16 12 20

Il neige, il neige. Il neige tout ce que le ciel contient de neige, et c’est considérable. Sans arrêt, sans début et sans fin. Il n’y a plus de ciel, tout est chute de neige grise, blanche. Il n’y a plus d’air non plus, il est plein de neige. Il n’y a plus de terre non plus, elle est couverte de neige, et encore de neige. Toits, routes, arbres sont enveloppés de neige. Il neige sur tout, et c’est compréhensible, car quand il neige, la neige tombe sur tout, on l’aura compris, sans exception. Tout doit porter la neige, objets fixes et objets mobiles, par exemple les voitures, les meubles et les immeubles, les propriétés et tout ce qui est transportable, et les pieux, piquets et poteaux autant que les hommes qui marchent. Il ne reste pas le moindre recoin épargné par la neige, à l’exception de ce qui est dans des maisons, dans des tunnels et dans des grottes. Des forêts entières, des champs, des montagnes, des villes, des villages, des domaines sont enveloppés de neige. La neige tombe sur des États entiers, sur des budgets d’État. Seuls les lacs et les fleuves ne sont jamais enneigés. On ne peut pas couvrir un lac de neige du moment que l’eau, tout simplement, absorbe et avale la neige ; en revanche, dépotoirs, détritus, haillons, guenilles, rocs et rocailles ont fortement tendance à être recouverts de neige. Chiens, chats, pigeons, moineaux, vaches et chevaux sont couverts de neige, et de même, chapeaux, manteaux, robes, pantalons, chaussures et nez. Sur les cheveux des jolies femmes, il neige sans façon, et de même, sur les visages, les mains et les cils des mignons enfants qui vont à l’école. Tout ce qui marche, s’arrête, rampe, saute ou bondit est bien proprement couvert de neige. Les haies sont décorées de petites boules blanches, les affiches multicolores se couvrent de blanc, ce qui, ici et là, ne gâte rien. Les réclames sont rendues inoffensives et invisibles, ce dont les commanditaires se plaignent en vain. Il y a des chemins blancs, des murs blancs, des branches blanches, des tiges blanches, des portails de jardin blancs, des champs blancs, des collines blanches et Dieu sait quoi encore. Avec assiduité, avec constance, il continue de neiger, cela ne va jamais s’arrêter, semble-t-il. Toutes les couleurs, rouge, vert, brun et bleu sont couvertes de blanc. Où que l’on regarde, tout est d’une blancheur de neige ; où que tu portes les yeux, tout est d’une blancheur de neige. Et c’est silencieux, c’est chaud, c’est meuble, c’est propre. Assurément, se salir dans la neige pourrait être assez difficile, voire complètement impossible. Toutes les branches de sapin sont couvertes de neige, ploient jusqu’à terre sous l’épais fardeau blanc, obstruent le chemin. Le chemin ? Comme s’il y avait encore un chemin ! On marche, et tout en marchant, on espère que l’on est sur le bon chemin. Et c’est le silence. La neige a amorti tout murmure, tout bruit, tous les sons et tous les échos. On n’entend que le silence, l’absence de son qui, vraiment, ne fait pas beaucoup de bruit. Et il fait chaud, dans toute cette dense douce neige, chaud comme dans un salon douillet où les gens paisibles sont rassemblés pour une fête élégante, aimable. Et c’est rond, à la ronde, tout est comme arrondi, lissé. Les arêtes, les angles et les pointes sont couverts de neige. Ce qui était aigu et pointu est maintenant coiffé d’un capuchon blanc, et de ce fait, arrondi. Tout le dur, le grossier, le raboteux, est recouvert de neige avec obligeance, avec une aimable complaisance. Où que tu ailles, tu ne marches que sur quelque chose de meuble, de blanc, et tout ce que tu touches est doux, humide et mou. Tout est voilé, nivelé, atténué. Là où régnait le multiple et le divers, il n’y a plus qu’une chose, la neige ; et là où il y avait des contrastes, il n’y a plus qu’une seule chose, la neige. Quelle douceur, quelle paix dans toutes les apparences diverses, parmi toutes les formes reliées pour composer un seul visage, un seul tout, rêveur. Une forme unique règne. Ce qui dépassait beaucoup est amoindri, et ce qui saillait de la communauté est au service, au meilleur sens du terme, d’un ensemble grandiose, beau et bon. Mais je n’ai pas encore tout dit. Patiente encore un peu. J’aurai bientôt fini, bientôt. Car l’idée me vient qu’un héros qui se serait défendu avec courage contre une puissance supérieure, qui n’aurait pas voulu entendre parler de se rendre, qui aurait accompli son devoir jusqu’au bout, pourrait être tombé dans la neige. La neige diligente aurait enseveli le visage, la main, le pauvre corps avec sa blessure sanglante, le noble stoïcisme, la mâle résolution, l’âme vaillante, courageuse. On peut marcher sur cette tombe sans rien remarquer, mais lui, qui repose sous la neige, il est bien, il est tranquille, il a la paix, il est chez lui. – Sa femme est au logis, à la fenêtre, et elle voit qu’il neige et elle pense : « Où peut-il bien être et comment va-t-il ? Il va sûrement bien. » Tout à coup, elle le voit, elle a une vision. Elle s’écarte de la fenêtre, elle s’assied, et elle pleure.

Es schneit, schneit, was vom Himmel herunter mag, und es mag Erkleckliches herunter. Das hört nicht auf, hat nicht Anfang und nicht Ende. Einen Himmel gibt es nicht mehr, alles ist ein graues weisses Schneien. Eine Luft gibt es auch nicht mehr, sie ist voll Schnee. Eine Erde gibt es auch nicht mehr, sie ist mit Schnee und wieder mit Schnee zugedeckt. Dächer, Strassen, Bäume sind eingeschneit. Auf alles schneit es herab, und das ist begreiflich, denn wenn es schneit, schneit es begreiflicherweise auf alles herab, ohne Ausnahme. Alles muss den Schnee tragen, feste Gegenstände wie Gegenstände, die sich bewegen, wie z.B. Wagen, Mobilien wie Immobilien, Liegenschaften wie Transportables, Blöcke, Pflöcke und Pfähle wie gehende Menschen. Kein Fleckchen existiert, das vom Schnee unberührt bleibt, ausser was in Häusern, in Tunneln oder in Höhlen liegt. Ganze Wälder, Felder, Berge, Städte, Dörfer, Ländereien werden eingeschneit. Auf ganze Staatswesen, Staatshaushaltungen schneit es herab. Nur Seen und Flüsse sind uneinschneibar. Seen sind unmöglich einzuschneien, weil das Wasser allen Schnee einfach ein- und aufschluckt, aber dafür sind Gerümpel, Abfällsel, Hudeln, Lumpen, Steine und Geröll sehr veranlagt, eingeschneit zu werden. Hunde, Katzen, Tauben, Spatzen, Kühe und Pferde sind mit Schnee bedeckt, ebenso Hüte, Mäntel, Röcke, Hosen, Schuhe und Nasen. Auf das Haar von hübschen Frauen schneit es ungeniert herab, ebenso auf Gesichter, Hände und auf die Augenwimpern von zur Schule gehenden zarten kleinen Kindern. Alles, was steht, geht, kriecht, läuft und springt, wird sauber eingeschneit. Hecken werden mit weissen Böllerchen geschmückt, farbige Plakate werden weiss zugedeckt, was da und dort vielleicht gar nicht schade ist. Reklamen werden unschädlich und unsichtbar gemacht, worüber sich die Urheber vergeblich beklagen. Weisse Wege gibt’s, weisse Mauern, weisse Äste, weise Stangen, weisse Gartengitter, weisse Äcker, weisse Hügel und weiss Gott was sonst noch alles. Fleissig und emsig fährt es fort mit Schneien, will, scheint es, gar nicht wieder aufhören. Alle Farben, rot, grün, braun und blau, sind vom Weiss eingedeckt. Wohin man schaut, ist alles schneeweiss ; wohin du blickst, ist alles schneeweiss. Und still ist es, warm ist es, weich ist es, sauber ist es. Sich im Schnee schmutzig zu machen, dürfte sicher ziemlich schwer, wenn nicht überhaupt unmöglich sein. Alle Tannenäste sind voll Schnee, beugen sich unter der dicken weissen Last tief zur Erde herab, versperren den Weg. Den Weg ? Als wenn es noch einen Weg gäbe ! Man geht so, und indem man geht, hofft man, dass man auf dem rechten Weg sei. Und still ist es. Das Schneien hat alles Geräusch, allen Lärm, alle Töne und Schälle eingeschneit. Man hört nur die Stille, die Lautlosigkeit, und die tönt wahrhaftig nicht laut. Und warm ist es in all dem dichten weichen Schnee, so warm wie in einem heimeligen Wohnzimmer, wo friedfertige Menschen zu irgendeinem feinen lieben Vergnügen versammelt sind. Und rund ist es, alles ist rundherum wie abgerundet, abgeglättet. Schärfen, Ecken und Spitzen sind zugeschneit. Was kantig und spitzig war, besitzt jetzt eine weisse Kappe und ist somit abgerundet. Alles Harte, Grobe, Holperige ist mit Gefälligkeit, freundlicher Verbindlichkeit, mit Schnee, zugedeckt. Wo du gehst, trittst du nur auf Weiches, Weisses, und was du anrührst, ist sanft, nass und weich. Verschleiert, ausgeglichen, abgeschwächt ist alles. Wo ein Vielerlei und Mancherlei war, ist nur noch eines, nämlich Schnee ; und wo Gegensätze waren, ist ein Einziges und Einiges, nämlich Schnee. Wie süss, wie friedlich sind alle mannigfaltigen Erscheinungen, Gestalten miteinander zu einem einzigen Gesicht, zu einem einzigen sinnenden Ganzen verbunden. Ein einziges Gebilde herrscht. Was stark hervortrat, ist gedämpft, und was sich aus der Gemeinsamkeit emporhob, dient im schönsten Sinne dem schönen, guten, erhabenen Gesamten. Aber ich habe noch nicht alles gesagt. Warte noch ein wenig. Gleich, gleich bin ich fertig. Es fällt mir nämlich ein, dass ein Held, der sich tapfer gegen eine Übermacht wehrte, nichts von Gefangengabe wissen wollte, seine Pflicht als Krieger bis zu allerletzt erfüllte, im Schnee könnte gefallen sein. Von fleissigem Schneien wurde das Gesicht, die Hand, der arme Leib mit der blutigen Wunde, die edle Standhaftigkeit, der männliche Entschluss, die brave tapfere Seele zugedeckt. Irgendwer kann über das Grab hinwegtreten, ohne dass er etwas merkt, aber ihm, der unterm Schnee liegt, ist es wohl, er hat Ruhe, er hat Frieden, und er ist daheim. – Seine Frau steht zu Hause am Fenster und sieht das Schneien und denkt dabei : « Wo mag er sein, und wie mag es ihm gehen ? Sicher geht es ihm gut. » Plötzlich sieht sie ihn, sie hat eine Erscheinung. Sie geht vom Fenster weg, sitzt nieder und weint.

« Neiger »
Petite prose [1917]
trad. Marion Graf
Zoé 2009
p. 50–54