﻿{"id":296,"date":"2016-01-18T18:27:29","date_gmt":"2016-01-18T17:27:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.testanonpertinente.net\/locule\/?p=296"},"modified":"2024-06-29T10:48:11","modified_gmt":"2024-06-29T09:48:11","slug":"296","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=296","title":{"rendered":"angoisse, homog\u00e8ne\/h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, moi, physique, rire, singularit\u00e9 (Bataille, L\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure)"},"content":{"rendered":"<p>Je ne suis et tu n\u2019es, dans les vastes flux des choses, qu\u2019un point d\u2019arr\u00eat favo\u00adrable au rejaillis\u00adse\u00adment. Ne tarde pas \u00e0 prendre une exacte conscience de cette posi\u00adtion angois\u00adsante&nbsp;: s\u2019il t\u2019arrivait de t\u2019attacher \u00e0 des buts enfer\u00adm\u00e9s dans ces limites o\u00f9 per\u00adsonne n\u2019est en jeu que toi, ta vie serait celle du grand nombre, elle serait pri\u00adv\u00e9e de mer\u00adveilleux. Un court moment d\u2019arr\u00eat&nbsp;: le com\u00adplexe, le doux, le violent mou\u00adve\u00adment des mondes se fera de ta mort une \u00e9cume \u00e9cla\u00adbous\u00adsante. Les gloires, la mer\u00adveille de ta vie tiennent \u00e0 ce rejaillis\u00adse\u00adment du flot qui ne nouait en toi dans l\u2019immense bruit de cata\u00adracte du&nbsp;ciel.<\/p>\n<p>Les fra\u00adgiles parois de ton iso\u00adle\u00adment o\u00f9 se com\u00adpo\u00adsaient les mul\u00adtiples arr\u00eats, les obs\u00adtacles de la conscience, n\u2019auront ser\u00advi qu\u2019\u00e0 r\u00e9fl\u00e9\u00adchir un ins\u00adtant l\u2019\u00e9clat de ces uni\u00advers au sein des\u00adquels tu ne ces\u00adse\u00adras jamais d\u2019\u00eatre perdu.<\/p>\n<p>S\u2019il n\u2019y avait que ces uni\u00advers mou\u00advants, qui ne ren\u00adcon\u00adtre\u00adraient jamais de remous cap\u00adtant les cou\u00adrants trop rapides d\u2019une conscience indis\u00adtincte, quand elle lie nous ne savons quel brillant int\u00e9\u00adrieur, infi\u00adni\u00adment vague, aux plus aveugles mou\u00adve\u00adments de la nature, faute d\u2019obstacles, ces mou\u00adve\u00adments seraient moins ver\u00adti\u00adgi\u00adneux. L\u2019ordre sta\u00adbi\u00adli\u00ads\u00e9 des appa\u00adrences iso\u00adl\u00e9es est n\u00e9ces\u00adsaire \u00e0 la conscience angois\u00ads\u00e9e des crues tor\u00adren\u00adtielles qui l\u2019emportent. Mais s\u2019il est pris pour ce qu\u2019il para\u00eet, s\u2019il enferme dans un atta\u00adche\u00adment peu\u00adreux, il n\u2019est plus que l\u2019occasion d\u2019une erreur risible, une exis\u00adtence \u00e9tio\u00adl\u00e9e de plus marque un point mort, un absurde petit tas\u00adse\u00adment, oubli\u00e9, pour peu de temps, au milieu de la bac\u00adcha\u00adnale c\u00e9leste.<br>\nD\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de cette vie humaine, qui est notre lot, la conscience du peu de sta\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, m\u00eame du pro\u00adfond manque de toute v\u00e9ri\u00adtable sta\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, lib\u00e8re les enchan\u00adte\u00adments du rire. Comme si brus\u00adque\u00adment cette vie pas\u00adsait d\u2019une soli\u00addi\u00adt\u00e9 vide et triste \u00e0 l\u2019heureuse conta\u00adgion de la cha\u00adleur et de la lumi\u00e8re, aux libres tumultes que se com\u00admu\u00adniquent les eaux et les airs&nbsp;: les \u00e9clats et les rebon\u00addis\u00adse\u00adments du rire suc\u00adc\u00e8dent \u00e0 la pre\u00admi\u00e8re ouver\u00adture, \u00e0 la per\u00adm\u00e9a\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019aurore du sou\u00adrire. Si un ensemble de per\u00adsonnes rit d\u2019une phrase d\u00e9ce\u00adlant une absur\u00addi\u00adt\u00e9 ou d\u2019un geste dis\u00adtrait, il passe en elles un cou\u00adrant d\u2019intense com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion. Chaque exis\u00adtence iso\u00adl\u00e9e sort d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 la faveur de l\u2019image tra\u00adhis\u00adsant l\u2019erreur de l\u2019isolement fig\u00e9. Elle sort d\u2019elle-m\u00eame en une sorte d\u2019\u00e9clat facile, elle s\u2019ouvre en m\u00eame temps \u00e0 la conta\u00adgion d\u2019un flot qui se r\u00e9per\u00adcute, car les rieurs deviennent ensemble comme les vagues de la mer, il n\u2019existe plus entre eux de cloi\u00adson tant que dure le rire, ils ne sont pas plus s\u00e9pa\u00adr\u00e9s que deux vagues, mais leur uni\u00adt\u00e9 est aus\u00adsi ind\u00e9\u00adfi\u00adnie, aus\u00adsi pr\u00e9\u00adcaire que celle de l\u2019agitation des&nbsp;eaux.<\/p>\n<p>Le rire com\u00admun sup\u00adpose l\u2019absence d\u2019une v\u00e9ri\u00adtable angoisse, et pour\u00adtant il n\u2019a pas d\u2019autre source que l\u2019angoisse. Ce qui l\u2019engendre jus\u00adti\u00adfie ta peur. On ne peut conce\u00advoir que chu, tu ne sais d\u2019o\u00f9, dans cette immen\u00adsi\u00adt\u00e9 incon\u00adnue, aban\u00addon\u00adn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9nigmatique soli\u00adtude, condam\u00adn\u00e9 pour finir \u00e0 som\u00adbrer dans la souf\u00adfrance, tu ne sois pas sai\u00adsi d\u2019angoisse. Mais de l\u2019isolement o\u00f9 tu vieillis au sein d\u2019univers vou\u00e9s \u00e0 ta perte, il t\u2019est loi\u00adsible de tirer cette conscience ver\u00adti\u00adgi\u00adneuse de ce qui a lieu, conscience, ver\u00adtige, aux\u00adquels tu ne par\u00adviens que nou\u00e9 par cette angoisse. Tu ne pour\u00adrais deve\u00adnir le miroir d\u2019une r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 d\u00e9chi\u00adrante si tu ne devais te briser\u2026<\/p>\n<p>Dans la mesure o\u00f9 tu opposes un obs\u00adtacles \u00e0 des forces d\u00e9bor\u00addantes, tu es vou\u00e9 \u00e0 la dou\u00adleur, r\u00e9duit \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude. Mais il t\u2019est loi\u00adsible encore d\u2019apercevoir le sens de cette angoisse en toi&nbsp;: de quelle fa\u00e7on l\u2019obstacle que tu es doit se nier lui-m\u00eame et se vou\u00adloir d\u00e9truit, du fait qu\u2019il est par\u00adtie des forces qui le brisent. Ce n\u2019est pos\u00adsible qu\u2019\u00e0 cette condi\u00adtion&nbsp;: que ta d\u00e9chi\u00adrure n\u2019emp\u00eache pas ta r\u00e9flexion d\u2019avoir lieu, ce qui demande qu\u2019un glis\u00adse\u00adment se pro\u00adduise (que la d\u00e9chi\u00adrure soit seule\u00adment refl\u00e9\u00adt\u00e9e, et laisse pour un temps le miroir intact). Le rire com\u00admun, sup\u00adpo\u00adsant l\u2019angoisse \u00e9car\u00adt\u00e9e, quand il en tire au m\u00eame ins\u00adtant des rebon\u00addis\u00adse\u00adments, est sans doute, de cette tri\u00adche\u00adrie, la forme cava\u00adli\u00e8re&nbsp;: ce n\u2019est pas le rieur que le rire frappe, mais l\u2019un de ses sem\u00adblables \u2013 encore est-ce sans exc\u00e8s de cruaut\u00e9.<\/p>\n<p>Les forces qui tra\u00advaillent \u00e0 nous d\u00e9truire trouvent en nous des com\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9s si heu\u00adreuses \u2013 et par\u00adfois si vio\u00adlentes \u2013 que nous ne pou\u00advons nous d\u00e9tour\u00adner d\u2019elles sim\u00adple\u00adment comme l\u2019int\u00e9r\u00eat qui nous y porte. Nous sommes conduits \u00e0 faire la part du feu&nbsp;\u00bb. Rarement des hommes sont en \u00e9tat de se don\u00adner la mort \u2013 et non comme le d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9 mais l\u2019Hindou, se jetant roya\u00adle\u00adment sous un char de f\u00eate. Mais sans aller jusqu\u2019\u00e0 nous livrer, nous pou\u00advons livrer, de nous-m\u00eames, une part&nbsp;: nous sacri\u00adfions des bien qui nous appar\u00adtiennent ou \u2013 ce qui nous lie par tant de liens, dont nous dis\u00adtin\u00adguons mal&nbsp;: notre sem\u00adblable. Assur\u00e9ment, ce mot, sacri\u00adfice, signi\u00adfie ceci&nbsp;: que des hommes, du fait de leur volon\u00adt\u00e9, font entrer quelques biens dans une r\u00e9gion dan\u00adge\u00adreuse, o\u00f9 s\u00e9vissent des forces d\u00e9trui\u00adsantes. Ainsi sacri\u00adfions-nous celui dont nous rions, l\u2019abandonnant sans nulle angoisse, \u00e0 quelque d\u00e9ch\u00e9ance qui nous semble l\u00e9g\u00e8re (le rire sans doute n\u2019a pas la gra\u00advi\u00adt\u00e9 du sacrifice).<\/p>\n<p>Nous ne pou\u00advons d\u00e9cou\u00advrir qu\u2019en autrui com\u00adment dis\u00adpose de nous l\u2019exub\u00e9rance l\u00e9g\u00e8re des choses. A peine sai\u00adsis\u00adsons-nous la vani\u00adt\u00e9 de notre oppo\u00adsi\u00adtion que nous sommes empor\u00adt\u00e9s par le mou\u00adve\u00adment&nbsp;; il suf\u00adfit que nous ces\u00adsions de nous oppo\u00adser, nous com\u00admu\u00adni\u00adquons avec le monde illi\u00admi\u00adt\u00e9 des rieurs. Mais nous com\u00admu\u00adni\u00adquons sans angoisse, pleins de joie, ima\u00adgi\u00adnant ne pas don\u00adner prise nous-m\u00eames au mou\u00adve\u00adment qui dis\u00adpo\u00adse\u00adra pour\u00adtant de nous, quelque jour, avec une rigueur d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Sans nul doute, le rieur est lui-m\u00eame risible et, dans le sens pro\u00adfond, plus que sa vic\u00adtime, mais il importe peu qu\u2019une faible erreur \u2013 un glis\u00adse\u00adment \u2013 d\u00e9verse la joie au royaume du rire. Ce qui rejette les hommes de leur iso\u00adle\u00adment vide et les m\u00eale aux mou\u00adve\u00adments illi\u00admi\u00adt\u00e9s \u2013 par quoi ils com\u00admu\u00adniquent entre eux, pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adt\u00e9s avec bruit l\u2019un vers l\u2019autre comme les flots \u2013 ne pour\u00adrait \u00eatre que la mort si l\u2019horreur de ce moi qui s\u2019est repli\u00e9 sur lui-m\u00eame \u00e9tait pous\u00ads\u00e9e \u00e0 des cons\u00e9\u00adquences logiques. La conscience d\u2019une r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 ext\u00e9\u00adrieure \u2013 tumul\u00adtueuse et d\u00e9chi\u00adrante \u2013 qui na\u00eet dans les replis de la conscience de soi \u2013 demande \u00e0 l\u2019homme d\u2019apercevoir la vani\u00adt\u00e9 de ces replis \u2013 de les savoir&nbsp;\u00bb dans un pres\u00adsen\u00adti\u00adment, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9truits \u2013 mais elle demande aus\u00adsi qu\u2019ils durent. L\u2019\u00e9cume qu\u2019elle est au som\u00admet de la vague demande ce glis\u00adse\u00adment inces\u00adsant&nbsp;: la conscience de la mort (et des lib\u00e9\u00adra\u00adtions qu\u2019\u00e0 l\u2019immensit\u00e9 des \u00eatres elle apporte) ne se for\u00adme\u00adrait pas si l\u2019on n\u2019approchait la mort, mais elle cesse d\u2019\u00eatre aus\u00adsi\u00adt\u00f4t que la mort a fait son \u0153uvre. Et c\u2019est pour\u00adquoi cette ago\u00adnie, comme fig\u00e9e, de tout ce qui est, qu\u2019est l\u2019existence humaine au sein des cieux \u2013 sup\u00adpose la mul\u00adti\u00adtude spec\u00adta\u00adtrice de ceux qui sur\u00advivent un peu (la mul\u00adti\u00adtude sur\u00advi\u00advante ampli\u00adfie l\u2019agonie, la r\u00e9fl\u00e9\u00adchit sans les facettes infi\u00adnies de consciences mul\u00adtiples, o\u00f9 la len\u00adteur fig\u00e9e coexiste avec une rapi\u00addi\u00adt\u00e9 de bac\u00adcha\u00adnale, o\u00f9 la foudre et la chute des morts sont contem\u00adpl\u00e9es): il faut au sacri\u00adfice non seule\u00adment des vic\u00adtimes, mais des sacri\u00adfiants&nbsp;; le rire ne demande pas seule\u00adment les per\u00adson\u00adnages risibles que nous sommes, il veut la foule incon\u00ads\u00e9\u00adquente des rieurs\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne suis et tu n\u2019es, dans les vastes flux des choses, qu\u2019un point d\u2019arr\u00eat favo\u00adrable au rejaillis\u00adse\u00adment. Ne tarde pas \u00e0 prendre une exacte conscience de cette posi\u00adtion angois\u00adsante&nbsp;: s\u2019il t\u2019arrivait de t\u2019attacher \u00e0 des buts enfer\u00adm\u00e9s dans ces limites o\u00f9 per\u00adsonne n\u2019est en jeu que toi, ta vie serait celle du grand nombre,&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"quote","meta":{"_acf_changed":false,"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[473,476,277,94,477,478],"class_list":["post-296","post","type-post","status-publish","format-quote","hentry","category-non-classe","tag-angoisse","tag-homogeneheterogene","tag-moi","tag-physique","tag-rire","tag-singularite","post_format-post-format-quote"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/296","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=296"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/296\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=296"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=296"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=296"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}