﻿{"id":365,"date":"2016-01-18T19:13:56","date_gmt":"2016-01-18T18:13:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.testanonpertinente.net\/locule\/?p=365"},"modified":"2021-02-17T20:54:58","modified_gmt":"2021-02-17T19:54:58","slug":"365","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/testanonpertinente.net\/?p=365","title":{"rendered":"grammaire, langue, langue maternelle, pr\u00e9dicat, syntaxe (Wismann, Penser entre les langues)"},"content":{"rendered":"<p>Lorsque je parle de \u00ab&nbsp;l\u2019al\u00adle\u00admand&nbsp;\u00bb, je d\u00e9signe la langue alle\u00admande, non pas dans sa diver\u00adsi\u00adt\u00e9 dia\u00adlec\u00adtale, mais en tant que langue codi\u00adfi\u00e9e, sous\u00adtraite en quelque sorte \u00e0 la com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 imm\u00e9\u00addiate. J\u2019\u00e9voque en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 ce que l\u2019ont appelle le \u00ab&nbsp;Hochdeutsch&nbsp;\u00bb, cette langue qui, pour \u00eatre par\u00adl\u00e9e, sup\u00adpose que les locu\u00adteurs soient lib\u00e9\u00adr\u00e9s de la contin\u00adgence des affects. S\u2019il est \u00e9vi\u00addem\u00adment tou\u00adjours pos\u00adsible de recr\u00e9er dans cette langue les condi\u00adtions de l\u2019ex\u00adpres\u00adsion affec\u00adtive, cela passe uni\u00adque\u00adment par la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, si bien que l\u2019al\u00adle\u00admand se pr\u00e9\u00adsente sous une forme tr\u00e8s stra\u00adti\u00adfi\u00e9e. On a tout d\u2019a\u00adbord affaire \u00e0 un idiome tr\u00e8s sou\u00advent r\u00e9gio\u00adnal, qui sert \u00e0 la vie quo\u00adti\u00addienne, directe, \u00e0 la com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion de desi\u00adde\u00adra\u00adta ou d\u2019\u00e9\u00adva\u00adlua\u00adtions non \u00e9la\u00adbo\u00adr\u00e9es. Ces idiomes r\u00e9gio\u00adnaux \u00e9chappent tr\u00e8s lar\u00adge\u00adment \u00e0 ce qui, pour le Hochdeutsch, est consti\u00adtu\u00adtif, \u00e0 savoir la syn\u00adtaxe. Au-del\u00e0 de cette sph\u00e8re presque d\u00e9s\u00adin\u00adcar\u00adn\u00e9e, tant elle est peu faite pour expri\u00admer des enjeux humains imm\u00e9\u00addiats, se trouve la litt\u00e9rature.<br>\nIl importe de sai\u00adsir en pre\u00admier lieu com\u00adment fonc\u00adtionne ce Hochdeutsch dont l\u2019\u00e9\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adtion r\u00e9sulte d\u2019un pro\u00adces\u00adsus assez long, ins\u00e9\u00adpa\u00adrable de la tra\u00adduc\u00adtion de la Bible par Luther, des r\u00e9am\u00e9\u00adna\u00adge\u00adments de cette tra\u00adduc\u00adtion, de la pra\u00adtique des ser\u00admons, ain\u00adsi que des pra\u00adtiques lit\u00adt\u00e9\u00adraires issus de l\u2019en\u00adsemble de ces tra\u00advaux. La langue \u00e9pu\u00adr\u00e9e est si dif\u00adfi\u00adcile que l\u2019on \u00e9vite de la pra\u00adti\u00adquer dans la situa\u00adtion de com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion imm\u00e9\u00addiate&nbsp;: les pr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adteurs de radio par exemple ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9\u00advi\u00adsion sont obli\u00adg\u00e9s de lire leur texte, car il est impos\u00adsible d\u2019im\u00adpro\u00advi\u00adser cor\u00adrec\u00adte\u00adment le Hochdeutsch. Cette langue se carac\u00adt\u00e9\u00adrise par le fait qu\u2019elle est tota\u00adle\u00adment sous\u00adtraite aux idio\u00adma\u00adtismes, et enti\u00e8\u00adre\u00adment sou\u00admise au prin\u00adcipe g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adteur de syn\u00adtaxe. La syn\u00adtaxe anglaise ou fran\u00ad\u00e7aise n\u2019est pas si contrai\u00adgnante et la pr\u00e9\u00adsence des idio\u00adma\u00adtismes est plus grande, de sorte qu\u2019il y est bien davan\u00adtage pos\u00adsible d\u2019a\u00advoir recours \u00e0 des expres\u00adsions toutes faites, \u00e0 des mani\u00e8res de dire. L\u2019allemand pur, sty\u00adli\u00ads\u00e9, implique au contraire d\u2019\u00eatre pro\u00adduit en fonc\u00adtion d\u2019un prin\u00adcipe g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adteur de la syn\u00adtaxe, ce qui a pour cons\u00e9\u00adquence que la mani\u00e8re de par\u00adler est soit extr\u00ea\u00adme\u00adment indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00ads\u00e9e \u2013 le dis\u00adcours ne peut pas \u00eatre emprun\u00adt\u00e9 en pui\u00adsant dans le stock idio\u00adma\u00adtique \u2013, soit elle est un calque sans per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adsa\u00adtion pos\u00adsible, sans que l\u2019on puise jouer sur la conven\u00adtion, en \u00ab&nbsp;citant&nbsp;\u00bb.<br>\nLa contrainte syn\u00adtaxique ne s\u2019est d\u00e9ga\u00adg\u00e9e qu\u2019\u00e0 par\u00adtir du moment o\u00f9, pour l\u2019i\u00adden\u00adti\u00adfier, on s\u2019est extrait du mod\u00e8le de la gram\u00admaire latine o\u00f9 l\u2019on pr\u00e9\u00adsup\u00adpose que les pro\u00adpo\u00adsi\u00adtions repose essen\u00adtiel\u00adle\u00adment sur le sub\u00adstan\u00adtif, le nom qui est sujet et son attri\u00adbut ou pr\u00e9\u00addi\u00adcat. La struc\u00adture de la phrase latine est com\u00adpa\u00adrable \u00e0 une \u00e9qua\u00adtion dans la mesure o\u00f9, dans la forme la plus simple du juge\u00adment d\u2019at\u00adtri\u00adbu\u00adtion, le sujet et son pr\u00e9\u00addi\u00adcat sont cen\u00ads\u00e9s \u00eatre mis dans une rela\u00adtion d\u2019\u00e9\u00adqui\u00adva\u00adlence par la copule (le verbe \u00eatre). Le pr\u00e9\u00addi\u00adcat (l\u2019at\u00adtri\u00adbut), en fran\u00ad\u00e7ais, s\u2019ac\u00adcorde avec son sujet en genre et en nombre, en fonc\u00adtion de l\u2019ac\u00adcord pr\u00e9\u00adsup\u00adpo\u00ads\u00e9, la copule ne jouant qu\u2019un r\u00f4le subal\u00adterne&nbsp;: c\u2019est d\u2019ailleurs un verbe qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;auxiliaire&nbsp;\u00bb.<br>\nLe propre de l\u2019al\u00adle\u00admand, en revanche, est de conf\u00e9\u00adrer aux verbes un r\u00f4le bien plus important.1 Les verbes que les gram\u00admaires tra\u00addi\u00adtion\u00adnelles et des\u00adcrip\u00adtives \u2013 cal\u00adqu\u00e9es sur la latin \u2013 appellent auxi\u00adliaires sont dans la langue alle\u00admande les verbes les plus \u00ab&nbsp;puis\u00adsants&nbsp;\u00bb. En effet, la syn\u00adtaxe s\u2019ap\u00adpuie tou\u00adjours sur le verbe qu\u2019il s\u2019a\u00adgit de sp\u00e9\u00adci\u00adfier (quand l\u2019at\u00adtri\u00adbut fran\u00ad\u00e7ais est un adverbe). Autrement dit, la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 c\u2019est l\u2019ac\u00adtion ver\u00adbale, et l\u2019al\u00adle\u00admand d\u00e9signe la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 du nom de Wirklichkeit, terme indi\u00adquant qu\u2019il s\u2019a\u00adgit bien d\u2019une action (le verbe wir\u00adken signi\u00adfie \u00ab&nbsp;agir&nbsp;\u00bb au sens tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9\u00adral, et donne \u00e9ga\u00adle\u00adment le sub\u00adstan\u00adtif Werk&nbsp;: \u0153uvre, ouvrage). Ce n\u2019est donc pas la res latine, laquelle se d\u00e9coupe dans un espace id\u00e9al de repr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtion. La langue exprime la mani\u00e8re dont on repr\u00e9\u00adsente l\u2019ac\u00adtion sur la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;; en alle\u00admand, la syn\u00adtaxe est construite \u00e0 par\u00adtir de l\u2019\u00e9l\u00e9\u00adment de la langue qui exprime cette action, c\u2019est-\u00e0-dire le verbe. Tout le reste de la pro\u00adpo\u00adsi\u00adtion doit \u00eatre com\u00adpris comme sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adca\u00adtion de cette action.<br>\nLorsqu\u2019on a affaire \u00e0 une subor\u00addon\u00adn\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une affir\u00adma\u00adtion qui n\u2019est ni vraie ni fausse, on peut y obser\u00adver la struc\u00adture syn\u00adtaxique essen\u00adtielle, avant tout effet d\u2019af\u00adfir\u00adma\u00adtion effec\u00adtive ou d\u2019in\u00adter\u00adro\u00adga\u00adtion. Le verbe est pla\u00adc\u00e9 en der\u00adni\u00e8re posi\u00adtion, r\u00e9v\u00e9\u00adlant ain\u00adsi que tous les fonc\u00adteurs qui le pr\u00e9\u00adc\u00e8dent n\u2019en sont que des sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adca\u00adtions, en fonc\u00adtion d\u2019un autre prin\u00adcipe syn\u00adtaxique tout \u00e0 faire contrai\u00adgnant qui veut que le d\u00e9ter\u00admi\u00adnant pr\u00e9\u00adc\u00e8de tou\u00adjours le d\u00e9ter\u00admi\u00adn\u00e9 (c\u2019est aus\u00adsi le prin\u00adcipe qui r\u00e8gle la forme des mots com\u00adpo\u00ads\u00e9es, si bien qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9ton\u00adnant de voir pro\u00adli\u00adf\u00e9\u00adrer \u00e0 la fin d\u2019une phrase plu\u00adsieurs formes ver\u00adbales sous diverses formes). Cela implique qu\u2019il faut pen\u00adser ce que l\u2019on veut dire avant de l\u2019ex\u00adpri\u00admer, sauf \u00e0 quit\u00adter la struc\u00adture contrai\u00adgnante de cette syn\u00adtaxe, ce qui est d\u2019ailleurs le cas en alle\u00admand cou\u00adrant. Dans la com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion cou\u00adrante en effet, on observe en per\u00adma\u00adnence des rup\u00adtures syn\u00adtaxiques, car il n\u2019est pas pos\u00adsible de se tenir constam\u00adment au niveau de cette anti\u00adci\u00adpa\u00adtion intel\u00adlec\u00adtuelle de ce qui doit \u00eatre dit sans pou\u00advoir, en quelque sorte, se rat\u00adtra\u00adper apr\u00e8s coup en ajou\u00adtant d\u2019autres sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adca\u00adtions qui vien\u00addraient apr\u00e8s le verbe. Ainsi, l\u2019i\u00add\u00e9al de la phrase alle\u00admande est-il une phrase dans laquelle toutes les sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adca\u00adtions pos\u00adsibles de l\u2019ac\u00adtion ver\u00adbale la plus g\u00e9n\u00e9\u00adrale (\u00eatre) sont r\u00e9unies&nbsp;: c\u2019est la sys\u00adt\u00e8me h\u00e9g\u00e9\u00adlien&nbsp;! Toutes les sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adca\u00adtions pos\u00adsibles de l\u2019ac\u00adtion ver\u00adbale \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb y sont convo\u00adqu\u00e9es et agen\u00adc\u00e9es en vue de cette sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adca\u00adtion. L\u2019esprit de sys\u00adt\u00e8me qui est ici \u00e0 l\u2019\u0153uvre n\u2019est pas ce que les Fran\u00e7ais d\u00e9si\u00adgnent par l\u00e0 et qui recouvre, en r&nbsp;\u00bbali\u00adt\u00e9, une ratio\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 taxi\u00adno\u00admique bien plus confor\u00adtable que le sys\u00adt\u00e9\u00adma\u00adtique alle\u00admand, lequel est aus\u00adsi bien plus violent puis\u00adqu\u2019il force la tota\u00adli\u00adt\u00e9 du r\u00e9el \u00e0 s\u2019a\u00adgen\u00adcer de mani\u00e8re d\u00e9ter\u00admi\u00adnante dans une dyna\u00admique r\u00e9gie par le verbe o\u00f9 toutes les cat\u00e9\u00adgo\u00adries sont engen\u00addr\u00e9es les unes par les autres. Dans la taxi\u00adno\u00admie, en revanche, les cat\u00e9\u00adgo\u00adries sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0&nbsp;; elles ne sont pas d\u00e9duites. Le sys\u00adt\u00e8me alle\u00admand exige, id\u00e9a\u00adle\u00adment, la pro\u00adduc\u00adtion des cat\u00e9\u00adgo\u00adries, des sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adca\u00adtions selon une dyna\u00admique g\u00e9n\u00e9\u00adtique et logi\u00adque\u00adment ordon\u00adn\u00e9e. On com\u00adprend mieux pour\u00adquoi Heidegger fus\u00adti\u00adgeait les langues latines pour leur oubli carac\u00adt\u00e9\u00adri\u00ads\u00e9 de l\u2019\u00eatre, et tout par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment le fran\u00ad\u00e7ais auquel il d\u00e9niait la pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019\u00eatre une langue phi\u00adlo\u00adso\u00adphique fiable.<br>\nOn peut ici \u00e9vo\u00adquer des op\u00e9\u00adra\u00adteurs cultu\u00adrels, au sens o\u00f9 Quine d\u00e9fi\u00adnit des \u00ab&nbsp;syn\u00adth\u00e9\u00adti\u00adseurs cultu\u00adrels&nbsp;\u00bb&nbsp;: ce sont des sch\u00e8mes qui font que des uni\u00advers de sens coa\u00adgulent autour des mots. Et ces uni\u00advers de sens, au niveau du fran\u00ad\u00e7ais, sont carac\u00adt\u00e9\u00adri\u00ads\u00e9s par une abo\u00adli\u00adtion de la dif\u00adf\u00e9\u00adrence onto\u00adlo\u00adgique qui conduit \u00e0 une sorte de com\u00adpa\u00adci\u00adt\u00e9. L\u2019absence d\u2019\u00e9l\u00e9\u00adments de dif\u00adf\u00e9\u00adren\u00adcia\u00adtion sup\u00adpose une conni\u00advence de d\u00e9part, car ces mots-l\u00e0 sont tou\u00adjours \u00e9chan\u00adg\u00e9s pour ain\u00adsi dire \u00ab&nbsp;\u00e0 bon enten\u00addeur salut&nbsp;\u00bb. D\u00e8s lors, il est impos\u00adsible de tes\u00adter, d\u2019\u00e9\u00adprou\u00adver leur signi\u00adfi\u00adca\u00adtion&nbsp;; \u00e0 prendre ou \u00e0 lais\u00adser, ces mots ne sont pas uti\u00adli\u00ads\u00e9s dans un effort de cla\u00adri\u00adfi\u00adca\u00adtion phi\u00adlo\u00adso\u00adphique, mais dans une cir\u00adcu\u00adla\u00adtion o\u00f9 la conni\u00advence per\u00admet de d\u00e9vier le mot de sont sens le plus cou\u00adrant et de jouer pho\u00adn\u00e9\u00adti\u00adque\u00adment sur les \u00e9carts. C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019ho\u00admo\u00adpho\u00adnie, l\u2019ho\u00admo\u00adny\u00admie, chose qui n\u2019existe pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment pas dans la langue alle\u00admande. Les homo\u00adnymes, en effet, sup\u00adposent que l\u2019on sache par avance de quoi l\u2019on parle avant d\u2019a\u00advoir par\u00adl\u00e9, mais sur\u00adtout avant que la situa\u00adtion ne soit ren\u00addue plus claire. J\u2019ai par\u00adl\u00e9 plus haut de \u00ab&nbsp;com\u00adpa\u00adci\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, car la langue fran\u00ad\u00e7aise a \u00e9t\u00e9, au cours de son his\u00adtoire, v\u00e9ri\u00adta\u00adble\u00adment com\u00adpac\u00adt\u00e9e. Cette op\u00e9\u00adra\u00adtion de r\u00e9duc\u00adtion ren\u00advoie donc \u00e0 un pro\u00adces\u00adsus his\u00adto\u00adrique li\u00e9 \u00e0 la monar\u00adchie absolue.<br>\nLe fran\u00ad\u00e7ais du XVIIe si\u00e8cle \u00e9tait infi\u00adni\u00adment plus riche qu\u2019au\u00adjourd\u2019\u00adhui. Il est tr\u00e8s \u00ab&nbsp;pay\u00adsan&nbsp;\u00bb au sens o\u00f9 il disait les choses avec pr\u00e9\u00adci\u00adsion, avait un mot pour chaque nuance, fai\u00adsait en sorte que l\u2019on sache exac\u00adte\u00adment ce que l\u2019on veut signi\u00adfier. \u00c0 la Cour, l\u2019\u00e9\u00adli\u00adtisme des cour\u00adti\u00adsans consis\u00adtait \u00e0 don\u00adner \u00e0 pen\u00adser qu\u2019ils com\u00adpre\u00adnaient \u00e0 demi-mot. Rien n\u2019\u00e9\u00adtait jamais dit. Ainsi, peu \u00e0 peu, la langue fran\u00ad\u00e7aise s\u2019est-elle r\u00e9tr\u00e9\u00adcie. N\u00e9anmoins et pour cette rai\u00adson m\u00eame, elle est deve\u00adnue incom\u00adpa\u00adrable pour un autre exer\u00adcice lit\u00adt\u00e9\u00adraire. Le fait que cette langue peut \u00e0 tout moment \u00eatre char\u00adg\u00e9e de tant de sous-enten\u00addus lui conf\u00e8re une richesse impli\u00adcite infi\u00adnie qui n\u2019existe pas en alle\u00admand. Ce pro\u00adces\u00adsus de r\u00e9duc\u00adtion et d\u2019aug\u00admen\u00adta\u00adtion dans la langue s\u2019\u00e9\u00adclaire si on le com\u00adpare \u00e0 une op\u00e9\u00adra\u00adtion culi\u00adnaire, comme lorsque l\u2019on fait r\u00e9duire du b\u0153uf pen\u00addant de nom\u00adbreuses heures dans une sauce. La cui\u00adsine fran\u00ad\u00e7aise r\u00e9sulte exac\u00adte\u00adment du m\u00eame par\u00adti pris pour n\u2019a\u00advoir plus \u00e0 la fin une seule esp\u00e8ce de saveurs, mais plu\u00adsieurs saveurs ensemble.<br>\nTous les mots du fran\u00ad\u00e7ais ont, me semble-t-il, un carac\u00adt\u00e8re de mets cui\u00adsi\u00adn\u00e9. Un cer\u00adtain go\u00fbt s\u2019est atta\u00adch\u00e9 \u00e0 ces mots par l\u2019u\u00adsage qui en a \u00e9t\u00e9 fait, et ces mots n\u2019ont plus la fonc\u00adtion qu\u2019ils peuvent avoir dans les langues pri\u00admi\u00adtives. L\u2019allemand, en ce sens, est une langue plus pri\u00admi\u00adtive que le fran\u00ad\u00e7ais, car il d\u00e9signe sans \u00e9qui\u00advoque la chose. On trouve infi\u00adni\u00adment plus de verbes pour qua\u00adli\u00adfier les bruits en alle\u00admand, infi\u00adni\u00adment plus d\u2019ad\u00adjec\u00adtifs pour intro\u00adduire des nuances, d\u2019au\u00adtant que la syn\u00adtaxe, on l\u2019a vu, est tr\u00e8s dif\u00adf\u00e9\u00adrente. La syn\u00adtaxe fran\u00ad\u00e7aise est r\u00e9duite \u00e0 pas grand-chose, alors que la syn\u00adtaxe alle\u00admande est d\u2019une rigueur abso\u00adlue. En r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, dans la mesure o\u00f9 les mots du lexique sont des mots cuits, cui\u00adsi\u00adn\u00e9s, c\u2019est entre connais\u00adseurs qu\u2019on les \u00e9change. Cela n\u2019est pas des\u00adti\u00adn\u00e9 \u00e0 la m\u00eame op\u00e9\u00adra\u00adtion. Comme langue, l\u2019al\u00adle\u00admand est des\u00adti\u00adn\u00e9 \u00e0 autre chose. C\u2019est la rai\u00adson pour laquelle on peut dire que l\u2019al\u00adle\u00admand est une langue bru\u00adtale&nbsp;: elle est sim\u00adple\u00adment expli\u00adcite. Le fran\u00ad\u00e7ais est une langue allu\u00adsive&nbsp;; on dit \u00ab&nbsp;plus ou moins&nbsp;\u00bb. Racine uti\u00adlise mille cinq cents mots au maxi\u00admum, et le mot \u00ab&nbsp;ardeur&nbsp;\u00bb, par exemple, recouvre une mul\u00adti\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9 de signi\u00adfi\u00adca\u00adtions dif\u00adf\u00e9\u00adrentes. Un Allemand culti\u00adv\u00e9 uti\u00adlise \u00e0 mon avis entre trois et quatre fois plus de mots que ceux uti\u00adli\u00ads\u00e9s par le fran\u00ad\u00e7ais, mais il est pas bon d\u2019\u00eatre alle\u00admand pour un diplomate2&nbsp;!<br>\nJe dirais que le fran\u00ad\u00e7ais est une langue de conni\u00advence, quand l\u2019al\u00adle\u00admand, par sa struc\u00adture syn\u00adtaxique m\u00eame, et notam\u00adment le r\u00f4le \u00e9mi\u00adnent du verbe, confisque la pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de la conver\u00adsa\u00adtion. L\u2019\u00e9preuve de cette impos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 se retrouve, d\u2019une mani\u00e8re par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment amu\u00adsante, dans les plaintes de Madame de Sta\u00ebl. Celle-ci se plai\u00adgnait en effet r\u00e9gu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment, lors de ses s\u00e9jours en Allemagne, de ce qu\u2019il n\u2019y avait pas de conver\u00adsa\u00adtion pos\u00adsible parce que, chez Goethe par exemple, ceux qui pre\u00adnaient la parole ne la l\u00e2chaient pas avant d\u2019a\u00advoir ter\u00admi\u00adn\u00e9 leur phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah que je regrette le gazouillis de mon salon, \u00e9crit-elle. On y parle tous en m\u00eame temps et tout le monde s\u2019en\u00adtend.&nbsp;\u00bb O\u00f9 l\u2019on voit bien que, pour elle, une conver\u00adsa\u00adtion consiste pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment \u00e0 embo\u00ee\u00adter le pas \u00e0 celui qui parle, \u00e0 pro\u00adlon\u00adger ce qu\u2019il dit dans une sorte de conni\u00advence, sou\u00advent tout \u00e0 fait ami\u00adcale, mais qui ne peut exis\u00adter dans la langue allemande.<br>\nDans la forme syn\u00adtaxique alle\u00admande, d\u00e9ri\u00adv\u00e9e de l\u2019in\u00adter\u00adro\u00adga\u00adtion, le verbe pr\u00e9\u00adc\u00e8de tou\u00adjours le sujet, et, dans la r\u00e9ponse \u00e0 cette inter\u00adro\u00adga\u00adtion, lors\u00adqu\u2019elle est moda\u00adli\u00ads\u00e9e par un fonc\u00adteur inter\u00adro\u00adga\u00adtif (quand, pour\u00adquoi, etc.), c\u2019est le fonc\u00adteur qui pr\u00e9\u00adc\u00e8de le verbe, tan\u00addis que le sujet occupe une autre place&nbsp;: \u00e0 la phrase \u00ab&nbsp;quand peux-tu venir&nbsp;\u00bb&nbsp;?, on r\u00e9pond par \u00ab&nbsp;demain peux je venir&nbsp;\u00bb. L\u2019ordre sujet-verbe-com\u00adpl\u00e9\u00adment de la phrase affir\u00adma\u00adtive n\u2019est en rien l\u2019ordre de base, car c\u2019est tou\u00adjours la sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adca\u00adtion ver\u00adbale qui est prio\u00adri\u00adtai\u00adre\u00adment d\u00e9ter\u00admi\u00adnante. Toute la rh\u00e9\u00adto\u00adrique alle\u00admande joue sur le ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne d\u2019une inter\u00adro\u00adga\u00adtion impli\u00adcite&nbsp;: l\u2019af\u00adfir\u00adma\u00adtive o\u00f9 l\u2019ont constate la pr\u00e9\u00adsence d\u2019une \u00ab&nbsp;inver\u00adsion&nbsp;\u00bb sujet-verbe est en fait la r\u00e9ponse \u00e0 une ques\u00adtion qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 expri\u00adm\u00e9e. Les effets rh\u00e9\u00adto\u00adriques sug\u00adg\u00e8rent qu\u2019il s\u2019a\u00adgit de r\u00e9ponses \u00e0 des ques\u00adtions. Quand Lohengrin dit \u00ab&nbsp;Nie soll\u00adst du mich fra\u00adgen&nbsp;\u00bb (jamais tu ne devras m\u2019in\u00adter\u00adro\u00adger [sur mon nom]), \u00ab&nbsp;jamais&nbsp;\u00bb est pla\u00adc\u00e9 en t\u00eate de phrase comme si cette affir\u00adma\u00adtion r\u00e9pon\u00addait \u00e0 une ques\u00adtion impli\u00adcite (\u00ab&nbsp;quand aurais-je le droit de te deman\u00adder ton nom&nbsp;?, par exemple)&nbsp;; si bien que l\u2019in\u00adter\u00adlo\u00adcu\u00adteur se trouve impli\u00adqu\u00e9 dans l\u2019af\u00adfir\u00adma\u00adtion. Il y a d\u2019in\u00adnom\u00adbrables affir\u00adma\u00adtives qui, par leur struc\u00adture, sont des r\u00e9ponses \u00e0 des ques\u00adtions qu\u2019il est impos\u00adsible de for\u00admu\u00adler&nbsp;: on ne peut appr\u00e9\u00adcier ces affir\u00adma\u00adtives que si l\u2019ont cherche \u00e0 recons\u00adtruire le type de ques\u00adtions qu\u2019on ne se serait pas pos\u00e9es autre\u00adment. Le r\u00e9cep\u00adteur se trouve alors entra\u00ee\u00adn\u00e9 dans une d\u00e9marche intel\u00adlec\u00adtuelle qui est \u00e0 \u00e9gale dis\u00adtance de la cer\u00adti\u00adtude dog\u00adma\u00adtique et de la per\u00adplexi\u00adt\u00e9&nbsp;: dans un entre-deux que la langue elle-m\u00eame am\u00e9\u00adnage et qui est l\u2019es\u00adpace de la r\u00e9flexi\u00advi\u00adt\u00e9. La plu\u00adpart des grands textes mettent en \u0153uvre ce dis\u00adpo\u00adsi\u00adtif rh\u00e9\u00adto\u00adrique. Le style hym\u00adnique \u2013 celui de H\u00f6lderlin, par exemple \u2013 recourt \u00e0 des inter\u00adjec\u00adtions dont le r\u00f4le est de sug\u00adg\u00e9\u00adrer qu\u2019on r\u00e9pond \u00e0 une ques\u00adtion implicite.<br>\nC\u2019est ce dis\u00adpo\u00adsi\u00adtif-l\u00e0 qui est pro\u00adpre\u00adment le lieu cr\u00e9a\u00adteur de la langue alle\u00admande, le moteur de l\u2019in\u00adno\u00adva\u00adtion. La contrainte est par ailleurs si forte que la phrase id\u00e9a\u00adle\u00adment ache\u00adv\u00e9e tend essen\u00adtiel\u00adle\u00adment au silence&nbsp;: apr\u00e8s le verbe, il n\u2019y a plus rien \u00e0 ajouter.<br>\nPlus g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment, l\u2019es\u00adprit qu\u2019en\u00adcou\u00adrage cette langue est le prin\u00adcipe d\u2019ac\u00adtion, tan\u00addis que c\u2019est celui de spa\u00adtia\u00adli\u00adt\u00e9 qui pr\u00e9\u00addo\u00admine en France. On pour\u00adrait pour\u00adsuivre les cons\u00e9\u00adquences de cette dif\u00adf\u00e9\u00adrence dans l\u2019art pic\u00adtu\u00adral o\u00f9 l\u2019op\u00adpo\u00adsi\u00adtion entre impres\u00adsion\u00adnisme et expres\u00adsion\u00adnisme est fla\u00adgrante, ou en musique o\u00f9 la musique fran\u00ad\u00e7aise est plus proche de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, plus illus\u00adtra\u00adtive, alors que la musique alle\u00admande est pure\u00adment for\u00admelle, pure\u00adment struc\u00adtu\u00adr\u00e9e par le sou\u00adci de la dynamique.<br>\nLe niveau sup\u00e9\u00adrieur est celui de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture o\u00f9 le g\u00e9nie consiste \u00e0 cr\u00e9er, au-del\u00e0 de tout l\u2019es\u00adpace contraint, une sorte de retour de l\u2019im\u00adm\u00e9\u00addia\u00adte\u00adt\u00e9 com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion\u00adnelle, mais sans rompre avec la syn\u00adtaxe&nbsp;; \u00e0 pro\u00adduire, donc, une sorte d\u2019im\u00adm\u00e9\u00addia\u00adte\u00adt\u00e9 seconde, mais perdue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque je parle de \u00ab&nbsp;l\u2019al\u00adle\u00admand&nbsp;\u00bb, je d\u00e9signe la langue alle\u00admande, non pas dans sa diver\u00adsi\u00adt\u00e9 dia\u00adlec\u00adtale, mais en tant que langue codi\u00adfi\u00e9e, sous\u00adtraite en quelque sorte \u00e0 la com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 imm\u00e9\u00addiate. J\u2019\u00e9voque en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 ce que l\u2019ont appelle le \u00ab&nbsp;Hochdeutsch&nbsp;\u00bb, cette langue qui, pour \u00eatre par\u00adl\u00e9e, sup\u00adpose que les locu\u00adteurs soient lib\u00e9\u00adr\u00e9s de la contin\u00adgence&nbsp;des&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"quote","meta":{"_acf_changed":false,"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[552,191,209,553,388],"class_list":["post-365","post","type-post","status-publish","format-quote","hentry","category-non-classe","tag-grammaire","tag-langue","tag-langue-maternelle","tag-predicat","tag-syntaxe","post_format-post-format-quote"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/365","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=365"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/365\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=365"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=365"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/testanonpertinente.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=365"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}