Les formes de survie à nous concédées s’épuisent souvent dans le plaisir de faire marcher la machine, de s’y enclencher comme rouage, etc. Mais cela aussi se passe de plus en plus dans l’isolement, celui des logements ou des bureaux, la masse ameutée est elle aussi en train d’être annexée par les foules rivées aux médias et contrôlées par les médias, que l’on pourrait épingler avec le terme improbable de masses invisibles. Elle n’a pas pour seul statut celui de « foule ameutée planquée », elle a aussi d’autres plaisirs, change d’état, vit des sauvetages, a des révélations, a aussi ses propres angoisses. Les différentes « masses invisibles » devant l’écran changent de forme et de composition, tout comme d’affects, en quelques secondes. Mais cette masse ne devient ouverte qu’exceptionnellement ; c’est un indice significatif de l’accroissement des foules médiatement organisées.
La participation à cette masse invisible peut aussi se faire en déposant un bulletin de vote lors d’une élection ; le bulletin de vote en guise de linceul ou de signe de bienvenue aux quelques milliers de demandeurs d’asile.
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Publié en 2024
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L’attestation des droits au chômage, le numéro d’immatriculation, les justificatifs, etc., créent une appartenance à un corps social maintenu en vie et régulé par des institutions étatiques, par des administrations qui la financent et produisent ainsi des signes dans lesquels les chômeurs se reconnaissent et acceptent leur condition. En d’autres termes : tout se passe comme si des personnes licenciées devenaient des éléments enregistrés d’une tribu d’humains particuliers, certes exclus de l’emploi, mais dotés de normes d’appartenance précisément définies : A tribe called « chômeurs » – une tribu à part entière. Selon McLuhan, la tendance générale des médias électroniques est de créer des tribus ; des fans de jazz, des porteurs de baskets Nike, etc. Le numéro de tribu confère aux membres de la tribu des chômeurs une sorte de stabilité inattendue – comme s’ils avaient reçu un nouveau corps institutionnel sériel dont la forme peut être aisément « avalée » par le pays, même quand on a 5 ou 6 millions de personnes « sans travail », dans des proportions qui avaient, un demi-siècle plus tôt, précipité ce pays dans l’abîme et dans la folie, et conduit d’autres pays au bord.
« Nous » déclarions « les adultes » comme manifestement fous ; nous étions des étrangers dans notre propre pays, dans notre propre « culture », comme l’appelaient les fous (et le reste du monde était censé ne pas avoir cette « culture », les Russes et moins encore les « nègres » dont nous écoutions constamment l’impropre par suite de « judaïsation »).
Ils ne voulaient néanmoins rien reconnaître de l’ampleur du meurtre systématique. « Un peu trop d’assassinés, concédait un peu plus notre père, fonctionnaire des chemins de fer prussiens de catégorie intermédiaire du côté du bien éternel. »
Tout « notre » parler était passé du côté des gens du même tage. Là, j’ai eu de la « chance » ; il y avait toujours des amis avec qui jouer, discuter, boire et lire qui pensaient réellement. « On n’a pas de chance, on est dans la chance », ai-je lu plus tard chez Adorno. D’accord, il avait raison, comme presque toujours, le type.
Freud était tombé dans les mains de beaucoup d’entre « nous ». Nous étions des lecteurs : la littérature des exilés, Thomas Mann, Brecht bien sûr, alors very busy à conquérir les scènes du théâtre ouest-allemand. À 19 ans : l’Interprétation du rêve de Freud ; au lycée, le Petit organon de Brecht ; un jeune professeur d’histoire est un jour arrivé avec le Manifeste du parti communiste, auteur : Karl Marx. Les livres de Tucholsky dans la collection rororo étaient dans toutes les poches. Ainsi que – en dehors de l’école – Henry Miller.
Oui, c’est le marquis, je pense, de qui le cerveau, de même que le mien, se voit équipé de ce que le marquis, donc, appelle un surveillant de sommeil. Le surveillant de sommeil est mis en activité sitôt que le marquis s’est lui-même mis au lit. Le marquis lit dans son lit (force lui est, au demeurant, de constater que ce n’est plus jamais que dans son lit qu’il lit), et le surveillant de sommeil est, principalement, un surveillant de lecture, quoiqu’il puisse aussi, mais de moins en moins fréquemment pour celui qui nous occupe, fonctionner en mode de surveillance de pensée : le cas est devenu, en effet, exceptionnel où le marquis se couche assez reposé pour pouvoir encore voir venir la fatigue ; le marquis, dans le cas rare où il se couche reposé, lit un peu, voit, lisant, venir la fatigue, éteint la lumière, et, seulement alors met en activité le surveillant de sommeil, avant d’entreprendre de penser dans le noir. Dans le même temps que le marquis pense, le surveillant de sommeil analyse ses pensées, non pas sous le jour de leur valeur intrinsèque, laquelle demeure de l’exclusive compétence du marquis, mais sous celui seul de leur cohérence, en fonction de quoi il les qualifiera ou de diurnes ou de nocturnes. Une pensée sitốt épinglée comme nocturne, le surveillant de sommeil avertit le marquis qu’il vient de s’endormir, et prend congé. Ainsi, cependant, que nous l’avons dit, le cas le plus fréquent est celui ou c’est déjà fatigué que le marquis se met au lit, et lit. Ce sont phrases, alors, qu’examine le surveillant de sommeil, automatiquement déclenché. Sans doute même devrions-nous dire – puisque, enfin, sont d’ordinaire phrases elles-mêmes ces pensées que nous avons vu plus haut le surveillant de sommeil pouvoir avoir pour tâche d’analyser – qu’il analyse des phrases lues, toute la question, qu’il lui faut résoudre, étant celle de savoir si le livre existe, ou s’il n’existe pas, dans lequel le marquis, selon, ou les lit ou croit les lire. S’il est patent que le livre n’existe pas, ou si, existant pourtant, ou pouvant être appelé à l’existence (le point qui alerte le surveillant de sommeil peut être, en effet, l’irruption de l’un parmi ces personnages desquels le marquis est le concepteur unique ; or nous devons savoir, et du moins, quant à lui, le surveillant de sommeil sait-il, que le marquis ne se relit jamais ; à plus forte raison ne se relit-il pas au lit), ce livre ne peut être le livre que le marquis lit, c’est, alors, que le marquis, sinon dort, du moins s’endort. À la question de savoir à quoi réellement peut bien servir un surveillant de sommeil, il est répondu que, sans doute, en effet, non, il ne sert pas à grand-chose : à peine, nous l’avons vu, dans les cas de lectures lasses, dont nous savons aussi qu’elles sont les plus fréquentes, autorise-t-il – instruit par le surveillant de sommeil de ceci qu’il ne lit plus mais déjà, sinon tout à fait dort, du moins s’endort, le marquis dépose le livre, déchausse ses lunettes, et éteint la lumière – de tout de même assez modestes économies d’énergie. En ce, toutefois, qu’il permet, ou bien à la phrase ou bien à la pensée près, de repérer l’instant de l’endormissement, il offre sur le tard de la vie ce que l’on se rappelle avoir répétitivement tenté d’atteindre dans l’enfance.
Est-ce que je tendais la main vers l’interrupteur, prononçais les mots à voix basse, « je ne sais pas », et seulement alors me disais : « Tiens, voilà que je les ai prononcés encore ! », et cela, chaque soir ? N’est-ce pas plutôt que, une fois, les prononçant, me surprenant les prononçant, j’ai pensé – j’ai pensé d’abord « Mais qu’est-ce qu’il me prend ? » : je ne battais pas, en effet, à tel point la campagne que je n’eusse conscience à tout le moins d’une bizarrerie ; et ensuite seulement : « Qui plus est, il me semble bien que ce n’est pas la première fois. » Mais combien de fois ? Une fois ? Deux fois ? Trois ou quatre ? En sorte que, où j’ai dit plus haut « chaque soir », il pourrait ne s’agir que de peu de soirs, et peut-être point même consécutifs. Il pourrait ne s’agir que de l’illusion de plusieurs soirs. Ou est-ce que je me surprenais, ces mots, « je ne sais pas », sur le point de les prononcer, et cela, alors, oui, pourquoi pas ?, chaque soir – chaque soir, de nouveau, ayant dérivé mes pensées sur le sujet vaste de mon ignorance –, ou non pas, d’ailleurs, sur le point de les prononcer, ni ne me surprenant, mais, chaque soir, y recourant comme à cela seul qui fût sûr, ou non pas y recourant, et non pas comme à cela seul qui fût sûr, en négligeant, encore qu’elle fût, la certitude au profit de la répétitivité qu’elle fonde, en acceptant, provisoire, puisque, le lendemain, je recommencerais, le constat en tant même que, le lendemain, je recommencerais, et l’égalant, répétitif, par là m’égalant, et mieux de le dire, de prononcer les mots, et qu’ils vibrassent, fût-ce peu, dans l’air et dans l’espace, qui sont ordre de la nature, à l’ordre de la nature, et à la répétitivité des soirs.
L’intérêt, pourtant, qu’il y a, non négligeable, tant s’en faut, à passer des nuits très courtes, c’est que, à la condition qu’il ne soit pas prévu de rendez-vous après le déjeuner, l’on a désormais un but dans la vie : la sieste. C’est dans la pensée de la sieste, en outre, qu’au cours d’une matinée certes s’étirant, mais enfin moins que n’eût fait, succédant à la nuit longue, le jour entier, et malgré les effets de la fatigue qu’il se peut bien que l’on ressente, l’on s’adonnera à quelque tâche louable : repeindre une à deux fenêtres, apprendre quelques mots d’une langue étrangère, à travers lesquels voir venir le monde ; dans son carnet, coucher une ou deux notes. L’heure sonnée de la sieste, l’on se verra en droit de retenir un ouvrage, indifféremment de lecture aisée, ou plus difficile : la honte, dans le premier cas, l’effort dans l’autre, seront trop brefs pour qu’il vaille d’en tenir compte. Au sortir de la sieste, l’on n’aura plus devant soi qu’agréables perspectives : verre d’avant dîner, dîner, projection d’un film dans l’ancienne nursery transformée en cinémathèque, and so to bed. L’on y puisera la force, ma foi, de peindre une fenêtre encore, d’apprendre quelques mots de plus, ou de coucher une autre note (au choix). L’on constatera, qui plus est, par le moyen d’un calcul simple, que la nuit courte additionnée de sieste consacre au sommeil moins d’heures et, ce faisant, accorde plus à la vie proprement dite, laquelle est éveil, que n’eût fait la nuit longue.
Nous parlions de l’ignorance ; aussi, d’un savoir obscur ; du sang, et comment, une fois appris qu’il circule, c’est continûment, obscurément, qu’on le perçoit circuler ; de ce chuintement aux oreilles lorsqu’on les bouche ; du cour, et comme on l’entend battre, la nuit, ces coups sourds, dans le silence de la campagne ; du corps en général ; de son unité, de son morcellement, de ses débris.
Bon es partit on va enfachilhar certaines personnes, elles vont avoir mal à la tête sans raison, une sensation de fièvre sans en avoir, des courbatures, l’obligation de dormir douze heures par jour, leurs appareils électroniques vont se vider de leur batterie instantanément. Elles vont être dans l’impossibilité d’articuler de las pensadas complexes sans être épuisées, avoir une instabilité affective et un manque de confiance en soi maladir. Parfois en plein milieu de la journée lor vision se va escurir. Quand elles parleront elles auront du mal à articular. Parfois un peu de salive s’échappera de leur bouche quand elles tenteront de prononcer les consonnes. Elles ne pourront plus se projeter dins lo futur. Aquela malediccion va toucher les personnes qui ne sont pas d’accord avec nous. Ceux qui ne veulent pas de moi, je les efface de mon existence, d’un simple agach de mesprètz. Je suis l’Inflexible, l’aînée des Parques, mais au lieu de copa lo fil, je fais una bocla.
Je suis la vieille femme araignée, celle qui a inventé l’artisanat.
Maintenant, vous n’avez plus besoin de moi pour advenir lo mal absolut, las granas de la discorde sont plantés dans les discords et tout le monde va s’entretuer dans la rue, à coup de marteaux et de voitures familiales lancées à pleine velocitat. Mais pour cela, les ondes doivent encore se remplir jusqu’à craquer, la 5G doit être saturée de messages appelant al murtre et a l’insureccion. Je ne dis pas que vous devez le faire, je dis que vous devez l’accompanhar. Encore une fois il s’agit d’argent. L’edat s’apodera de nosautras per suspresa. Tout est toujours un problème économique, regardez, vous vous adressez à moi car votre economia vous fait douter de vous. Vous avez besoin d’un messager, d’un passe-temps, d’acrobacias qui vous font rester en vie. L’ombre et la lumière, on a tous besoin d’explication.
D’autres états semblent stimuler nos ailes, à commencer par l’excitation sexuelle et la colère. Oserons-nous déclarer quelque chose comme : il y a des dykes qui baisent la montagne, nous serons une fem qui baise l’heure ?