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Publié en 1975

21 entrées
Mode : Lu

Tout homme qui se tient à l’écart, tout individu qui s’isole et qui a l’air habituellement affecté, eh bien, c’est quelqu’un chez qui s’anime un principe. Le comportement qui n’est pas naturel est symtomatique d’une maxime froissée. L’indépendance, l’originalité doit conunencer par être affectée. Toute morale commence (d’une manière) affectée. Elle impose l’ l’« affectation ». Tout commencement est maladroit.

Jeder sich absondernde, gewöhnlich affectirt scheinende Mensch ist denn doch ein Mensch, bey dem sich ein Grundsatz regt. Jedes unnatürliche Betragen ist Symptom einer angeschossnen Maxime. Selbstständigkeit muß affectirt anfangen. Alle Moral fängt affectirt an. Sie gebietet Affectation. Aller Anfang ist ungeschickt.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 78§ 127
Mode : Lu

Je me sais tel que je me veux, et je me veux tel que je me sais moi-même : parce que je veux ma volonté, parce que je veux absolument. En moi sont donc parfaitement unis connaissance et volonté. Comme je veux encore percevoir en particulier ma volonté, mon acte, – je remarque aussi que j’ai une volonté, que je puis faire quelque chose sans le savoir, et mieux encore, que je puis même connaître et savoir sans l’avoir voulu.

Ich selbst weis mich, wie ich mich will und will mich, wie ich mich weis — weil ich meinen Willen will — weil ich abs[olut] will. In mir ist also Wissen und Willen vollkommen vereinigt. Indem ich meinen Willen, meine That — besonders noch vernehmen will — mercke ich, daß ich auch einen Willen haben — etwas thun kann — ohne daß ich darum weis — ferner, daß ich etw[as] wissen kann und weis, ohne daß ich es gewollt habe.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 73§ 108
Mode : Lu

Les êtres vivants ne se distinguent des corps organiques que par la propriété qu’ils ont d’être excités. Les agents de cette excitation du corps vivant sont : ou bien a) l’air, les aliments, les objets extérieurs, le sang et les fluides sécrétés dans le corps ; ou bien b) certaines fonctions du corps comme les contractions musculaires, l’action cérébrale due aux sensations, à la pensée, aux passions, etc. Ces divers agents constituent les puissances incitantes, et la fonction qu’ils mettent en jeu se nomme l’incitabilité. Quant à l’incitation, c’est le produit de l’action des puissances incitantes sur l’incitabilité. La vie dépend donc de deux facteurs : l’un actif et extérieur, et l’autre passif et interne ; la mort a deux causes : soit la cessation des actions excitantes, soit l’extinction de l’incitabilité. La santé tient à une corrélation telle des incitants et de l’incitabilité, que la vie se maintienne au degré moyen d’énergie dont elle est susceptible. Toutes les maladies consistent dans l’excès ou le défaut d’incitation ; les maladies par excès sont sthiniques, et par défaut d’incitation, asthéniques. Tous les problèmes de la thérapeutique se réduisent à savoir à propos augmenter ou diminuer l’incitation. (Ce qui n’est pas sans une certaine analogie avec la démarche de l’acupuncture chinoise, remarquons-le.) Brown estimait que les maladies asthéniques étaient plus nombreuses que les maladies sthéniques. Rasori, son disciple italien, estima par la suite que c’était le contraire.

NovalisŒuvres complètesvol. 2 : Les fragmentsGallimard1975p. 67 (n. 1)résumé de la doctrine de John Brown (1735-1788) par Armel Guerne
Mode : Lu

Ce que sont à la logologie les philosophies qu’on a faites jusqu’à présent, les poésies qu’on a faites jusqu’à présent le sont à la poésie qui doit et qui va venir. Les poésies ont eu jusqu’à maintenant presque toutes un effet dynamique ; la future poésie transcendante se pourra dire organique. Sitôt qu’on l’aura découverte, on s’apercevra que tous les authentiques poètes de jadis avaient, à leur insu, poétisé organiquement. Mais le fait qu’ils n’aient pas eu conscience de le faire a eu sur tout l’ensemble de leurs œuvres une influence essentielle, tant et si bien qu’elles ne furent vraiment poétiques que par endroits la plupart du temps, alors qu’elles étaient généralement non poétiques dans leur ensemble. [Des parties poétiques dans un tout qui ne l’était point.] La logologie amènera avec elle la révolution nécessaire.

Wie sich die bisherigen Philosophieen zur Logologie verhalten, so die bisherigen Poësieen zur Poesie, die da kommen soll. Die bisherigen Poësieen wirckten meistentheils dynamisch, die Künftige, transscendentale Poësie könnte man die organische heißen. Wenn sie erfunden ist, so wird man sehn, daß alle ächte Dichter bisher, ohne ihr Wissen, organisch poëtisirten – daß aber dieser Mangel an Bewußtseyn dessen, was sie thaten – einen wesentlichen Einfluß auf das Ganze ihrer Wercke hatte – so daß sie größestentheils nur im Einzelnen ächt poetisch – im Ganzen aber gewöhnlich unpoëtisch waren. Die Logologie wird diese Revolution nothwendig herbeyführen.

Novalis« Fragments préparés pour de nouveaux recueils » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 58§ 41
Mode : Lu

L’énergie est la matière des matières. L’âme l’énergie des énergies. L’esprit est l’âme des âmes. Dieu est l’esprit des esprits.

Kraft ist die Materie der Stoffe. Seele die Kraft d[er] Kräfte. Geist ist die Seele der Seelen. Gott ist der Geist der Geister.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 54§ 24
Mode : Lu

Penseur brut, discursif, voilà le scolastique. Un mystique de la subtilité, tel est le vrai scolastique. Il construit son univers d’atomes logiques : il abolit toute nature vivante pour lui substituer un ouvrage artificiel de la pensée. Son but est un automate infini. Son opposé est le poète brut, intuitif, qui est, lui, un macrologue mystique. Il hait la règle et la forme fixe : c’est la vie sauvage, énorme et puissante qui règne dans la nature, et y est en animation. Pas de loi nulle part – caprice et miracle partout. Il est purement dynamique.

Der rohe, discursive Denker ist der Scholastiker, der ächste Scholastiker ist ein mystischer Subtilist. Aus logischen Atomen baut er sein Weltall – er vernich­ tet alle lebendige Natur, um ein Gedankenkunststück an ihre Stelle zu setzen – Sein Ziel ist ein unendliches Automat. Ihm entgegengesezt ist der rohe, intuitive Dichter. Er ist ein mystischer Macrolog. Er haßt Regel, und feste Gestalt. Ein wil­ des, gewaltthätiges Leben herrscht in der Natur – Alles ist belebt. Kein Gesetz – Willkühr und Wunder überall. Er ist bloß dynamisch.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètest. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 49§ 13
Mode : Lu

Vraiment philosopher entièrement est donc un vol de migration qu’on fait ensemble vers un monde aimé, un vol au cours duquel on se détache à tour de rôle au premier poste de pointe, celui qui rend nécessaire le plus gros effort contre l’élément hostile dans lequel on vole.

Achtes Gesammtphilosophiren ist also ein gemeinschaftlicher Zug nach einer geliebten Welt – bey welchem man sich wechselseitig im vordersten Posten, welcher die meiste Anstrengung gegen das widerstrebende Element, worinn man fliegt, nöthig macht, ablößt.

Novalis« Fragments logologiques » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 48§ 3
Mode : Lu

Dear Robin,

Enclosed you find the first of the publications of White Rabbit Press. The second will be much handsomer.

You are right that I don’t now need your criticisms of individual poems. But I still want them. It’s probably from old habit - but it’s an awfully old habit. Halfway through After Lorca I discovered that I was writing a book instead of a series of poems and individual criticism by anyone suddenly became less important. This is true of my Admonitions which I will send you when complete. (I have eight of them already and there will probably be fourteen including, of course, this letter.)

The trick naturally is what Duncan learned years ago and tried to teach us - not to search for the perfect poem but to let your way of writing of the moment go along its own paths, explore and retreat but never by fully realized (confined) within the boundaries of one poem. This is where we were wrong and he was right, but he complicated things for us by saying that there is no such thing as good or bad poetry. There is - but not in relation to a single poem. There is really no single poem.

That is why all my stuff from the past (except the Elegies and Troilus) looks foul to me. The poems belong nowhere. They are one night stands filled (the best of them) with their own emotions, but pointing nowhere, as meaningless as sex in a Turkish bath. It was not my anger or my frustration that got in the way of my poetry but the fact that I viewed each anger and each frustration as unique - something to be converted into poetry as one would exchange foreign money. I learned this from the English Department (and from the English Department of the spirit - that great quagmire that lurks at the bottom of all of us) and it ruined ten years of my poetry. Look at those other poems. Admire them if you like. They are beautiful but dumb.

Poems should echo and reecho against each other. They should create resonances. They cannot live alone any more than we can.

So don’t send the box of old poetry to Don Allen. Burn it or rather open it with Don and cry over the possible books that were buried in it - the Songs Against Apollo, the Gallery of Gorgeous Gods, the Drinking Songs - all incomplete, all abortive - all incomplete, all abortive because I thought, like all abortionists, that what is not perfect had no real right to live.

Things fit together. We knew that - it is the principle of magic. Two inconsequential things can combine together to become a consequence. This is true of poems too. A poem is nver to be judged by itself alone. A poem is never by itself alone.

This is the most important letter that you have ever received.

Love,
Jack

Jack Spicer« First Letter to Robin Blaser » Admonitions [1958]Black Sparrow Press1975
Mode : Lu

Ce sont les murs qui font les prisons, mais il y a des murs partout. On y accroche ce que l’on veut, certes mais autant qu’à un jeu de construction l’ensemble des murs – la cité – ressemble à un système incohérent de canaux aveugles et vides. La destruction de la rue, du tissu vivant de la ville, est la constante du mode de construction lié au travail moderne. Hausmann, en créant des percées dans Paris inaugura à des fins de répression un style de privation et d’ennui dont les cités-dortoirs sont le lointain et misérable prolongement. L’espace urbain se confond avec le quadrillage policier en même temps qu’il est envahi par des mobiles non humains qui bouleversent son espace. Des quartiers riches aux cités ouvrières de la périphérie, des villes de province à la campagne un style non-architectural se répand, avec ses modèles, ses ersatz, ses cloisons, érodant le sentiment du paysage, aplanissant les différences, détruisant l’intensité vivante des sensations. Ce style, je l’appellerais celui de la geôle, parce qu’il exerce un contrôle permanent sur les mouvements et les déviations, parce qu’il oublie les individus à longer des murs qui leur cachent la véritable perspective de leurs déplacements, tendant à transformer la prodigieuse cartographie nerveuse de leurs mouvements en un dessin monotone axé sur quelques lignes tracées d’avance. Rien n’est plus lamentable que la critique passéiste du décor dans lequel nous vivons, mais il n’en demeure pas moins que la transformation de ce décor telle qu’elle n’est pas voulue par nous tend à l’appauvrissement croissant des données et des stimuli, comme si la beauté – l’espace librement accordé aux mouvements du corps – devenait sous nos yeux un mirage. Qui organise et veut cet appauvrissement ? Personne, sinon là encore une force inorganique inconsciente à l’œuvre derrière les gestes de la société – c’est-à-dire une force totalitaire d’elle-même, sans plan préconçu, ni idéologie qui la détermine, l’idéologie n’étant qu’un effet de cette force. Un architecte comme Le Corbusier pouvait enfermer les gens sans le vouloir, mais au moins la privation spatiale qu’il instaurait était-elle le résultat d’une volonté géométrique, d’un plan de domination mentale sur autrui critiquable en tant que tel mais ayant le mérite d’exister, d’être lisible. Aujourd’hui le plan est invisible, et c’est pourquoi tout a l’air d’aller vite dans tous les sens alors qu’au contraire la pauvreté d’imagination étend ses filets chaque jour un peu plus pesamment, tandis que s’étendent à perte de vue ces zones où l’on souhaite ne pas avoir à vivre que l’on travers à la vitesse de l’oubli entre les fragments de paradis dispersés et improbable.

Jean-Christophe Bailly« Pénombre »Fin de siècle, n° 21975
Mode : Lu

Tout bonnement ahurissante est l’erreur ridicule des gens qui se figurent parler pour les choses elles-mêmes. Mais le propre du langage, à savoir qu’il n’est tout uniment occupe que de soi-même, tous l’ignorent. C’est pourquoi le langage est un si merveilleux mystère et si fécond : que quelqu’un parle tout simplement pour parler, c’est justement alors qu’il exprime les plus magnifiques vérités. Mais qu’il veuille au contraire parler de quelque chose de précis, voilà tout aussitôt la langue malicieuse qui lui fait dire les pires absurdités, les bourdes les plus grotesques. Aussi est-ce bien de là que vient la haine que tant de gens sérieux ont du langage. Sa pétulance et son espièglerie, ils la remarquent ; mais ce qu’ils ne remarquent pas, c’est que le bavardage à bâtons rompus et son laisser-aller si dédaigné sont justement le côté infiniment sérieux de la langue.

Der lächerliche Irrthum ist nur zu bewundern, daß die Leute meinen — sie sprächen um der Dinge willen. Gerade das Eigenthümliche der Sprache, daß sie sich blos um sich selbst bekümmert, weiß keiner. Darum ist sie ein so wunderbares und fruchtbares Geheimniß, — daß wenn einer blos spricht, um zu sprechen, er gerade die herrlichsten, originellsten Wahrheiten ausspricht. Will er aber von etwas Bestimmten sprechen, so läßt ihn die launige Sprache das lächerlichste und verkehrteste Zeug sagen. 10 Daraus entsteht auch der Haß, den so manche ernsthafte Leute gegen die Sprache haben. Sie merken ihren Muthwillen, merken aber nicht, daß das verächtliche Schwatzen die unendlich ernsthafte Seite der Sprache ist.

Novalis« Monologue » Œuvres complètesvol. 2 : Les fragmentstrad. Armel GuerneGallimard1975p. 86