Texte

Il est d’usage de consta­ter, au moment d’aborder des objets dont on a été ame­né à faire tant usage (« trousses et ima­gi­naires »), à faire tant usage et si peu de cas qu’ils se sont consti­tués en « curio­si­tés artis­tiques », avant de s’élever à la digni­té d’« objets d’intérêt » (p. ex. d’« inté­rêt natio­nal », comme Soulages ou Rungis),

il est d’usage de consta­ter que « tout a été dit » à leur sujet, et c’est dans cette atmo­sphère irri­tante de guille­mets (de déri­sion, de pré­cau­tion, de dis­tance et de déro­ga­tion), guille­mets qui déréa­lisent par­fois plus sub­ti­le­ment ce qu’ils encadrent que la der­nière scie ce qu’elle répète,

c’est « dans cette atmo­sphère irri­tante de guille­mets » que, rece­vant la pro­po­si­tion d’« inter­ve­nir » « en 5 000 à 30 000 signes » « dans le cadre » d’un numé­ro de la revue Catastrophes dont le « dos­sier » aurait pour « objet » « l’avant-garde », je ne voyais pas bien ce que je (étant en la « matière » peut-être pas n00b mais bêta) pusse ajou­ter,

sinon le sou­ve­nir d’un com­men­taire YouTube qui racon­tait qu’un soir, au conser­va­toire d’Amsterdam, un pia­niste accla­mé avait enta­mé, en guise de bis, les Vexations d’Erik Satie, une œuvre consis­tant en la répé­ti­tion 840 fois d’un même bref motif, et qui, selon le tem­po choi­si pour se confor­mer à l’indication « très lent » de la par­ti­tion, dure entre 14 à 35 heures.

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Texte

Car com­ment (disoyt il) pour­roys ie gou­ver­ner aul­truy, qui moy­mesmes gou­ver­ner ne sçau­roys ?1

Aber alle die Aktiven, sie waren Nazis. 2

1

Objet·s d’une expé­rience péda­go­gique d’ampleur géné­ra­tion­nelle, nous fûmes élevé·s sous le pré­cepte qu’il est bon pour l’enfant de s’ennuyer un peu, que ça nous appren­dra la patience et la varié­té des reliefs tem­po­rels. Alors nous nous fîmes chier – long­temps, pro­fond. Et par­mi nous il y en a même qui se firent tant et si bien chier qu’on les oublia dans leur chambre au moment où tout le monde se met­tait en rang pour se faire diag­nos­ti­quer son TDAH.

Mais, à l’adolescence, se faire chier s’agrémente de drogues douces, puis dures, voire dis­po­nibles en phar­ma­cie ; se faire chier prend des pro­por­tions ingé­rables et on finit par nous pous­ser, assez sou­dai­ne­ment et plu­tôt dans le dos, à L’ACTION, alors qu’on avait béni jusque-là le calme repo­sant de nos chiances. Irrité désor­mais par notre chiance infi­nie de gluance et de flemme, on nous empoigne, on nous secoue, on nous déloge de nos chambres, on nous extirpe des vapeurs de shit et, objet·s d’une expé­rience humaine d’ampleur épo­cale, on nous incite à ENTREPRENDRE – un mot bizarre qu’on a vu pas­ser dans les textes au pro­gramme : « Je forme une entre­prise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. » (Rousseau:1782) et dans la sep­tième des huit « Compétences clés du citoyen euro­péen » : « L’esprit d’initiative et d’entreprise qui consiste en la capa­ci­té de pas­ser des idées aux actes, sup­po­sant créa­ti­vi­té, inno­va­tion et prise de risques, ain­si que la capa­ci­té de pro­gram­mer et de gérer des pro­jets en vue de la réa­li­sa­tion d’objectifs. » (UE:2006)Continuer

  1. Car com­ment (disait-il) pour­rais-je gou­ver­ner autrui, moi qui ne sau­rais me gou­ver­ner moi-même. (François Rabelais, Gargantua, 1534)
  2. Mais, vous savez, tous ceux qui s’activaient un peu, ils sont deve­nus nazis. (Alfred Filbert, ancien com­man­dant de la Gestapo, dans le film de Robert Kramer Notre nazi, 1984)
Texte

ET S’IL NE RESTAIT PLUS QUE QUELQUES INSTANTS À VIVRE ? »
alors j’en pro­fi­te­rais pour dor­mir – non sans avoir au préa­lable signé.1

Когда не знаешь, для чего живешь, так живешь как-нибудь, день за днем ; радуешься, что день прошел, что ночь прошла, и во сне погрузишь скучный вопрос о том, зачем жил этот день, зачем будешь жить завтра.2

1

Bonaparte ne rem­por­tant pas tou­jours ailleurs la bataille de Marengo, il est doux de se dire qu’il y a peut-être quelque part hors de ce monde-ci un monde bifur­qué, un game­play alter­na­tif où « Je » est là qui « lis, inter­prète, com­mente, pro­duis des tableaux, des gra­phiques et des dia­grammes orga­ni­sant des don­nées de natures diverses. », un monde où « Je m’exprime par des acti­vi­tés, phy­siques, spor­tives ou artis­tiques, impli­quant le corps. », un monde où « J’apprends le contrôle et la maî­trise de soi. »

Mais tant que ce monde-là, auquel celui-ci ne donne qu’à son­ger, se déploie sans sou­ci du nôtre tan­dis que nous, pré­somp­tueux petit·s Moderne·s, le croyons en souf­france d’actualisation, c’est plu­tôt ce genre de phrases qu’on lirait dans le jour­nal de classe du cours de Connaissance de soi :Avec quelle dili­gence ces gonades pro­duisent-elles !Asthénie post-pran­diale, cépha­lées orgas­miques : tout ce qui fait plai­sir vient avec son mar­tyre !Je ne sais d’autre salut que la som­no­lence diurne !

Alors on sieste. En réac­tion. Par pré­cau­tion. Pour solde de tout compte.

Pour solde de tout compte et sous toute condi­tion, nous sies­tons.Continuer

  1. Maurice Roche, Compact, 1966
  2. Quand on ne sait pas pour­quoi on vit, on vit n’importe com­ment, au jour le jour ; on se réjouit de chaque jour­née pas­sée, de chaque nuit venue, et le som­meil finit par englou­tir la ques­tion fas­ti­dieuse de savoir pour­quoi on a vécu cette jour­née et pour­quoi vivra-t-on demain. (Ivan Gontcharov, Oblomov, 1859)
Texte

Plus ay desir, crainte d’aultre part sonne.1

At vin­dic­ta bonum vita jucun­dius ipsa.2

1

Quiconque a des yeux pour voir aura l’occasion, foca­li­sant sur le gros de notre cohorte, pro­mo, groupe-classe, géné­ra­tion ; qui­conque fait cré­dit à ses yeux pour­rait esti­mer, au jugé, sans besoin de zoo­mer jusqu’à lire les chiffres sur nos t‑shirts « J’aurai X ans en l’an 2000 » ; qui­conque, levant les yeux juste au-des­sus du Socle com­mun où l’on nous a per­chés, pour­rait consta­ter qu’une majo­ri­té d’entre nous, numé­reuse et com­pacte, a vali­dé, faute de la maî­tri­ser, la com­pé­tence« Je com­mu­nique. », et ses sens ne tra­hi­raient pas qui, ven­ti­lant par sexe et par classe et tom­bant sur un nous plus res­treint mais pas moins assu­ré, consta­te­rait que « J’argumente à l’oral. », l’air facile, pous­sant par­fois le raf­fi­ne­ment jusqu’à « J’adapte mon niveau de langue selon mes inter­lo­cu­teurs et les situa­tions. » Mais ce constat ne pour­rait pas ne pas être dou­blé d’un autre : que c’est pré­ci­sé­ment per­chés, juchés, pleins de mérite et pleins d’honneurs, sur le Socle com­mun de connais­sances et de com­pé­tences (et non bar­bo­tant à son pied dans les encou­ra­ge­ments, ni s’y agrip­pant comme à un radeau dans l’écume) ; que c’est pré­ci­sé­ment juchés, vis­sés, expo­sés sur le Socle que nos com­pé­tences, comme la digni­té de qui vient de se faire shar­ker au milieu du préau, semblent pâles au regard de nos insuf­fi­sances :Je n’ai de dents que pour ma propre chair, de langue que pour ma propre bouche, de bite que pour mes propres doigts.Je ne me connais pas de muscle, sauf peut-être le poi­gnet droit.Continuer

  1. Jean Meschinot, « Ballade de la Dame loin­taine », vers 1460.
  2. La ven­geance est un bien plus doux que la vie elle-même. (Juvénal, Satires, 13)
Texte

Diogenes les voyant en telle fer­veur mes­naige remuer, & n’estant pour la repu­blicque enployé à chose aul­cune faire, […] son ton­neau tem­pes­toit, pour entre ce peuple tant fervent & occu­pé, n’este veu seul ces­sa­teur & ocieux.1

1

Tu n’as pas de contraire mais tu n’es pas le seul fut un jour une révé­la­tion – prise et déprise, cer­ti­tude intime creu­sant en soi sou­dain la place, au registre uni­ver­sel de la connais­sance de soi, pour des savoirs situés :
Je suis un petit d’Hommes (une sub­stance indi­vi­duelle de nature à comp­ter sur ses doigts sans les regar­der).Je suis un petit homme (un gona­dé du pre­mier genre).Je suis né quelque part à un moment don­né (des coor­don­nées dif­fé­rentes de celles du monde lui-même).Je lance des les­sives sépa­rées men­tales : chiens avec chiens, chats avec chats, cha­cun dans sa classe, cha­cun dans sa bande,et soi tou­jours lavé à part, seul, comme si soi était fût son propre dou­dou, et d’ailleurs comme dou­dou soi a un corps, petit, qu’attestent sur­tout des usages du genre ché­ris­se­ment caus­tique :Continuer

  1. Diogène, voyant les sol­dats faire leur remue-ménage avec une telle ardeur, et n’étant employé pour la répu­blique à faire aucune chose que ce soit, tem­pê­tait son ton­neau pour ne pas appa­raître, au milieu de ce peuple si fervent et si occu­pé, comme étant le seul en chô­mage et dans l’oisiveté. (François Rabelais, Tiers-Livre, 1546, libre­ment tra­fi­qué de la tra­duc­tion de Clostre, Dubouchet, Robin)
Texte

… Usque adeone
Scire tuum nihil est nisi te scire hoc sciat alter ?1

Quod angu­lus extrin­se­cus sit aequa­lis duo­bus intrin­se­cis sibi appo­si­tis, non est cau­sa ut sit, sed ut scia­tur.2

1

Tu avais appris à faire tes lacets et à être propre (on raconte que c’est dans cet ordre) ;
tu avais peur du noir et du vide de ta taille (on t’accordait encore les petites roues et la petite lumière) ;
tu savais le sens du mot ver­ro­te­rie (et tu employais celui d’encu­lé) ;
tu allais cher­cher le pain seul (et il y avait à tra­ver­ser) ;
tu comp­tais encore sur tes doigts (mais sans les regar­der) ;
tu connais­sais le nom du pré­sident (et tu com­men­çais à cap­ter main droite et main gauche) ;
tu dis­tin­guais sans trop de peine les per­sonnes-Monsieur des per­sonnes-Madame (les méprises étaient mar­gi­nales) ;
tu notais qu’il y avait des pauvres, des qui mou­raient dans des cou­lées de boue, des dans des cani­cules, des mous­sons, tout un atlas de peuples et de contrées, des natures loin­taines et hos­tiles (et mer­veilleuses aus­si), et puis la nature verte et stable, de plumes et de poils ternes, de fou­gères et de grands-parents ;
tu avais rem­por­té quelques vic­toires contre les forces de l’évidence et, ivre de ces conquêtes, tu sou­met­tais à une impi­toyable cor­rec­tion les qui croyaient encore qu’un moi­neau est un bébé pigeon ou que le cra­paud est le mari de la gre­nouille ;
non seule­ment tu savais des choses mais tu com­men­çais à savoir savoir ces choses, et tu savais aus­si qu’il fal­lait, pour asseoir en soi le savoir qu’on les sait, faire savoir au monde qu’on les sait (comme on se fait savoir avant une bagarre qu’on sait se bagar­rer)
– et pour­tant te voi­là,
puis­sant de tout ce savoir théo­rique et pra­tique,
vali­dant une à une sans peine et sans éclat les com­pé­tences de chaque éche­lon de la Formation,
crois­sant dans la norme bien que dans le bas d’elle,
n’étant pas sim­ple­ment au monde ou dans le monde mais étant le monde lui-même par délé­ga­tion de forme et de puis­sance,le monde accor­dant ses limites aux tiennes,indexant ses stan­dards sur tes atti­tudes et capa­ci­tés,épou­sant plas­ti­que­ment tes contours,les contours de ta tête (si bien qu’on te disait intel­li­gent),les contours de ta classe (tant qu’on te disait bien éle­vé),les contours de ton corps (ses formes et ses cou­leurs, ses pro­por­tions n’étant qu’épisodiquement rele­vées)– pour­tant te voi­là qui croyais que chien est le contraire de chat.Continuer

  1. Ton savoir n’est-il donc plus rien, si l’autre ne sait pas que tu sais ? (Perse, Satires, I, « Contre les mau­vais écri­vains »)
  2. Que l’angle externe d’un tri­angle est égal aux deux angles internes qui lui sont oppo­sés, ce n’est pas quelque chose qui est, c’est quelque chose qui est à savoir. (Jérôme Cardan, De Vita pro­pria, XLVII)
Texte

LE CLUB
Photo : Lotti Thießen

CLUB (de l’anglais : « bâton », « socié­té »)

1. Lieu pro­cu­rant à une assem­blée choi­sie des garan­ties d’échanges et de rap­ports pri­vés, confi­den­tiels voire intimes. Par exten­sion : éta­blis­se­ment noc­turne où l’on peut consom­mer, dan­ser, assis­ter à un spec­tacle, nouer et entre­te­nir des rela­tions sexua­li­sées (un club liber­tin, un club échan­giste, Cavern Club, Hundred Club). Par ext. : lieu ou struc­ture, public ou asso­cia­tif, intra- ou extra-ins­ti­tu­tion­nel, dont les mis­sions sont en géné­ral de sou­tien psy­cho­lo­gique ou d’accompagnement admi­nis­tra­tif, et qui accueille uni­que­ment en jour­née (le club de jour de l’hôpital psy­chia­trique, Club extra-hos­pi­ta­lier Antonin-Artaud).
2. Association dont les membres ont quelque goût, inté­rêt ou but com­muns, et qui admet de nou­veaux membres le plus sou­vent par élec­tion ou coop­ta­tion, après par­rai­nage. Par ext. : socié­té spor­tive (un coun­try-club, le Club alpin fran­çais). Hist. : ins­tances infor­melles, nées dans les années 1980, et finan­cées par des acteurs pri­vés, réunis­sant des par­le­men­taires et des repré­sen­tants d’intérêt (ou lob­byistes) dans le but de faire accé­der les uns aux rai­sons des autres (Club des par­le­men­taires ama­teurs de havanes, Club Chiens et socié­té, Club de l’accession à la pro­prié­té en région PACA, Club du der­nier kilo­mètre de livrai­son, Club Vive le foie gras).
3. Société où l’on s’entretient des affaires publiques ou de ques­tions phi­lo­so­phiques et poli­tiques. Hist. : entre 1789 et 1793, socié­tés dites « popu­laires » où sont dis­cu­tées les idées révo­lu­tion­naires (Club des Cordeliers, des Impartiaux, des Jacobins). Par ext. : groupe qui pro­fesse des opi­nions exal­tées (Club de Rome).
4. Société fer­mée ; groupe dont les membres se retrouvent régu­liè­re­ment et obéissent à cer­tains usages. Par ext. : cercle éli­tiste ou d’inspiration aris­to­cra­tique (Reform club, Rotary club).
Dérivés. Cravate club : cra­vate dont le motif indique l’appartenance à un club. Fauteuil club : fau­teuil de cuir large et pro­fond, tel qu’il s’en trou­vait dans les clubs de la haute-socié­té colo­niale. Clubbable : admis­sible à un club. Clubber : aller se diver­tir dans un club de nuit. Clubard : sup­por­teur fana­tique d’un club de foot­ball. Country-club : club où s’exercent des acti­vi­tés récréa­tives de plein air telles que le golf, le polo, le ten­nis ou l’équitation. Club-house : lieu où se ren­contrent les membres d’un club, en marge de l’activité prin­ci­pale de celui-ci. Pavillon-club : bâti­ment offrant divers ser­vices aux membres d’un club spor­tif ain­si qu’à leurs invi­tés.
Syntagmes. Appartenir, s’inscrire, adhé­rer à un club. Être membre, faire par­tie d’un club. Être admis, aller, pas­ser la soi­rée au club. Fonder, for­mer, (faire) fer­mer un club. Les réunions, les déci­sions du club. Faire hon­neur, faire honte, se dévouer, invi­ter à dîner au club. Faire asseoir quelqu’un dans son club. Organiser un match, une ren­contre inter-clubs.
Locutions. Bienvenue au club ! : expres­sion par laquelle on signi­fie par­ta­ger le mal­heur de son allo­cu­taire (Tu es ron­gée par l’eczéma depuis ta tendre enfance ? Bienvenue au club !).
Étymologie. A – Le pas­sage, en anglais, d’un sens (« gros bâton noueux dont une extré­mi­té est plus épaisse que l’autre ») à l’autre (« groupe de per­sonnes ») reste dif­fi­cile à expli­quer. Admis que le second pro­cède du pre­mier, celui-ci pour­rait s’originer dans un sens zéro (« masse, agré­gat »), lequel, sans avoir néces­sai­re­ment eu cours, par­ti­ci­pe­rait du sens pre­mier. Encore aujourd’hui, hor­mis sur un green et encore, ne reçoit le nom de club qu’un bâton d’une den­si­té et d’une taille qui per­mettent d’envisager frap­per à son moyen. Cf. l’emploi du verbe « to club », qu’il s’agisse de décrire la des­cente d’une bande à battes ou l’œuvre poli­cière (lors des émeutes de 2011 en Angleterre, un jour­na­liste écri­vit que la police, téta­ni­sée par une pos­sible accu­sa­tion de racisme, n’a­vait pas « don­né aux pillards la leçon qu’ils méritent », en « les assom­mant comme des bébés phoques » [club­bing these loo­ters as baby seals]). De là, le second sens pour­rait pro­cé­der d’une com­pa­rai­son, plus ou moins sourde, entre un regrou­pe­ment de per­sonnes et la masse d’un gour­din ou d’une mas­sue. Ce que club, sui­vant ce filon éty­mo­lo­gique, dési­gne­rait sour­de­ment, c’est donc une sorte d’agence col­lec­tive capable d’impact. B – Il existe une éty­mo­lo­gie concur­rente, selon laquelle club, de l’anglo-saxon cleó­fan (angl. mod. : « to cleave asun­der », fr. : « divi­ser en pièces/en mor­ceaux, cli­ver, sépa­rer »), a en pre­mier lieu conno­té non la masse ou le gour­din mais leur effet – frac­tu­ra­tion, divi­sion interne. Le fran­çais en conserve une trace, à la fois sur le mode dis­tinc­tif (le club comme poche, par­celle du monde) et répar­ti­tif (le club comme ensemble auquel on appar­tient à rai­son de sa par­ti­ci­pa­tion).

Bienvenue au club.
Le club existe
depuis que s’est consti­tuée
en club
une ancienne asso­cia­tion de
per­sonnes phy­siques iso­lées
qu’unissaient déjà dans le monde
sans qu’elles en fussent conscientes et pussent
s’en sou­te­nir
des valeurs, des sou­cis, des doutes :
des rai­sons per­son­nelles qu’on peut
par sou­ci de clar­té
et pour se faire plai­sir
regrou­per sous le nom
de force de rap­ports.
Autrement dit le club for­ma­lise
une foi­son de ten­dances et d’inclinations :
de rai­sons per­son­nelles
qu’entretenaient en com­mun mais
sans le savoir et sans pou­voir
s’y retrou­ver
des per­sonnes phy­siques iso­lées
phy­siques donc iso­lées.

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Texte

Voyez-vous nous étions des chas­seurs cueilleurs et cette acti­vi­té unique mais diverse nous a don­né notre forme ini­tiale chas­ser et cueillir cou­rir et nous pen­cher mon­ter la tente le soir et la démon­ter le matin voi­là ce pour quoi l’animal homme est fait ce à quoi nous sommes bons voi­là le mode opé­ra­toire qui main­tient notre forme en place or un jour on se mit à bêcher la terre et on bâtit en dur autour des semences et depuis nous menons une vie décli­nante une vie désa­dap­tée à l’espèce qui des mil­lions d’années durant cueillit et chas­sa et fut struc­tu­rée par cette agi­ta­tion saine où loi­sir et tra­vail pas­sions et inté­rêts n’étaient pas sépa­rés mais par­ti­ci­paient d’une acti­vi­té essen­tielle méca­ni­que­ment accor­dée au corps qui sou­tient l’espèce et la repro­duit sans dom­mage.Continuer
Texte

Non quia dici­tur, sed quia cre­di­tur.1

Si tu sais qu’il se passe quelque chose, nous t’accordons tout le reste.

Si tu te demandes s’il se passe quelque chose, ta cause est la nôtre.

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  1. « D’où vient à l’eau (du bap­tême) cette ver­tu si grande qu’en tou­chant le corps elle puri­fie le cœur, si ce n’est de la phrase qui l’ac­com­pagne ? Et non de ce que celle-ci est dite, mais de ce qu’elle est crue (Non quia dici­tur, sed quia cre­di­tur). » (Augustin, In Iohannis evan­ge­lium, tr. 80, 3)
Texte

Nous appel­le­rons fan­tômes, après le saint doc­teur, toutes les images que l’i­ma­gi­na­tion nous pré­sente, soit qu’elle les ait reçues de l’ex­té­rieur, soit qu’elle les ait fabri­quées à l’aide des maté­riaux qui lui sont venus du dehors. Nous divi­se­rons ces fan­tômes en deux classes. La pre­mière com­pren­dra les images inté­rieures que nous nous for­mons en notre fan­tai­sie des mots et des signes qui, mani­fes­tés à l’ex­té­rieur, for­me­raient une parole exté­rieure : et ces images inté­rieures, nous les appel­le­rons fan­tômes-signes. Nous met­trons dans une seconde classe tous les autres fan­tômes, c’est-à-dire les images inté­rieures qui repré­sentent en notre fan­tai­sie la chose elle-même, non un signe ou un mot qui exprime la chose : et ces autres images inté­rieures, nous les nom­me­rons fan­tômes-tableaux.

J.M.A. Vacant, Études com­pa­rées sur la phi­lo­so­phie de Saint Thomas d’Aquin et sur celle de Duns Scot, Delhomme & Briguet, Paris Lyon, 1891, pp. 168–169

Il est assis, il regarde les pavés, il médite ; tout est tran­quille, on n’entend aucun bruit, les cartes géo­gra­phiques et les tableaux synop­tiques des peuples du globe se tiennent sus­pen­dus à leurs clous, les trois chaises sont encore aux places où on les a lais­sées ; là-haut, dans leurs chambres, les élèves tra­vaillent.

G. Flaubert, L’Éducation sen­ti­men­tale

Napoléon repro­chait à ses géné­raux une ima­gi­na­tion épique, qui « empêche toute action, toute déci­sion, tout cou­rage » ; une ima­gi­na­tion qui « se fait des tableaux ». C’est aus­si dans cette ima­gi­na­tion malade de l’Histoire que réside, pour Barbey d’Aurevilly, « l’infirmité » de Frédéric Moreau, le per­son­nage de L’Éducation sen­ti­men­tale.

Cette infir­mi­té crée le pro­cé­dé de Flaubert, dont la pen­sée ne fonc­tionne jamais non plus que sous la forme de tableaux. Comme il n’a d’idées abso­lu­ment sur rien, et qu’il n’est capable que de décrire, son pro­cé­dé est infi­ni­ment simple. Il cloue et soude des tableaux à d’autres tableaux.

Se faire des tableaux, quand on est plus pau­mé que géné­ral, c’est aus­si, par assué­tude ou par las­si­tude, oublier de tailler un conçu avant d’étaler son per­çu. Léonard de Vinci, qui pen­sait que des peintres étaient de leur pra­tique trop les géné­raux et pas assez les ingé­nieurs, a écrit en sub­stance :

C’est vrai que si tu te poses devant un mur plein de taches et que tu t’y absorbes un moment en ima­gi­nant, des fonds et des formes plus ou moins nets y appa­raissent, qui par leur vague rap­pellent tout ce qu’il y a autour (voire des mondes plus loin­tains dans l’espace et le temps), et par leur net des pay­sages connus, moins par­faits que typiques, des reliefs nus, chauves d’antennes, des ter­rains de jeu enfuis du cadastre. En y allant un peu plus fort tu vois aus­si, sur ces pans bario­lés, d’anciennes scènes de com­bat avec leurs répres­seurs et les chiens qui s’affairent au fond sem­blant les imi­ter (comme Dio­gène, dés­œu­vré, sin­geait les armées colo­niales) ; bref un bor­del de faune humaine-non­­hu­­maine naît de ces taches, un bor­del enga­geant par la force des choses. Il en est de ces murs comme du son des cloches, dont chaque tin­te­ment détache, dans le bas­so du mi-silence urbain, des noms fami­liers et ché­ris ; ils indiquent un plan de découpe, c’est sûr, mais ils ne four­nissent pas les frondes.

Sur le mur de Vinci, Breton dit que cha­cun fait com­pa­raître et para­der les fan­tômes les plus pro­bables de son deve­nir. Les fan­tômes n’existent pas.
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