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Publié en 2007

17 entrées
Mode : Lu

En dévoilant la cosmologie figée des balcons circulaires de la salle de lecture, le plan ascendant atténue le caractère frénétique des recherches des deux enquêteurs, donc confirme la coïncidence momentanée entre la connaissance et l’ordre architectural de la totalité astronomique, et nous donne un bref aperçu de la providence – organisatrice de l’histoire, elle y est pourtant irreprésentable. Aux analyses de Pakula, on pourra donc préférer cette description, due à Jacques Rivette, d’un plan analogue dans Toute la mémoire du monde d’Alain Resnais (bien plus, on peut considérer le plan sur la Bibliothèque du Congrès [dans Les Hommes du Président] comme une allusion à ce dernier) : « le grand drame de notre civilisation est qu’elle est en train de devenir une civilisation de spécialistes. Chacun est de plus en plus enfermé dans son petit domaine et incapable de sortir de celui-ci. Personne aujourd’hui n’est capable de déchiffrer à la fois une inscription ancienne et une formule scientifique moderne. La culture et le trésor commun de l’humanité sont devenus la proie des spécialistes. Je crois que c’était là l’idée de Resnais en tournant la ’nationale’. Il voulait montrer que la seule tâche nécessaire pour l’humanité, pour essayer de retrouver cette unité de la culture, c’était par le travail de chacun, de rassembler les fragments éparpillés de cette culture universelle en train de se perdre. Et c’est pourquoi, je pense, Toute la mémoire du monde se terminait par ces vues de plus en plus hautes de la salle centrale, où l’on voit chaque lecteur, chaque chercheur, dans son coin, penché sur son manuscrit, mais les uns à côté des autres, tous en train d’essayer d’assembler les morceaux épars de la mosaïque, de retrouver le secret perdu de l’humanité, secret qui s’appelle peut-être le bonheur. »
Pourtant, ni le « secret du bonheur », ni la défense sentimentale de la constitution américaine sur laquelle s’achève le film de Pakula, ne constituent la meilleure façon de spécifier la conjonction intermittente entre l’accomplissement de la destinée et l’aperçu presque extatique du paradisiaque. On pense à la thèse perverse des « capital-logiciens » : ce que Hegel, en procédant à son inventaire, appelait l’Esprit absolu, il faut de notre point de vue l’identifier désormais au Capital ; désormais, c’est l’étude du Capital qui est notre véritable ontologie. Le nouveau système mondial, le troisième stade du capitalisme, est pour nous la totalité absente, le « Dieu ou la Nature » de Spinoza, le référent ultime (et peut-être le seul), le véritable fondement de l’Être de notre temps.
Seule une contemplation de ses apparitions spasmodiques nous permettra de dévoiler son avenir, mais aussi le nôtre :

On le voit, le philosophe possède aussi son millénarisme (Chiliasmus) ; mais pour en favoriser l’avènement, l’idée qu’elle s’en fait, encore de très loin seulement, peut jouer un rôle par elle-même. Ce n’est donc nullement une rêverie de visionnaire. Il s’agit seulement de savoir si l’expérience révèle quelque chose qui justifie un tel processus dans les plans de la nature. Je dis ’un tant soit peu’, car ce circuit semble exiger un tel laps de temps avant de se fermer que, si nous nous fondons sur la portion infime parcourue jusqi’ici par l’humanité dans ce domaine, on ne peut déterminer la forme de ce circuit et les rapports des parties au tout qu’avec bien peu de certitude. Pareillement, en s’appuyant sur toutes les observations du ciel faites jusqu’ici, entrevoit-on bien difficilement la course qu’accomplit notre soleil et tout son cortège de satellites dans le grand système des planètes ; cependant, le peu qu’on a observé du fondement général de la constitution systématique de l’édifice du monde nous donne assez peu de certitude pour conclure à la réalité de cette révolution. En attendant, la nature humaine adopte l’attitude suivante : même à l’égard de l’époque la plus éloignée que doit atteindre notre espèce, elle ne demeure pas indifférente, à condition de pouvoir l’atteindre avec certitude. » 1

The mounting camera shot, which diminishes the fevered researches of the two investigators as it rises to disclose the frozen cosmology of the reading room’s circular balconies, confirms the momentary coincidence between knowledge as such and the architectural order of the astronomical totality itself, and yields a brief glimpse of the providential, as what organizes history but is unrepresentable within it.
To Pakula’s account, then, may be preferred this description, by Jacques Rivette, of the analogous shot in Resnais’ Toute la memoire du monde (to which indeed the Library of Congress shot may be seen as an allusion) : « the most crucial thing that’s happening to our civilization is that it is in the process of becoming a civilization of specialists. Each one of us is more and more locked into his own little domain, and incapable of leaving it. There is no one nowadays who has the capacity to decipher both an ancient inscription and a modern scientific formula. Culture and the common treasure of mankind have become the prey of the specialists. I think that was what Resnais had in mind when he made Toute la memoire du monde. He wanted to show that the only task necessary for mankind in the search for that unity of culture was, through the work of every individual, to try to reassemble the scattered fragments of the universal culture that is being lost. And I think that is why Toute la memoire du monde ended with those higher and higher shots of the central hall, where you can see each reader, each researcher in his place, bent over his manuscript, yet all of them side by side, all in the process of trying to assemble the scattered pieces of the mosaic, to find the lost secret of humanity ; a secret that is perhaps called happiness »
Yet even the ’secret of happiness’ - like the sentimental defense of the US constitution with which Pakula’s film overtly ends - may not be the best way of specifying the way in which, here, the solemnity of a working out of destiny is conjoined intermittently with a well-nigh ecstatic glimpse of the paradisal. One thinks of the perverse arguments of the so-called Capital-logicians : that what Hegel, in the process of making his exhaustive inventory of it, called Absolute Spirit, is now from our perspective rather to be identified as Capital itself, whose study is now our true ontology. It is indeed the new world system, the third stage of capitalism, which is for us the absent totality, Spinoza’s God or Nature, the ultimate (indeed, perhaps the only) referent, the true ground of Being of our own time. Only by way of its fitful contemplation can its future, and our own, be somehow disclosed : « We can see that philosophy too may have its chiliastic expectations ; but they are of such a kind that their fulfilment can be hastened, if only indirectly, by a knowledge of the idea they are based on, so that they are anything but over-fanciful. The real test is whether experience can discover anything to indicate a purposeful natural process of this kind. In my opinion, it can discover a little ; for this cycle of events seems to take so long a time to complete, that the small part of it traversed by mankind up till now does not allow us to determine with certainty the shape of the whole cycle, and the relation of its parts to the whole. It is no easier than it is to determine, from all hitherto available astronomical observations, the path which our sun with its whole swarm of satellites is following within the vast system of the fixed stars ; although from the general premise that the universe is constituted as a system and from the little which has been learnt by observation, we can conclude with sufficient certainty that a movement of this kind does exist in reality. Nevertheless, human nature is such that it cannot be indifferent even to the most remote epoch which may eventually affect our species, so long as this epoch can be expected with certainty. »

  1. Kant, « Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique », in Opuscules sur l’histoire, trad. Stéphane Piobetta, Garnier-Flammation, 1990, p. 83-84 ↩
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À mon sens, dans la nouvelle dimensionnalité de l’espace culturel postmoderne, les idées ressortissant de l’ancien type conceptuel ont perdu leur autonomie ; elles sont devenues des espèces d’images rémanentes, projetées sur l’écran de l’esprit et de la production sociale par la culturalisation de la vie quotidienne. La dissolution actuelle de la philosophie reflète dès lors cette modification du statut des idées (et de l’idéologie) : rétroactivement, un certain nombre de « concepts » philosophiques traditionnels sont démasqués comme ayant toujours été de tels symptômes de la conscience, même s’ils ne pouvaient être reconnus comme tels dans les sociétés (ou modes de production) du passé – leur culture était pauvre, pré-médiatique, et il y persistait encore des résidus de « nature ».
Ce que l’on appelle aujourd’hui Théorie constitue bien sûr un autre signe de cette gigantesque mutation historique qui, en rendant la Culture absolue, a aussi rendu profondément problématique la vocation de chacun de ses produits, textes, ou œuvres individuels (s’ils ne « signifient » plus rien, s’ils ne sont plus porteurs d’idées ou de messages, ne fût-ce que sous forme de « thèmes » ou de « problèmes », à quelle fonction pourraient-il encore prétendre ?).

My sense is that in the new dimensionality of postmodern cultural space, ideas of the older conceptual type have lost their autonomy and become something like by-products and after-images flung up on the screen of the mind and of social production by the culturalization of daily life. The dissolution of philosophy today then reflects this modification in the status of ideas (and ideology), which itself retroactively unmasks any number of traditional philosophical ’concepts’ as having been just such consciousness-symptoms all the while, that could not be identified as such in the culturally impoverished, pre-media, and residually. ’natural’ human societies (or modes of production) of the past. What is today called Theory is of course another sign of this momentous historical development, which, by rendering Culture absolute, has deeply problematized the vocation of any of its individual products, texts or works (if they can no longer ’mean’ something or convey ideas or messages, even in the form of the ’theme’ or the ’problem,’ what new function can they claim ?)

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Dogs, however, cannot, under normal circumstances, understand the full range of human speech. As I indicated above, if people want dogs to understand them, they must give dogs hallucinogenic drugs. That is, the Runa must make their dogs into shamans so that they can traverse the ontological boundaries that separate them from humans

Eduardo Kohn« How dogs dream : Amazonian natures and the politics of transspecies engagement »vol. 34American Ethnologist2007p. 13
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That afternoon, back at the house, Ameriga, Hilario’s wife, wondered aloud why the dogs were unable to augur their own deaths and, by extension, why she, their master, was caught unaware of the fate that would befall them : « While I was by the fire, they didn’t dream, » she said. « They just slept, those dogs, and they’re usually real dreamers. Normally while sleeping by the fire they’ll bark ‘hua hua hua.’ » Dogs, I learned, dream, and, by observing them as they dream, people can know what their dreams mean. If, as Ameriga imitated, the dogs had barked « hua hua » in their sleep, it would ´ have indicated that they were dreaming of chasing animals, and they would, therefore, have done the same in the forest the following day, for this is how a dog barks when pursuing game. If, by contrast, they had barked « cuai » that night, it would have been a sure signal that a jaguar would kill them the following day, for this is how dogs cry out when attacked by felines.

Eduardo Kohn« How dogs dream : Amazonian natures and the politics of transspecies engagement »vol. 34American Ethnologist2007p. 3
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Toute l’analyse de Cassirer répond au projet de définir le cadre structurant dans lequel évolue la magie. Conformément à un geste typiquement kantien, Cassirer se détourne dans un premiertemps du contenu de la croyance pour diriger son regard vers sa forme. Selon Cassirer, il convient d’abord de découvrir le terrain sur lequel la magie déploie ses opérations, de préciser les fondements de la croyance,avant de s’évertuer à faire l’inventaire ethnographique du phénomène. L’hypothèse fondamentale de Cassirer repose sur l’affirmation d’unerelation étroite entre la magie et la pensée mythique. Plus exactement, la magie n’est qu’un sous-ensemble de la pensée mythique, c’est-à-dire une partie de l’une des dimensions les plus essentielles de l’esprit humain, au même titre que la connaissance, le langage ou l’art.
Le mythe, etde manière corrélative la magie, apparaissent pour Cassirer principalement comme des formes de pensée. Ence sens, une analytique du mythe doit circonscrire en premier lieu les questions à partir desquelles l’intelligibilité des croyances devient possible. Ces questions sont multiples, mais ont la même allure. Quelle est la nature de la relation entre un objet et un sujet au sein de cette pensée ? Comment s’agencent les fonctionsde perception, d’imagination et de synthèse qui permettent à cette pensée de produire des représentations sur un objet ? Quelles sont enfin les catégories particulières propres à la pensée mythique ? En tant qu epensée, le mythe a une visée objective. Il est tendu par la nécessité de désigner un objet comme étant réel. Le mythe n’appartient pas au domaine de l’imagination, mais à celui de l’action. Cette dimension de la pensée mythique est précisément incarnée par la magie. Pour Cassirer, la magie ne se résume pas à un besoin de croire à l’efficacité d’un sortilège. Elle cherche avant tout à posséder une chose au moyen notamment de la connaissance de son nom. La magie est une forme d’action, maiselle n’est pas pour autant une technique à finalité utilitaire. Elle agit sur le monde parce qu’elle est d’abord et vant toute chose une forme de pensée, précise le philosophe. Pour agir, il est nécessaire, à l’évidence, de se forger une représentation de la réalité. Le mythe et la magie construisent une image du réel à partir de catégories structurantes. Ces catégories n’ont pas pour objectif de disséquer des objets, mais de les fusionner et de les rendre indistincts : « Même là où l’intuition empirique des sens semble nous donner les choses pour ainsi dire elles-mêmes séparées et distinctes, le mythe substitue à cette extériorité et cette juxtaposition des choses une forme caractéristique d’imbrication. Le tout et ses parties sont intimement entrelacés et pour ainsi dire attachés l’un à l’autre par le destin. »
Reprenant implicitement la distinction kantienne entre pensée et connaissance, Cassirer montre que le mythe ne procède pas par construction de concepts. Le mythe filtre les propriétés du particulier en les élevant au rang de principes universels d’explication de la réalité. L’universel est par là même immédiatement présent dans le particulier. La pensée mythique est parvenue à forger une catégorie hybride que l’on pourrait désigner sous le terme de « particulier universel ». Plus exactement, le particulier et l’universel ne sont pas deux catégories distinctes au sein de la pensée mythique, l’événement singulier ayant d’emblée une signification qui le relie à un réseau de symboles. En ce sens, la pensée mythique n’élabore pasun objet en cherchant à le déterminer selon des règles de constitution de l’objectivité, elle se laisse envahir et posséder par la présence immanente d’une chose à caractère sacré ou mythique : « Cette pensée n’est pas poussée par la volonté de comprendre l’objet, au sens de l’embrasser par la pensée et de l’incorporer à un complexe de causes et de conséquences : elle est simplement prise par lui. »

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La thèse abrégée de Lalande, publiée initialement en 1892, a pour objet de réfuter les arguments évolutionnistes devenus, selon le philosophe, le langage commun des sciences physiques et morales de son temps. L’analyse de Lalande porte d’abord sur la polysémie du mot évolution qui enf ait ainsi plutôt une notion qu’un concept. Ce mot détient, en particulier, l’étonnant pouvoir de « tout interpréter au moyen d’un seul et même principe ». L’évolution est un principe directeur qui engendre indéfiniment des explications sur des bases fragiles. Il suffit pour cela de prendre une question, par exemple l’explication causale, de trouver deux termes à l’extrémité d’un spectre de théories, en l’occurrence la magie et la science, pour être en mesure artificiellement de reconstruire une évolution historique et nécessaire amenant l’homme à se libérer de fausses représentations. Le principe évolutionniste délivre, dans ce cas présent, une explication douteuse en ce qu’elle postule d’abord que la magie et la science se réduisent toutes les deux à l’application du principe de causalité, et en ce qu’elle présuppose ensuite que ce principe embrasse une seule signification, tant pour la magie que pour la science. De ce fait, la ligne continue qui relie les points d’une courbe propose une vision purement métaphysique et non scientifique d’un problème. André Lalande voit dans le principe d’évolution une réactualisation de cette tendance au monisme profondément chevillée au discours philosophique : « La loi qui l’exprime est donc bien la loi de l’univers, l’axiome secret qui domine les choses, les engendre, et dont la possession nous donne la clé des phénomènes. » L’architecture de ces propositions évolutionnistes prétendument scientifiques n’est pas, en fait, radicalement différentes des constructions de Hegel, ou de Schelling. Appliquées aux sciences sociales, les thèses évolutionnistes dévoilent plus encore leur fragilité. L’idée selon laquelle l’observation des primitifs donnerait accès à une compréhension des formes premières de la vie sociale ou des représentations collectives semble particulièrement hasardeuse et indémontrable. L’article « Primitif », intégré au Vocabulaire technique et critique de la philosophie, relève toutes les ambiguïtés de ce terme « très usuel en sociologie ». Peut-on assimiler, demande André Lalande, les sociétés inférieures actuelles aux sociétés archaïques, aux sociétés qui nous ont chronologiquement précédés ? Comment établir la preuve que l’analyse d’une institution archaïque constitue un accès à la compréhension de cette institution dans des sociétés supposées plus avancées du point de vue de l’évolution ? Est-on certain que l’évolution historique va du simple ou complexe, « de l’homogène à l’hétérogène, d’une exubérance des formes non systématiques à une sélection logique » ?

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C’est avec de « vieux termes » que nous poserons la thèse la plus générale de cette naissance du sujet  : notre propos est de montrer que le « sujet » aristotélicien est devenu le sujet-agent des modernes en devenant « suppôt » d’actes et d’opérations.

Alain de LiberaArchéologie du sujetvol. 2 : La quête de l’identitéVrin2007
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Ce qui rapproche les deux univers lockéen et médiéval est que l’attribution d’un nom propre, un « nom de baptême », suppose la personne – dans tous les sens du mot suppose : présuppose et assujettit (donne un sujet, un substratum, « a this something », à quoi attribuer la personnalité, d’un mot : un suppôt).

Alain de LiberaArchéologie du sujetvol. 2 : La quête de l’identitéVrin2007
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Chez Leibniz comme chez Locke, la personne est le prête-nom du sujet. Le phénomène est moins évident chez Leibniz, qui réorganise l’ensemble au nom du suppôt ; plus apparent chez Locke, qui du sujet ne garde qu’un unknown substratum, qui pourrait bien être aussi le sujet unique inconnu des propriétés de la matière et de l’esprit (« the unknown substratum of the properties of matter and of spirit  ») – une possibilité que les défenseurs de Locke auront à expliquer face à ses nombreux critiques.

Alain de LiberaArchéologie du sujetvol. 2 : La quête de l’identitéVrin2007
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Le sujet d’inhésion est sujet d’inhérence pour des accidents. Pourchot le subdivise en deux, suivant la distinction lointainement héritée de l’ontologie porrétaine entre quod est (le ce qui est, la chose existante) et quo est (ce par quoi une chose est ce qu’elle est) : (1.1) le sujet d’inhésion éloigné ou subiectum quod est le suppositum, le suppôt, qui reçoit un accident ou un mode par l’entremise d’un autre ; comme l’homme philosophe reçoit la philosophie par l’intermédiaire de son esprit ; (1.2) le subiectum quo est le subiectum par l’intermédiaire duquel l’accident est reçu : dans l’exemple choisi, l’esprit par rapport à la philosophie. La philosophie, comme disposition en acte, a ainsi deux sujets : un sujet (ou sujet prochain), l’âme, et un suppôt (ou sujet éloigné), l’homme.

Alain de LiberaArchéologie du sujetvol. 2 : La quête de l’identitéVrin2007