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L’homme sans qualités

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Mode : Lu

On pensait alors (cet « on » est une indication volontairement imprécise, car on ne pourrait savoir qui, et combien d’hommes pensaient ainsi, mais c’était néanmoins dans l’air), on pensait alors, donc, qu’il était peut-être possible de vivre exactement. On nous demandera aujourd’hui ce que cela veut dire. La réponse serait sans doute que l’on peut se représenter l’œuvre d’une vie réduite à trois traités, mais aussi bien à trois poèmes ou à trois actions dans lesquelles le pouvoir personnel de création serait poussé à son comble. Ce qui voudrait dire à peu près  : se taire quand on n’a rien à dire, ne faire que le strict nécessaire quand on n’a pas de projets particuliers et, chose essentielle, rester indifférent quand on n’a pas le sentiment indescriptible d’être emporté, bras grands ouverts, et soulevé par une vague de la création  ! On remarquera que la plus grande part de notre vie psychique serait dès lors interrompue, mais peut-être le mal ne serait-il pas si grand. La thèse qui veut qu’une grande dépense de savon témoigne d’une grande propreté ne sera pas forcément juste en morale, où se révéleront plus justes au contraire les théories modernes selon lesquelles l’obsession de l’hygiène serait le symptôme d’un manque de propreté interne.

Man dachte damals daran aber dieses »man« ist mit Willen eine ungenaue Angabe  ; man könnte nicht sagen, wer und wieviele so dachten, immerhin, es lag in der Luft –, daß man vielleicht exakt leben könnte. Man wird heute fragen, was das heiße  ? Die Antwort wäre wohl die, daß man sich ein. Lebenswerk ebensogut wie aus drei Abhandlungen auch aus drei Gedichten oder Handlungen bestehend denken kann, in denen die persönliche Leistungsfähigkeit auf das Äußerste gesteigert ist. Es hieße also ungefähr soviel wie schweigen, wo man nichts zu sagen hat  ; nur das Nötige tun, wo man nichts Besonderes zu bestellen hat  ; und was das Wichtigste ist, gefühllos bleiben, wo man nicht das unbeschreibliche Gefühl hat, die Arme auszubreiten und von einer Welle der Schöpfung gehoben zu werden  ! Man wird bemerken, daß damit der größere Teil unseres seelischen Lebens aufhören müßte, aber das wäre ja vielleicht auch kein so schmerzlicher Schaden. Die These, daß der große Umsatz an Seife von großer Reinlichkeit zeugt, braucht nicht für die Moral zu gelten, wo der neuere Satz richtiger ist, daß ein ausgeprägter Waschzwang auf nicht ganz saubere innere Verhältnisse hindeutet.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 61 : L’idéal des trois traités, ou l’utopie de la vie exactetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 310
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Moosbrugger, maintenant, avait laissé sa tête retomber, il regardait le bois entre ses doigts. « Par ici, les gens disent à l’écureuil Eichkatzl, pensa-t-il ; mais allez essayer de dire, avec tout le sérieux qu’il faut sur la langue et sur la figure : Die Eichenkatze ! Tous écarquilleraient les yeux, comme quand éclate brusquement, dans la pétarade d’un feu de tirailleurs à blanc, un vrai coup ! Dans la Hesse, en revanche, ils disent Baumfuchs. C’est des choses qu’on apprend quand on a beaucoup roulé. » Et quelle curiosité chez les psychiatres quand ils présentaient à Moosbrugger le portrait d’un écureuil, et que celui-ci leur répondait : « Ça doit être un renard, ou peut-être bien un lièvre ; ça peut être aussi un chat, ou du pareil. » Alors, à chaque fois, ils lui demandaient très vite : « Combien font quatorze plus quatorze ? » Et il leur répondait, circonspect : « Eh bien ! entre vingt-huit et quarante… » Cet « entre » leur créait des difficultés qui faisaient sourire Moosbrugger. C’est tout simple en effet ; il sait bien, lui aussi, qu’on arrive à vingt-huit quand on va de quatorze en quatorze, mais qui dit qu’on doive s’y arrêter ? Le regard de Moosbrugger erre encore un peu au-delà, comme celui d’un homme qui a atteint la crête d’une colline se profilant sur le ciel, et qui voit encore beaucoup d’autres crêtes semblables apparaître derrière. Si un écureuil n’est pas un chat, ni un renard, si, au lieu de corne, il a des dents comme le lièvre que le renard dévore, on n’a aucune raison d’être à ce point vétilleux : d’une façon ou d’une autre, c’est un rafistolage de tout cela ensemble, et qui va courir dans les arbres. L’expérience et la conviction de Moosbrugger étaient qu’il n’est rien qu’on puisse saisir en soi, parce que tout dépend de tout. Il lui était aussi arrivé dans sa vie de dire à une fille : « Votre bouche est une rose ! » mais tout à coup le mot se défaisait aux coutures, et quelque chose de très pénible se produisait : le visage devenait gris comme la terre que couvre le brouillard, et devant lui, sur une longue tige, une rose se dressait ; affreusement grande alors était la tentation de prendre un couteau, de la couper ou de la frapper pour qu’elle rentrât de nouveau dans le visage. Sans doute Moosbrugger ne prenait-il pas toujours tout de suite le couteau ; il ne le faisait que lorsqu’il ne pouvait s’en sortir autrement. D’ordinaire, justement, il mettait toute sa force de colosse à tenir le monde rassemblé.

Quand il était de bonne humeur, il pouvait regarder un homme au visage et y découvrir son propre visage, tel qu’il vous regarde entre les petits poissons et les cailloux clairs d’un ruisseau peu profond ; s’il était de mauvaise humeur, il lui suffisait de jeter un rapide coup d’œil sur le visage d’un homme pour reconnaître que c’était bien le même avec lequel il lui avait toujours fallu lutter, quelque effort que l’autre fît chaque fois pour se déguiser. Que pourrait-on lui reprocher ? Nous aussi, nous nous battons presque toujours avec le même homme. Si l’on recherchait quels sont les êtres auxquels nous restons si absurdement attachés, il apparaîtrait que c’est l’homme dont la clef correspond à notre serrure. Et dans l’amour ? Combien d’êtres contemplent jour après jour le même visage bien-aimé, mais ne peuvent dire, pour peu qu’ils ferment les yeux, comment il est. Et même sans parler d’amour ou de haine : à quelles modifications les choses ne sont-elles pas perpétuellement exposées, selon l’habitude, l’humeur et le point de vue ! Que de fois la joie se consume pour mettre à jour un indestructible noyau de tristesse ! Que de fois un homme en frappe calmement un autre, alors qu’il pourrait aussi bien le laisser tranquille ! La vie forme une surface qui se donne l’air d’être obligée d’être ce qu’elle est, mais sous cette peau les choses poussent et pressent. Moosbrugger était continuellement debout sur deux mottes de terre qu’il tenait réunies, s’efforçant raisonnablement d’éviter tout ce qui pouvait le troubler ; mais quelquefois un mot crevait dans sa bouche, et quelle révolution, quel rêve des choses surgissait alors d’un mot composé aussi refroidi, aussi consumé que Eichkätzchen ou Rosenlippe !

Moosbrugger hatte nun den Kopf sinken lassen und sah auf das Holz zwischen seinen Fingern. »Da sagen hier die Leute zu einem Eichhörnchen Eichkatzl« fiel ihm ein ; »aber es sollte bloß einmal einer versuchen, mit dem richtigen Ernst auf der Zunge und im Gesicht ›Die Eichenkatze‹ zu sagen ! Alle würden aufschaun, wie wenn mitten im furzenden Plänklerfeuer eines Manöverangriffs ein scharfer Schuß fällt ! In Hessen sagen sie dagegen Baumfuchs. Ein weitgewanderter Mensch weiß so etwas.« Und da taten die Psychiater wunder wie neugierig, wenn sie Moosbrugger das gemalte Bild eines Eichhörnchens zeigten, und er darauf antwortete : »Das ist halt ein Fuchs oder vielleicht ist es ein Hase ; es kann auch eine Katz sein oder so.« Sie fragten ihn dann jedesmal recht schnell : »Wieviel ist vierzehn mehr vierzehn ?« Und er antwortete ihnen bedächtig : »So ungefähr achtundzwanzig bis vierzig.« Dieses »Ungefähr« bereitete ihnen Schwierigkeiten, über die Moosbrugger schmunzelte. Denn es ist ganz einfach ; er weiß auch, daß man bei achtundzwanzig anlangt, wenn man von der Vierzehn um vierzehn weitergeht, aber wer sagt denn, daß man dort stehen bleiben muß« ! Moosbruggers Blick schweift noch um ein Stück weiter, wie der eines Mannes, der einen in den Himmel gezeichneten Hügelkamm erreicht hat und nun sieht, daß es ähnliche Hügelkämme dahinter noch mehrere gibt. Und wenn ein Eichkatzl keine Katze ist und kein Fuchs und statt eines Horns Zähne hat wie der Hase, den der Fuchs frißt, so braucht man die Sache nicht so genau zu nehmen, aber sie ist in irgend einer Weise aus alledem zusammengenäht und läuft über die Bäume. Nach Moosbruggers Erfahrung und Überzeugung konnte man kein Ding für sich herausgreifen, weil eins am anderen hing. Und es war in seinem Leben auch schon vorgekommen, daß er zu einem Mädchen sagte : »Ihr lieber Rosenmund !« , aber plötzlich ließ das Wort in den Nähten nach, und es entstand etwas sehr Peinliches : das Gesicht wurde grau, ähnlich wie Erde, über der Nebel liegt, und auf einem langen Stamm stand eine Rose hervor ; dann war die Versuchung, ein Messer zu nehmen und sie abzuschneiden oder ihr einen Schlag zu versetzen, damit sie sich wieder ins Gesicht zurückziehe, ungeheuer groß. Gewiß, Moosbrugger nahm nicht immer gleich das Messer ; er tat das nur, wenn er nicht mehr anders fertig wurde. Gewöhnlich wendete er eben seine ganze Riesenkraft an, um die Welt zusammenzuhalten.

Er konnte bei guter Laune einem Mann ins Gesicht schauen und bemerkte darin sein eigenes Gesicht, wie es zwischen Fischchen und hellen Steinen aus einem seichten Bach zurückblickt ; in schlechter Laune brauchte er aber nur flüchtig das Gesicht eines Mannes zu prüfen und erkannte, daß es derselbe Mann war, mit dem er noch überall Streit bekommen hatte, wie sehr sich der auch jedesmal anders verstellte. Was will man ihm einwenden ?! Wir alle haben fast immer mit dem gleichen Mann Streit. Wenn man untersuchen würde, wer die Menschen sind, an denen wir so unsinnig hängen bleiben, so müßte sich zeigen, es ist der Mann mit dem Schlüsselbart, zu dem wir das Schloß haben. Und in der Liebe ? Wieviel Menschen sehen tagaus, tagein in das gleiche geliebte Gesicht, aber wissen, wenn sie die Augen schließen, nicht zu sagen, wie es aussieht. Oder auch ohne Liebe und Haß : welchen Veränderungen sind die Dinge unaufhörlich je nach Gewohnheit, Laune und Standpunkt ausgesetzt ! Wie oft brennt Freude ab, und es kommt ein unzerstörbarer Kern von Trauer hervor ?! Wie oft schlägt ein Mensch gleichmütig auf einen anderen ein, aber könnte ihn ebenso in Ruhe lassen. Das Leben bildet eine Oberfläche, die so tut, als ob sie so sein müßte, wie sie ist, aber unter ihrer Haut treiben und drängen die Dinge. Moosbrugger stand immer mit den Beinen auf zwei Schollen und hielt sie zusammen, vernünftig bemüht, alles zu vermeiden, was ihn verwirren konnte ; aber manchmal brach ihm ein Wort im Munde auf, und welche Revolution und welcher Traum der Dinge quoll dann aus so einem erkalteten, ausgeglühten Doppelwort wie Eichkätzchen oder Rosenlippe !

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 59 : Moosbrugger réfléchittrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 302-304
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Il eût été souvent dans l’incapacité de décrire ce qu’il voyait, entendait ou flairait ; il n’en savait pas moins ce que c’était. C’était quelquefois extrêmement confus ; les visions venaient du dehors, mais une lueur d’observation lui disait en même temps qu’elles n’en venaient pas moins de lui-même. L’important était qu’il n’est pas important qu’une chose soit dedans ou dehors ; dans son état, il n’y avait plus qu’une eau claire des deux côtés d’une cloison de verre transparente.

Oft hätte er nicht genau beschreiben können, was er sah, hörte und spürte ; dennoch wußte er, was es war. Es war manchmal sehr undeutlich ; die Gesichte kamen von außen, aber ein Schimmer von Beobachtung sägte ihm zugleich, daß sie trotzdem von ihm selbst kämen. Das Wichtige war, daß es gar nichts Wichtiges bedeutet, ob etwas draußen ist oder innen ; in seinem Zustand war das wie helles Wasser zu beiden Seiten einer durchsichtigen Glaswand.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 59 : Moosbrugger réfléchittrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 302
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Il regardait le visage du docteur avec ses souvenirs de duel, le visage, tari par l’intérieur, de l’homme d’Église, le visage officiel, épousseté, de l’administrateur, il les voyait chacun regarder le sien à sa manière, et il y avait dans ces visages quelque chose qui leur était à tous commun, qu’il ne pouvait atteindre et qui avait été toute sa vie son ennemi.

Er blickte in das Doktorsgesicht mit den Schmissen, in das von innen ausgetrocknete geistliche Gesicht, in das streng aufgeräumte Kanzleigesicht des Verwalters, sah jedes in einer anderen Weise in das seine schaun, und etwas für ihn Unerreichbares, aber ihnen Gemeinsames lag in diesen Gesichtern, das lebenslang sein Feind gewesen war.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 59 : Moosbrugger réfléchittrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 297
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[Ulrich] n’était pas philosophe. Les philosophes sont des violents qui, faute d’armée à leur disposition, se soumettent le monde en l’enfermant dans un système. Probablement est-ce aussi la raison pour laquelle les époques de tyrannie ont vu naître de grandes figures philosophiques, alors que les époques de démocratie et de civilisation avancée ne réussissent pas à produire une seule philosophie convaincante, du moins dans la mesure où l’on en peut juger par les regrets que l’on entend communément exprimer sur ce point. C’est pourquoi la philosophie au détail est pratiquée aujourd’hui en si terrifiante abondance qu’il n’est plus guère que les magasins où l’on puisse recevoir quelque chose sans conception du monde par-dessus le marché, alors qu’il règne à l’égard de la philosophie en gros une méfiance marquée. On la tient même carrément pour impossible. Ulrich lui-même n’était nullement exempt de ce préjugé, et ses expériences scientifiques le rendaient un peu moqueur à l’égard des métaphysiques. C’était cela qui commandait son attitude, de sorte que, perpétuellement requis de réfléchir par ce qu’il voyait, il était toujours retenu par une certaine crainte de penser trop. Mais un autre élément déterminait son attitude  : il y avait quelque chose, dans la nature d’Ulrich, qui agissait d’une manière distraite, paralysante, désarmante, contre la systématisation logique, contre la volonté univoque, contre les poussées trop nettement orientées de l’ambition, et ce quelque chose se rattachait aussi à ce mot d’essayisme choisi naguère, bien que cela contînt précisément les éléments qu’il avait exclus peu à peu, avec un soin inconscient, de cette notion. La traduction du mot français « essai » par le mot allemand Versuch, telle qu’on l’admet généralement, ne respecte pas suffisamment l’allusion essentielle au modèle littéraire  ; un essai n’est pas l’expression provisoire ou accessoire d’une conviction qu’une meilleure occasion permettrait d’élever au rang de vérité, mais qui pourrait tout aussi bien se révéler erreur (à cette espèce n’appartiennent que les articles et traités dont les doctes nous favorisent comme des « déchets de leur atelier ») ; un essai est la forme unique et inaltérable qu’une pensée décisive fait prendre à la vie intérieure d’un homme. Rien n’est plus étranger à l’essai que l’irresponsabilité et l’inachèvement des inspirations qui relèvent de la subjectivité  ; pourtant les notions de « vérité » et d’« erreur », d’« intelligence » ou de « sottise » ne sont pas applicables à ces pensées soumises à des lois non moins strictes qu’apparemment subtiles et ineffables. Assez nombreux furent ces essayistes-là, ces maîtres du flottement intérieur de la vie  ; il n’y aurait aucun intérêt à les nommer  ; leur domaine se situe entre la religion et le savoir, entre l’exemple et la doctrine, entre l’amor intellectualis et le poème  ; ce sont des saints avec ou sans religion et parfois aussi, simplement, des hommes égarés dans telle ou telle aventure.

D’ailleurs, rien n’est plus révélateur que l’expérience involontaire de ces tentatives, érudites et raisonnables, pour expliquer l’œuvre de ces grands essayistes, pour transformer leur sens de la vie, tel qu’ils l’exposent, en une théorie de la vie, et pour trouver un « contenu » à ce mouvement d’esprits émus  ; de tout cela, il ne reste guère plus alors que la délicate architecture de couleurs d’une méduse après qu’on l’a tirée de l’eau et déposée sur le sable. Dans la raison des non-inspirés, la doctrine des inspirés tombe en poussière, contradictions et non-sens  ; pourtant, il ne faut pas dire qu’elle est délicate et incapable de vivre, ou alors il faudrait dire aussi d’un éléphant qu’il est délicat, puisqu’il ne peut subsister dans un espace privé d’air et qui ne répond pas aux exigences de sa nature. Il serait tout à fait déplorable que ces descriptions évoquent un mystère, ou ne fût-ce qu’une musique où dominent les notes de la harpe et le soupir des glissandi. C’est le contraire qui est vrai, et la question fondamentale, Ulrich ne se la posait pas seulement sous la forme de pressentiments, mais aussi, tout à fait prosaïquement, sous la forme suivante  : un homme qui cherche la vérité se fait savant  ; un homme qui veut laisser sa subjectivité s’épanouir devient, peut-être, écrivain  ; mais que doit faire un homme qui cherche quelque chose situé entre deux  ?

De ce qui est ainsi « entre deux », toute sentence morale nous peut donner un exemple, même la plus simple et la plus connue, comme  : Tu ne tueras point. On voit au premier coup d’œil que ce n’est là ni une vérité, ni une constatation subjective. On sait qu’à bien des égards, nous nous y conformons strictement, mais que, à d’autres égards, certaines exceptions sont admises, très nombreuses même, et pourtant précisément définies. Mais il existe un très grand nombre de cas d’une troisième espèce, par exemple dans nos rêveries, nos désirs, dans les pièces de théâtre ou dans le plaisir que l’on prend à lire les nouvelles des journaux  ; nous y errons de la manière la moins réglementée qui soit entre la répulsion et l’attirance. On nomme parfois exigence ce qui n’est ni une vérité ni une constatation purement subjective. On a rattaché cette exigence aux dogmes de la religion et de la loi, on lui a donné le caractère d’une vérité dérivée, mais les romanciers, en nous en présentant les exceptions, depuis le sacrifice d’Abraham jusqu’à la dernière vamp meurtrière de son amant, la réduisent de nouveau en pure subjectivité. Ainsi donc, ou bien on s’accroche aux pieux, ou bien on se laisse ballotter par la lame entre deux  ; mais dans quel sentiment  ? Le sentiment qu’éprouve l’être humain pour ce précepte du Décalogue est un mélange d’obéissance bornée (y compris la « saine nature » qui se hérisse à la seule idée d’un tel acte, mais qui le commettra néanmoins pour peu qu’elle ait été légèrement détraquée par l’alcool ou la passion), et un barbotement inconscient dans une houle de possibles. N’y a‑t‑il vraiment pas d’autre manière de comprendre ce commandement  ? Ulrich sentait qu’un homme qui désirerait de toute son âme un certain acte, ne saurait ainsi ni s’il doit le commettre, ni s’il doit s’en abstenir. Pourtant, il pressentait qu’on devait pouvoir, de tout son être, le commettre ou non. Ni les inspirations ni les interdictions ne lui plaisaient. Le rattachement de toutes choses à une loi supérieure ou intérieure à l’homme éveillait son esprit critique. Davantage même  : à ses yeux, c’était dévaluer un instant de certitude que de vouloir à tout prix lui donner une généalogie. Dans tout cela, son cœur restait muet, et sa tête seule parlait  ; il devinait qu’il devait y avoir un moyen de faire coïncider sa décision et son bonheur. Il pourrait être heureux parce qu’il ne tuerait pas, ou parce qu’il tuerait, mais jamais il ne pourrait être l’exécuteur indifférent d’un ordre qu’on lui aurait donné. Ce qu’il éprouvait à ce moment-là, ce n’était pas de recevoir un ordre, mais d’entrer dans un ordre  ; il comprenait que dans cet ordre neuf, tout était déjà décidé, et les sens apaisés comme par le lait maternel. Ce qui lui soufflait cela, ce n’était plus la pensée, ce n’était pas non plus le sentiment à sa manière habituelle, fragmentaire  ; c’était une « compréhension totale ». Et puis, de nouveau, ce n’était plus qu’une nouvelle apportée de très loin par le vent  : elle ne lui semblait ni vraie ni fausse, ni raisonnable ni déraisonnable, elle le saisissait, comme si quelque légère et bienheureuse exagération était entrée doucement dans son cœur.

Pas plus qu’on ne peut faire des parties authentiques d’un essai une seule vérité, on ne peut tirer d’un tel état une conviction  ; du moins pas sans devoir aussitôt l’abandonner, comme un amant doit sortir de son amour pour le décrire. L’émotion sans limites qui ébranlait parfois Ulrich sans le faire agir pour autant, contredisait son besoin d’activité, son désir de limite et de forme. Sans doute est-il juste et naturel que l’on veuille savoir avant de laisser la parole au sentiment. Sans le vouloir, il s’imaginait que ce qu’il désirait trouver un jour, bien que ce ne dût pas être « la » vérité, ne lui céderait rien sous le rapport de la stabilité  ; mais dans son cas particulier, cette attente le faisait ressembler à un homme qui, dans le temps même où il se procure tout un équipement, perd peu à peu le goût de s’en servir. À quelque moment qu’on lui eût demandé, lorsqu’il travaillait à ses traités mathématiques ou logico-mathématiques ou s’occupait de sciences naturelles, quel but il avait présent à l’esprit, il eût toujours répondu qu’un seul problème méritait réellement qu’on y pensât, celui de la vie juste. Mais quand on élève une prétention très longtemps sans que rien ne se passe, le cerveau s’endort exactement comme s’endort le bras qui doit tenir quelque chose en l’air pendant des heures  ; et nos pensées ne peuvent pas plus rester perpétuellement debout que les soldats à la parade, en été  ; quand elles doivent trop attendre, elles perdent connaissance et s’écroulent. Comme Ulrich avait achevé l’esquisse de sa philosophie aux environs de sa vingt-sixième année, arrivé dans sa trente-deuxième, il ne la trouvait plus tout à fait sincère. Il n’avait pas continué à développer ses pensées, et, à part un vague sentiment de tension pareil à celui que l’on éprouve quand on attend quelque chose les yeux fermés, on ne lui avait pas vu beaucoup d’émotions personnelles depuis les jours des premières tremblantes découvertes. Néanmoins, c’était probablement un mouvement souterrain de ce genre qui le freinait dans son travail scientifique et l’empêchait d’y consacrer toute sa force de volonté. Cela créa en lui un curieux schisme. On ne doit pas oublier que l’attitude exacte est, au fond, plus religieuse que l’attitude esthétique  ; car elle se soumettrait à « Lui » pour peu qu’Il daignât se montrer à elle dans les conditions qu’elle exige pour reconnaître Son caractère de fait, alors que nos beaux esprits, s’il se manifestait, trouveraient seulement que Son talent n’est pas suffisamment original, Sa vision du monde pas suffisamment intelligible pour qu’ils puissent Le placer au même niveau que certaines personnalités douées d’un génie réellement divin. Ulrich n’aurait donc pu s’abandonner à de vagues pressentiments aussi facilement qu’un quelconque bel esprit  ; mais il ne pouvait pas davantage se dissimuler qu’en vivant pendant des années dans l’exactitude pure il avait simplement vécu contre lui-même et il souhaitait que quelque chose d’imprévu lui arrivât  ; lorsqu’il se décida à ce qu’il appelait un peu railleusement son « congé de la vie », il ne possédait rien dans l’une comme dans l’autre direction qui lui donnât la paix du cœur.

Peut-être pourrait-on alléguer à sa décharge que, dans certaines années, la vie passe incroyablement vite. Mais le jour où l’on doit commencer à vivre sa dernière volonté précède de beaucoup celui où l’on devra en léguer le restant, et ne peut être différé. Ce fait était devenu pour Ulrich d’une menaçante clarté depuis qu’une moitié d’année ou presque s’était écoulée sans que rien changeât. Tandis qu’il se laissait porter de-ci de-là au sein de la petite activité stupide dont il s’était chargé, parlant, aimant à trop parler, vivant avec l’obstination désespérée d’un pêcheur qui plonge ses filets dans un fleuve vide, tandis qu’il ne faisait rien qui correspondît à la personne que malgré tout il représentait, et qu’intentionnellement il ne faisait rien, il attendait. Il attendait derrière sa personne, dans la mesure où ce terme définit la partie de l’homme qui se laisse former par le monde extérieur et le cours de la vie, et son tranquille désespoir, endigué derrière, montait chaque jour un peu plus haut. Il traversait la pire calamité de sa vie et se méprisait pour ses omissions. Les grandes épreuves sont-elles le privilège des grandes natures  ? Il eût aimé le croire, mais ce n’est pas exact, car les nerveux les plus communs ont aussi leurs crises. Dans ce profond ébranlement, il ne lui restait donc plus rien que ce noyau inébranlable que possèdent tous les héros et tous les criminels  : ce n’est pas du courage, ce n’est pas de la volonté, ce n’est pas de l’assurance, ce n’est que le pouvoir tenace de s’accrocher à soi-même, pouvoir qu’il est aussi difficile d’extirper de soi que la vie du corps d’un chat, même quand il est déjà complètement déchiqueté par les chiens.

Si l’on veut se représenter comment vit un tel homme lorsqu’il se retrouve seul, tout ce qu’on peut raconter est que les vitres illuminées de ses fenêtres, la nuit, semblent observer sa chambre, et les pensées, après usage, se tiennent assises en rond tout autour de la pièce comme les clients dans la salle d’attente d’un avocat dont ils ne sont pas satisfaits. Ou peut-être qu’Ulrich, une de ces nuits-là, ouvrit les fenêtres et regarda les troncs d’arbre, glabres comme des serpents, leurs sinuosités étrangement noires et polies entre la couche de neige de leurs cimes et celle du sol, et ressentit brusquement le désir de descendre, tel qu’il était, en pyjama dans le jardin  ; il voulait sentir le froid dans ses cheveux. Lorsqu’il fut en bas, il éteignit la lumière pour ne pas se trouver devant la porte éclairée  ; son bureau seul faisait avancer dans l’ombre une toiture de lumière. Une allée menait à la grille du portail qui donnait sur la rue, une autre la croisait, obscurément visible. Ulrich s’avança longuement sur celle-ci. Alors, l’obscurité qui s’élevait entre les couronnes des arbres lui rappela soudain, fantastiquement, la silhouette gigantesque de Moosbrugger, et les arbres nus lui apparurent curieusement corporels  ; répugnants, mouillés comme des vers, et pourtant tels qu’on eût voulu les étreindre et s’affaisser à leur pied, le visage baigné de larmes. Mais il ne le fit pas. La sentimentalité de son émotion le repoussa dans le même temps qu’elle l’atteignait. À travers l’écume laiteuse du brouillard passaient à cet instant devant la grille du jardin des piétons attardés, et ils l’auraient sans doute pris pour un fou s’ils avaient vu comment sa silhouette, dans son pyjama rouge entre les troncs noirs, maintenant se détachait des arbres. Il reprit l’allée d’un pas ferme et regagna sa maison, relativement satisfait  : car si quelque chose était pour lui en réserve, ce devait être assurément d’un tout autre ordre.

Er war kein Philosoph. Philosophen sind Gewalttäter, die keine Armee zur Verfügung haben und sich deshalb die Welt in der Weise unterwerfen, daß sie sie in ein System sperren. Wahrscheinlich ist das auch der Grund dafür, daß es in den Zeiten der Tyrannis große philosophische Naturen gegeben hat, während es in den Zeiten der fortgeschrittenen Zivilisation und Demokratie nicht gelingt, eine überzeugende Philosophie hervorzubringen, wenigstens soweit sich das nach dem Bedauern beurteilen läßt, das man allgemein darüber äußern hört. Darum wird heute in kurzen Stücken erschreckend viel philosophiert, so daß es gerade nur noch die Kaufläden gibt, wo man ohne Weltanschauung etwas bekommt, während gegen große Stücke Philosophie ein ausgesprochenes Mißtrauen herrscht. Man hält sie einfach für unmöglich, und auch Ulrich war keineswegs frei davon, ja er dachte nach seinen wissenschaftlichen Erfahrungen etwas spöttisch über sie. Das gab die Richtung für sein Verhalten, so daß er immer wieder von dem, was er sah, zum Nachdenken aufgefordert wurde und doch mit einer gewissen Scheu vor zuviel Denken behaftet war. Aber was sein Verhalten schließlich entschied, war noch etwas anderes. Es gab etwas in Ulrichs Wesen, das in einer zerstreuten, lähmenden, entwaffnenden Weise gegen das logische Ordnen, gegen den eindeutigen Willen, gegen die bestimmt gerichteten Antriebe des Ehrgeizes wirkte, und auch das hing mit dem seinerzeit von ihm gewählten Namen Essayismus zusammen, wenn es auch gerade die Bestandteile enthielt, die er mit der Zeit und mit unbewußter Sorgfalt aus diesem Begriff ausgeschaltet hatte. Die Übersetzung des Wortes Essay als Versuch, wie sie gegeben worden ist, enthält nur ungenau die wesentlichste Anspielung auf das literarische Vorbild  ; denn ein Essay ist nicht der vor- oder nebenläufige Ausdruck einer Überzeugung, die bei besserer Gelegenheit zur Wahrheit erhoben, ebensogut aber auch als Irrtum erkannt werden könnte (von solcher Art sind bloß die Aufsätze und Abhandlungen, die gelehrte Personen als »Abfälle ihrer Werkstätte« zum besten geben) ; sondern ein Essay ist die einmalige und unabänderliche Gestalt, die das innere Leben eines Menschen in einem entscheidenden Gedanken annimmt. Nichts ist dem fremder als die Unverantwortlichkeit und Halbfertigkeit der Einfälle, die man Subjektivität nennt, aber auch wahr und falsch, klug und unklug sind keine Begriffe, die sich auf solche Gedanken anwenden lassen, die dennoch Gesetzen unterstehn, die nicht weniger streng sind, als sie zart und unaussprechlich erscheinen. Es hat nicht wenige solcher Essayisten und Meister des innerlich schwebenden Lebens gegeben, aber es würde keinen Zweck haben, sie zu nennen  ; ihr Reich liegt zwischen Religion und Wissen, zwischen Beispiel und Lehre, zwischen amor intellectualis und Gedicht, sie sind Heilige mit und ohne Religion, und manchmal sind sie auch einfach Männer, die sich in einem Abenteuer verirrt haben.

Nichts ist übrigens bezeichnender als die unfreiwillige Erfahrung, die man mit gelehrten und vernünftigen Versuchen macht, solche große Essayisten auszulegen, die Lebenslehre, so wie sie ist, in ein Lebenswissen umzuwandeln und der Bewegung der Bewegten einen »Inhalt« abzugewinnen  ; es bleibt von allem ungefähr so viel übrig wie von dem zarten Farbenleib einer Meduse, nachdem man sie aus dem Wasser gehoben und in Sand gelegt hat. Die Lehre der Ergriffenen zerfällt in der Vernunft der Unergriffenen zu Staub, Widerspruch und Unsinn, und doch darf man sie nicht eigentlich zart und lebensunbeständig nennen, da man sonst auch einen Elefanten zu zart nennen müßte, um in einem luftleeren, seinen Lebensbedürfnissen nicht entsprechenden Raum auszudauern. Es wäre sehr zu beklagen, wenn diese Beschreibungen den Eindruck eines Geheimnisses hervorriefen oder auch nur den einer Musik, in der die Harfenklänge und seufzerhaften Glissandi überwiegen. Das Gegenteil ist wahr, und die ihnen zugrunde Hegende Frage stellte sich Ulrich durchaus nicht nur als Ahnung dar, sondern auch ganz nüchtern in der folgenden Form  : Ein Mann, der die Wahrheit will, wird Gelehrter  ; ein Mann, der seine Subjektivität spielen lassen will, wird vielleicht Schriftsteller  ; was aber soll ein Mann tun, der etwas will, das dazwischen liegt  ? Solche Beispiele, die »dazwischen« liegen, liefert aber jeder moralische Satz, etwa gleich der bekannte und einfache  : Du sollst nicht töten. Man sieht auf den ersten Blick, daß er weder eine Wahrheit ist noch eine Subjektivität. Man weiß, daß wir uns in mancher Hinsicht streng an ihn halten, in anderer Hinsicht sind gewisse und sehr zahlreiche, jedoch genau begrenzte Ausnahmen zugelassen, aber in einer sehr großen Zahl von Fällen dritter Art, so in der Phantasie, in den Wünschen, in den Theaterstücken oder beim Genuß der Zeitungsnachrichten, schweifen wir ganz ungeregelt zwischen Abscheu und Verlockung. Man nennt etwas, das weder eine Wahrheit noch eine Subjektivität ist, zuweilen eine Forderung. Man hat diese Forderung an den Dogmen der Religion und an denen des Gesetzes befestigt und ihr dadurch den Charakter einer abgeleiteten Wahrheit gegeben, aber die Romanschriftsteller erzählen uns von den Ausnahmen, angefangen beim Opfer Abrahams bis zur jüngsten schönen Frau, die ihren Geliebten niedergeschossen hat, und lösen es wieder in Subjektivität auf. Man kann sich also entweder an den Pflöcken festhalten oder zwischen ihnen von der breiten Welle hin und her tragen lassen  ; aber mit welchem Gefühl !? Das Gefühl des Menschen für diesen Satz ist ein Gemisch von vernageltem Gehorchen (einschließlich der »gesunden Natur« , die sich sträubt, an so etwas auch nur zu denken, aber, durch Alkohol oder Leidenschaft nur ein wenig von ihrem Platz verrückt, es sofort tut) und gedankenlosem Plätschern in einer Woge voll Möglichkeiten. Soll dieser Satz wirklich nur so verstanden werden  ? Ulrich fühlte, daß ein Mann, der etwas mit ganzer Seele tun möchte, auf diese Weise weder weiß, ob er es tun, noch ob er es unterlassen soll. Und ihm ahnte doch, daß man es aus dem ganzen Wesen heraus tun oder lassen könnte. Ein Einfall oder ein Verbot sagten ihm gar nichts. Die Anknüpfung an ein Gesetz nach oben oder innen erregte die Kritik seines Verstandes, ja mehr als das, es lag auch eine Entwertung in diesem Bedürfnis, den seiner selbst gewissen Augenblick durch eine Abstammung zu nobilitieren. Bei alledem blieb seine Brust stumm, und nur sein Kopf sprach  ; aber er fühlte, daß in einer anderen Weise seine Entscheidung übereinfallen könnte mit seinem Glück. Er könnte glücklich sein, weil er nicht tötet, oder glücklich sein, weil er tötet, aber er könnte niemals der gleichgültige Eintreiber einer an ihn gestellten Forderung sein. Das, was er in diesem Augenblick empfand, war kein Gebot, es war ein Gebiet, das er betreten hatte. Er begriff, daß alles darin schon entschieden sei und den Sinn besänftigt wie Muttermilch. Aber es war kein Denken mehr, was ihm das sagte, und auch kein Fühlen in der gewöhnlichen, wie in Stücke gebrochenen Weise  ; es war ein »ganz Begreifen« und doch auch wieder nur so, wie wenn der Wind eine Botschaft fern herüberträgt, und sie kam ihm weder wahr noch falsch, weder vernünftig noch widervernünftig vor, sondern ergriff ihn, als wäre ihm eine leise selige Übertreibung in die Brust gefallen.

Und so wenig man aus den echten Teilen eines Essays eine Wahrheit machen kann, vermag man aus einem solchen Zustand eine Überzeugung zu gewinnen  ; wenigstens nicht, ohne ihn aufzugeben, so wie ein Liebender die Liebe verlassen muß, um sie zu beschreiben. Die grenzenlose Rührung, die ihn zuweilen untätig bewegte, widersprach dem Tätigkeitstrieb Ulrichs, der auf Grenzen und Formen drang. Nun ist es ja wahrscheinlich richtig und natürlich, erst wissen zu wollen, ehe man das Gefühl sprechen läßt, und unwillkürlich stellte er sich vor, was er dereinst finden wollte, werde, wenn es auch nicht Wahrheit sei, dieser doch an Festigkeit nichts nachgeben  ; aber in seinem besonderen Fall ähnelte er dadurch einem Mann, der sich ein Rüstzeug zusammenstellt, indes ihm darüber die Absicht erstirbt. Wann immer man ihn bei der Abfassung mathematischer und mathematisch-logischer Abhandlungen oder bei der Beschäftigung mit den Naturwissenschaften gefragt hätte, welches Ziel ihm vorschwebe, so würde er geantwortet haben, daß nur eine Frage das Denken wirklich lohne, und das sei die des rechten Lebens. Aber wenn man eine Forderung lange Zeit erhebt, ohne daß mit ihr etwas geschieht, schläft das Gehirn genau so ein, wie der Arm einschläft, wenn er lange Zeit etwas hochhält, und unsere Gedanken können ebensowenig dauernd stehen bleiben wie Soldaten im Sommer auf einer Parade  ; wenn sie zu lange warten müssen, fallen sie einfach ohnmächtig um. Da Ulrich ungefähr in seinem sechsundzwanzigsten Jahr den Entwurf seiner Lebensauffassung abgeschlossen hatte, kam sie ihm in seinem zweiunddreißigsten Jahr nicht mehr ganz aufrichtig vor. Er hatte seine Gedanken nicht weitergebildet, und abgesehen von einem ungewissen und spannenden Gefühl, wie man es bei geschlossenen Augen hat, wenn man etwas erwartet, zeigte sich in ihm auch nicht viel von persönlicher Bewegung, seit die Tage der zitternden ersten Erkenntnisse vorbei waren. Wahrscheinlich war es trotzdem eine unterirdische Bewegung von solcher Art, was ihn mit der Zeit in der wissenschaftlichen Arbeit verlangsamte und daran hinderte, in sie seinen ganzen Willen zu setzen. Er geriet durch sie in einen eigentümlichen Zwiespalt. Man darf nicht vergessen, daß die exakte Geistesverfassung im Grunde gottgläubiger ist als die schöngeistige  ; denn sie unterwürfe sich »Ihm« , sobald er geruht, sich ihr unter den Bedingungen zu zeigen, die sie für die Anerkennung seiner Tatsächlichkeit vorschreibt, wogegen unsere schönen Geister, wenn Er sich äußerte, nur fänden, daß sein Talent nicht ursprünglich und sein Weltbild nicht verständlich genug seien, um ihn auf eine Stufe mit wirklich gottbegnadeten Begabungen zu stellen. So leicht wie irgendwer von dieser Gattung konnte sich Ulrich also nicht unbestimmten Ahnungen hingeben, aber andererseits konnte er sich ebensowenig verhehlen, daß er in lauter Exaktheit jahrelang bloß gegen sich selbst gelebt habe, und er wünschte, daß etwas Unvorhergesehenes mit ihm geschehen möge, denn als er das tat, was er etwas spöttisch seinen »Urlaub vom Leben« nannte, besaß er in der einen wie in der anderen Richtung nichts, was ihm Frieden gab.

Vielleicht könnte man zu seiner Entschuldigung anführen, daß das Leben in gewissen Jahren unglaublich schnell entflieht. Aber der Tag, wo man beginnen muß, seinen letzten Willen zu leben, ehe man dessen Rest hinterläßt, hegt weit voran und läßt sich nicht verschieben. Das war ihm drohend klar geworden, seit fast ein halbes Jahr vergangen war, ohne daß sich etwas änderte. Während er sich in der kleinen und närrischen Tätigkeit, die er übernommen hatte, hin und her bewegen ließ, sprach, gerne zuviel sprach, mit der verzweifelten Beharrlichkeit eines Fischers lebte, der seine Netze in einen leeren Fluß senkt, indes er nichts tat, was der Person entsprach, die er immerhin bedeutete, und es mit Absicht nicht tat, wartete er. Er wartete hinter seiner Person, sofern dieses Wort den von Welt und Lebenslauf geformten Teil eines Menschen bezeichnet, und seine ruhige, dahinter abgedämmte Verzweiflung stieg mit jedem Tag höher. Er befand sich in dem schlimmsten Notstand seines Lebens und verachtete sich für seine Unterlassungen. Sind große Prüfungen das Vorrecht großer Naturen  ? Er hätte gerne daran geglaubt, aber es ist nicht richtig, denn auch die simpelsten nervösen Naturen haben ihre Krisen. So blieb ihm eigentlich nur in der großen Erschütterung jener Rest von Unerschütterlichkeit übrig, den alle Helden und Verbrecher besitzen, es ist nicht Mut, es ist nicht Wille, es ist keine Zuversicht, sondern einfach ein zähes Festhalten an sich, das sich so schwer austreiben läßt wie das Leben aus einer Katze, selbst wenn sie von den Hunden schon ganz zerfleischt ist.

Will man sich vorstellen, wie solch ein Mensch lebt, wenn er allein ist, so kann höchstens erzählt werden, daß in der Nacht die erhellten Fensterscheiben ins Zimmer schauen, und die Gedanken, nachdem sie gebraucht sind, herumsitzen wie die Klienten im Vorzimmer eines Anwalts, mit dem sie nicht zufrieden sind. Oder vielleicht, daß Ulrich einmal in solcher Nacht die Fenster öffnete und in die schlangenkahlen Baumstämme blickte, deren Windungen zwischen den Schneedecken der Wipfel und des Bodens seltsam schwarz und glatt dastanden, und plötzlich Lust bekam, im Schlafanzug, wie er war, in den Garten hinunterzugehn  ; er wollte die Kälte in den Haaren fühlen. Als er unten war, schaltete er das Licht aus, um nicht vor der erleuchteten Türe zu stehn, und nur aus seinem Arbeitszimmer ragte ein Lichtdach in den Schatten hinein. Ein Weg führte zum Gittertor, das auf die Straße mündete, ein zweiter kreuzte ihn dunkel deutlich. Ulrich ging langsam auf diesen zu. Und dann erinnerte ihn die zwischen den Baumkronen emporragende Dunkelheit plötzlich phantastisch an die riesige Gestalt Moosbruggers, und die nackten Bäume kamen ihm merkwürdig körperlich vor  ; häßlich und naß wie Würmer und trotzdem so, daß man sie umarmen und mit Tränen im Gesicht an ihnen niedersinken mochte. Aber er tat es nicht. Die Sentimentalität der Regung stieß ihn im gleichen Augenblick zurück, wo sie ihn berührte. Durch den Milchschaum des Nebels kamen vor dem Gitter des Gartens in diesem Augenblick verspätete Fußgänger vorbei, und er hätte ihnen wohl wie ein Narr erscheinen können, wie sich sein Bild, in rotem Schlafanzug zwischen schwarzen Stämmen, nun von diesen loslöste  ; aber er trat fest auf den Weg und ging verhältnismäßig zufrieden in sein Haus zurück, denn wenn etwas für ihn aufbewahrt war, so mußte es etwas ganz anderes sein.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 62 : La terre même, mais Ulrich en particulier, rend hommage à l’utopie de l’essayismetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 319-325
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Ulrich se rappelait encore très bien comment l’incertitude avait retrouvé son crédit. On avait pu lire de plus en plus souvent des déclarations dans lesquelles des gens qui exercent un métier assez incertain, des poètes, des critiques, des femmes, ou ceux dont la vocation est de former la « nouvelle génération », se plaignaient de ce que la science pure fût un poison qui dissolvait les grandes œuvres de l’homme sans pouvoir les recomposer, et en appelaient à une nouvelle foi, à un retour aux sources intérieures, à un renouveau spirituel ou autres chansons du même genre. Naïvement, il avait commencé par penser que c’étaient là des gens qui s’étaient blessés en faisant du cheval et maintenant, clopinant, réclamaient à grands cris qu’on les oignît d’âme  ; mais il dut reconnaître peu à peu que cet appel réitéré qui lui avait paru d’abord si comique trouvait partout de vastes échos  ; la science commençait à se démoder, et le type d’homme indéfini qui domine notre époque avait commencé à s’imposer.

Ulrich s’était refusé à prendre la chose au sérieux, et il continua à développer à sa manière ses dispositions intellectuelles.

Du tout début de la jeunesse, de ces temps où elle commence à prendre conscience d’elle-même et qu’il est souvent si touchant, si bouleversant de retrouver plus tard, il lui restait encore en mémoire toutes sortes d’imaginations naguère aimées, entre autres l’idée de « vivre hypothétiquement ». Ces deux mots continuaient à évoquer maintenant le courage et l’ignorance involontaire de la vie, le temps où chaque pas est une aventure privée de l’appui de l’expérience, le désir de grandeur dans les rapports et ce souffle de révocabilité que ressent un jeune homme lorsqu’il entre dans la vie en hésitant. Ulrich pensait qu’il n’y avait réellement rien à y reprendre. Le sentiment passionnant d’être élu pour quelque chose, quoi que ce soit, voilà la seule chose belle et certaine qu’il y ait en celui dont le regard mesure pour la première fois le monde. S’il contrôle ses émotions, il n’est rien à quoi il puisse dire oui sans réserve  ; il cherche la bien-aimée possible, mais il ne sait pas si c’est la bonne  ; il est en mesure de tuer sans être certain qu’il doit le faire. Le désir qu’a sa propre nature d’évoluer l’empêche de croire à l’accompli  ; mais tout ce qui vient à lui fait comme s’il l’était déjà. Il pressent que cet ordre n’est pas aussi stable qu’il prétend l’être  ; aucun objet, aucune personne, aucune forme, aucun principe ne sont sûrs, tout est emporté dans une métamorphose invisible, mais jamais interrompue, il y a plus d’avenir dans l’instable que dans le stable, et le présent n’est qu’une hypothèse que l’on n’a pas encore dépassée. Que pourrait-il donc faire de mieux que de garder sa liberté à l’égard du monde, dans le bon sens du terme, comme un savant sait rester libre à l’égard des faits qui voudraient l’induire à croire trop précipitamment en eux  ? C’est pourquoi il hésite à devenir quelque chose  ; un caractère, une profession, un mode de vie défini, ce sont là des représentations où perce déjà le squelette qui sera tout ce qui restera de lui pour finir. Il cherche à se comprendre autrement  ; avec cet appétit qu’il a de tout ce qui pourrait l’enrichir intérieurement (serait-ce même au-delà des limites de la morale ou de la pensée), il a l’impression d’être un pas, libre d’aller dans toutes les directions, mais qui va toujours d’un point d’équilibre au suivant, et toujours en avançant. Et s’il pense, un beau jour, avoir eu l’idée juste, il s’aperçoit qu’une goutte d’une incandescence indicible est tombée dans le monde, et que la terre, à sa lueur, a changé d’aspect.

Plus tard, quand sa puissance intellectuelle eut augmenté, Ulrich en tira une idée qu’il n’attacha plus désormais au mot trop incertain d’hypothèse, mais, pour des raisons bien précises, à la notion caractéristique d’essai. Un peu comme un essai, dans la succession de ses paragraphes, considère de nombreux aspects d’un objet sans vouloir le saisir dans son ensemble (car un objet saisi dans son ensemble en perd d’un coup son étendue et se change en concept), il pensait pouvoir considérer et traiter le monde, ainsi que sa propre vie, avec plus de justesse qu’autrement. La valeur d’une action ou d’une qualité, leur essence et leur nature mêmes lui paraissaient dépendre des circonstances qui les entouraient, des fins qu’elles servaient, en un mot, de l’ensemble variable dont elles faisaient partie. C’est là, d’ailleurs, la description tout à fait banale du fait qu’un meurtre peut nous apparaître comme un crime ou comme un acte d’héroïsme, et l’heure de l’amour comme la plume tombée de l’aile d’un ange ou de celle d’une oie. Ulrich la généralisait. Tous les événements moraux avaient lieu à l’intérieur d’un champ de forces dont la constellation les chargeait de sens, et contenaient le bien et le mal comme un atome contient ses possibilités de combinaisons chimiques. Ils étaient, pour ainsi dire, cela même qu’ils devenaient, et de même que le mot « blanc » définit trois entités toutes différentes selon que la blancheur est en relation avec la nuit, les armes ou les fleurs, tous les événements moraux lui paraissaient être, dans leur signification, fonction d’autres événements. De la sorte naissait un système infini de rapports dans lequel on n’eût plus trouvé une seule de ces significations indépendantes telles que la vie ordinaire en accorde, dans une première et grossière approximation, aux actions et aux qualités  ; dans ce système, ce qui avait l’apparence de la stabilité devenait le prétexte poreux de mille autres significations, ce qui se passait devenait le symbole de ce qui peut-être ne se passait pas, mais était deviné au travers, et l’homme conçu comme le résumé de ses possibilités, l’homme potentiel, le poème non écrit de la vie s’opposait à l’homme copie, à l’homme réalité, à l’homme caractère. Au fond, dans cette conception, Ulrich se sentait capable de toutes les vertus comme de toutes les bassesses  ; le fait que les vertus et les vices, dans une société équilibrée, sont ressentis généralement, quoique secrètement, comme également fâcheux, était pour lui la preuve de ce qui se produit partout dans la nature, à savoir que tout système de forces tend peu à peu à une valeur, à un état moyen, à un compromis et à une pétrification. La morale au sens ordinaire du mot n’était plus pour Ulrich que la forme sénile d’un système de forces que l’on ne saurait, sans une réelle perte de force éthique, confondre avec la véritable morale.

Peut-être ces conceptions trahissaient-elles aussi une sorte d’incertitude devant la vie  ; mais l’incertitude n’est quelquefois que le refus des certitudes et des sécurités ordinaires, et l’on est d’ailleurs en droit de rappeler que même une personne d’expérience comme l’Humanité semble se conformer à des principes analogues. Elle révoque à la longue tout ce qu’elle a fait pour le remplacer par autre chose  ; pour elle aussi, avec le temps, les crimes se transforment en vertus et inversement, elle bâtit à coups d’événements de grandes architectures intellectuelles qu’elle laisse après quelques générations s’écrouler  ; la seule différence est que cela se produit successivement au lieu de se produire dans l’unité d’un sentiment individuel, et l’on ne voit dans la chaîne de ses tentatives aucun progrès, alors que le devoir d’un essayiste conscient serait, en gros, de transformer cette négligence en volonté. L’orientation de mainte évolution intellectuelle laisse prévoir que cette métamorphose pourrait n’être plus très lointaine. La laborantine d’hôpital, tout de blanc vêtue comme une fleur, qui broie dans un petit plat de porcelaine blanche les matières d’un patient afin d’en tirer, avec la collaboration de quelque acide, un frottis pourpre dont la juste coloration sera le prix de son attention, se trouve déjà, même si elle ne s’en doute pas, dans un monde plus transformable que la jeune dame qui frémit devant le même objet aperçu dans la rue. Le criminel entré dans le champ magnifique de son acte n’est plus qu’un nageur contraint de suivre un courant irrésistible, et toute mère dont l’enfant a été emporté par un tel courant le sait bien  ; simplement, jusqu’ici, on ne le croyait pas, parce qu’on n’avait pas de place pour cette croyance. Les psychiatres appellent la grande gaieté « euphorie » ou, en allemand, « dépression gaie », comme s’il s’agissait d’un gai malaise, et ils ont montré que tous les paroxysmes, ceux de la chasteté comme ceux de la sensualité, ceux du scrupule comme ceux de la frivolité, ceux de la cruauté comme ceux de la compassion, débouchent dans le pathologique. L’idée de la vie saine aurait dès lors bien peu de sens, si elle n’avait pour but qu’un compromis entre deux excès  ! Et son idéal serait bien mesquin s’il n’était réellement que le refus d’exagérer ses idéaux  ! De telles constatations nous conduisent donc à ne plus voir dans la norme morale l’immobilité figée d’un règlement, mais un mouvant équilibre qui exige à tout instant que l’on travaille à le renouveler. On commence à considérer de plus en plus souvent comme le fait d’un esprit borné d’assigner pour caractère à un homme une tendance à la répétition acquise involontairement, pour rendre ensuite son caractère responsable de ces mêmes répétitions. On apprend à reconnaître quels échanges se font entre le dedans et le dehors, et c’est précisément par la compréhension de ce qu’il y a d’impersonnel dans l’homme qu’on a fait de nouvelles découvertes sur la personnalité, sur certains types de comportement fondamentaux, sur l’instinct de la construction du Moi qui, comme l’instinct de la construction du nid chez les oiseaux, bâtit son Moi de toute espèce de matériaux, selon une ou deux méthodes toujours identiques. On est même déjà si près de pouvoir endiguer, grâce à des influences définies, toute sorte d’états de dégénérescence comme on endigue un torrent, que seule une négligence sociale ou un reste de maladresse peuvent expliquer qu’on n’arrive pas encore à transformer à temps un criminel en archange. On pourrait citer ainsi beaucoup d’autres exemples, des faits dispersés, pas encore collationnés, qui, pris tous ensemble, nous font éprouver à la fois une lassitude à l’égard des approximations grossières nées pour être appliquées dans des conditions plus simples, et le besoin de transformer dans ses fondements mêmes une morale qui depuis deux mille ans ne s’est jamais adaptée au changement du goût que dans ses détails, et de l’échanger une bonne fois contre une autre, épousant plus étroitement la mobilité des faits.

Ulrich konnte sich noch gut erinnern, wie das Unsichere wieder zu Ansehen gekommen war. Immer mehr hatten sich Äußerungen gehäuft, wo Menschen, die ein etwas unsicheres Metier betrieben, Dichter, Kritiker, Frauen und die den Beruf einer neuen Generation Ausübenden, Klage erhoben, daß das pure Wissen einem unseligen Etwas gleiche, das alles hohe Menschenwerk zerreiße, ohne es je wieder zusammensetzen zu können, und sie verlangten einen neuen Menschheitsglauben, Rückkehr zu den inneren Urtümern, geistigen Aufschwung und allerlei von solcher Art. Er hatte anfangs naiver Weise angenommen, das seien Leute, die sich aufgeritten haben und hinkend vom Pferd steigen, schreiend, daß man sie mit Seele einschmiere  ; aber er mußte allmählich erkennen, daß der sich wiederholende Ruf, der ihm anfangs so komisch erschienen war, einen breiten Widerhall fand  ; das Wissen fing an, unzeitgemäß zu werden, der unscharfe Typus Mensch, der die Gegenwart beherrscht, hatte sich durchzusetzen begonnen.

Ulrich hatte sich dagegen aufgelehnt, das ernst zu nehmen, und bildete nun seine geistigen Neigungen auf eigene Art weiter.

Aus der frühesten Zeit des ersten Selbstbewußtseins der Jugend, die später wieder anzublicken oft so rührend und erschütternd ist, waren heute noch allerhand einst geliebte Vorstellungen in seiner Erinnerung vorhanden, und darunter das Wort »hypothetisch leben« . Es drückte noch immer den Mut und die unfreiwillige Unkenntnis des Lebens aus, wo jeder Schritt ein Wagnis ohne Erfahrung ist, und den Wunsch nach großen Zusammenhängen und den Hauch der Widerruflichkeit, den ein junger Mensch fühlt, wenn er zögernd ins Leben tritt. Ulrich dachte, daß davon eigentlich nichts zurückzunehmen sei. Ein spannendes Gefühl, zu irgendetwas ausersehen zu sein, ist das Schöne und einzig Gewisse in dem, dessen Blick zum erstenmal die Welt mustert. Er kann, wenn er seine Empfindungen überwacht, zu nichts ohne Vorbehalt ja sagen  ; er sucht die mögliche Geliebte, aber weiß nicht, ob es die richtige ist  ; er ist imstande zu töten, ohne sicher zu sein, daß er es tun muß. Der Wille seiner eigenen Natur, sich zu entwickeln, verbietet ihm, an das Vollendete zu glauben  ; aber alles, was ihm entgegentritt, tut so, als ob es vollendet wäre. Er ahnt  : diese Ordnung ist nicht so fest, wie sie sich gibt  ; kein Ding, kein Ich, keine Form, kein Grundsatz sind sicher, alles ist in einer unsichtbaren, aber niemals ruhenden Wandlung begriffen, im Unfesten liegt mehr von der Zukunft als im Festen, und die Gegenwart ist nichts als eine Hypothese, über die man noch nicht hinausgekommen ist. Was sollte er da Besseres tun können, als sich von der Welt freizuhalten, in jenem guten Sinn, den ein Forscher Tatsachen gegenüber bewahrt, die ihn verführen wollen, voreilig an sie zu glauben  ! Darum zögert er, aus sich etwas zu machen  ; ein Charakter, Beruf, eine feste Wesensart, das sind für ihn Vorstellungen, in denen sich schon das Gerippe durchzeichnet, das zuletzt von ihm übrig bleiben soll. Er sucht sich anders zu verstehen  ; mit einer Neigung zu allem, was ihn innerlich mehrt, und sei es auch moralisch oder intellektuell verboten, fühlt er sich wie einen Schritt, der nach allen Seiten frei ist, aber von einem Gleichgewicht zum nächsten und immer vorwärts führt. Und meint er einmal, den echten Einfall zu haben, so nimmt er wahr, daß ein Tropfen unsagbarer Glut in die Welt gefallen ist, deren Leuchten die Erde anders aussehen macht.

In Ulrich war später, bei gemehrtem geistigen Vermögen, daraus eine Vorstellung geworden, die er nun nicht mehr mit dem unsicheren Wort Hypothese, sondern aus bestimmten Gründen mit dem eigentümlichen Begriff eines Essays verband. Ungefähr wie ein Essay in der Folge seiner Abschnitte ein Ding von vielen Seiten nimmt, ohne es ganz zu erfassen, – denn ein ganz erfaßtes Ding verliert mit einem Male seinen Umfang und schmilzt zu einem Begriff ein – glaubte er, Welt und eigenes Leben am richtigsten ansehen und behandeln zu können. Der Wert einer Handlung oder einer Eigenschaft, ja sogar deren Wesen und Natur erschienen ihm abhängig von den Umständen, die sie umgaben, von den Zielen, denen sie dienten, mit einem Wort, von dem bald so, bald anders beschaffenen Ganzen, dem sie angehörten. Das ist übrigens nur die einfache Beschreibung der Tatsache, daß uns ein Mord als ein Verbrechen oder als eine heroische Tat erscheinen kann und die Stunde der Liebe als die Feder, die aus dem Flügel eines Engels oder einer Gans gefallen ist. Aber Ulrich verallgemeinerte sie. Dann fanden alle moralischen Ereignisse in einem Kraftfeld statt, dessen Konstellation sie mit Sinn belud, und sie enthielten das Gute und das Böse wie ein Atom chemische Verbindungsmöglichkeiten enthält. Sie waren gewissermaßen das, was sie wurden, und so wie das eine Wort Hart, je nachdem, ob die Härte mit Liebe, Roheit, Eifer oder Strenge zusammenhängt, vier ganz verschiedene Wesenheiten bezeichnet, erschienen ihm alle moralischen Geschehnisse in ihrer Bedeutung als die abhängige Funktion anderer. Es entstand auf diese Weise ein unendliches System von Zusammenhängen, in dem es unabhängige Bedeutungen, wie sie das gewöhnliche Leben in einer groben ersten Annäherung den Handlungen und Eigenschaften zuschreibt, überhaupt nicht mehr gab  ; das scheinbare Feste wurde darin zum durchlässigen Vorwand für viele andere Bedeutungen, das Geschehende zum Symbol von etwas, das vielleicht nicht geschah, aber hindurch gefühlt wurde, und der Mensch als Inbegriff seiner Möglichkeiten, der potentielle Mensch, das ungeschriebene Gedicht seines Daseins trat dem Menschen als Niederschrift, als Wirklichkeit und Charakter entgegen. Im Grunde fühlte sich Ulrich nach dieser Anschauung jeder Tugend und jeder Schlechtigkeit fähig, und daß Tugenden wie Laster in einer ausgeglichenen Gesellschaftsordnung allgemein, wenn auch uneingestanden, als gleich lästig empfunden werden, bewies ihm gerade das, was in der Natur allenthalben geschieht, daß jedes Kräftespiel mit der Zeit einem Mittelwert und Mittelzustand, einem Ausgleich und einer Erstarrung zustrebt. Die Moral im gewöhnlichen Sinn war für Ulrich nicht mehr als die Altersform eines Kräftesystems, das nicht ohne Verlust an ethischer Kraft mit ihr verwechselt werden darf.

Es mag sein, daß sich auch in diesen Anschauungen eine gewisse Lebensunsicherheit ausdrückte  ; allein Unsicherheit ist mitunter nichts als das Ungenügen an den gewöhnlichen Sicherungen, und im übrigen darf wohl daran erinnert werden, daß selbst eine so erfahrene Person, wie es die Menschheit ist, scheinbar nach ganz ähnlichen Grundsätzen handelt. Sie widerruft auf die Dauer alles, was sie getan hat, und setzt anderes an seine Stelle, auch ihr verwandeln sich im Lauf der Zeit Verbrechen in Tugenden und umgekehrt, sie baut große geistige Zusammenhänge aller Geschehnisse auf und läßt sie nach einigen Menschenaltern wieder einstürzen  ; nur geschieht das nacheinander, statt in einem einheitlichen Lebensgefühl, und die Kette ihrer Versuche läßt keine Steigerung erkennen, während ein bewußter menschlicher Essayismus ungefähr die Aufgabe vorfände, diesen fahrlässigen Bewußtseinszustand der Welt in einen Willen zu verwandeln. Und viele einzelne Entwicklungslinien weisen dahin, daß dies bald geschehen könnte. Die Gehilfin in einem Krankenhaus, die, blütenweiß gekleidet, den Kot eines Patienten in einem weißen Porzellanschüsselchen mit helfenden Säuren zu einem purpurfarbenen Aufstrich verreibt, dessen richtige Farbe ihre Aufmerksamkeit belohnt, befindet sich schon jetzt, auch wenn sie es nicht weiß, in einer wandelbareren Welt als die junge Dame, die vor dem gleichen Gegenstand auf der Straße erschauert. Der Verbrecher, der in das moralische Kraftfeld seiner Tat geraten ist, bewegt sich nur noch wie ein Schwimmer, der mit einem reißenden Strom mitmuß, und jede Mutter, deren Kind einmal hineingerissen worden ist, weiß das  ; man hat es ihr bisher bloß nicht geglaubt, weil man keinen Platz für diesen Glauben hatte. Die Psychiatrie nennt die große Heiterkeit eine heitere Verstimmung, als ob sie heitere Unlust wäre, und hat erkennen lassen, daß alle großen Steigerungen, die der Keuschheit wie der Sinnlichkeit, der Gewissenhaftigkeit wie des Leichtsinns, der Grausamkeit wie des Mitleidens ins Krankhafte münden  ; wie wenig würde da noch das gesunde Leben bedeuten, wenn es nur einen mittleren Zustand zwischen zwei Übertreibungen zum Ziel hätte  ! Wie dürftig wäre es schon, wenn sein Ideal wirklich nichts anderes als die Leugnung der Übertreibung seiner Ideale wäre ?! Solche Erkenntnisse führen also dazu, in der moralischen Norm nicht länger die Ruhe starrer Satzungen zu sehen, sondern ein bewegliches Gleichgewicht, das in jedem Augenblick Leistungen zu seiner Erneuerung fordert. Man beginnt, es immer mehr als beschränkt zu empfinden, unwillkürlich erworbene Wiederholungsdispositionen einem Menschen als Charakter zuzuschreiben und dann seinen Charakter für die Wiederholungen verantwortlich zu machen. Man lernt das Wechselspiel zwischen Innen und Außen erkennen, und gerade durch das Verständnis für das Unpersönliche am Menschen ist man dem Persönlichen auf neue Spuren gekommen, auf gewisse einfache Grundverhaltensweisen, einen Ichbautrieb, der wie der Nestbautrieb der Vögel aus vieler Art Stoff nach ein paar Verfahren sein Ich aufrichtet. Man ist bereits so nahe daran, durch bestimmte Einflüsse allerhand entartete Zustände verbauen zu können wie einen Wildbach, daß es beinahe nur noch auf eine soziale Fahrlässigkeit hinausläuft oder auf einen Rest von Ungeschicklichkeit, wenn man aus Verbrechern nicht rechtzeitig Erzengel macht. Und so ließe sich sehr vieles anführen, Zerstreutes, einander noch nicht nahe Gekommenes, was zusammenwirkt, daß man der groben Annäherungen müde wird, die unter einfacheren Bedingungen für ihre Anwendung entstanden sind, und allmählich die Nötigung erlebt, eine Moral, die seit zweitausend Jahren immer nur im kleinen dem wechselnden Geschmack angepaßt worden ist, in den Grundlagen der Form zu verändern und gegen eine andere einzutauschen, die sich der Beweglichkeit der Tatsachen genauer anschmiegt.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 62 : La terre même, mais Ulrich en particulier, rend hommage à l’utopie de l’essayismetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 314-318
Mode : Lu

[D]e toutes les propriétés du mot âme, la plus remarquable est bien que les jeunes gens ne puissent le prononcer sans rire. Même Arnheim et Diotime redoutaient de l’employer seul : dire que l’on a une âme grande, noble, lâche, téméraire ou basse, est encore concevable, mais dire tout simplement « mon âme », personne n’en aurait le courage. C’est un mot strictement réservé aux gens d’âge, et on ne peut le comprendre que si l’on admet que se fasse de plus en plus sensible au cours de la vie un quelque chose pour lequel on a le plus grand besoin d’un nom sans arriver à le trouver, jusqu’au jour où l’on accepte enfin à contrecœur d’adopter celui que l’on avait d’abord dédaigné.

Comment donc doit-on décrire ce quelque chose ? Que l’on choisisse de rester immobile ou de marcher, l’essentiel n’est pas ce que l’on a devant soi, ce que l’on voit, entend, veut, saisit ou dompte. C’est devant vous un horizon, un demi-cercle ; mais il y a une corde qui réunit les deux extrémités de ce demi-cercle, et le plan de cette corde traverse le monde par le milieu. En avant de nous, visage et mains pointent hors de ce plan ; les sensations et les aspirations accourent à nous devant lui ; et personne ne doute que ce que l’on fait dans cet espace soit toujours raisonnable, ou du moins passionné ; cela signifie que les circonstances extérieures ont une manière de conditionner nos actions que tout le monde peut comprendre, et que, même si nous faisons, sous le coup de la passion, quelque chose d’incompréhensible, cet incompréhensible a encore, en fin de compte, sa manière propre. Mais si parfaitement compréhensibles et pleines que paraissent alors toutes choses, le sentiment obscur n’en demeure pas moins qu’il n’y a là qu’une demi-plénitude, une demi-compréhension. L’équilibre n’y est pas tout à fait, et l’homme avance pour ne pas chanceler, comme le fait un danseur de corde. Comme il avance à travers la vie et laisse derrière soi du vécu, le vécu et ce qui est encore à vivre forment une espèce de cloison, et le cheminement de l’homme finit par ressembler à celui du ver dans le bois, qui peut y sinuer à son aise et même retourner en arrière, mais n’en laisse pas moins toujours un espace vide derrière lui. C’est à ce sentiment effrayant d’un espace aveugle et amputé derrière tout espace rempli, à cette moitié perpétuellement manquante, même si chaque chose forme un tout, que l’on finit par remarquer ce que l’on appelle l’âme.

De plus, on la pense, on la devine, on la sent évidemment tout le temps, sous la forme des succédanés les plus divers, et chacun selon son tempérament. Dans la jeunesse, c’est un sentiment très net d’incertitude en tout ce que l’on fait : était-ce bien ce qu’il fallait faire ? Dans la vieillesse, c’est l’étonnement de n’avoir pas fait davantage de tout ce que l’on s’était proposé. Dans l’entre-deux, c’est la consolation de penser que l’on est un sacré type, un brave type, ou un « type » tout court, même s’il y a dans ce que l’on fait des petites choses pas toujours parfaitement justifiables ; ou bien, que le monde n’est pas ce qu’il devrait être, de sorte qu’en fin de compte tout ce que l’on n’a pas pu faire aboutit encore à un compromis satisfaisant ; sans compter que beaucoup de gens imaginent encore, au-dessus de toutes choses, un Dieu qui garde dans sa poche le morceau qui leur manquait. L’amour seul adopte à cet égard une attitude particulière ; dans cette exception, la seconde moitié grandit. L’être que l’on aime paraît se dresser là où d’ordinaire il manque quelque chose. Les âmes s’unissent pour ainsi dire « dos à dos » et se rendent elles-mêmes superflues. C’est pourquoi la plupart des hommes, une fois passé le premier grand amour, ne sont plus sensibles à l’absence de l’âme ; cette prétendue folie accomplit donc un travail social méritoire.

Von allen Eigentümlichkeiten dieses Wortes Seele ist aber die merkwürdigste, daß junge Menschen es nicht aussprechen können, ohne zu lachen. Selbst Diotima und Arnheim scheuten sich, es ohne Verbindung zu gebrauchen ; denn eine große, edle, feige, kühne, niedrige Seele zu haben, das läßt sich noch behaupten, aber schlechtweg zu sagen, meine Seele, das bringt man nicht über sich. Es ist ein ausgeprägtes Wort für ältere Leute, und das ist nur so zu verstehen, daß man annimmt, es müsse sich im Laufe des Lebens irgend etwas immer fühlbarer machen, für das man dringend einen Namen braucht, ohne ihn zu finden, bis man schließlich den ursprünglich verschmähten dafür widerstrebend in Gebrauch nimmt.

Wie soll man es also beschreiben ? Man kann stehn oder gehn, wie man will, das Wesentliche ist nicht, was man vor sich hat, sieht, hört, will, angreift, bewältigt. Es hegt als Horizont, als Halbkreis voraus ; aber die Enden dieses Halbkreises verbindet eine Sehne, und die Ebene dieser Sehne geht mitten durch die Welt hindurch. Vorn sehen das Gesicht und die Hände aus ihr heraus, laufen die Empfindungen und Bestrebungen vor ihr her, und niemand bezweifelt : was man da tut, ist immer vernünftig oder wenigstens leidenschaftlich ; das heißt, die Verhältnisse außen verlangen in einer Weise unsere Handlungen, die jedermann begreiflich ist, oder wenn wir, von Leidenschaft befangen, Unbegreifliches tun, so hat schließlich auch das seine Weise und Art. Aber so vollständig dabei alles verständlich und in sich geschlossen erscheint, wird es doch von einem dunklen Gefühl begleitet, daß es bloß etwas Halbes sei. Es fehlt etwas am Gleichgewicht, und der Mensch dringt vor, um nicht zu wanken, wie es ein Seilläufer tut. Und da er durchs Leben dringt und Gelebtes hinter sich läßt, bilden das noch zu Lebende und das Gelebte eine Wand, und sein Weg gleicht schließlich dem eines Wurms im Holz, der sich beliebig winden, ja auch zurückwenden kann, aber immer den leeren Raum hinter sich läßt. Und an diesem entsetzlichen Gefühl eines blinden, abgeschnittenen Raums hinter allem Ausgefüllten, an dieser Hälfte, die immer noch fehlt, wenn auch alles schon ein Ganzes ist, bemerkt man schließlich das, was man die Seele nennt.

Man denkt, ahnt, fühlt sie natürlich allezeit hinzu ; in den verschiedensten Arten von Ersätzen und je nach Temperament. In der Jugend als ein deutliches Gefühl der Unsicherheit bei allem, was man tut, ob es wohl auch das rechte sei. Im Alter als Staunen darüber, wie wenig man von dem getan hat, was man eigentlich vorhatte. Dazwischen als Trost, daß man ein verfluchter, tüchtiger, braver Kerl sei, wenn auch nicht alles im einzelnen zu rechtfertigen ist, was man tut ; oder daß ja auch die Welt nicht so sei, wie sie sollte, so daß am Ende alles, was man verfehlt hat, noch einen gerechten Ausgleich darstellt ; und schließlich denken manche Leute sogar über alles hinaus an einen Gott, der das ihnen fehlende Stück in der Tasche trägt. Eine besondere Stellung nimmt dabei nur die Liebe ein ; in diesem Ausnahmefall wächst nämlich die zweite Hälfte zu. Der geliebte Mensch scheint dort zu stehen,, wo sonst stets etwas fehlt. Die Seelen vereinigen sich sozusagen dos à dos und machen sich dabei überflüssig. Weshalb die meisten Menschen nach dem Vorübergehen der einen großen Jugendliebe das Fehlen der Seele nicht mehr empfinden, und diese sogenannte Torheit eine dankbare soziale Aufgabe erfüllt.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]vol. 1chap. 45 : Muette rencontre de deux sommitéstrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 231-232
Mode : Lu

[Q]ue la séance s’achevât par une résolution était dans l’ordre. En effet, que le couteau mette le point final à une rixe, qu’à la fin d’un morceau de musique les dix doigts frappent les touches tous ensemble une ou deux fois, que le danseur s’incline devant sa cavalière ou que l’on vote une résolution : si on agit ainsi, c’est que le monde ne serait pas rassurant, où les événements tout bonnement s’esquiveraient, sans avoir dûment certifié d’abord qu’ils sont réellement advenus.

[D]aß die Sitzung mit einer Resolution schloß, war in Ordnung. Denn ob man bei einer Rauferei mit dem Messer den Schlußpunkt setzt oder am Ende eines Musikstücks alle zehn Finger ein paarmal gleichzeitig in die Tasten schlägt, oder ob der Tänzer sich vor seiner Dame verbeugt, oder ob man eine Resolution beschließt : es wäre eine unheimliche Welt, wenn die Geschehnisse sich einfach davonschlichen und nicht am Ende noch einmal gehörig versichern würden, daß sie geschehen seien ; und darum tut man es.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]vol. 1chap. 44 : Suite et fin de la grande séance. Ulrich trouve de l’agrément à Rachel, et Rachel à Soliman. L’Action parallèle est dotée d’une organisation solidetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 229
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Un organe de la classe ouvrière avait, comme se fût exprimé le comte Leinsdorf, déversé une salive destructrice sur la Grande Idée en affirmant que celle-ci n’était qu’une nouvelle sensation pour les classes dirigeantes, succédant au dernier crime sadique  ; et un brave ouvrier qui avait un peu trop bu se sentit enflammé par ces déclarations. Il avait frôlé en passant deux bourgeois qui, satisfaits des affaires de la journée, exprimaient à voix assez haute, dans la conscience que les bons sentiments ont toujours le droit d’être exprimés, leur plein accord avec l’Action patriotique. Il s’ensuivit un échange de « mots »  ; comme la proximité d’un agent de police n’encourageait pas moins les bien-pensants qu’elle n’excitait l’attaquant, la scène prit une forme de plus en plus violente. L’agent l’observa d’abord par-dessus son épaule, puis il se retourna, et enfin s’approcha  ; il y assista en observateur, comme une sorte de levier avancé de la machine appelée État, qui s’achève en boutons et autres éléments de métal. Il faut dire qu’un séjour continuel dans un État bien organisé a quelque chose d’absolument fantômal  ; on ne peut sortir dans la rue, boire un verre d’eau ou monter dans le tram sans toucher aux leviers subtilement équilibrés d’un gigantesque appareil de lois et de relations, les mettre en branle ou se faire maintenir par eux dans la tranquillité de son existence  ; on n’en connaît qu’un très petit nombre, ceux qui pénètrent profondément dans l’intérieur et se perdent à l’autre bout dans un réseau dont aucun homme, jamais, n’a débrouillé l’ensemble  ; c’est d’ailleurs pourquoi on le nie, comme le citadin nie l’air, affirmant qu’il n’est que du vide  ; mais il semble que ce soit justement parce que tout ce que l’on nie, tout ce qui est incolore, inodore, insipide, sans poids et sans mœurs, comme l’eau, l’air, l’espace, l’argent et la fuite du temps, est en réalité l’essentiel, que la vie prend ce caractère spectral. Il peut arriver que la panique saisisse un homme, comme dans les rêves où la volonté est impuissante, une tempête de coups et de ruades en tous sens comme d’un animal tombé dans l’incompréhensible mécanisme d’un filet. Ce fut une influence de cet ordre qu’exercèrent sur l’ouvrier les boutons de l’uniforme de l’agent, et c’est alors que le représentant de l’ordre, considérant qu’on lui manquait de respect, procéda à l’arrestation.

Elle ne se fit pas sans résistance et manifestation réitérée d’opinions séditieuses. Des badauds s’émurent, l’ivrogne en fut flatté, et une aversion résolue pour son semblable, restée jusque-là soigneusement cachée, éclata alors au grand jour. Un combat passionné pour l’honneur commença. Une fierté accrue affronta le sentiment inquiétant de ne plus bien tenir dans sa peau. Le monde lui non plus n’était pas ferme  ; c’était un souffle incertain qui ne cessait de se déformer et de changer d’aspect. Les maisons étaient de guingois, comme expulsées de l’espace  ; les gens, là, au milieu, étaient un grouillement de pauvres types ridicules, mais tous parents. Je suis appelé à y mettre ordre, voilà ce que sentait cet ivrogne exceptionnel. La scène tout entière était remplie d’une sorte de vacillement, un fragment de ce qui se passait lui apparut clairement comme un bout de chemin, puis de nouveau les murs tournèrent. Les axes des yeux lui sortaient de la tête comme des tiges, cependant que la plante de ses pieds retenait de toutes ses forces la terre. Un étrange ruissellement avait commencé dans sa bouche  ; des mots sortaient, remontant de l’intérieur, dont il était impossible de savoir comme ils avaient pu y entrer. C’étaient peut-être des injures. Il était malaisé de le préciser. Le dedans et le dehors se ruaient l’un dans l’autre. Cette colère n’était pas une colère profonde, mais seulement l’habitacle corporel de la colère, exaspéré jusqu’à la frénésie, et le visage d’un agent de police s’approcha avec une extrême lenteur d’un poing fermé, avant de se mettre à saigner.

Mais l’agent lui aussi, entre-temps, avait triplé  ; avec les gardiens de la paix accourus aussitôt, des gens s’étaient attroupés, l’ivrogne s’était jeté à terre et ne voulait pas se laisser prendre. Ulrich commit alors une imprudence. Il avait entendu dans l’attroupement le mot « Lèse-majesté », et observa qu’un homme dans cet état n’était pas en mesure de commettre un tel crime, qu’il fallait l’envoyer se coucher. Il avait dit cela sans y accorder beaucoup d’importance, mais il tombait mal. L’homme se mit à crier qu’Ulrich, autant que Sa Majesté, pouvaient aller se faire… – et un agent qui rejeta évidemment la faute de cette récidive sur l’intervention d’Ulrich, invita celui-ci, non sans brusquerie, à vider les lieux. Ulrich n’était pas habitué à voir dans l’État autre chose qu’un hôtel où l’on a droit à être servi poliment. Il se plaignit du ton sur lequel on lui parlait  ; chose inattendue, la police en déduisit qu’un seul ivrogne ne suffisait pas à justifier la présence de trois agents, et sans plus attendre, on emmena Ulrich à son tour.

Denn ein Arbeiterblatt hatte, wie Graf Leinsdorf das nennen würde, destruktiven Speichel über die Große Idee ergossen, indem es behauptete, daß diese sich bloß als eine neue Sensation der Herrschenden an den letzten Lustmord reihe, und ein braver Arbeiter, der ein wenig viel getrunken hatte, fühlte sich dadurch gereizt. Er war an zwei Bürger gestreift, die sich mit den Geschäften des Tages zufrieden fühlten und im Bewußtsein, daß gute Gesinnung sich jederzeit zeigen dürfe, ziemlich laut ihr Einverständnis mit der vaterländischen Aktion austauschten, von der sie in ihrer Zeitung gelesen hatten. Es entstand ein Wortwechsel, und weil die Nähe eines Schutzmanns die Gutgesinnten ebenso ermutigte, wie sie den Angreifer reizte, nahm dieser Auftritt immer heftigere Formen an. Der Schutzmann betrachtete ihn erst über die Schulter, später von vorn und dann aus der Nähe  ; er wohnte ihm beobachtend bei wie ein hervorstehender Ausläufer des eisernen Hebelwerks Staat, der in Knöpfen und andren Metallteilen endet. Nun hat der ständige Lebensaufenthalt in einem wohlgeordneten Staat aber durchaus etwas Gespenstisches  ; man kann weder auf die Straße treten, noch ein Glas Wasser trinken oder die Elektrische besteigen, ohne die ausgewogenen Hebel eines riesigen Apparats von Gesetzen und Beziehungen zu berühren, sie in Bewegung zu setzen oder sich von ihnen in der Ruhe seines Daseins erhalten zu lassen  ; man kennt die wenigsten von ihnen, die tief ins Innere greifen, während sie auf der anderen Seite sich in ein Netzwerk verlieren, dessen ganze Zusammensetzung überhaupt noch kein Mensch entwirrt hat  ; man leugnet sie deshalb, so wie der Staatsbürger die Luft leugnet und von ihr behauptet, daß sie die Leere sei, aber scheinbar liegt gerade darin, daß alles Geleugnete, alles Farb‑, Geruch‑, Geschmack‑, Gewicht- und Sittenlose wie Wasser, Luft, Raum, Geld und Dahingehn der Zeit in Wahrheit das Wichtigste ist, eine gewisse Geisterhaftigkeit des Lebens  ; es kann den Menschen zuweilen eine Panik erfassen wie im willenlosen Traum, ein Bewegungssturm tollen Umsichschlagens wie ein Tier, das in den unverständlichen Mechanismus eines Netzes geraten ist. Eine solche Wirkung übten die Knöpfe des Schutzmanns auf den Arbeiter aus, und in diesem Augenblick schritt das Staatsorgan, das sich nicht in der gebührenden Weise geachtet fühlte, zur Verhaftung.

Sie verlief nicht ohne Widerstand und wiederholte Kundgebungen aufrührerischer Gesinnung. Das erregte Aufsehen schmeichelte dem Betrunkenen, und eine bis dahin verheimlichte völlige Abneigung gegen das Mitgeschöpf zeigte sich entfesselt. Ein leidenschaftlicher Kampf um Geltung begann. Ein höheres Gefühl von seinem Ich setzte sich mit einem unheimlichen Gefühl auseinander, als wäre er nicht fest in seiner Haut. Auch die Welt war nicht fest  ; sie war ein unsicherer Hauch, der sich immerzu deformierte und die Gestalt wechselte. Häuser standen schief aus dem Raum gebrochen  ; lächerliche, wimmelnde, doch geschwisterliche Tröpfe waren dazwischen die Menschen. Ich bin berufen, bei ihnen Ordnung zu machen, fühlte der ungewöhnlich Betrunkene. Der ganze Schauplatz war von etwas Flimmerndem ausgefüllt, irgendein Stück Weg des Geschehens kam klar auf ihn zu, aber dann drehten sich wieder die Wände. Die Augenachsen standen wie Stiele aus dem Kopf, während die Fußsohlen die Erde festhielten. Ein wundersames Strömen aus dem Mund hatte begonnen  ; Worte kamen aus dem Inneren herauf, von denen nicht zu begreifen war, wie sie vorher hineingekommen waren, möglicherweise waren es Schimpfworte. Das ließ sich nicht so genau unterscheiden. Außen und Innen stürzten ineinander. Der Zorn war kein innerer Zorn, sondern bloß das bis zum Rasen erregte leibliche Gehäuse des Zorns, und das Gesicht eines Schutzmanns näherte sich ganz langsam einer geballten Faust, bis es blutete.

Aber auch der Schutzmann hatte sich inzwischen verdreifacht  ; mit den hinzueilenden Sicherheitsbeamten waren Menschen zusammengelaufen, der Betrunkene hatte sich zur Erde geworfen und wollte sich nicht festnehmen lassen. Da beging Ulrich eine Unvorsichtigkeit. Er hatte aus dem Auflauf das Wort »Majestätsbeleidigung« vernommen und bemerkte nun, daß dieser Mensch in seinem Zustand nicht imstande sei, eine Beleidigung zu begehen, und daß man ihn schlafen schicken solle. Er dachte sich nicht viel dabei, aber er kam an die Unrechten. Der Mann schrie nun, daß ihn sowohl Ulrich wie die Majestät … ! und ein Schutzmann, der die Schuld an diesem Rückfall offenbar der Einmischung zuschrieb, forderte Ulrich barsch auf, sich weiterzuscheren. Nun war es dieser aber ungewohnt, den Staat anders zu betrachten als ein Hotel, in dem man Anspruch auf höfliche Bedienung hat, und verbat sich den Ton, in dem man zu ihm sprach, was unerwarteterweise die Schutzmannschaft zu der Einsicht brachte, daß ein Betrunkener für die Anwesenheit von drei Schutzleuten nicht genüge, so daß sie Ulrich gleich auch mitnahmen.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]vol. 1chap. 40 : Un homme a toutes les qualités, mais elles lui sont indifférentes. Un prince de l’esprit est arrêté, et l’Action parallèle trouve un secrétaire d’honneurtrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 196-198
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Tout ce qui le peut s’orne d’esprit, s’en chamarre. L’esprit, combiné avec autre chose, est ce qu’il y a de plus répandu au monde. « L’esprit de fidélité », « l’esprit d’amour », un « esprit viril », un « esprit cultivé », « le plus grand esprit de notre temps », « nous voulons sauvegarder l’esprit de telle ou telle chose », « nous voulons agir dans l’esprit de notre mouvement »  : ah  ! le beau son décent de tout cela jusque dans les plus b…asses classes  ! Tout le reste, à côté, le crime quotidien, la cupidité assidue, apparaît alors comme l’inavouable crasse que Dieu enlève aux ongles de ses orteils.

Mais quand l’esprit demeure tout seul, substantif nu, glabre comme un fantôme à qui l’on aimerait prêter un suaire, qu’en est-il donc  ? On peut lire les poètes, étudier les philosophes, acheter des tableaux, discuter toute la nuit  : mais ce que l’on y gagne, est-ce de l’esprit  ? En admettant même qu’on en gagne, le possédera-t-on pour autant  ? Cet esprit-là est si étroitement lié à la forme fortuite qu’il a prise pour entrer en scène  ! Il passe à travers celui qui aimerait l’accueillir, ne lui laissant qu’un ébranlement léger. Qu’allons-nous faire de tout cet esprit  ? On ne cesse d’en produire en quantités proprement astronomiques sur des tonnes de papier, de pierre et de toile, on ne cesse pas davantage d’en ingérer et d’en consommer dans une gigantesque dépense d’énergie nerveuse  : qu’en advient-il ensuite  ? Disparaît-il comme un mirage  ? Se dissout-il en particules  ? Se soustrait-il à la loi terrestre de la conservation de la matière  ? Les parcelles de poussière qui descendent au fond de nous et lentement s’y immobilisent n’ont aucun rapport avec la dépense faite. Où est-il parti  ? Où est-il, qu’est-il  ? Peut-être se formerait-il autour de ce mot « esprit », si l’on en savait davantage, un cercle de silence angoissé…

[…]

L’esprit sait que la beauté rend bon, mauvais, bête ou séduisant. Il dissèque un mouton et un pénitent, et trouve dans l’un et l’autre humilité et patience. Il analyse une substance et constate que, prise en grandes quantités, elle devient un poison, en petites doses, un excitant. Il sait que la muqueuse des lèvres est apparentée à celle de l’intestin, mais il sait aussi que l’humilité de ces mêmes lèvres est apparentée à celle du sacré. Il mélange, il dissout, il recompose différemment. Pour lui, le bien et le mal, le haut et le bas ne sont pas comme pour le sceptique des notions relatives, mais les termes d’une fonction, des valeurs qui dépendent du contexte dans lequel elles se trouvent. Les siècles lui ont enseigné que les vices peuvent devenir des vertus, et réciproquement  ; il tient pour pure maladresse que l’on ne réussisse pas encore, dans le temps d’une vie, à récupérer un criminel. Il n’admet rien de licite ou d’illicite, parce que toute chose peut avoir une qualité qui la fera participer un jour à un nouveau grand système. Il hait secrètement comme la mort tout ce qui feint d’être immuable, les grands idéaux, les grandes lois, et leur petite copie pétrifiée, l’homme satisfait. Il n’est rien qu’il considère comme ferme, aucune personne, aucun ordre  ; parce que nos connaissances peuvent se modifier chaque jour, il ne croit à aucune liaison, et chaque chose ne garde sa valeur que jusqu’au prochain acte de la création, comme un visage auquel on parle et qui s’altère avec les mots.

L’esprit est donc l’opportuniste par excellence, mais on ne peut le saisir nulle part, et l’on serait tenté de croire qu’il ne demeure de son action que décadence. Tout progrès constitue un gain de détail, mais une coupure dans l’ensemble  ; c’est un accroissement de puissance qui débouche dans un progressif accroissement d’impuissance, et c’est une chose à quoi l’on ne peut rien. Cela rappela à Ulrich ce corps de faits et de découvertes, grossissant presque d’heure en heure, dont l’esprit est contraint aujourd’hui de détourner ses regards s’il veut examiner avec précision quelque problème que ce soit. Ce corps grossit en s’éloignant de l’être intérieur. D’innombrables conceptions, opinions, systèmes provenant de toutes les régions du monde et de toutes les époques, de toutes les espèces de cerveaux, sains ou malades, en état de veille ou de rêve, ont beau le sillonner comme des milliers de petits cordons nerveux, il manque le centre où ses rayons pourraient converger. L’homme se sent menacé de reproduire le destin de ces races d’animaux géants de la préhistoire, qui sont morts de leur grandeur même  ; mais il ne peut pas abdiquer.

Cela fit ressouvenir Ulrich d’une idée fort douteuse à laquelle il avait cru longtemps et qu’il n’avait pas encore pu extirper de son cerveau  : que seul un sénat d’hommes évolués, doués de vastes connaissances, pouvait gouverner le monde. Il est très naturel de penser que l’homme qui, malade, se confie aux soins de médecins spécialisés plutôt qu’à des bergers, n’a aucune raison, lorsqu’il est en bonne santé, de se faire traiter par des bavards beaucoup moins qualifiés que des bergers, comme c’est le cas dans ses affaires publiques  ; c’est pourquoi les jeunes gens, qui s’attachent à l’essentiel, commencent par juger secondaire tout ce qui, dans le monde, n’est ni beau, ni vrai, ni bon, par exemple le Ministère des Finances ou, justement, un débat parlementaire. Du moins étaient-ils tels autrefois  : aujourd’hui, grâce à l’éducation politique et économique, ils doivent avoir changé. Mais, alors déjà, quand on avait pris de l’âge et fréquenté assez longtemps ces fumoirs de l’esprit où le monde fume le jambon des affaires, on apprenait à s’accommoder de la réalité. En fin de compte, l’homme cultivé en venait ordinairement à se limiter à sa spécialité en adoptant pour le reste de sa vie la conviction que, si les choses pouvaient évidemment être différentes dans l’ensemble, il n’en était pas moins inutile d’y penser trop. Tel apparaît à peu près l’équilibre intérieur des travailleurs de l’esprit. Et soudain, tout le problème apparut à Ulrich sous la forme assez comique d’une question  : le mal ne viendrait-il pas, en fin de compte, puisqu’on ne peut douter qu’il n’y ait de l’esprit en suffisance, de ce que l’esprit n’a pas d’esprit  ?

Il eut envie de rire  : n’était-il pas lui-même un de ces résignés  ? Mais l’ambition déçue, vivante encore cependant, le traversa comme une épée. En cet instant, deux Ulrich marchaient côte à côte. L’un regardait en souriant autour de lui et pensait  : « Ainsi donc, j’ai voulu jouer un rôle dans des coulisses comme celles-là  ! Je me suis éveillé un jour, non point mou comme dans le corbillon maternel, mais fermement persuadé que j’avais quelque chose à réaliser. On m’a donné mes répliques, et j’ai senti qu’elles ne me concernaient pas. Toutes choses alors étaient emplies, comme par le scintillement du trac, de mes attentes et de mes desseins propres. Entre-temps, la scène a tourné imperceptiblement, j’ai avancé de quelques pas, et me voici déjà, peut-être, au seuil du dénouement. Sous peu, la scène tournante m’aura jeté dehors, et tout ce que j’aurai dit de mon grand rôle sera  : « Les chevaux sont sellés. Le diable vous emporte tous  ! » » Mais tandis que l’un des deux Ulrich, pensant ainsi et souriant, marchait dans le flottement du soir, l’autre tenait les poings fermés, dans la colère et la souffrance. C’était des deux le moins visible, ne pensant qu’à trouver une formule de conjuration, une poignée que l’on pût saisir, le véritable esprit de l’esprit, le morceau manquant, tout petit peut-être, qui permettrait de fermer le cercle interrompu. Ce second Ulrich n’avait pas de mots à sa disposition. Les mots sautent d’arbre en arbre comme des singes, mais dans l’obscur domaine où l’on prend racine, on est privé de leur amicale entremise. Le sol ruisselait sous ses pieds. Il pouvait à peine ouvrir les yeux. Un sentiment peut-il souffler en tempête sans être le moins du monde un sentiment tempétueux  ?

Was kann, schmückt sich mit Geist, verbrämt sich. Geist ist, in Verbindung mit irgendetwas, das Verbreitetste, das es gibt. Der Geist der Treue, der Geist der Liebe, ein männlicher Geist, ein gebildeter Geist, der größte Geist der Gegenwart, wir wollen den Geist dieser und jener Sache hochhalten, und wir wollen im Geiste unserer Bewegung handeln  : wie fest und unanstößig klingt das bis in die untersten Stufen. Alles übrige, das alltägliche Verbrechen oder die emsige Erwerbsgier, erscheint daneben als das Uneingestandene, der Schmutz, den Gott aus seinen Zehennägeln entfernt.

Aber wenn Geist allein dasteht, als nacktes Hauptwort, kahl wie ein Gespenst, dem man ein Leintuch borgen möchte, – wie ist es dann  ? Man kann die Dichter lesen, die Philosophen studieren, Bilder kaufen und nächteweise Gespräche führen  : aber ist es Geist, was man dabei gewinnt  ? Angenommen, man gewönne ihn  : aber besitzt man ihn dann  ? Dieser Geist ist so fest verbunden mit der zufälligen Gestalt seines Auftretens  ! Er geht durch den Menschen, der ihn aufnehmen möchte, hindurch und läßt nur ein wenig Erschütterung zurück. Was fangen wir mit all dem Geist an  ? Er wird auf Massen von Papier, Stein, Leinwand in geradezu astronomischen Ausmaßen immer von neuem erzeugt, wird ebenso unablässig unter riesenhaftem Verbrauch von nervöser Energie aufgenommen und genossen  : Aber was geschieht dann mit ihm  ? Verschwindet er wie ein Trugbild  ? Löst er sich in Partikel auf  ? Entzieht er sich dem irdischen Gesetz der Erhaltung  ? Die Staubteilchen, die in uns hinabsinken und langsam zur Ruhe kommen, stehen in keinem Verhältnis zu dem Aufwand. Wohin, wo, was ist er  ? Vielleicht würde es, wenn man mehr davon wüßte, beklommen still werden um dieses Hauptwort Geist ?!

[…]

Der Geist hat erfahren, daß Schönheit gut, schlecht, dumm oder bezaubernd macht. Er zerlegt ein Schaf und einen Büßer und findet in beiden Demut und Geduld. Er untersucht einen Stoff und erkennt, daß er in großen Mengen ein Gift, in kleineren ein Genußmittel sei. Er weiß, daß die Schleimhaut der Lippen mit der Schleimhaut des Darms verwandt ist, weiß aber auch, daß die Demut dieser Lippen mit der Demut alles Heiligen verwandt ist. Er bringt durcheinander, löst auf und hängt neu zusammen. Gut und bös, oben und unten sind für ihn nicht skeptisch-relative Vorstellungen, wohl aber Glieder einer Funktion, Werte, die von dem Zusammenhang abhängen, in dem sie sich befinden. Er hat es den Jahrhunderten abgelernt, daß Laster zu Tugenden und Tugenden zu Lastern werden können, und hält es im Grunde bloß für eine Ungeschicklichkeit, wenn man es noch nicht fertigbringt, in der Zeit eines Lebens aus einem Verbrecher einen nützlichen Menschen zu machen. Er anerkennt nichts Unerlaubtes und nichts Erlaubtes, denn alles kann eine Eigenschaft haben, durch die es eines Tages teil hat an einem großen, neuen Zusammenhang. Er haßt heimlich wie den Tod alles, was so tut, als stünde es ein für allemal fest, die großen Ideale und Gesetze und ihren kleinen versteinten Abdruck, den gefriedeten Charakter. Er hält kein Ding für fest, kein Ich, keine Ordnung  ; weil unsre Kenntnisse sich mit jedem Tag ändern können, glaubt er an keine Bindung, und alles besitzt den Wert, den es hat, nur bis zum nächsten Akt der Schöpfung, wie ein Gesicht, zu dem man spricht, während es sich mit den Worten verändert.

So ist der Geist der große Jenachdem-Macher, aber er selbst ist nirgends zu fassen, und fast könnte man glauben, daß von seiner Wirkung nichts als Zerfall übrigbleibe. Jeder Fortschritt ist ein Gewinn im Einzelnen und eine Trennung im Ganzen  ; es ist das ein Zuwachs an Macht, der in einen fortschreitenden Zuwachs an Ohnmacht mündet, und man kann nicht davon lassen. Ulrich fühlte sich an diesen fast stündlich wachsenden Leib von Tatsachen und Entdeckungen erinnert, aus dem der Geist heute herausblicken muß, wenn er irgendeine Frage genau betrachten will. Dieser Körper wächst dem Inneren davon. Unzählige Auffassungen, Meinungen, ordnende Gedanken aller Zonen und Zeiten, aller Formen gesunder und kranker, wacher und träumender Hirne durchziehen ihn zwar wie Tausende kleiner empfindlicher Nervenstränge, aber der Strahlpunkt, wo sie sich vereinen, fehlt. Der Mensch fühlt die Gefahr nahe, wo er das Schicksal jener Riesentierrassen der Vorzeit wiederholen wird, die an ihrer Größe zugrundegegangen sind  ; aber er kann nicht ablassen. – Dadurch wurde nun Ulrich wieder an jene recht fragwürdige Vorstellung erinnert, die er lange Zeit geglaubt und selbst heute noch nicht ganz in sich ausgemerzt hatte, daß die Welt am besten von einem Senat der Wissenden und Vorgeschrittenen gelenkt würde. Es ist ja sehr natürlich, zu denken, daß der Mensch, der sich von fachlich gebildeten Ärzten behandeln läßt, wenn er krank ist, und nicht von Schafhirten, keinen Grund hat, wenn er gesund ist, sich von hirtenähnlichen Schwätzern behandeln zu lassen, wie er es in seinen öffentlichen Angelegenheiten tut, und junge Menschen, denen an den wesenhaften Inhalten des Lebens gelegen ist, halten darum anfangs alles auf der Welt, was weder wahr, noch gut, noch schön ist, also zum Beispiel auch eine Finanzbehörde oder eben eine Parlamentsdebatte, für nebensächlich  ; wenigstens waren sie damals so, denn heute sollen sie ja dank der politischen und wirtschaftlichen Erziehung anders sein. Aber auch damals lernte man, wenn man älter wurde und bei längerer Bekanntschaft mit der Räucherkammer des Geistes, in der die Welt ihren geschäftlichen Speck selcht, sich der Wirklichkeit anzupassen, und der endgültige Zustand eines geistig angebildeten Menschen war ungefähr der, daß er sich auf sein »Fach« beschränkte und für den Rest seines Lebens die Überzeugung mitnahm, das Ganze sollte ja vielleicht anders sein, aber es habe gar keinen Zweck, darüber nachzudenken. So ungefähr sieht das innere Gleichgewicht der Menschen aus, die geistig etwas leisten. Und mit einemmal stellte sich Ulrich das Ganze komischer Weise in der Frage dar, ob es nicht am Ende, da es doch sicher genug Geist gebe, bloß daran fehle, daß der Geist selbst keinen Geist habe  ?

Er wollte darüber lachen. Er war ja selbst einer von diesen Verzichtenden. Aber enttäuschter, noch lebendiger Ehrgeiz fuhr durch ihn wie ein Schwert. Zwei Ulriche gingen in diesem Augenblick. Der eine sah sich lächelnd um und dachte  : »Da habe ich also einmal eine Rolle spielen wollen, zwischen solchen Kulissen wie diesen. Ich bin eines Tages erwacht, nicht weich wie in Mutters Körbchen, sondern mit der harten Überzeugung, etwas ausrichten zu müssen. Man hat mir Stichworte gegeben, und ich habe gefühlt, sie gehen mich nichts an. Wie von flimmerndem Lampenfieber war damals alles mit meinen eigenen Vorsätzen und Erwartungen ausgefüllt gewesen. Unmerklich hat sich aber inzwischen der Boden gedreht, ich bin ein Stück meines Weges voran gekommen und stehe vielleicht schon beim Ausgang. Über kurz wird es mich hinausgedreht haben, und ich werde von meiner großen Rolle gerade gesagt haben  : ›Die Pferde sind gesattelt.‹ Möge euch alle der Teufel holen !« Aber während der eine mit diesen Gedanken lächelnd durch den schwebenden Abend ging, hielt der andre die Fäuste geballt, in Schmerz und Zorn  ; er war der weniger sichtbare, und woran er dachte, war, eine Beschwörungsformel zu finden, einen Griff, den man vielleicht packen könnte, den eigentlichen Geist des Geistes, das fehlende, vielleicht nur kleine Stück, das den zerbrochenen Kreis schließt. Dieser zweite Ulrich fand keine Worte zu seiner Verfügung. Worte springen wie die Affen von Baum zu Baum, aber in dem dunklen Bereich, wo man wurzelt, entbehrt man ihrer freundlichen Vermittlung. Der Boden strömte unter seinen Füßen. Er konnte die Augen kaum öffnen. Kann ein Gefühl blasen wie ein Sturm und doch ganz und gar kein stürmisches Gefühl sein  ?

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 40 : Un homme a toutes les qualités, mais elles lui sont indifférentes. Un prince de l’esprit est arrêté, et l’Action parallèle trouve un secrétaire d’honneurtrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 190-195