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Publié chez Gallimard

173 entrées
Mode : Lu

Penseur brut, discursif, voilà le scolastique. Un mystique de la subtilité, tel est le vrai scolastique. Il construit son univers d’atomes logiques : il abolit toute nature vivante pour lui substituer un ouvrage artificiel de la pensée. Son but est un automate infini. Son opposé est le poète brut, intuitif, qui est, lui, un macrologue mystique. Il hait la règle et la forme fixe : c’est la vie sauvage, énorme et puissante qui règne dans la nature, et y est en animation. Pas de loi nulle part – caprice et miracle partout. Il est purement dynamique.

Der rohe, discursive Denker ist der Scholastiker, der ächste Scholastiker ist ein mystischer Subtilist. Aus logischen Atomen baut er sein Weltall – er vernich­ tet alle lebendige Natur, um ein Gedankenkunststück an ihre Stelle zu setzen – Sein Ziel ist ein unendliches Automat. Ihm entgegengesezt ist der rohe, intuitive Dichter. Er ist ein mystischer Macrolog. Er haßt Regel, und feste Gestalt. Ein wil­ des, gewaltthätiges Leben herrscht in der Natur – Alles ist belebt. Kein Gesetz – Willkühr und Wunder überall. Er ist bloß dynamisch.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 49§ 13
Mode : Lu

Vraiment philosopher entièrement est donc un vol de migration qu’on fait ensemble vers un monde aimé, un vol au cours duquel on se détache à tour de rôle au premier poste de pointe, celui qui rend nécessaire le plus gros effort contre l’élément hostile dans lequel on vole.

Achtes Gesammtphilosophiren ist also ein gemeinschaftlicher Zug nach einer geliebten Welt – bey welchem man sich wechselseitig im vordersten Posten, welcher die meiste Anstrengung gegen das widerstrebende Element, worinn man fliegt, nöthig macht, ablößt.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 48§ 3
Mode : Lu

Nous avons dansé ensemble toutes les figures que l’on peut imaginer : passion, tendresse, folie, trahison, colère, grotesque, ennui, amour, mensonges, joie, naissances, coup de tonnerre, clair de lunes, meubles, articles ménagers, jalousies, grands lits, lits étroits, adultères, dépassements des limites, bonne foi – et encore --, larmes, érotisme, rien qu’érotisme, catastrophes, triomphes, contrariétés, injures, bagarres, angoisse, angoisse, désir, ovules, sperme, menstrues, départs, slips – et encore --, mieux vaut en finir avant que ça ne déraille – impuissance, lubricité, horreur, approche de la Mort, la Mort, nuits noires, nuits d’insomnie, nuits blanches, musique, petits déjeuners, des seins, des lèvres, des images, tourne-toi vers la caméra et regarde ma main, je la tiens à droite de la brochure, peau, chien, les rituels, le canard braisé, le bifteck de baleine, les huître abîmées, tricheries, cachotteries, viols, beaux habits, bijoux, attouchements, baisers, épaules, hanches, lumière étrangère, rues, villes, rivales, séducteurs, des cheveux dans le peigne, les longues lettres, les explications, tous les rires, le vieillissement, les ennuis de santé, les lunettes, les mains, les mains, les mains – voici que je termine ma litanie --, les ombres, la douceur, je t’aide, la côte à l’horizon, la mer – et maintenant, le silence.

Ingmar BergmanLaterna Magicatrad. Lucie AlbertiniGallimard1987p. 303
Mode : Lu

Le plus dur, c’est l’heure du loup, entre trois et cinq heures. Quand viennent les démons : les regrets, l’ennui, la peur, le malaise, la fureur. Ça ne sert à rien d’essayer de les endiguer, ça devient encore pire. Quand mes yeux sont fatigués de lire, j’ai la musique. Je ferme les yeux et je donne libre cours aux démons : venez, je vous connais, je sais comment vous fonctionnez, allez-y jusqu’à ce que vous en ayez assez, je ne résiste pas. Les démons deviennent alors de plus en plus rageurs et au bout d’un moment, le fond cède, ils se montrent ridicules, ils disparaissent et je m’endors pour une heure ou deux.

Ingmar BergmanLaterna Magicatrad. Lucie AlbertiniGallimard1987p. 262
Mode : Lu

En général, les gens vont et viennent comme autant de symphonies d’odeurs  : poudre, parfum, savon au goudron, urine, sexe, sueur, pommade, crasse, relents de cuisine. Certains sentent l’être humain en général.

Mode : Lu

Quelques minutes plus tard, elle faisait son entrée en scène : au sortir de sa penderie, la lumière du jour la fait reculer, elle secoue sa robe qui traîne par terre comme un perroquet faisant gonfler ses plumes.

Ingmar BergmanLaterna Magicatrad. Lucie AlbertiniGallimard1987p. 177
Mode : Lu

Créer est une chose facile, on le fait quand et comment on veut. Mais quand je fais quelque chose, je le fais moi-même, en moi, et avec ce que je suis moi-même et je lui donne l’empreinte de ma propre image. […] Seul Dieu fait quelque chose ; la divinité ne fait rien, elle n’a rien à faire : en elle il n’y a rien à faire, et elle n’a jamais non plus regardé autour de soi. Dieu et la divinité sont distincts comme l’agir et le non-agir !

Maître Eckhart« De la sortie de l’esprit et de son retour chez lui » Sermons et traitésGallimard1987p. 116-118
Mode : Lu

Un saint dit : Tout ce qu’on peut dire de Dieu, Dieu ne l’est pas. Un autre dit : Tout ce qu’on ne peut dire que de Dieu, Dieu l’est aussi. Sur quoi un grand maître décide qu’ils ont tous deux raison !

Maître Eckhart« De la perfection de l’âme » Sermons et traitésGallimard1987p. 71
Mode : Lu

Lecteur, tu tiens donc ici, comme il arrive souvent, un livre que n’a pas fait l’auteur, quoiqu’un monde y ait participé.

Henri Michaux« postface » Plume [1930]Gallimard1963p. 220