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Publié en 1973

19 entrées
Mode : Lu

Imaginez un prestidigitateur qui, las d’abuser de la crédulité de la foule qu’il a entretenue jusqu’ici dans une illusion mensongère, se propose un beau jour de substituer à son plaisir d’enchanter celui de désenchanter, à rebours de tout ce qui fait généralement l’objet de la vanité et quitte à perdre à jamais le bénéfice qu’il tirait de sa réputation de faiseur de miracles. Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas par un tardif mais louable souci d’honnêteté qu’il lui vient la fantaisie de livrer ses recettes une à une avec la froide minutie d’un horloger qui démonte une horloge, il n’a pas de ces scrupules, c’est tout simplement par volupté de détruire ce qu’il a créé et de flétrir l’enthousiasme qu’il a soulevé, il étale donc ses pièces sur la table, donnant ainsi un air de vulgarité à ses tours les plus subtils, se délectant à décevoir ceux qu’il avait émerveillés, descendant de son propre gré du pinacle où ses dupes l’avaient porté, guettant avidement dans leurs yeux qu’agrandissait hier encore un étonnement d’enfant la première ombre de la désillusion, et pour peu que subsiste sur leur masque triste, pincé par un sourire vide, la plus légère lueur de la foi, il se hâte de l’éteindre avec autant de soin qu’il avait pris la veille à l’entretenir. Suis-je cet homme cruel et fou ?
En tout cas, je ne me pose pas en victime, je suis prêt à reconnaître le bien-fondé de la plupart des charges retenues contre moi et, s’il est une accusation à laquelle j’avoue donner facilement prise, c’est bien celle de parler inconsidérément ; il est vrai que je n’ai cessé de pérorer à tort et à travers sans craindre d’entrer à mon sujet dans des détails oiseux qui n’intéressaient que moi-même, il est vrai que j’ai cherché maintes fois par instinct de comédien à me faire passer pour ce que je ne suis pas, à me prêter des sentiments que je n’ai jamais eu l’occasion d’éprouver ou encore à m’attribuer des actions que j’étais bien incapable d’accomplir pour donner de la saveur à une vie qui n’en avait aucune ; il est vrai aussi que j’ai eu le front de renier ce qui me tenait le plus à cœur et de louer ce que j’ai de tout temps fait profession de haïr. Certes, vous avez parfaitement raison de me trouver mal venu de parler sur un ton vertueux de sincérité quand mon principal souci était de donner une entorse à la vérité pour la rendre plus excitante ou plus vraisemblable ; enfin, je ne parle pas de mes roulades, de mes contorsions, de mes subterfuges, de mes grimaces. C’est entendu, je suis un bavard, un inoffensif et fâcheux bavard, comme vous l’êtes vous-mêmes, et par surcroît un menteur comme le sont tous les bavards, je veux dire les hommes. Mais en quoi cela vous autorise-t-il à me reprocher âprement le mal dont vous êtes vous-mêmes affectés ? On ne peut me demander de rester dans mon coin, silencieux et modeste, à écouter se payer de mots des gens dont j’ai bien le droit de penser qu’ils n’ont ni plus d’expérience ni plus de réflexion que moi-même. Lequel d’entre vous me jettera la pierre ?
Ce que moins que tout autre vous paraissez disposés à me passer, c’est une certaine mauvaise conscience. Quand on a honte d’être un bavard, dites-vous, on commence par se taire. J’en conviens. Mais ce besoin fâcheux qui nous est commun constitue-t-il une tare sur laquelle ceux qui n’en rougissent pas ont le droit de me juger ? J’ai la faiblesse de croire que mieux vaut ma conscience, fût-elle mauvaise, que votre aveuglement. Est-il bien vrai qu’illuminé par la beauté de cette musique j’ai prononcé un vœu aux termes duquel j’étais tenu de garder désormais un silence décent ? Suis-je donc une sorte de vilain parjure ? Et si vous ne me rappelez opportunément la honte subie après ma grande crise que pour feindre ensuite de vous étonner qu’elle n’ait pas suffi à me corriger de mon vice, je vous répondrai… que vous répondrai-je au fait ? Rien ne m’est plus facile que de vous couper vos pauvres effets. Ce n’est pas ma faute si vos chicanes me font sourire. Reste à savoir si j’ai bien entendu cette musique, si j’ai vraiment éprouvé cette honte. Je vous répondrai donc que ce n’est pas une raison parce que je me suis donné la peine de décrire l’une et l’autre avec précision pour que leur authenticité ne puisse plus jamais être contestée par personne, et en premier lieu par moi. Est-ce que je n’aurais pas l’imagination un peu plus prompte que la mémoire ? Vous trouvez que je vais quand même un peu fort : feindre de douter de ses propres affirmations, c’est là le comble de l’impertinence ou de la mauvaise foi. Et si je ne simulais pas le doute, et si je ne doutais pas, et si je savais parfaitement à quoi m’en tenir sur la véracité de mes propos et si enfin tout mon bavardage n’était que mensonge ? Vous vous détournez avec colère : « Alors, allez au diable ! » Je ne saurais trop vous engager à considérer la situation avec sang-froid, necraignez pas d’avoir perdu votre temps à prêter l’oreille à des mensonges, puisque vous avez eu le privilège d’assister à une crise de bavardage, ce qui était certainement plus instructif que d’en lire un rapport, fût-il pur de toute intention littéraire. Ayez le bon esprit de ne pas vous courroucer de l’abus que j’ai fait de votre crédulité, glissant à votre insu quelques vérités au milieu de tant de mensonges que je vous donnais pour des vérités, dans l’idée qui s’est vérifiée que les premières ne se distingueraient en rien des secondes. Je suis tout prêt à faire amende honorable à ceux que j’ai abusivement leurrés, je peux leur assurer qu’il m’importe très peu d’avoir le dernier mot, je demande simplement qu’il me soit permis de m’expliquer posément sur un cas qui peut être aussi bien celui de quelques-uns d’entre vous, je crois que nous allons nous entendre pour peu que vous me laissiez le temps de revenir en arrière et de tout reprendre depuis le commencement afin de dissiper définitivement ce trop long malentendu, montrant qu’il n’était fondé sur rien de si grave que nous avons pu croire. Qui n’a pas eu, au moins une fois, envie d’élever la voix, non pas dans l’intention raisonnable de charmer un auditoire ou avec la prétention de l’instruire, mais plus simplement pour satisfaire son propre caprice ? Encore faut-il, comme je l’ai dit en commençant, qu’il croie dur comme fer qu’il existe quelque part des oreilles pour l’entendre – et, comme je le montrerai plus loin, qu’il emploie beaucoup de ruse pour s’assurer la bienveillance de l’auditeur en lui donnant le désir d’apprendre ce qu’il va dire : il y a pour celui qui parle une étrange source d’encouragement dans le visage humain qui est en face de lui. Ce n’est pas qu’il soit indispensable que vous ayez grand-chose à dire, et même vous pouvez très bien n’avoir strictement rien à dire : je ne vois pas pourquoi l’on se récrierait en m’entendant soutenir que parler et s’exprimer font deux. Se trouverait-il quelqu’un d’assez malhonnête pour prétendre qu’il n’ouvre jamais la bouche que pour communiquer une pensée, que pour faire entendre le charmant timbre de sa voix ? Le farceur ! En ouvrant la bouche, vous ne savez peut-être pas ce que vous direz, mais la conviction que vous trouverez l’abondance de mots nécessaire dans les circonstances et dans l’excitation qu’elles provoquent en vous, vous donne la hardiesse de commencer au petit bonheur ; l’important est que vous assouvissiez sur le champ votre besoin de bavarder ; il arrive généralement que les mots répondent avec promptitude à votre appel. Mais aussi il peut arriver – et ici nous touchons à mon cas personnel – que les mots demeurent rétifs et que vous éprouviez alors une angoisse comparable à celle d’un paralytique qui veut fuir devant un danger pressant. Certains, je le sais bien, se résignent mal à l’incapacité de satisfaire leur besoin, d’autres se tiennent sur la réserve, comptant plus ou moins sincèrement sur le hasard pour les délivrer, attendant d’une manière toute passive la guérison de leur infirmité, se familiarisant peu à peu avec elle quand ils ne cherchent pas à la faire passer pour de la force d’âme, ils affectent alors de juger futile un désir que leur impuissance leur interdit de satisfaire.
Quand je brûle d’envie de parler, je ne songe pas à prendre sur moi de me taire et pourtant, le moindre de mes soucis, je le dis sans affectation, est de rendre publics mes épanchements ou même de vider mon âme dans une oreille amicale. Rien ne m’est plus étranger que le soin pris par certains hommes d’exposer leur science d’eux-mêmes aux regards de tous. Cependant, il est inutile d’espérer ouvrir la bouche si vous ne pouvez vaincre votre aversion profonde pour les feux de la rampe. Vous êtes condamné à monter sur les tréteaux, il faut vous résoudre à y faire le charlatan. Pour ma part, je ne fais pas profession de modestie : il m’est aussi indifférent de parader que de rester à l’ombre, aucun scrupule ne me retiendra de tendre des pièges à la bonne foi de mes auditeurs, si je juge que l’intérêt que mes mensonges ont éveillé chez eux m’aide à satisfaire mon vice.
Non, ce qui me préoccupe est d’un ordre moins relevé. Mon imagination pour commencer ne va-t-elle pas me faire défaut ? Ou trouverai-je matière à exercer ma verve ? Car tout le monde comprendra que je ne puisse me borner à ouvrir la bouche pour produire des sons inarticulés ou pour aligner tout arbitrairement des mots sans suite : j’ai déjà dit, et je n’y reviendrai plus, qu’un bavard ne parle jamais dans le vide ; il a besoin d’être stimulé par la conviction qu’on l’écoute, fût-ce machinalement ; il n’exige pas la repartie, c’est à peine s’il cherche à établir un rapport vital entre son interlocuteur et lui ; s’il est vrai que sa loquacité grandit jusqu’à l’exaltation la plus folle devant l’assentiment ou la contradiction, elle se maintient en tout cas très honorablement devant l’indifférence et l’ennui.
J’étais donc mû par l’angoisse où me tenait l’impossibilité de faire le premier pas ; j’avais beau me recueillir et fermer les yeux – à la façon d’un prédicateur qui s’apprête à entamer un long sermon – pour puiser dans le silence l’inspiration et gagner le temps nécessaire à la fabrication d’un souvenir plausible et fertile en développements, tous ces efforts n’aboutissaient qu’à me confirmer dans l’opinion que mon imagination était sèche et froide. Cependant, mon désir se faisait plus véhément, l’ambition d’entrer en compétition avec ceux dont j’enviais l’éloquence me brûlait la gorge ; pas plus que par orgueil, je ne voulais renoncer par impuissance à une activité à laquelle j’avais une si furieuse envie de me livrer. C’est alors qu’il me vint cette illumination que ce que je cherchais si loin, je l’avais sous la main. Je parlerais de mon besoin de parler.
Mais comment me serais-je acquitté de cette tâche d’un cœur léger ? Cela n’a jamais passé pour très agréable de s’ouvrir à des gens mal intentionnés et résolument enclins à n’apercevoir autour d’eux que ce qu’il y a de plus vil et de plus corrompu, l’aveu d’un vice que personne n’ose secrètement reconnaître pour sien ne peut prêter qu’à des commentaires ironiques de la part des plus hypocrites et soulever chez les plus méchants qu’un concert d’imprécations déchaînées. N’est-ce pas fou de risquer sa réputation, de s’exposer aux sarcasmes pour la seule volupté de bavarder ? Aussi ne tenait-il qu’à moi de brouiller par moments la piste que j’avais soigneusement tracée. Qu’est-ce qui m’empêchait de donner quelques coups de pouce à une vérité dont je redoutais les vertus explosives ? Pourquoi me serais-je fait un scrupule de ne dessiner de moi qu’une image ressemblante, donc méprisable, quand je pouvais la rendre pitoyable en invoquant habilement la maladie comme prétexte à l’irresponsabilité ? Mon plus grand souci fut donc en premier lieu de donner à la communication de faits entièrement inventés une apparence de rigueur et de logique, telle qu’il puisse sembler à mon interlocuteur qu’obéissant scrupuleusement aux données sûres fournies par ma mémoire, je n’ai jamais cédé aux tentations de l’imagination ni consenti à mettre du jeu dans les rouages de mon récit ; en second lieu de douer d’une vie acceptable certaines figures purement fictives (à commencer par celle que je donnais pour mienne) que je faisais acteurs ou figurants d’une aventure en réalité construite de toutes pièces pour les besoins de ma cause, tout en prenant soin de ne laisser autour d’elles aucune ombre suspecte qui pût faire douter en même temps de leur authenticité et de ma bonne foi. Pour mieux convaincre les plus exigeantsde mes lecteurs, j’affectais de renoncer à certains effets plutôt destinés à faire valoir l’habileté de l’auteur qu’à serrer la vérité de plus près, aux beaux mouvements d’éloquence qui caractérisent en général les plaidoiries et les sermons, à mes recettes personnelles dont j’aurais su, en d’autres occasions, tirer parti avec succès. On se rappelle qu’avec une ostentation qui pouvait aussi bien passer pour une modestie excessive, je ne me suis pas fait faute de souligner la nudité volontaire de ma forme, dont j’étais le premier à regretter hypocritement qu’une certaine monotonie fût l’inévitable rançon de l’honnêteté. Mais feindre de renoncer aux artifices, c’était aussi un artifice, et autrement sournois. S’ilm’arrivait parfois de mentir, ce n’était que pour me permettre ensuite d’en faire humblement l’aveu : bien sûr, j’avais une fâcheuse tendance à biaiser, à raconter des sornettes pour cacher ou différer ce que je n’osais dire, mais, frappé de repentir, je me reprenais aussitôt, c’est donc que je n’étais pas animé de mauvaises intentions, on pouvait faire confiance à un homme si visiblement soucieux de ne pas tomber dans le travers que nous avons tous plus ou moins de déguiser la vérité. (Permettez-moi de m’étonner en passant qu’aucun d’entre vous ne se soit jamais inquiété de soulever le voile dont j’ai la pudeur ou la lâcheté de m’envelopper. Savez-vous seulement qui vous tient ce langage ? Pourtant, vous accueillez avec plus de bienveillance et d’estime un homme qui se présente modestement en disant son nom, il y a en effet une certaine noblesse à s’offrir à la critique comme une victime résignée. Suis-je un homme, une ombre, ou rien, absolument rien ? Pour avoir longuement bavardé avec vous, ai-je pris du volume ? M’imaginez-vous pourvu d’autres organes que ma langue ? Peut-on m’identifîer avec le propriétaire de la main droite qui forme les présentes lettres ? Comment le savoir ? N’attendez pas qu’il se dénonce de lui-même. Qui ne préférerait à sa place garder l’anonymat ? Je suis sûr qu’il protesterait avec une sincère indignation si j’entreprenais de le livrer en pâture à la colère des uns, au mépris des autres. Sait-il lui-même de quoi je suis fait, en admettant que je sois fait de quelque chose ? Il entend bien demeurer étranger à tout ce débat, il se lave les mains de mes écarts. Evertuez-vous à réclamer sur l’air des lampions : « L’auteur ! L’auteur ! » je parie qu’il ne montrera pas le bout de son nez ; on connaît la lâcheté de ces gens-là. Maintenant, je vous le demande : Que feriez vous d’une étiquette qui couvre une marchandise douteuse ? A supposer que vous connaissiez enfin le nom, l’âge, les titres et qualités de celui qui n’a cessé de vous mentir sur son propre compte, en quoi seriez-vous plus avancé ? Il n’a rien dit de lui-même qui fût vrai, concluez-en qu’il n’existe pas.)

Mode : Lu

A mesure que j’avançais dans la vie, mon indifférence allait s’accroissant, rien ne me semblait valoir la peine d’aucun effort, et il en résultait que mon avidité n’était plus dirigée comme autrefois vers des idées de revanche ou de conquête : elle aspirait au contraire à ce qui saurait m’en délivrer. C’est qu’aujourd’hui le fracas des combats me répugne et me lasse, et j’en veux à mort à qui m’arrache de force à mon indifférence. Ne rien entreprendre, veiller, attendre, veiller…

Mode : Lu

Ma peur d’être dupe toujours en éveil déjoue en moi ce complot d’hypocrisie et de vanité qui mène à se croire quelqu’un d’aussi invraisemblable qu’un héros. D’ailleurs rechercher le réconfort dans l’approbation de soi-même, méritée ou non, me semble vulgaire, je ne le trouve légitime dans aucun cas.

Mode : Lu

Je n’aperçois dans ce qu’on nomme noblement confession que le très coupable et très coûteux exercice d’une faiblesse et personne ne m’empêchera de tenir pour particulièrement suspecte une amitié où chacun s’applique sans cesse à provoquer chez l’autre de précieuses confidences. Je ne me souviens pas d’avoir assisté au spectacle trop fréquent de deux hommes au teint congestionné qui se penchent l’un vers l’autre avec des airs attentifs, émus et souriants par dessus une table où refroidissent, parmi un lot de bouteilles vides, les reliefs d’un repas substantiel, voyez vous-mêmes comme ils jouent à se sentir compris et, la tête échauffée par la nourriture et le bon vin, avec quelle impudeur pleine d’ingénuité ils se livrent l’un à l’autre et ils s’en donnent à cœur joie et ils ont le cœur illuminé ainsi qu’en témoignent leurs visages radieux comme une aurore ; je ne me souviens pas non plus d’être passé par hasard auprès d’un confessionnal où, dans une obscurité propice, bourdonnaient tour à tour confesseur et pénitent, interminable chuchotement, questions et réponses, sans avoir ressenti comme une sorte de malaise quand ce n’était pas une formidable colère qui, aussi rapide qu’un tourbillon, me montait inexplicablement au cerveau ; j’ai observé qu’en moi la vue d’exercices aussi bas, légitimés pourtant par l’approbation des uns et l’indifférence des autres, ne manquait jamais de susciter un violent dégoût auquel se substituait, si par malheur j’avais été moi-même en cause, le sentiment intolérable de ma propre déchéance.

Mode : Lu

Quoi qu’il en soit, il y avait ceci de bien clair : tandis qu’en pénétrant dans ce dancing, je n’étais qu’un personnage obscur et négligeable, je jouissais maintenant d’une certaine considération de la part de gens qui généralement ne respectent et n’admirent que plus puissant qu’eux, et je tirais de cette constatation un sentiment d’orgueil démesuré qui n’est sans doute pas étranger au fait que ma crise, à l’encontre des précédentes, revêtait un caractère d’ostentation d’autant plus surprenant que j’ai toujours jugé insoutenable l’exhibitionnisme chez autrui. Mais en société, quand je ne m’inquiète pas de passer inaperçu et de voir sans être vu, il m’arrive presque toujours de prétendre à jouer un rôle ; le plus souvent, il me plairait qu’on me crût de cette espèce d’hommes dont nul ne peut jamais prévoir ce qu’il sortira (réactions, œuvres, attitudes devant une situation donnée, etc.), de sorte que chaque nouveau rapport avec eux implique un changement total de perspective ; mon admiration allant aux êtres dont je dois sans cesse retarder le classement, il est naturel que je sois désireux de les prendre pour modèles. Au sein d’un groupe, et mieux encore s’il est composé de quelques femmes, j’éprouve une joie aiguë à jouer mon rôle, non pas dans un but concerté d’hypocrisie, mais par besoin instinctif de prendre du volume et de me couvrir d’une ombre flatteuse ; d’ailleurs, en pareil cas, ce qui me grise n’est pas tant le parfum de rouerie né de cette comédie qu’une étrange sensation de libération : il me semble qu’après une longue privation, les circonstances me permettent enfin de reprendre possession de ce qui m’est dû, d’incarner mon propre personnage. De là, qu’en dépit du souvenir horrifié que je garde de la vie de collège et de régiment, je m’y reporte quelquefois avec un sentiment de nostalgie analogue à celui d’une vieille actrice évoquant l’immense théâtre croulant sous les applaudissements où elle connut ses plus grands succès.

Mode : Lu

Je me regarde souvent dans la glace. Mon plus grand désir a toujours été de me découvrir quelque chose de pathétique dans le regard. Je crois que je n’ai jamais cessé de préférer aux femmes qui, soit par aveuglement amoureux, soit pour me retenir près d’elles, inventaient que j’étais un vraiment bel homme ou que j’avais des traits énergiques, celles qui me disaient presque tout bas, avec une sorte de retenue craintive, que je n’étais pas tout à fait comme les autres. En effet, je me suis longtemps persuadé que ce qu’il devait y avoir en moi de plus attirant, c’était la singularité. C’est dans le sentiment de ma différence que j’ai trouvé mes principaux sujets d’exaltation. Mais aujourd’hui où j’ai perdu quelque peu de ma suffisance, comment me cacher que je ne me distingue en rien ? Je fais la grimace en écrivant ceci. Que je connaisse enfin une aussi intolérable vérité, passe encore, mais vous autres ! A vrai dire, il se glisse dans ma gêne ce léger sentiment de plaisir acide qu’on éprouve à proclamer une de ses tares, même si celle-ci n’a pas la moindre chance d’intéresser le public. On me demandera peut-être si j’ai entrepris de me confesser pour éprouver cette sorte de plaisir un peu morbide dont je parle et que je comparerais volontiers à celui que recherchent quelques personnes raffinées qui, avec une lenteur étudiée, caressent du bout de l’index une légère égratignure qu’elles se sont faite sciemment à la lèvre inférieure ou qui piquent de la pointe de la langue la pulpe d’un citron à peine mûr. A cela je suis obligé de sourire et c’est en souriant que je vous réponds que je me flatte d’avoir peu de goût pour les aveux ; mes amis disent que je suis le silence même, ils ne nieront pas qu’en dépit de leur extrême habileté, ils n’ont jamais su me tirer ce que j’avais à cœur de tenir secret. On a même convenu de voir dans cette impossibilité à me livrer une insuffisance assez grave qui excitait la pitié et je ne résiste pas au plaisir, identique à celui décrit plus haut, d’ajouter qu’une vanité sournoise me poussait à tirer profit de cette croyance en simulant ou seulement en exagérant la souffrance que me causait cette infirmité déplorable, comme si j’avais eu quelque grand secret que j’eusse été soulagé de confier si je ne l’avais tenu, à cause de son caractère à la fois exceptionnel et intime, pour absolument inavouable.

Mode : Lu

Doibvent aussi noter et entendre les scrupuleux, desquelz entendions consoler la pusillanimité, combien que soyons a aultres choses desvoyez, et soigneusement considérer qu’il leur est moult expédient avec le conseil de ceulx qui ont charge de leur salut, faire et procéder contre leurs scrupules ; affin que ainsi faisant, ilz puissent finablement soy acoustumer, ne les craindre point, ainsi que les charpentiers acoustumez, seurement et hardiement cheminent sur les toictz très haultz où les aultres non acoustumez ad ce, seroint incontinent en péril de leur vie s’ilz attentoint telle chose présumer. Aussi pensent et si considèrent les pusillanimes scrupuleux que aulcunefois l’ennemy de gendre humain impugne l’homme par ordures de cogitations, ainsi que a l’assault des villes et chasteaulx est acoustumé de faire avec ordures quelconques l’on peult trouver. Aulcuneffois par tumulte souldain ou espouvantement inconsidéré et non preveu, ainsi que semblablement, avec les tonnerres des bombardes et aultres machines, ont coustume faire les impugnateurs des fortresses, et ainsi que les joculateurs et bourdereaux scaivent causer paour et crainte es enfans non expers de terreur et horreur. Telz scrupuleux ne doibvent avoir cure ou soy estonner de telles choses, ne beaucoup litiger ou debatre avec elles ; ains plus tost si les vilipendent et democquent, disant avec ung saint père : ton immondice soit sur toy, diable. Dieu est mon adiuteur, ie ne craindray point car tu es immunde esperit ; ton œuvre est immundice. Je ne craindray point tes terreurs, assaultz et espouantement, car j’ay pour défenseur celluy qui doibt venir toy iuger ensemble tous les vifz et mors.

Semblablement les pusillanimes scrupuleux ont de scavoir que si leurs confessions les inquiètent plus que ne appaisent et tranquillisent, prouveu touteffois qu’ilz n’ayent point iugement en soy ferme et arresté de péché mortel, ce que souvent ilz pourroient congnoistre par ce que si en cas semblables eux mouvans, ilz estoient requis et interroguez dos aultres ainsi tente, diroint telz cas n’estre point péchez mortelz ; adoncques du conseil de leurs confesseurs debvroint cesser de trop souvent s’en voulloir confesser, et neantmoins confidemment célébrer ou communier en disant : sire Dieu, les prières que ie prosterne devant ta face ne sont pas offertes en mes Justifications, car elles sont nulles, et si scay bien que quant mil fois ie me confesserois, si tu me veulx estroitement discuter ie ne seray pas munde devant toy ; ta seule miséricorde me mundera. Et pourtant en la multitude de tes miserations, ie entreray et approcheray a ton sainct autel et sacrement avec ta crainte, craignant de toy plus offenser si ie le laisroye que si j’en approche, pour tant que tu l’as commandé estre ainsi faict en mémoire de toy ; et ie suis debteur a plusieurs pour lesquelz suis tenu de prier.

Nul doibt doubter que telle humiliation ne soit plus acceptable a Dieu que la vaine presumption d’aulcuns lesquelz, après leur confession et quelque petite dévotion, se réputent dignes et bien mundes, comme sans crainte de si grans misteres approchans. Mais serait aultrement de faire quant l’on auroit conscience arrestée et quasi certaine de péché mortel, car il le fauldroit confesser. Or n’est il pas ainsi de péché véniel, loquel iamais ne chiet soubz obligation de confesser sacramentalement en spécialité, combien qu’il soit très utile aulcuneffois ; ains suffit de ce faire confession en généralité, car les péchez vénielz sont diversement effacez, comme par confession générale, par l’oraison dominicale, tunsion de la poictrine.

Jean Gerson« De remediis contra pusillanimitatem » Œuvres complètes [1405]t. 9chap. 9Desclée de Brouwer1973p. 396-397
Mode : Lu

Et pour ce que devant avons touché quelque chose des scrupules es confessions, il nous semble bon y adiouster encore ce que s’ensuyt. Il est expédient aux scrupuleux qu’ilz ne soient point de conscience trop estroicte a exposer les moindres péchez en confession, mais leurs souffise briefment et succinctement et quasi en général, les explicquer, et les plus grands esquelz y auroit péril d’âme, donneront a entendre spécialement le mieulx que pourront. Et est a noter que les gresves, ordes et sales cogitations, soint de blasphème ou de luxure, se doibvent dire en sorte et maniere que le confesseur entende l’intention du confitent, en gardant toute honnesteté de parler, autant que possible sera, pour la révérence du sacrement et du confesseur.
Or est a scavoir que telles exécrables cogitations ne doibvent personne troubler, car certainement elles ne délectent pas les devotz, mais les crucient et affligent ; et aussi elles ne sont pas de l’homme mais diable qui les suggère ; par quoy elles ne seront point imputées a l’homme a démérite, mais plus fort luy seront réputées a mérite ; et si purgent plus l’âme de celluy qui les souffre et porte, qu’il ne la macule et ce pour le labeur que l’homme endure en bataillant contre icelles ; car quelconque chose afflige l’homme contre sa volunté et ne luy plait point et ne le délecte point, le tentateur ne peut facilement nuyre en telles choses.
Quiconques doncques en telles ordes cogitations vouldroit trop specificquement descendre en les confessant, et estre trop scrupuleux entour elles, cestuy cy sans nulle doubte par ce ne recepvra pas paix de cueur et conscience, mais plus tost opposée et contraire plus fort, et si donne occasion a l’ennemy de le beaucoup plus inquiéter et vexer, comme aulcuneffois il advient a ceulx qui s’efforcent appaiser le cry et abay des chiens et leurs gectent du pain, affin que ainsi cessent crier et abayer ; mais souvent ilz infestent plus fort et assaillent plus durement celluy qui leur a gecté le pain.
Il convient et est nécessaire que en quelconque partie quelcun se sent plus prompt et enclin a mal et pouoir estre plus facilement tenté, il doibt estre solliciteur de y opposer et apposer remède tout contraire. Si quelqu’un est trop legierement scrupuleux en conscience, qu’il estudie a liberté et gayeté de cueur. Si quelqu’un est iracunde et véhément et ost facilement esmeu, qu’il fuye occasion de ire et quasi avec violence entende a tranquillité et mansuétude d’esperit. Si quelqu’un est impatient es adversitez, qu’il remémore les exemples des pères, mesurement de Jhesus Christ et des martirs. Qu’ainsi soit dit des aultres tentations.

Jean Gerson« De remediis contra pusillanimitatem » Œuvres complètes [1405]t. 9chap. 7Desclée de Brouwer1973p. 395
Mode : Lu

For Fred

Whatever your name, whatever
Your beef, I read you like I
Read a book
You would gut a nursery
To make the papers, like
Medusa your Poster Queen
You murder children
With no father’s consent

You map your treachery shrewdly,
A computer
Click clicking
As it tracks a ship
Headed for the Unknown
Making complex maneuvers
Before splashing down into
Mystery

Suppose everyone wanted it their
Way, traffic would be bottled up
The Horsemen couldn’t come
There would be no beauty, no radio
No one could hear your monologues
Without drums or chorus
In which you are right
And others, shadows, snatching things

Fate, The Gods, A Jinx, The Ruling Class
Taboo, everything but you
All the while you so helpless
So charming, so innocent
Crossed your legs and the lawyer
Muttered, dropped your hankie
And the judges stuttered

You forgot one thing though, thief
Leaving a silver earring at the
Scene of a house you’ve pilfered
You will trip up somewhere
And the case will be closed

Standup Antigone,
The jury finds you guilty
Antigone, may the Eater
Of The Dead savor your heart
You wrong girl, you wrong
Antigone, you dead, wrong
Antigone, this is it

Your hair will turn white overnight

Ishmael Reed« Antigone, This Is It » ChattanoogaRandom House1973p. 29-30first published in Black World, sept. 1973
Mode : Lu

Some old lines and some new ones thrown onto each other for the town hall affair

The title of this episode is a new approach : All women are lesbians except those who don’t know it naturally they are but don’t know it yet I am a woman who is a lesbian because I am a woman and a woman who loves herself naturally who is other women is a lesbian a woman who loves women loves herself naturally this is the case that a woman is herself is all woman is a natural born lesbian so we don’t mind using the name like any name it is quite meaningless it means naturally I am a woman and whatever I am we are we affirm being what we are the way of course all men are homosexuals being having a more sense of their homo their homo-ness their ecce homo-ness their ecce prince & lord & master-ness the 350 years of Abraham intersample Abraham lived for 350 years because the Bible ages are only a succession of sons and fathers and grandfathers intensely identifying with their ancestors their son so identified naturely with the father that he believed he was the father and of course he was as was Abraham and Isaac and Jacob and Esau and Reuben and Simeon and Levi and Judah and Joseph each one lived for 350 years, but who are the daughters of Rachel and Ruth and Sarah and Rebekah the rest we do not know the daughters never had any daughters they had only sons who begat more sons and sons so we have very little sense, from that particular book, of the lineage and ligaments and legacies and identities of mothers and daughters and their daughters and their mothers and mothers and daughters and sisters who were naturally not lesbians if they had nothing of each other save sons so now we must say Verily Verily, I say unto thee, except a woman be born again she cannot see the Kingdom of Goddess a woman must be born again to be herself her own eminence and grace the queen queen-self whose mother has pressed upon her mouth innumerable passionate kisses so sigh us…. There is in every perfect love / A law to be accomplished too : that the lover should resemble / The belov’d : And be the same. And the greater is the likeness / Brighter will the rapture flame — even as John there St. John of the Cross raptured on his pal Jesus whose son he was his father his son as when Jesus in another time said to his lovers and haven’t you heard it a deluge of times And he saith unto them, Follow me, and I will make you fishers of men. And straightway they left their nets, and followed him. Ah lover and perfect equal ! I meant that you should discover me so, by my faint indirection ; And I, when I meet you, mean to discover you by the like in you… I want she who is the tomboy in me… I want she who is very female in me… I want she who is British about me… I want she who is ugly American about me… I want she who is mayonnaise about me… I want she who is the cunt and the balls and the breasts of me and the long straight browny hair and the gangly boarding school adolescent in a navy blue blazer and gold buttons of me… « narcissme, qui consiste à se choisir soi-meme comme objet erotique… » and I want the men to carry my boxes of books for me and carry me upsy daily pigback and pay for me everywhere and adore me as a lesberated woman… Over the inevitable we shall not grieve… This is the body that Jill built… Ecce Leda the Lesbian… Ecce Greta the Gay the gay Gertrude the gay gay gayness of being gay, of being, to be equal we have to become who we really are and women we will never be equal women until we love one another women and say Woe, and behold, a voice from Hera saying This is my beloved daughter in whom I am well pleased O Women of America the World you are your own best friend, your own closest friend, you are the best company for yourself… you should go through and study even right back to your childhood, and of course if you have the great ability to go back to your previous lives you should do so Women of America the World you are your own best friend… These are the series of sayings we are saving the world with : the lamentations of Mary and Marilyn Monroe. Lord help you, Maria, full of grease, the load is with me ! Her smile is between her legs and her mustache is in her armpit and she ordered that history should begin with her with her this is a muster of elephental cunstequence the lost and foundamental situation of the feminine is the primordial relation of identity between mother and daughter the mysteries of Eleusis of the reunion of Demeter and her daughter Persephone to be born again and again and Arethusa and Artemis and Hebe and Hera and Diana and Daphne and Doris and Dora and Dolly and the Danaides all but one murdered their husbands on their wedding nights our case revives their stories for more than a hundred years I wander about in it without coming to the end of her body the most we can do is to dream the myth onwards, and rewrite the stories we will reunite Electra and her mother Clytemnestra and Jocasta will be well pleased in her daughter Antigone who will be more involved in her mothers and her daughters than in the proper burial for her brother and we will remember the histories of say how Eleanor of Aquitaine made a crusade to the holy land and dressed all her ladies in waiting as Amazons in leopard skins and dressed herself as Pan Athenea and that’s how they rode through Greece for the queendom of heaven is as a woman traveling into a far country who called her own servants and delivered unto them her goods for Whole the World to see a woman finds pleasure in caressing a body whose secrets she knows, her own body giving her the clue to its preferences giving each the other their sense of self tracing the body of the woman whose fingers in turn trace her body that the miracle of the mirror be accomplished between women love is contemplative caresses are intended less to gain possession of the other than gradually to recreate the self thru her own self among the women and the women the multitude on the way to the way the world was before it began it is now the world is heading definitely toward a matriarchy more often to return to the source of things we must travel in the opposite direction, Wring out the clothes ! Wring in the dew ! Before all the king’s Hoarsers with all the Queens Mum Her birth is uncontrollable and her organ is working perfectly and there’s a part that’s not screwed on and her education is now for by and about women and presided over by woman All women are lesbians except those who don’t know it of course since whereas both sexes (even as Sigmund sd) are originally more attached to the mother and it is the task of the girl to transfer this attachment to the father naturally they we are but don’t know it yet that woman is now approaching her ancient destiny as woman I am and therefore lesbian which means nothing we could say it over and over again over lesbianlesbianlesbianlesbianlesbianlesbianlesbianlesbianlesbian — Special from the White House, the President of the United States announced last night the appointment of a lesbian to his cabinet… it’s nice if you can invite them in, they usually come in without knocking… Womens lib and let lib new official position on lesbians : Hey ladies it’s okay, like Red China is there so we might as well recognize it… yupyop… Liberal Schmiberal… Maybe… uh… we should invite… uh… her… uh… one of them to dinner… One of what, dear ? Uh, well, uh, she is a bit odd isn’t she ? I mean, you know how we’d feel if a black man was interested in our daughter — Aaaaaaaaaaaaa…. Oh god, and she might make a pass at my wife… Agh… But if she just doesn’t talk about what she is… We could pretend… Whaddyou say to the naked lady please please sorry thank you we are getting to the bottom of women’s lib we are going down on women’s lib I am beside myself with love for you when you are beside me my love the beginning of the unifirst is rite now if all thinks are at this momentum being cremated and the end of the unihearse is right now for all thinks are at this momentus passing away we went to see the Dairy of a Skinzopretty girl O why dint her mother straighten out her teeth when she was young O she is envolved in many strange and wondrous adventures O in short she had come into that abnormal condition known as elation O she did not yet love and she loved to love ; she sought what she might love, in love with loving… O what can she say now that is not the story of so many others O do not fail me she says you are my last chance, indeed our last chance, to save the West… and who vants the Moon ven ve can land on Venus… and O how would you like to be the heroine of yr own life story (she’s looking forward to it extremely) and O don’t be nervous be mermaid be she whom I love who travels with me and sits along while holding me by the hand she ahold of my hand has completely satisfied me o natural woman woman vimmin virmin woreman woeman of America the World until until women all the women see in each other the possibility of a primal commitment which includes sexual love they will be denying themselves the love and value they have readily accorded to men, thus affirming their second class status for within the heterosexual institution no woman can be the equal it is a contradiction in terms the heterosexual institution is a male institution a homo ecce homo institution and you can’t ever change the absoluteness the institution is political is built out of the institutionalized slavery of women so it is a contradiction in terms — such an institution must only collapse of its own accord from within the heterosexual institution is over spiritually over and the new thing now that is happening is the withdrawal of women to give each other their own sense of self a new sense of self until women see in each other the possibility of a primal commitment which includes sexual love they will be denying themselves the love and value they readily accord to men thus affirming their second class status. Until all women are lesbians there will be no true political revolution until in other same words we are woman I am a woman who loves herself naturally who is other women is a lesbian a woman who loves women loves herself naturally this is the case that a woman is herself is all woman is a natural born lesbian so we don’t mind using the name it means naturely I am a woman and whatever I am we are we affirm being what we are saying therefore Until all women are lesbians there will be no true political revolution meaning the terminus of the heterosexual institution through the recollection by woman of her womanhood her own grace and eminence by the intense identities of our ancestors our descendants of the mothers and the daughters and the grandmothers we become who we are which is to say we become our own identities and autonomies even as now we are so but except those who don’t know it yet will be quite upset about it for some time to come as I would more properly be as majorities would have it leaning on my sword describing my defeat some women want to have their cock and eat it too and lesbian is a label invented by anybody to throw at any woman who dares to be a man’s equal and lesbian is a good name it means nothing of course or everything so we don’t mind using the name in face we like it for we can be proud to claim allusion to the island made famous by Sappho the birds are talking to us in Greek again and continue on making a big thing out of it over all these centuries time we can do that we don’t mind it’s nice in fact for we all all of us women are lesbians why not and isn’t it wonderful what a lot of devotion there is to us lying around the universe especially to those all envolved in some penis they’re wrapping their cunts around…. Oh well… Lillian over and out… he sd I want your body and she sd you can have it when I’m through with it… Keep yer hands off me you worldwide weirdo, I just want to be noticed, not attacked — we had a big argonaut about it… The age of shrivelry is abonus again… A Lord was not considered defeated in a local war until his flag had fallen from the main tower of his castle… svastickles falling outen da sky… the current dispute would be settled if the central figure was no longer present (at this moment our leader Norman Mailer akst me to read my last line and I said I’d like to forgo the question and my friends appeared on stage and I made love before notables and my circuitry got overloaded and the men in the audience voted they dint want to hear me no more and I don’t remember too much except leaving and wishing later I’d kissed Germaine before we walked off)… Flash from the White House : last night the President of the United States, clad only in a scanty tribal costume, announced the resignation of the American Government… His life was an empty record of gambling cockfighting titting balls and masques vimmin and vine clothes… Better latent than never… aliquem alium interum… there’s no such thing as sexual differentiation in the spiritual nature of wo(man)… This is the problem passion play of the millentury… O this Restoration Comedy — it’s going to be a beautiful reunion… plunderpussy and all spoiled goods going into her nabsack and some heroine women in wings of Samothrace… Is it to drown her passengers that you have bored a hole in her ? Rubbish, what bunkum these people talk… Events are preshipitaking themselves in the harpiest confusion… cunnilinguist… Listen. If you recognized an aspect of yourself that you love in these ancient new womens heads I too have recognized an admirable aspect of myself in your willingness to be as beautiful as you are who you are My mother was a vestal, my father I knew not no prince nor lord nor master-ness but the nipples and navels of the whirld a wonderwoman the mothers and the daughters and the great grandmothers and daughters of Rachel and Ruth and Sarah and Rebekah the rest we will know now the daughter the mothers and sisters will have daughters who beget daughters so we will more sense, from this time, of the lineage and ligaments and legacies and identities of our mothers and daughters and their mothers and mothers and daughters and sisters who are naturally of course lesbians if they have of each other and saying Verily Verily except a woman must be born again she cannot see the Queendom of Goddess a woman must be born again to be herself her own eminence and grace the queen queenself whose mother has pressed upon her mouth innumerable passionate kisses… Sail away where the wind blows sweet… and take a sister by her hand… Lead her far from this barren land…
ON A CLEAR DAY YOU CAN SEE YOUR MOTHER.

Jill Johnston« ON A CLEAR DAY YOU CAN SEE YOUR MOTHER » Lesbian Nation [1969-1972]Simon & Schuster1973p. 266-273