient d\u2019en haut rebon\u00addis\u00adsaient sur les mon\u00adnaies avec un bruit m\u00e9tal\u00adlique qui rem\u00adplis\u00adsait son c\u0153ur de d\u00e9lices. Il s\u2019agissait main\u00adte\u00adnant de se glis\u00adser dans la fosse pro\u00adfonde et de prendre le tr\u00e9\u00adsor mais ici le cou\u00adrage man\u00adqua de nou\u00adveau au pay\u00adsan et il deman\u00adda \u00e0 son com\u00adpa\u00adgnon de des\u00adcendre et de lui tendre l\u2019argent&nbsp;; lui il serait res\u00adt\u00e9 en haut et l\u2019aurait mis dans le sac. Ensuite ils auraient par\u00adta\u00adg\u00e9. Le char\u00adbon\u00adnier, qui ne crai\u00adgnait ni diable ni esprits, des\u00adcen\u00addit dans la fosse, mais voi\u00adl\u00e0 que tout ce jaune brillant \u00e9tait deve\u00adnu noir et opaque, l\u2019or s\u2019\u00e9tait, tout d\u2019un coup, mu\u00e9 en charbon.&nbsp;<\/p>\n<p>Il est beau\u00adcoup plus facile et moins d\u00e9ce\u00advant de trou\u00adver un tr\u00e9\u00adsor quand on par\u00advient \u00e0 se faire indi\u00adquer la cachette et \u00e0 s\u2019y faire accom\u00adpa\u00adgner par un de ces petits \u00eatres qui connaissent les secrets de la terre. Les mona\u00adchic\u00adchi sont les \u00e2mes des enfants morts sans bap\u00adt\u00eame, ils sont tr\u00e8s nom\u00adbreux par ici, o\u00f9 les pay\u00adsans attendent sou\u00advent plu\u00adsieurs ann\u00e9es avant de faire bap\u00adti\u00adser leurs enfants. Lorsqu\u2019on m\u2019appelait pour soi\u00adgner un enfant, par\u00adfois m\u00eame de dix ou douze ans, la pre\u00admi\u00e8re ques\u00adtion de la m\u00e8re \u00e9tait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Y a\u2011t-il dan\u00adger qu\u2019il meure&nbsp;? Parce qu\u2019alors j\u2019appellerai tout de suite le pr\u00eatre pour le bap\u00adti\u00adser. Nous ne l\u2019avons pas encore fait, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9\u00adsent&nbsp;; mais s\u2019il devait mou\u00adrir, on ne sait jamais.&nbsp;\u00bb Les mona\u00adchic\u00adchi sont des \u00eatres minus\u00adcules, joyeux et a\u00e9riens&nbsp;; ils courent, rapides, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, et leur plus grand plai\u00adsir est de faire toutes sortes de farces aux chr\u00e9\u00adtiens. Ils cha\u00adtouillent la plante des pieds aux dor\u00admeurs, ils tirent les draps des lits, ils jettent du sable dans les yeux, ils ren\u00adversent des verres pleins de vin, ils se cachent dans les cou\u00adrants d\u2019air et font s\u2019envoler les cartes, tom\u00adber le linge \u00e9ten\u00addu pour qu\u2019il se salisse, ils retirent les chaises de des\u00adsous les femmes assises, ils cachent les objets dans des endroits inima\u00adgi\u00adnables, ils font cailler le lait, ils pincent les gens, tirent les che\u00adveux, piquent et sifflent comme des mous\u00adtiques. Mais ils sont inno\u00adcents&nbsp;; leurs m\u00e9faits ne sont jamais s\u00e9rieux, ils ont tou\u00adjours un carac\u00adt\u00e8re de jeu et bien qu\u2019aga\u00e7ants, il n\u2019en r\u00e9sulte jamais rien de grave. Les mona\u00adchic\u00adchi ont une bizar\u00adre\u00adrie sau\u00adtillante et joyeuse, et sont presque insai\u00adsis\u00adsables. Ils portent sur la t\u00eate un capu\u00adchon rouge, plus grand qu\u2019eux&nbsp;; et mal\u00adheur \u00e0 eux s\u2019ils le perdent&nbsp;! Toute leur gaie\u00adt\u00e9 s\u2019\u00e9vanouit et ils ne cessent de pleu\u00adrer et de se d\u00e9so\u00adler jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils l\u2019aient retrou\u00adv\u00e9. Le seul moyen de se d\u00e9fendre de leurs farces est jus\u00adte\u00adment de les attra\u00adper par leur capu\u00adchon&nbsp;; si vous arri\u00advez \u00e0 le leur prendre, le pauvre mona\u00adchic\u00adchio d\u00e9ca\u00adpu\u00adchon\u00adn\u00e9 se jet\u00adte\u00adra \u00e0 vos pieds, tout en larmes, en vous sup\u00adpliant de le lui rendre. Les mona\u00adchic\u00adchi cachent sous leurs caprices et leur gaie\u00adt\u00e9 enfan\u00adtine une tr\u00e8s grande sagesse&nbsp;: ils savent tous les secrets de la terre&nbsp;; ils connaissent les cachettes des tr\u00e9\u00adsors. Pour ravoir son capu\u00adchon rouge, sans lequel il ne peut pas vivre, le mona\u00adchic\u00adchio vous pro\u00admet\u00adtra de vous r\u00e9v\u00e9\u00adler la cachette d\u2019un tr\u00e9\u00adsor. Mais vous ne devez pas lui don\u00adner satis\u00adfac\u00adtion avant qu\u2019il ne vous ait accom\u00adpa\u00adgn\u00e9&nbsp;; aus\u00adsi long\u00adtemps que le capu\u00adchon est entre vos mains, le mona\u00adchic\u00adchio vous ser\u00advi\u00adra, mais d\u00e8s qu\u2019il aura r\u00e9cu\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9 son pr\u00e9\u00adcieux couvre-chef, il s\u2019enfuira d\u2019un bond, vous ber\u00adnant et sau\u00adtant de joie, et il ne tien\u00addra pas sa promesse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tant de peuples se sont suc\u00adc\u00e9\u00add\u00e9 sur ces terres que l\u2019on trouve vrai\u00adment des objets par\u00adtout o\u00f9 on laboure. Des vases anciens, des sta\u00adtuettes, des mon\u00adnaies sur\u00adgissent au soleil, sous la b\u00eache, de quelque tombe ancienne. Don Luigino en pos\u00ads\u00e9\u00addait, qu\u2019il avait trou\u00adv\u00e9s dans un de ses champs, du c\u00f4t\u00e9 du Sauro, des mon\u00adnaies corrod\u00e9es&nbsp;\u2013&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"quote","meta":{"_acf_changed":false,"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-23113","post","type-post","status-publish","format-quote","hentry","category-non-classe","post_format-post-format-quote"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23113","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23113"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23113\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23114,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23113\/revisions\/23114"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23113"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23113"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23113"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}