17 06 21

Standard mais pas vraiment

Comment épaissir les cheveux ? Comment ralentir la repousse des cheveux ? Comment accélérer la repousse des cheveux ? Comment précipiter la chute des cheveux ? Comment faire avec les cheveux ? Quoi faire avec les cheveux ? Quoi faire des cheveux ? Comment faire des cheveux ? Et : Si on les coupe pas, les cheveux, est-ce qu’ils poussent indéfiniment ?

À toutes ces questions comme à toutes les autres il n’y a qu’une réponse. Elle vous surprendrait j’en suis sûr, et je vous la dirai dès que je la connaîtrai. Mais je sais que, quelle que soit la réponse, je ressentirai le même genre de trouble que quand, au grand magasin de bricolage, un vendeur du rayon plomberie a dit devant moi et un tuyau : Oui c’est standard, mais pas vraiment.

Rien de plus grand ne peut être pensé.

Et j’en suis à ce point de ma vie où je me dis que j’ai la dalle et qu’il faudrait que je mange mais manger, on sait ce que ça veut dire, manger : c’est s’engager, s’exposer, se condamner à digérer. Or je souhaite une vie sans contrainte. Même si je ne veux pas non plus m’empêcher de flairer lascivement les possibilités de contrainte, de tourner avidement autour du plaisir projeté de contraindre ou d’être contraint.

En fait je voudrais simplement ne pas me priver de commencer à jouir par le standard contraignant, par les gros tuyaux libidinaux les plus ajustés en apparence, les plus universellement contraignants en apparence, et que c’est seulement après, quand on s’est faufilé ou vautré dans les gros tuyaux bien standard, c’est seulement là que s’ouvrent ou se découvrent les voies adjacentes et mineures où mais pas vraiment – qui sont belles et intéressantes précisément parce qu’elles sont adjacentes et mineures, et parce que donc elles n’ont pas rien à voir avec le standard initial et majeur (et même elles en sont comme les malfaçons, genre : pas de vis défoncé, déformation concave, stries, bosses, marbrures, réplétions).

En fait je voudrais pouvoir vouloir croire que tout standard comprend son pas vraiment – même si bien sûr je ne peux pas vouloir croire que jouir en mineur c’est simplement jouir dans les défectuosités du majeur.

– En fait toi tu. Tu parles tu parles mais. Mais derrière il y a R. – Si si. Nan nan. Il y a ces petites angoisses dans le ventre qui servent à accorder ma tête et mon cul. – Nan nan. Tu joues les braves mais. Derrière j’t’assure c’est l’désert frère. – Il y a des cheveux dans du pain et tu ne le savais pas. Les chaînes de fast-food font venir des cheveux depuis la Chine et tu ne le savais pas. Afin d’en faire un conservateur essentiel au pain industriel et peu de gens le savent.

Rien n’est normal ; tout est possible. Un homme une femme, un livre un jour, un acheté un offert, un de plus un de moins, un papa une maman, un flic une balle, un jeune une solution. Tout est une arme par destination si toi ou la justice le veut. Le côte à côte et le tête à tête sont interdits sauf si vous êtes amis. Tout est possible (peu de gens le savent) ; rien n’est normal (tous en sont convaincus). Et aucun écart plus grand ne peut être pensé.

Par exemple on est sur la Plaine. Les enfants jouent à chat perché autour des futures chiottes. Un gamin court se réfugier vers les bras d’une femme comme s’il y avait moyen de s’y percher. En fait, il fonce dans un Monsieur et elle, elle s’en bat les couilles.