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Publié en 1995

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Mode : Lu

Le fait était qu’ils ne s’aimaient pas. Souvent, autrefois, ils avaient joué ensemble au tennis, ou s’étaient rencontrés dans des soirées, ils étaient sortis ensemble, avaient pris de l’intérêt l’un à l’autre et franchi ainsi imperceptiblement la frontière qui sépare l’ami intime auquel on se montre dans le désordre de ses sentiments, de tous ceux pour lesquels on se fait beau. Sans y prendre garde, ils s’étaient trouvés aussi intimes que deux êtres qui s’aiment depuis longtemps, qui même bientôt ne s’aimeront plus ; mais ils s’étaient dispensés de l’amour. Ils se disputaient tant qu’on aurait pu croire qu’ils se détestaient, mais ces disputes étaient à la fois un obstacle et un lien. Ils savaient qu’il suffirait d’une petite étincelle pour mettre le feu à leurs rapports. Si la différence d’âge avait été moins grande ou si Gerda avait été une femme mariée, il est probable que l’occasion eût fait le larron et que le larcin, au moins rétrospectivement, eût fait la passion : car on se met en amour comme on se met en colère, rien qu’en en faisant les gestes. Mais justement parce qu’ils savaient cela, ils ne les faisaient pas.

Die Sache war die, daß sie einander nicht liebten. Sie hatten früher oft gemeinsam Tennis gespielt oder sich in Gesellschaft getroffen, waren miteinander gegangen, hatten Anteil aneinander genommen und auf diese Weise unmerklich die Grenze überschritten, die einen vertrauten Menschen, dem man sich zeigt, wie man in seiner Gefühlsunordnung ist, von allen unterscheidet, vor denen man sich fein macht. Sie waren unversehens so vertraut geworden wie zwei, die sich schon lange lieben, ja fast schon nicht mehr lieben, aber hatten sich dabei die Liebe erlassen. Sie zankten einander aus, so daß man glauben konnte, sie möchten einander nicht, aber das war zugleich Hindernis und Verbindung. Sie wußten, daß nur ein kleiner Funke fehlte, um daraus ein Feuer anzurichten. Wäre der Altersunterschied zwischen ihnen geringer oder Gerda eine verheiratete Frau gewesen, so wäre wahrscheinlich aus der Gelegenheit der Dieb und aus dem Diebstahl wenigstens nachträglich eine Leidenschaft geworden, denn man redet sich in die Liebe hinein wie in den Zorn, wenn man ihre Gebärden macht. Aber gerade weil sie das wußten, taten sie es nicht.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 73 : Gerda Fischeltrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 390
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Il nous faut maintenant ajouter quelques mots à propos d’un sourire, et qui plus est, d’un sourire d’hommes, accompagné de la barbe indispensable à cette activité d’homme qu’on appelle sourire-dans-sa-barbe : il s’agit du sourire des savants qui avaient donné suite à l’invitation de Diotime et écoutaient parler les illustres beaux esprits. Quoiqu’ils sourissent, gardons-nous bien de croire que ce fût avec ironie. Tout au contraire, c’était leur façon d’exprimer la vénération et l’incompétence dont on a déjà parlé. Mais gardons-nous aussi d’en être dupes. Dans leur conscience, c’était sans doute vrai, mais dans leur subconscient, pour user d’un terme devenu courant, ou, pour mieux dire, dans leur état général, c’étaient des hommes chez qui grondait, comme le feu sous le chaudron, une certaine tendance au Mal.

Bien entendu, cette remarque semble paradoxale, et un professeur d’Université en présence duquel on la risquerait répliquerait probablement qu’il se contente de servir la Vérité et le Progrès, et ne veut rien savoir d’autre : c’est là l’idéologie de sa profession. Toutes les idéologies de profession sont évidemment nobles ; les chasseurs, par exemple, bien loin de s’intituler « bouchers des forêts », se proclament très haut « Amis officiels des animaux et de la nature », de même que les commerçants défendent le principe du profit honorable et que les voleurs, à leur tour, adoptent le dieu des commerçants, à savoir le distingué promoteur de la concorde universelle, l’international Mercure. Il ne faut donc pas faire trop de cas de la forme que prend une activité quelconque dans la conscience de ceux qui l’exercent.

Si l’on se demande sans aucun parti pris comment la science a pu aboutir à sa forme actuelle (chose importante à tous points de vue, puisqu’elle nous domine et que l’analphabète lui-même n’en est pas préservé, qui apprend à vivre dans la compagnie d’innombrables objets produits scientifiquement), on obtient déjà une image fort différente. Selon des traditions dignes de foi, ce serait au cours du XVIe siècle, période d’intense animation spirituelle, que l’homme, renonçant à violer les secrets de la nature comme il l’avait tenté jusqu’alors pendant vingt siècles de spéculation religieuse et philosophique, se contenta, d’une façon que l’on ne peut qualifier que de « superficielle », d’en explorer la surface. Le grand Galilée, par exemple, qui est toujours le premier cité à ce propos, renonçant à savoir pour quelle raison intrinsèque la Nature avait horreur du vide au point qu’elle obligeait un corps en mouvement de chute à traverser et remplir espace après espace jusqu’à ce qu’il atteignît enfin le sol, se contenta d’une constatation beaucoup plus banale : il établit simplement à quelle vitesse ce corps tombe, quelle trajectoire il remplit, quel temps il emploie pour la remplir et quelle accélération il subit. L’Église catholique a commis une grave faute en forçant cet homme à se rétracter sous peine de mort au lieu de le supprimer sans plus de cérémonies : c’est parce que lui et ses frères spirituels ont considéré les choses sous cet angle que sont nés plus tard (et bien peu de temps après si l’on adopte les mesures de l’histoire) les indicateurs de chemin de fer, les machines, la psychologie physiologique et la corruption morale de notre temps, toutes choses à quoi elle ne peut plus tenir tête. Sans doute est-ce par excès d’intelligence qu’elle a commis cette faute, car Galilée n’était pas seulement l’homme qui avait découvert la loi de la chute des corps et le mouvement de la terre, mais un inventeur à qui le Grand capital, comme on dirait aujourd’hui, s’intéressait ; de plus, il n’était pas le seul à son époque qu’eût envahi l’esprit nouveau. Au contraire, les chroniques nous apprennent que la sobriété d’esprit dont il était animé se propageait avec la violence d’une épidémie ; si choquant qu’il soit aujourd’hui de dire de quelqu’un qu’il est animé de sobriété, quand nous penserions plutôt en être saturés, le pas que l’homme fit à cette époque hors du sommeil métaphysique vers la froide observation des faits dut entraîner, si l’on en croit quantité de témoignages, une véritable ardeur, une véritable ivresse de sobriété. Si l’on se demande comment l’humanité a pu penser à se transformer ainsi, il faut répondre qu’elle a agi comme tous les enfants raisonnables quand ils ont essayé trop tôt de marcher ; elle s’est assise par terre, elle a touché la terre avec une partie du corps peu noble sans doute, mais sur laquelle on peut se reposer. L’étrange est que la terre se soit montrée si sensible à ce procédé et qu’elle se soit laissé arracher, depuis cette prise de contact, une telle foison de découvertes, de commodités et de connaissances qu’on en crierait presque au miracle.

Cette préhistoire terminée, on serait en droit de penser que nous vivons maintenant dans le miracle de l’Antéchrist ; car l’image du contact à quoi l’on vient de recourir ne doit pas être interprétée seulement dans le sens du confort et de la sécurité, mais aussi dans celui de l’inconvenance et du défendu. En effet, avant que les intellectuels ne découvrissent la volupté des faits, seuls les guerriers, les chasseurs et les commerçants, c’est-à-dire précisément les natures rusées et violentes, l’avaient connue. Dans la lutte pour la vie, il n’y a pas de place pour le sentimentalisme de la pensée, il n’y a que le désir de supprimer l’adversaire de la façon la plus rapide et la plus effective ; tout le monde est positiviste ; tout de même, dans le commerce, la vertu n’est point de s’en laisser conter mais de s’en tenir au solide, le profit représentant somme toute une victoire psychologique remportée sur autrui et conditionnée par les circonstances. Si l’on considère d’autre part quelles vertus permettent les grandes découvertes, on trouve l’absence de tout scrupule traditionnel et de toute inhibition, le courage, le plaisir de détruire autant que celui d’entreprendre, l’exclusion de toute considération morale, le marchandage patient des moindres bénéfices, l’attente tenace, quand il le faut, sur le chemin qui mène au but, enfin un respect du nombre et de la mesure qui est l’expression la plus aiguë de la défiance à l’égard de toute espèce d’imprécision ; en d’autres termes, rien, précisément, que les vieux vices des chasseurs, soldats et marchands transposés dans le domaine intellectuel et métamorphosés en vertus. Sans doute ces vices sont-ils ainsi affranchis de la recherche d’un profit personnel et relativement bas, mais l’élément de Mal originel, comme on pourrait le nommer, survit à cette transformation, étant apparemment indestructible et éternel, tout au moins aussi éternel que les grands idéaux humains, puisqu’il n’est finalement rien de moins et rien de plus que le plaisir de tendre un croc-en-jambe aux idéaux pour les voir se casser le nez. Qui ne connaît la maligne tentation qui vous vient à l’esprit devant un beau grand vase de cristal, à l’idée qu’un seul coup de canne le briserait en mille morceaux ? Cette tentation, exaltée jusqu’à cet héroïsme amer né du fait que l’homme ne peut être sûr de rien, dans sa vie, sinon de ce qui tient à fer et à clou, est dans la sobriété spirituelle de la science un sentiment de base ; si les convenances s’opposent à ce qu’on l’identifie avec le Diable, on ne peut nier tout de même qu’elle ne sente un peu le soufre.

On peut rappeler dès l’abord la singulière prédilection de la pensée scientifique pour ces explications mécaniques, statistiques et matérielles auxquelles on dirait qu’on a enlevé le cœur. Ne voir dans la bonté qu’une forme particulière de l’égoïsme ; rapporter les mouvements du cœur à des sécrétions internes ; constater que l’homme se compose de huit ou neuf dixièmes d’eau ; expliquer la fameuse liberté morale du caractère comme un appendice automatique du libre-échange ; ramener la beauté à une bonne digestion et au bon état des tissus adipeux ; réduire la procréation et le suicide à des courbes annuelles qui révèlent le caractère forcé de ce que l’on croyait le résultat des décisions les plus libres ; sentir la parenté de l’extase avec l’aliénation mentale ; mettre sur le même plan la bouche et l’anus, puisqu’ils sont les extrémités orale et rectale d’une même chose… : de telles idées, qui dévoilent en effet dans une certaine mesure les trucs de l’illusionnisme humain, bénéficient toujours d’une sorte de préjugé favorable et passent pour particulièrement scientifiques. C’est sans doute la vérité qu’on aime en elles ; mais tout autour de cet amour nu, il y a un goût de la désillusion, de la contrainte, de l’inexorable, de la froide intimidation et des sèches remontrances, une maligne partialité ou tout au moins l’exhalaison involontaire de sentiments analogues.

En d’autres termes, la voix de la vérité est toujours accompagnée de parasites assez suspects, mais ceux qui y sont le plus intéressés n’en veulent rien savoir. Or, la psychologie moderne connaît un bon nombre de ces « parasites » refoulés et nous en offre le remède : les faire sortir et les rendre aussi clairs que possible à la conscience pour annuler leur néfaste influence. Qu’adviendrait-il donc si l’on se décidait à faire l’expérience et qu’on se sentît tenté de révéler publiquement ce goût équivoque de l’homme pour la vérité et ses parasites, misanthropie et satanisme, et qu’on allât même jusqu’à l’introduire avec confiance dans la vie ? Eh bien ! il en résulterait à peu près ce défaut d’idéalisme que l’on a déjà décrit sous le nom d’« utopie de la vie exacte », mode de pensée fondé sur la possibilité de l’essai et de la rétractation, mais soumis néanmoins à l’implacable loi martiale qui régit toute conquête intellectuelle. Cette manière de façonner sa vie n’est nullement faite, il est vrai, pour préserver ou apaiser celui qui l’adopte ; loin de considérer ce qui est digne de vie avec un respect absolu, il n’y verrait plus qu’une simple ligne de démarcation que la lutte pour la vérité intérieure ne cesse de déplacer. Il douterait du caractère sacré de chaque instant du monde, non point par scepticisme, mais dans l’esprit du grimpeur qui sait que le pied le plus sûr est aussi toujours le plus bas placé. Dans le feu de cette Église militante qui hait le dogme pour l’amour de ce qui demeure encore irrévélé et repousse les lois et la tradition au nom d’un amour exigeant de sa prochaine figure, le Diable retrouverait le chemin de Dieu, ou, pour parler plus simplement, la vérité redeviendrait la sœur de la vertu et ne serait plus tentée de lui jouer ces tours sournois qu’une jeune nièce réserve à une tante restée vieille fille.

Tout cela, un jeune homme l’enregistre plus ou moins consciemment dans les amphithéâtres du Savoir ; il y découvre aussi les éléments d’une vaste synthèse où des mondes aussi éloignés l’un de l’autre qu’une pierre qui tombe et un astre qui gravite se voient comme par jeu rapprochés, où un phénomène qui semblait absolument un et indivisible, comme la naissance d’un acte simple dans les centres de la conscience, se trouve divisé en courants dont les sources profondes sont séparées les unes des autres par des millénaires. Mais qu’il prenne envie à quelqu’un d’étendre la mentalité ainsi acquise au-delà des limites de certains problèmes spécialisés, on lui fera vite comprendre que les exigences de la vie ne sont pas celles de la pensée. Dans la vie, c’est presque toujours le contraire de ce dont un esprit cultivé est familier, qui se produit : les différences et les ressemblances naturelles acquièrent un prix infini ; tout ce qui dure, et de quelque façon que ce soit, est considéré jusqu’à un certain point comme naturel, de sorte qu’on n’y touche pas volontiers ; les transformations qui se révèlent nécessaires ne se font qu’avec hésitation et comme en louvoyant. Si donc quelqu’un s’avisait, poussé mettons par une mentalité végétarienne, de voussoyer une vache (parfaitement conscient du fait que l’on manque plus facilement d’égards à un être que l’on tutoie), on le traiterait aussitôt de sot ou même de fou ; non pas à cause de sa mentalité végétarienne ou zoophile, laquelle est jugée « profondément humaine », mais bien parce qu’il l’aurait transposée directement dans le réel. En un mot, il existe entre l’esprit et la vie un compromis assez complexe aux termes duquel l’esprit touche tout au plus 0,5 % de ses créances et y gagne le titre de créancier honoraire.

Si l’esprit, sous la forme puissante qu’il a fini par revêtir, est lui-même, comme on vient de l’admettre, un saint tout à fait viril, avec tous les défauts accessoires du guerrier et du chasseur, il faudrait conclure des circonstances évoquées ci-dessus que sa secrète tendance à la perversion ne peut s’épanouir nulle part dans sa totalité (assez grandiose après tout), ni trouver aucune occasion de se purifier au contact du réel ; on ne pourrait la rencontrer que sur des chemins tout à fait étranges, incontrôlés, où elle échappe enfin à sa stérile captivité. Reste à savoir si, jusqu’ici, tout a été jeu illusoire ou non ; toutefois, on ne peut nier que cette dernière supposition ne soit confirmée à sa manière. Il règne aujourd’hui chez beaucoup d’hommes un état d’esprit assez obscur : attente du pire, disposition à la révolte, défiance envers tout ce que l’on vénère. Il y a des hommes qui déplorent le manque d’idéalisme de la jeunesse, mais qui, dans le moment où il leur faut agir, se comportent spontanément comme celui qui, par une très saine défiance des idées, en appuie la trop courtoise puissance par l’action d’une quelconque matraque. Autrement dit, est-il un seul but pie qui ne doive se pourvoir d’un rien de corruption et compter un peu avec les qualités humaines inférieures, s’il veut passer dans ce monde pour sérieux et sincère ? Des expressions comme : « tenir », « forcer », « serrer la vis », « ne pas avoir peur de casser les vitres », « la manière forte », ont un agréable parfum de sérieux. L’idée que le plus grand esprit, fourré dans une cour de caserne, y apprend en huit jours à sauter au seul commandement d’un sous-off, celle qu’un lieutenant et huit hommes suffisent pour mettre en état d’arrestation tous les parlements du monde, n’ont, il est vrai, trouvé leur expression classique que plus tard, lorsqu’on a découvert qu’on pouvait, de quelques cuillerées d’huile de ricin administrées à un idéaliste, ridiculiser les convictions les mieux ancrées ; mais depuis longtemps déjà, bien qu’on les eût bannies avec indignation, elles avaient la même terrible force ascensionnelle que les plus étranges rêves. Le fait est là aujourd’hui que la deuxième pensée, quand ce n’est pas la première, de tout homme qui se trouve confronté à quelque phénomène imposant, fût-ce simplement par sa beauté, est inévitablement celle-ci : « Tu ne vas pas me la faire, je finirai bien par t’avoir ! » Et cette rage de tout abaisser, caractéristique d’une époque qui n’est pas seulement persécutée, mais persécutrice, ne peut plus être simplement confondue avec la distinction naturelle que la vie établit entre le sublime et le grossier ; c’est bien plutôt, dans notre esprit, un trait de masochisme, l’inexprimable joie de voir le bien humilié et même détruit avec une si merveilleuse aisance. On croirait à un désir passionné de se démentir, et peut-être n’est-il pas si désolant, après tout, de faire confiance à une époque qui est venue au monde par les pieds, et ne demande plus qu’à être remise à l’endroit par son Créateur.

Es müssen nun ein paar Worte über ein Lächeln folgen, noch dazu ein Männerlächeln, und es war ein Bart dabei, geschaffen für die männliche Tätigkeit des In den Bart Lächelns ; es handelt sich um das Lächeln der Gelehrten, die der Einladung Diotimas Folge geleistet hatten und den berühmten Schöngeistern zuhörten. Obgleich sie lächelten, darf man beileibe nicht glauben, daß sie es ironisch taten. Im Gegenteil, es war ihr Ausdruck der Ehrerbietung und Inkompetenz, wovon ja schon die Rede gewesen. Aber man darf sich auch dadurch nicht täuschen lassen. In ihrem Bewußtsein stimmte das, jedoch in ihrem Unterbewußtsein, um dieses gebräuchliche Wort zu benützen, oder richtiger gesagt, in ihrem Gesamtzustand waren es Menschen, in denen ein Hang zum Bösen rumorte wie das Feuer unter einem Kessel.

Das sieht nun natürlich wie eine paradoxe Bemerkung aus, und ein o. ö. Universitätsprofessor, in dessen Angesicht man sie aufstellen wollte, würde vermutlich entgegnen, daß er schlicht der Wahrheit und dem Fortschritt diene und sonst von nichts wisse ; denn das ist seine Berufsideologie. Aber alle Berufsideologien sind edel, und die Jäger zum Beispiel sind weit davon entfernt, sich die Fleischer des Waldes zu nennen, nennen sich vielmehr den weidgerechten Freund der Tiere und der Natur, ebenso wie die Kaufleute den Grundsatz des ehrbaren Nutzens hegen und die Diebe den Gott der Kaufleute, nämlich den vornehmen und völkerverbindend internationalen Merkur, auch den ihren nennen. Auf die Darstellung einer Tätigkeit im Bewußtsein derer, die sie ausüben, ist also nicht allzuviel zu geben.

Fragt man sich unbefangen, wie die Wissenschaft ihre heutige Gestalt bekommen hat – was an und für sich wichtig ist, da sie uns ja beherrscht und nicht einmal ein Analphabet vor ihr sicher ist, denn er lernt es, mit unzähligen gelehrt geborenen Dingen zusammenzuleben –, so erhält man schon ein anderes Bild. Nach glaubwürdigen Überlieferungen hat das im sechzehnten Jahrhundert, einem Zeitalter stärkster seelischer Bewegtheit, damit begonnen, daß man nicht länger, wie es bis dahin durch zwei Jahrtausende religiöser und philosophischer Spekulation geschehen war, in die Geheimnisse der Natur einzudringen versuchte, sondern sich in einer Weise, die nicht anders als oberflächlich genannt werden kann, mit der Erforschung ihrer Oberfläche begnügte. Der große Galileo Galilei, der dabei immer als erster genannt wird, räumte zum Beispiel mit der Frage auf, aus welchem in ihrem Wesen liegenden Grund die Natur eine Scheu vor leeren Räumen habe, so daß sie einen fallenden Körper solange Raum um Raum durchdringen und ausfüllen lasse, bis er endlich auf festem Boden anlange, und begnügte sich mit einer viel gemeineren Feststellung : er ergründete einfach, wie schnell ein solcher Körper fällt, welche Wege er zurücklegt, Zeiten verbraucht und welche Geschwindigkeitszuwüchse er erfährt. Die katholische Kirche hat einen schweren Fehler begangen, indem sie diesen Mann mit dem Tode bedrohte und zum Widerruf zwang, statt ihn ohne viel Federlesens umzubringen ; denn aus seiner und seiner Geistesverwandten Art, die Dinge anzusehen, sind danach – binnen kürzester Zeit, wenn man historische Zeitmaße anlegt, – die Eisenbahnfahrpläne, die Arbeitsmaschinen, die physiologische Psychologie und die moralische Verderbnis der Gegenwart entstanden, gegen die sie nicht mehr aufkommen kann. Sie hat diesen Fehler wahrscheinlich aus zu großer Klugheit begangen, denn Galilei war ja nicht nur der Entdecker des Fallgesetzes und der Erdbewegung, sondern auch ein Erfinder, für den sich, wie man heute sagen würde, das Großkapital interessierte, und außerdem war er nicht der einzige, der damals von dem neuen Geist ergriffen wurde ; im Gegenteil, die historischen Berichte zeigen, daß sich die Nüchternheit, von der er beseelt war, weit und ungestüm wie eine Ansteckung ausbreitete, und so anstößig das heute klingt, jemand von Nüchternheit beseelt zu nennen, wo wir davon schon zu viel zu haben glauben, damals muß das Erwachen aus der Metaphysik zur harten Betrachtung der Dinge nach allerhand Zeugnissen geradezu ein Rausch und Feuer der Nüchternheit gewesen sein ! Aber wenn man sich fragt, was der Menschheit nun eigentlich eingefallen sei, sich so zu verändern, so ist die Antwort, sie tat damit nichts anderes, als jedes vernünftige Kind tut, wenn es zu früh versucht hat, zu laufen ; sie setzte sich auf die Erde und berührte diese mit einem verläßlichen und wenig edlen Körperteil, es muß gesagt werden : sie tat es mit eben jenem, auf dem man sitzt. Denn das Merkwürdige ist, daß sich die Erde dafür so ungemein empfänglich gezeigt hat und seit dieser Berührung sich Erfindungen, Bequemlichkeiten und Erkenntnisse in einer Fülle entlocken läßt, die ans Wunder grenzt.

Man könnte nach dieser Vorgeschichte nicht ganz mit Unrecht meinen, es sei das Wunder des Antichrist, in dem wir uns mitten darin befinden ; denn das gebrauchte Berührungsgleichnis ist nicht nur in der Richtung der Verläßlichkeit zu deuten, sondern ebensosehr in der Richtung des Anstandslosen und Verpönten. Und wirklich haben, ehe geistige Menschen ihre Lust an den Tatsachen entdeckten, nur Krieger, Jäger und Kaufleute, gerade also listige und gewalttätige Naturen, diese besessen. Im Kampf ums Leben gibt es keine denkerischen Sentimentalitäten, sondern nur den Wunsch, den Gegner auf dem kürzesten und tatsächlichsten Wege umzubringen, da ist jedermann Positivist ; und ebenso wenig wäre es im Geschäft eine Tugend, sich etwas vormachen zu lassen, statt aufs Feste zu gehn, wobei der Gewinn letzten Endes eine psychologische und den Umständen entspringende Überwältigung des anderen bedeutet. Sieht man andererseits zu, welche Eigenschaften es sind, die zu Entdeckungen führen, so gewahrt man Freiheit von übernommener Rücksicht und Hemmung, Mut, ebensoviel Unternehmungs- wie Zerstörungslust, Ausschluß moralischer Überlegungen, geduldiges Feilschen um den kleinsten Vorteil, zähes Warten auf dem Weg zum Ziel, falls es sein muß, und eine Verehrung für Maß und Zahl, die der schärfste Ausdruck des Mißtrauens gegen alles Ungewisse ist ; mit anderen Worten, man erblickt nichts anderes als eben die alten Jäger‑, Soldaten- und Händlerlaster, die hier bloß ins Geistige übertragen und in Tugenden umgedeutet worden sind. Und sie sind damit zwar dem Streben nach persönlichem und verhältnismäßig gemeinem Vorteil entrückt, aber das Element des Urbösen, wie man es nennen könnte, ist ihnen auch bei dieser Verwandlung nicht verlorengegangen, denn es ist scheinbar unzerstörbar und ewig, wenigstens so ewig wie alles menschlich Hohe, da es in nichts geringerem und anderem als der Lust besteht, dieser Höhe ein Bein zu stellen und sie auf die Nase fallen zu sehn. Wer kennt nicht die boshafte Verlockung, die bei der Betrachtung eines schönglasierten üppigen Topfes in dem Gedanken liegt, daß man ihn mit einem Stockhieb in hundert Scherben schlagen könnte ? Zum Heroismus der Bitterkeit gesteigert, daß man sich im Leben auf nichts verlassen könne, als was niet- und nagelfest sei, ist sie ein in die Nüchternheit der Wissenschaft eingeschlossenes Grundgefühl, und wenn man es aus Achtbarkeit nicht den Teufel nennen will, so ist doch zumindest ein leichter Geruch von verbranntem Pferdehaar daran.

Man kann gleich mit der eigenartigen Vorliebe beginnen, die das wissenschaftliche Denken für mechanische, statistische, materielle Erklärungen hat, denen gleichsam das Herz ausgestochen ist. Die Güte nur für eine besondere Form des Egoismus anzusehen ; Gemütsbewegungen in Zusammenhang mit inneren Ausscheidungen zu bringen ; festzustellen, daß der Mensch zu acht oder neun Zehnteln aus Wasser besteht ; die berühmte sittliche Freiheit des Charakters als ein automatisch entstandenes Gedankenanhängsel des Freihandels zu erklären ; Schönheit auf gute Verdauung und ordentliche Fettgewebe zurückzuführen ; Zeugung und Selbstmord auf Jahreskurven zu bringen, die das, was freieste Entscheidung zu sein scheint, als zwangsmäßig zeigen ; Rausch und Geisteskrankheit als verwandt zu empfinden ; After und Mund als das rektale und orale Ende derselben Sache einander gleichzustellen – : derartige Vorstellungen, die im Zauberkunststück der menschlichen Illusionen gewissermaßen den Trick bloßlegen, finden immer eine Art günstiger Vormeinung, um für besonders wissenschaftlich zu gelten. Es ist allerdings die Wahrheit, was man da liebt ; aber rings um diese blanke Liebe liegt eine Vorliebe für Desillusion, Zwang, Unerbittlichkeit, kalte Abschreckung und trockene Zurechtweisung, eine hämische Vorliebe oder wenigstens eine unfreiwillige Gefühlsausstrahlung von solcher Art.

Mit einem anderen Wort, die Stimme der Wahrheit hat ein verdächtiges Nebengeräusch, aber die am nächsten Beteiligten wollen nichts davon hören. Nun, die Psychologie kennt heute viele solcher unterdrückten Nebengeräusche, und sie hat auch den Rat bereit, daß man sie hervorholen und sich so deutlich wie möglich machen solle, um ihre schädlichen Wirkungen zu verhindern. Wie wäre es also, wenn man die Probe machen wollte und sich versucht fühlte, den zweideutigen Geschmack an der Wahrheit und ihren boshaften Nebenstimmen des Menschengehässigen und Höllenhundsmäßigen offen zur Schau zu tragen, ihn gleichsam vertrauend ins Leben zu wenden ? Nun, es käme ungefähr jener Mangel an Idealismus heraus, der unter dem Titel einer Utopie des exakten Lebens schon beschrieben worden ist, eine Gesinnung auf Versuch und Widerruf, aber dem eisernen Kriegsgesetz der geistigen Eroberung unterstehend. Dieses Verhalten zur Lebensgestaltung ist nun freilich keineswegs pflegend und befriedend ; es würde das Lebenswürdige keineswegs nur mit Ehrfurcht ansehen, sondern eher wie eine Demarkationslinie, die der Kampf um die innere Wahrheit beständig verschiebt. Es würde an der Heiligkeit des Augenblickszustandes der Welt zweifeln, aber nicht aus Skepsis, sondern in der Gesinnung des Steigens, wo der Fuß, der fest steht, jederzeit auch der tiefere ist. Und in dem Feuer einer solchen Ecclesia militans, welche die Lehre haßt um des noch nicht Geoffenbarten willen und Gesetz und Gültiges beiseite schiebt im Namen einer anspruchsvollen Liebe zu ihrer nächsten Gestalt, würde der Teufel wieder zu Gott zurückfinden, oder, einfacher gesprochen, die Wahrheit wäre dort wieder die Schwester der Tugend und müßte nicht mehr gegen sie die versteckten Bosheiten verüben, welche eine junge Nichte gegen eine altjüngferliche Tante ausheckt.

Alles das nimmt nun, mehr oder weniger bewußt, ein junger Mensch in den Lehrsälen des Wissens in sich auf, und er lernt dazu die Elemente einer großen konstruktiven Gesinnung kennen, die das Entfernte wie einen fallenden Stein und einen kreisenden Stern spielend zusammenbringt und etwas, das scheinbar eins und unteilig ist, wie das Entstehen einer einfachen Handlung aus den Zentren des Bewußtseins, in Ströme zerlegt, deren innere Quellen um Jahrtausende voneinander verschieden sind. Wollte sich aber jemand einfallen lassen, von so erworbener Gesinnung außerhalb der Grenzen besonderer Fachaufgaben Gebrauch zu machen, so würde ihm alsbald begreiflich gemacht werden, daß die Bedürfnisse des Lebens andere seien als die des Denkens. Im Leben spielt sich ungefähr von allem, was der ausgebildete Geist gewohnt ist, das Gegenteil ab. Die natürlichen Unterschiede und Gemeinsamkeiten werden hier sehr hoch geschätzt ; das Bestehende, mag es sein, wie es will, wird bis zu einem gewissen Grad als natürlich empfunden und nicht gern angetastet ; die notwendig werdenden Veränderungen vollziehen sich nur zögernd und gleichsam in einem hin und her walzenden Vorgang. Und wenn jemand etwa aus reiner vegetarischer Gesinnung zu einer Kuh Sie sagen würde (in richtiger Erwägung des Umstandes, daß man sich gegen ein Wesen, dem man du sagt, viel leichter rücksichtslos benimmt), so würde man ihn einen Gecken, wenn nicht einen Narren schelten ; aber nicht wegen seiner tierfreundlichen oder vegetarischen Gesinnung, die man hoch human findet, sondern wegen ihrer unmittelbaren Übertragung in die Wirklichkeit. Mit einem Wort, zwischen Geist und Leben besteht ein verwickelter Ausgleich, bei dem der Geist höchstens ein Halb vom Tausend seiner Forderungen ausbezahlt erhält und dafür mit dem Titel eines Ehrengläubigers geschmückt wird.

Ist aber der Geist, in der mächtigen Gestalt, die er zuletzt gefunden hat, wie vorhin angenommen worden, selbst ein sehr männlicher Heiliger mit kriegerischen und jägerischen Nebenuntugenden, so wäre aus den geschilderten Umständen zu schließen, daß die in ihm steckende Neigung zum Lästerlichen nirgends in ihrer immerhin großartigen Gänze herauskönne, noch die Gelegenheit finde, sich an der Wirklichkeit zu läutern, und darum auf allerhand recht sonderbaren, unkontrollierten Wegen anzutreffen sein dürfte, auf denen sie der unfruchtbaren Eingeschlossenheit entschlüpft. Es mag nun offen bleiben, ob bis hieher alles ein Spiel mit Einbildungen gewesen sei oder nicht ; so läßt sich doch nicht leugnen, daß diese letzte Vermutung ihre eigenartige Bestätigung hat. Es gibt eine namenlose Lebensstimmung, die nicht gerade wenig Menschen heute im Blut liegt, ein Gewärtigsein des Böseren, eine Tumultbereitschaft, ein Mißtrauen gegen alles, was man verehrt. Es gibt Menschen, die über die Ideallosigkeit der Jugend klagen, aber in dem Augenblick, wo sie handeln müssen, sich ganz von selbst nicht anders entscheiden wie jemand, der aus gesündestem Mißtrauen gegen die Idee deren sanfte Kraft durch die Wirkung irgendeines Knüttels verstärkt. Gibt es, anders gesagt, irgendeinen frommen Zweck, der sich nicht mit ein klein wenig Korruption und Berechnung der niederen menschlichen Eigenschaften ausstatten müßte, um in dieser Welt für ernst und ernst gemeint zu gelten ? Worte wie : binden, zwingen, in die Schraube nehmen, vor zerbrochenen Fensterscheiben nicht zurückscheuen, starke Methode, haben einen angenehmen Klang von Verläßlichkeit. Vorstellungen von der Art, daß der größte Geist, in einen Kasernhof gesteckt, binnen acht Tagen vor der Stimme eines Feldwebels springen lernt, oder daß ein Leutnant und acht Mann genügen, um jedes Rednerparlament der Welt zu verhaften, haben zwar erst später ihren klassischen Ausdruck in der Entdeckung gefunden, daß man mit einigen Löffeln Rhizinusöl, die man einem Idealisten einflößt, die unbeugsamsten Überzeugungen lächerlich machen kann, aber sie hatten schon lange, obgleich sie mit Entrüstung verfemt wurden, den wilden Auftrieb unheimlicher Träume. Es ist nun einmal so, daß zumindest der zweite Gedanke eines jeden Menschen, der vor eine überwältigende Erscheinung gestellt wird, und sei es auch, daß sie ihn durch ihre Schönheit überwältige, heute der ist : du wirst mir nichts vormachen, ich werde dich schon kleinkriegen ! Und diese Verkleinerungswut einer nicht nur mit allen Hunden gehetzten, sondern auch hetzenden Zeit ist wohl kaum noch die dem Leben natürliche Zweiteilung in Rohes und Hohes, weit eher ein selbstquälerischer Zug des Geistes, eine unaussprechliche Lust an dem Schauspiel, daß sich das Gute erniedrigen und wunderbar einfach zerstören lasse. Es sieht einem leidenschaftlichen Sich-selbst-Lügen-strafen-Wollen nicht unähnlich, und vielleicht ist es gar nicht das Trostloseste, an eine Zeit zu glauben, die mit dem Steiß voraus zur Welt gekommen ist und von des Schöpfers Händen bloß gewendet zu werden braucht.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 72 : La science sourit dans sa barbe, ou : Première rencontre circonstanciée avec le Maltrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 378-385
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On pensait alors (cet « on » est une indication volontairement imprécise, car on ne pourrait savoir qui, et combien d’hommes pensaient ainsi, mais c’était néanmoins dans l’air), on pensait alors, donc, qu’il était peut-être possible de vivre exactement. On nous demandera aujourd’hui ce que cela veut dire. La réponse serait sans doute que l’on peut se représenter l’œuvre d’une vie réduite à trois traités, mais aussi bien à trois poèmes ou à trois actions dans lesquelles le pouvoir personnel de création serait poussé à son comble. Ce qui voudrait dire à peu près  : se taire quand on n’a rien à dire, ne faire que le strict nécessaire quand on n’a pas de projets particuliers et, chose essentielle, rester indifférent quand on n’a pas le sentiment indescriptible d’être emporté, bras grands ouverts, et soulevé par une vague de la création  ! On remarquera que la plus grande part de notre vie psychique serait dès lors interrompue, mais peut-être le mal ne serait-il pas si grand. La thèse qui veut qu’une grande dépense de savon témoigne d’une grande propreté ne sera pas forcément juste en morale, où se révéleront plus justes au contraire les théories modernes selon lesquelles l’obsession de l’hygiène serait le symptôme d’un manque de propreté interne.

Man dachte damals daran aber dieses »man« ist mit Willen eine ungenaue Angabe  ; man könnte nicht sagen, wer und wieviele so dachten, immerhin, es lag in der Luft –, daß man vielleicht exakt leben könnte. Man wird heute fragen, was das heiße  ? Die Antwort wäre wohl die, daß man sich ein. Lebenswerk ebensogut wie aus drei Abhandlungen auch aus drei Gedichten oder Handlungen bestehend denken kann, in denen die persönliche Leistungsfähigkeit auf das Äußerste gesteigert ist. Es hieße also ungefähr soviel wie schweigen, wo man nichts zu sagen hat  ; nur das Nötige tun, wo man nichts Besonderes zu bestellen hat  ; und was das Wichtigste ist, gefühllos bleiben, wo man nicht das unbeschreibliche Gefühl hat, die Arme auszubreiten und von einer Welle der Schöpfung gehoben zu werden  ! Man wird bemerken, daß damit der größere Teil unseres seelischen Lebens aufhören müßte, aber das wäre ja vielleicht auch kein so schmerzlicher Schaden. Die These, daß der große Umsatz an Seife von großer Reinlichkeit zeugt, braucht nicht für die Moral zu gelten, wo der neuere Satz richtiger ist, daß ein ausgeprägter Waschzwang auf nicht ganz saubere innere Verhältnisse hindeutet.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 61 : L’idéal des trois traités, ou l’utopie de la vie exactetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 310
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Moosbrugger, maintenant, avait laissé sa tête retomber, il regardait le bois entre ses doigts. « Par ici, les gens disent à l’écureuil Eichkatzl, pensa-t-il ; mais allez essayer de dire, avec tout le sérieux qu’il faut sur la langue et sur la figure : Die Eichenkatze ! Tous écarquilleraient les yeux, comme quand éclate brusquement, dans la pétarade d’un feu de tirailleurs à blanc, un vrai coup ! Dans la Hesse, en revanche, ils disent Baumfuchs. C’est des choses qu’on apprend quand on a beaucoup roulé. » Et quelle curiosité chez les psychiatres quand ils présentaient à Moosbrugger le portrait d’un écureuil, et que celui-ci leur répondait : « Ça doit être un renard, ou peut-être bien un lièvre ; ça peut être aussi un chat, ou du pareil. » Alors, à chaque fois, ils lui demandaient très vite : « Combien font quatorze plus quatorze ? » Et il leur répondait, circonspect : « Eh bien ! entre vingt-huit et quarante… » Cet « entre » leur créait des difficultés qui faisaient sourire Moosbrugger. C’est tout simple en effet ; il sait bien, lui aussi, qu’on arrive à vingt-huit quand on va de quatorze en quatorze, mais qui dit qu’on doive s’y arrêter ? Le regard de Moosbrugger erre encore un peu au-delà, comme celui d’un homme qui a atteint la crête d’une colline se profilant sur le ciel, et qui voit encore beaucoup d’autres crêtes semblables apparaître derrière. Si un écureuil n’est pas un chat, ni un renard, si, au lieu de corne, il a des dents comme le lièvre que le renard dévore, on n’a aucune raison d’être à ce point vétilleux : d’une façon ou d’une autre, c’est un rafistolage de tout cela ensemble, et qui va courir dans les arbres. L’expérience et la conviction de Moosbrugger étaient qu’il n’est rien qu’on puisse saisir en soi, parce que tout dépend de tout. Il lui était aussi arrivé dans sa vie de dire à une fille : « Votre bouche est une rose ! » mais tout à coup le mot se défaisait aux coutures, et quelque chose de très pénible se produisait : le visage devenait gris comme la terre que couvre le brouillard, et devant lui, sur une longue tige, une rose se dressait ; affreusement grande alors était la tentation de prendre un couteau, de la couper ou de la frapper pour qu’elle rentrât de nouveau dans le visage. Sans doute Moosbrugger ne prenait-il pas toujours tout de suite le couteau ; il ne le faisait que lorsqu’il ne pouvait s’en sortir autrement. D’ordinaire, justement, il mettait toute sa force de colosse à tenir le monde rassemblé.

Quand il était de bonne humeur, il pouvait regarder un homme au visage et y découvrir son propre visage, tel qu’il vous regarde entre les petits poissons et les cailloux clairs d’un ruisseau peu profond ; s’il était de mauvaise humeur, il lui suffisait de jeter un rapide coup d’œil sur le visage d’un homme pour reconnaître que c’était bien le même avec lequel il lui avait toujours fallu lutter, quelque effort que l’autre fît chaque fois pour se déguiser. Que pourrait-on lui reprocher ? Nous aussi, nous nous battons presque toujours avec le même homme. Si l’on recherchait quels sont les êtres auxquels nous restons si absurdement attachés, il apparaîtrait que c’est l’homme dont la clef correspond à notre serrure. Et dans l’amour ? Combien d’êtres contemplent jour après jour le même visage bien-aimé, mais ne peuvent dire, pour peu qu’ils ferment les yeux, comment il est. Et même sans parler d’amour ou de haine : à quelles modifications les choses ne sont-elles pas perpétuellement exposées, selon l’habitude, l’humeur et le point de vue ! Que de fois la joie se consume pour mettre à jour un indestructible noyau de tristesse ! Que de fois un homme en frappe calmement un autre, alors qu’il pourrait aussi bien le laisser tranquille ! La vie forme une surface qui se donne l’air d’être obligée d’être ce qu’elle est, mais sous cette peau les choses poussent et pressent. Moosbrugger était continuellement debout sur deux mottes de terre qu’il tenait réunies, s’efforçant raisonnablement d’éviter tout ce qui pouvait le troubler ; mais quelquefois un mot crevait dans sa bouche, et quelle révolution, quel rêve des choses surgissait alors d’un mot composé aussi refroidi, aussi consumé que Eichkätzchen ou Rosenlippe !

Moosbrugger hatte nun den Kopf sinken lassen und sah auf das Holz zwischen seinen Fingern. »Da sagen hier die Leute zu einem Eichhörnchen Eichkatzl« fiel ihm ein ; »aber es sollte bloß einmal einer versuchen, mit dem richtigen Ernst auf der Zunge und im Gesicht ›Die Eichenkatze‹ zu sagen ! Alle würden aufschaun, wie wenn mitten im furzenden Plänklerfeuer eines Manöverangriffs ein scharfer Schuß fällt ! In Hessen sagen sie dagegen Baumfuchs. Ein weitgewanderter Mensch weiß so etwas.« Und da taten die Psychiater wunder wie neugierig, wenn sie Moosbrugger das gemalte Bild eines Eichhörnchens zeigten, und er darauf antwortete : »Das ist halt ein Fuchs oder vielleicht ist es ein Hase ; es kann auch eine Katz sein oder so.« Sie fragten ihn dann jedesmal recht schnell : »Wieviel ist vierzehn mehr vierzehn ?« Und er antwortete ihnen bedächtig : »So ungefähr achtundzwanzig bis vierzig.« Dieses »Ungefähr« bereitete ihnen Schwierigkeiten, über die Moosbrugger schmunzelte. Denn es ist ganz einfach ; er weiß auch, daß man bei achtundzwanzig anlangt, wenn man von der Vierzehn um vierzehn weitergeht, aber wer sagt denn, daß man dort stehen bleiben muß« ! Moosbruggers Blick schweift noch um ein Stück weiter, wie der eines Mannes, der einen in den Himmel gezeichneten Hügelkamm erreicht hat und nun sieht, daß es ähnliche Hügelkämme dahinter noch mehrere gibt. Und wenn ein Eichkatzl keine Katze ist und kein Fuchs und statt eines Horns Zähne hat wie der Hase, den der Fuchs frißt, so braucht man die Sache nicht so genau zu nehmen, aber sie ist in irgend einer Weise aus alledem zusammengenäht und läuft über die Bäume. Nach Moosbruggers Erfahrung und Überzeugung konnte man kein Ding für sich herausgreifen, weil eins am anderen hing. Und es war in seinem Leben auch schon vorgekommen, daß er zu einem Mädchen sagte : »Ihr lieber Rosenmund !« , aber plötzlich ließ das Wort in den Nähten nach, und es entstand etwas sehr Peinliches : das Gesicht wurde grau, ähnlich wie Erde, über der Nebel liegt, und auf einem langen Stamm stand eine Rose hervor ; dann war die Versuchung, ein Messer zu nehmen und sie abzuschneiden oder ihr einen Schlag zu versetzen, damit sie sich wieder ins Gesicht zurückziehe, ungeheuer groß. Gewiß, Moosbrugger nahm nicht immer gleich das Messer ; er tat das nur, wenn er nicht mehr anders fertig wurde. Gewöhnlich wendete er eben seine ganze Riesenkraft an, um die Welt zusammenzuhalten.

Er konnte bei guter Laune einem Mann ins Gesicht schauen und bemerkte darin sein eigenes Gesicht, wie es zwischen Fischchen und hellen Steinen aus einem seichten Bach zurückblickt ; in schlechter Laune brauchte er aber nur flüchtig das Gesicht eines Mannes zu prüfen und erkannte, daß es derselbe Mann war, mit dem er noch überall Streit bekommen hatte, wie sehr sich der auch jedesmal anders verstellte. Was will man ihm einwenden ?! Wir alle haben fast immer mit dem gleichen Mann Streit. Wenn man untersuchen würde, wer die Menschen sind, an denen wir so unsinnig hängen bleiben, so müßte sich zeigen, es ist der Mann mit dem Schlüsselbart, zu dem wir das Schloß haben. Und in der Liebe ? Wieviel Menschen sehen tagaus, tagein in das gleiche geliebte Gesicht, aber wissen, wenn sie die Augen schließen, nicht zu sagen, wie es aussieht. Oder auch ohne Liebe und Haß : welchen Veränderungen sind die Dinge unaufhörlich je nach Gewohnheit, Laune und Standpunkt ausgesetzt ! Wie oft brennt Freude ab, und es kommt ein unzerstörbarer Kern von Trauer hervor ?! Wie oft schlägt ein Mensch gleichmütig auf einen anderen ein, aber könnte ihn ebenso in Ruhe lassen. Das Leben bildet eine Oberfläche, die so tut, als ob sie so sein müßte, wie sie ist, aber unter ihrer Haut treiben und drängen die Dinge. Moosbrugger stand immer mit den Beinen auf zwei Schollen und hielt sie zusammen, vernünftig bemüht, alles zu vermeiden, was ihn verwirren konnte ; aber manchmal brach ihm ein Wort im Munde auf, und welche Revolution und welcher Traum der Dinge quoll dann aus so einem erkalteten, ausgeglühten Doppelwort wie Eichkätzchen oder Rosenlippe !

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 59 : Moosbrugger réfléchittrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 302-304
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Il eût été souvent dans l’incapacité de décrire ce qu’il voyait, entendait ou flairait ; il n’en savait pas moins ce que c’était. C’était quelquefois extrêmement confus ; les visions venaient du dehors, mais une lueur d’observation lui disait en même temps qu’elles n’en venaient pas moins de lui-même. L’important était qu’il n’est pas important qu’une chose soit dedans ou dehors ; dans son état, il n’y avait plus qu’une eau claire des deux côtés d’une cloison de verre transparente.

Oft hätte er nicht genau beschreiben können, was er sah, hörte und spürte ; dennoch wußte er, was es war. Es war manchmal sehr undeutlich ; die Gesichte kamen von außen, aber ein Schimmer von Beobachtung sägte ihm zugleich, daß sie trotzdem von ihm selbst kämen. Das Wichtige war, daß es gar nichts Wichtiges bedeutet, ob etwas draußen ist oder innen ; in seinem Zustand war das wie helles Wasser zu beiden Seiten einer durchsichtigen Glaswand.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 59 : Moosbrugger réfléchittrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 302
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Il regardait le visage du docteur avec ses souvenirs de duel, le visage, tari par l’intérieur, de l’homme d’Église, le visage officiel, épousseté, de l’administrateur, il les voyait chacun regarder le sien à sa manière, et il y avait dans ces visages quelque chose qui leur était à tous commun, qu’il ne pouvait atteindre et qui avait été toute sa vie son ennemi.

Er blickte in das Doktorsgesicht mit den Schmissen, in das von innen ausgetrocknete geistliche Gesicht, in das streng aufgeräumte Kanzleigesicht des Verwalters, sah jedes in einer anderen Weise in das seine schaun, und etwas für ihn Unerreichbares, aber ihnen Gemeinsames lag in diesen Gesichtern, das lebenslang sein Feind gewesen war.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 59 : Moosbrugger réfléchittrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 297
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[Ulrich] n’était pas philosophe. Les philosophes sont des violents qui, faute d’armée à leur disposition, se soumettent le monde en l’enfermant dans un système. Probablement est-ce aussi la raison pour laquelle les époques de tyrannie ont vu naître de grandes figures philosophiques, alors que les époques de démocratie et de civilisation avancée ne réussissent pas à produire une seule philosophie convaincante, du moins dans la mesure où l’on en peut juger par les regrets que l’on entend communément exprimer sur ce point. C’est pourquoi la philosophie au détail est pratiquée aujourd’hui en si terrifiante abondance qu’il n’est plus guère que les magasins où l’on puisse recevoir quelque chose sans conception du monde par-dessus le marché, alors qu’il règne à l’égard de la philosophie en gros une méfiance marquée. On la tient même carrément pour impossible. Ulrich lui-même n’était nullement exempt de ce préjugé, et ses expériences scientifiques le rendaient un peu moqueur à l’égard des métaphysiques. C’était cela qui commandait son attitude, de sorte que, perpétuellement requis de réfléchir par ce qu’il voyait, il était toujours retenu par une certaine crainte de penser trop. Mais un autre élément déterminait son attitude  : il y avait quelque chose, dans la nature d’Ulrich, qui agissait d’une manière distraite, paralysante, désarmante, contre la systématisation logique, contre la volonté univoque, contre les poussées trop nettement orientées de l’ambition, et ce quelque chose se rattachait aussi à ce mot d’essayisme choisi naguère, bien que cela contînt précisément les éléments qu’il avait exclus peu à peu, avec un soin inconscient, de cette notion. La traduction du mot français « essai » par le mot allemand Versuch, telle qu’on l’admet généralement, ne respecte pas suffisamment l’allusion essentielle au modèle littéraire  ; un essai n’est pas l’expression provisoire ou accessoire d’une conviction qu’une meilleure occasion permettrait d’élever au rang de vérité, mais qui pourrait tout aussi bien se révéler erreur (à cette espèce n’appartiennent que les articles et traités dont les doctes nous favorisent comme des « déchets de leur atelier ») ; un essai est la forme unique et inaltérable qu’une pensée décisive fait prendre à la vie intérieure d’un homme. Rien n’est plus étranger à l’essai que l’irresponsabilité et l’inachèvement des inspirations qui relèvent de la subjectivité  ; pourtant les notions de « vérité » et d’« erreur », d’« intelligence » ou de « sottise » ne sont pas applicables à ces pensées soumises à des lois non moins strictes qu’apparemment subtiles et ineffables. Assez nombreux furent ces essayistes-là, ces maîtres du flottement intérieur de la vie  ; il n’y aurait aucun intérêt à les nommer  ; leur domaine se situe entre la religion et le savoir, entre l’exemple et la doctrine, entre l’amor intellectualis et le poème  ; ce sont des saints avec ou sans religion et parfois aussi, simplement, des hommes égarés dans telle ou telle aventure.

D’ailleurs, rien n’est plus révélateur que l’expérience involontaire de ces tentatives, érudites et raisonnables, pour expliquer l’œuvre de ces grands essayistes, pour transformer leur sens de la vie, tel qu’ils l’exposent, en une théorie de la vie, et pour trouver un « contenu » à ce mouvement d’esprits émus  ; de tout cela, il ne reste guère plus alors que la délicate architecture de couleurs d’une méduse après qu’on l’a tirée de l’eau et déposée sur le sable. Dans la raison des non-inspirés, la doctrine des inspirés tombe en poussière, contradictions et non-sens  ; pourtant, il ne faut pas dire qu’elle est délicate et incapable de vivre, ou alors il faudrait dire aussi d’un éléphant qu’il est délicat, puisqu’il ne peut subsister dans un espace privé d’air et qui ne répond pas aux exigences de sa nature. Il serait tout à fait déplorable que ces descriptions évoquent un mystère, ou ne fût-ce qu’une musique où dominent les notes de la harpe et le soupir des glissandi. C’est le contraire qui est vrai, et la question fondamentale, Ulrich ne se la posait pas seulement sous la forme de pressentiments, mais aussi, tout à fait prosaïquement, sous la forme suivante  : un homme qui cherche la vérité se fait savant  ; un homme qui veut laisser sa subjectivité s’épanouir devient, peut-être, écrivain  ; mais que doit faire un homme qui cherche quelque chose situé entre deux  ?

De ce qui est ainsi « entre deux », toute sentence morale nous peut donner un exemple, même la plus simple et la plus connue, comme  : Tu ne tueras point. On voit au premier coup d’œil que ce n’est là ni une vérité, ni une constatation subjective. On sait qu’à bien des égards, nous nous y conformons strictement, mais que, à d’autres égards, certaines exceptions sont admises, très nombreuses même, et pourtant précisément définies. Mais il existe un très grand nombre de cas d’une troisième espèce, par exemple dans nos rêveries, nos désirs, dans les pièces de théâtre ou dans le plaisir que l’on prend à lire les nouvelles des journaux  ; nous y errons de la manière la moins réglementée qui soit entre la répulsion et l’attirance. On nomme parfois exigence ce qui n’est ni une vérité ni une constatation purement subjective. On a rattaché cette exigence aux dogmes de la religion et de la loi, on lui a donné le caractère d’une vérité dérivée, mais les romanciers, en nous en présentant les exceptions, depuis le sacrifice d’Abraham jusqu’à la dernière vamp meurtrière de son amant, la réduisent de nouveau en pure subjectivité. Ainsi donc, ou bien on s’accroche aux pieux, ou bien on se laisse ballotter par la lame entre deux  ; mais dans quel sentiment  ? Le sentiment qu’éprouve l’être humain pour ce précepte du Décalogue est un mélange d’obéissance bornée (y compris la « saine nature » qui se hérisse à la seule idée d’un tel acte, mais qui le commettra néanmoins pour peu qu’elle ait été légèrement détraquée par l’alcool ou la passion), et un barbotement inconscient dans une houle de possibles. N’y a‑t‑il vraiment pas d’autre manière de comprendre ce commandement  ? Ulrich sentait qu’un homme qui désirerait de toute son âme un certain acte, ne saurait ainsi ni s’il doit le commettre, ni s’il doit s’en abstenir. Pourtant, il pressentait qu’on devait pouvoir, de tout son être, le commettre ou non. Ni les inspirations ni les interdictions ne lui plaisaient. Le rattachement de toutes choses à une loi supérieure ou intérieure à l’homme éveillait son esprit critique. Davantage même  : à ses yeux, c’était dévaluer un instant de certitude que de vouloir à tout prix lui donner une généalogie. Dans tout cela, son cœur restait muet, et sa tête seule parlait  ; il devinait qu’il devait y avoir un moyen de faire coïncider sa décision et son bonheur. Il pourrait être heureux parce qu’il ne tuerait pas, ou parce qu’il tuerait, mais jamais il ne pourrait être l’exécuteur indifférent d’un ordre qu’on lui aurait donné. Ce qu’il éprouvait à ce moment-là, ce n’était pas de recevoir un ordre, mais d’entrer dans un ordre  ; il comprenait que dans cet ordre neuf, tout était déjà décidé, et les sens apaisés comme par le lait maternel. Ce qui lui soufflait cela, ce n’était plus la pensée, ce n’était pas non plus le sentiment à sa manière habituelle, fragmentaire  ; c’était une « compréhension totale ». Et puis, de nouveau, ce n’était plus qu’une nouvelle apportée de très loin par le vent  : elle ne lui semblait ni vraie ni fausse, ni raisonnable ni déraisonnable, elle le saisissait, comme si quelque légère et bienheureuse exagération était entrée doucement dans son cœur.

Pas plus qu’on ne peut faire des parties authentiques d’un essai une seule vérité, on ne peut tirer d’un tel état une conviction  ; du moins pas sans devoir aussitôt l’abandonner, comme un amant doit sortir de son amour pour le décrire. L’émotion sans limites qui ébranlait parfois Ulrich sans le faire agir pour autant, contredisait son besoin d’activité, son désir de limite et de forme. Sans doute est-il juste et naturel que l’on veuille savoir avant de laisser la parole au sentiment. Sans le vouloir, il s’imaginait que ce qu’il désirait trouver un jour, bien que ce ne dût pas être « la » vérité, ne lui céderait rien sous le rapport de la stabilité  ; mais dans son cas particulier, cette attente le faisait ressembler à un homme qui, dans le temps même où il se procure tout un équipement, perd peu à peu le goût de s’en servir. À quelque moment qu’on lui eût demandé, lorsqu’il travaillait à ses traités mathématiques ou logico-mathématiques ou s’occupait de sciences naturelles, quel but il avait présent à l’esprit, il eût toujours répondu qu’un seul problème méritait réellement qu’on y pensât, celui de la vie juste. Mais quand on élève une prétention très longtemps sans que rien ne se passe, le cerveau s’endort exactement comme s’endort le bras qui doit tenir quelque chose en l’air pendant des heures  ; et nos pensées ne peuvent pas plus rester perpétuellement debout que les soldats à la parade, en été  ; quand elles doivent trop attendre, elles perdent connaissance et s’écroulent. Comme Ulrich avait achevé l’esquisse de sa philosophie aux environs de sa vingt-sixième année, arrivé dans sa trente-deuxième, il ne la trouvait plus tout à fait sincère. Il n’avait pas continué à développer ses pensées, et, à part un vague sentiment de tension pareil à celui que l’on éprouve quand on attend quelque chose les yeux fermés, on ne lui avait pas vu beaucoup d’émotions personnelles depuis les jours des premières tremblantes découvertes. Néanmoins, c’était probablement un mouvement souterrain de ce genre qui le freinait dans son travail scientifique et l’empêchait d’y consacrer toute sa force de volonté. Cela créa en lui un curieux schisme. On ne doit pas oublier que l’attitude exacte est, au fond, plus religieuse que l’attitude esthétique  ; car elle se soumettrait à « Lui » pour peu qu’Il daignât se montrer à elle dans les conditions qu’elle exige pour reconnaître Son caractère de fait, alors que nos beaux esprits, s’il se manifestait, trouveraient seulement que Son talent n’est pas suffisamment original, Sa vision du monde pas suffisamment intelligible pour qu’ils puissent Le placer au même niveau que certaines personnalités douées d’un génie réellement divin. Ulrich n’aurait donc pu s’abandonner à de vagues pressentiments aussi facilement qu’un quelconque bel esprit  ; mais il ne pouvait pas davantage se dissimuler qu’en vivant pendant des années dans l’exactitude pure il avait simplement vécu contre lui-même et il souhaitait que quelque chose d’imprévu lui arrivât  ; lorsqu’il se décida à ce qu’il appelait un peu railleusement son « congé de la vie », il ne possédait rien dans l’une comme dans l’autre direction qui lui donnât la paix du cœur.

Peut-être pourrait-on alléguer à sa décharge que, dans certaines années, la vie passe incroyablement vite. Mais le jour où l’on doit commencer à vivre sa dernière volonté précède de beaucoup celui où l’on devra en léguer le restant, et ne peut être différé. Ce fait était devenu pour Ulrich d’une menaçante clarté depuis qu’une moitié d’année ou presque s’était écoulée sans que rien changeât. Tandis qu’il se laissait porter de-ci de-là au sein de la petite activité stupide dont il s’était chargé, parlant, aimant à trop parler, vivant avec l’obstination désespérée d’un pêcheur qui plonge ses filets dans un fleuve vide, tandis qu’il ne faisait rien qui correspondît à la personne que malgré tout il représentait, et qu’intentionnellement il ne faisait rien, il attendait. Il attendait derrière sa personne, dans la mesure où ce terme définit la partie de l’homme qui se laisse former par le monde extérieur et le cours de la vie, et son tranquille désespoir, endigué derrière, montait chaque jour un peu plus haut. Il traversait la pire calamité de sa vie et se méprisait pour ses omissions. Les grandes épreuves sont-elles le privilège des grandes natures  ? Il eût aimé le croire, mais ce n’est pas exact, car les nerveux les plus communs ont aussi leurs crises. Dans ce profond ébranlement, il ne lui restait donc plus rien que ce noyau inébranlable que possèdent tous les héros et tous les criminels  : ce n’est pas du courage, ce n’est pas de la volonté, ce n’est pas de l’assurance, ce n’est que le pouvoir tenace de s’accrocher à soi-même, pouvoir qu’il est aussi difficile d’extirper de soi que la vie du corps d’un chat, même quand il est déjà complètement déchiqueté par les chiens.

Si l’on veut se représenter comment vit un tel homme lorsqu’il se retrouve seul, tout ce qu’on peut raconter est que les vitres illuminées de ses fenêtres, la nuit, semblent observer sa chambre, et les pensées, après usage, se tiennent assises en rond tout autour de la pièce comme les clients dans la salle d’attente d’un avocat dont ils ne sont pas satisfaits. Ou peut-être qu’Ulrich, une de ces nuits-là, ouvrit les fenêtres et regarda les troncs d’arbre, glabres comme des serpents, leurs sinuosités étrangement noires et polies entre la couche de neige de leurs cimes et celle du sol, et ressentit brusquement le désir de descendre, tel qu’il était, en pyjama dans le jardin  ; il voulait sentir le froid dans ses cheveux. Lorsqu’il fut en bas, il éteignit la lumière pour ne pas se trouver devant la porte éclairée  ; son bureau seul faisait avancer dans l’ombre une toiture de lumière. Une allée menait à la grille du portail qui donnait sur la rue, une autre la croisait, obscurément visible. Ulrich s’avança longuement sur celle-ci. Alors, l’obscurité qui s’élevait entre les couronnes des arbres lui rappela soudain, fantastiquement, la silhouette gigantesque de Moosbrugger, et les arbres nus lui apparurent curieusement corporels  ; répugnants, mouillés comme des vers, et pourtant tels qu’on eût voulu les étreindre et s’affaisser à leur pied, le visage baigné de larmes. Mais il ne le fit pas. La sentimentalité de son émotion le repoussa dans le même temps qu’elle l’atteignait. À travers l’écume laiteuse du brouillard passaient à cet instant devant la grille du jardin des piétons attardés, et ils l’auraient sans doute pris pour un fou s’ils avaient vu comment sa silhouette, dans son pyjama rouge entre les troncs noirs, maintenant se détachait des arbres. Il reprit l’allée d’un pas ferme et regagna sa maison, relativement satisfait  : car si quelque chose était pour lui en réserve, ce devait être assurément d’un tout autre ordre.

Er war kein Philosoph. Philosophen sind Gewalttäter, die keine Armee zur Verfügung haben und sich deshalb die Welt in der Weise unterwerfen, daß sie sie in ein System sperren. Wahrscheinlich ist das auch der Grund dafür, daß es in den Zeiten der Tyrannis große philosophische Naturen gegeben hat, während es in den Zeiten der fortgeschrittenen Zivilisation und Demokratie nicht gelingt, eine überzeugende Philosophie hervorzubringen, wenigstens soweit sich das nach dem Bedauern beurteilen läßt, das man allgemein darüber äußern hört. Darum wird heute in kurzen Stücken erschreckend viel philosophiert, so daß es gerade nur noch die Kaufläden gibt, wo man ohne Weltanschauung etwas bekommt, während gegen große Stücke Philosophie ein ausgesprochenes Mißtrauen herrscht. Man hält sie einfach für unmöglich, und auch Ulrich war keineswegs frei davon, ja er dachte nach seinen wissenschaftlichen Erfahrungen etwas spöttisch über sie. Das gab die Richtung für sein Verhalten, so daß er immer wieder von dem, was er sah, zum Nachdenken aufgefordert wurde und doch mit einer gewissen Scheu vor zuviel Denken behaftet war. Aber was sein Verhalten schließlich entschied, war noch etwas anderes. Es gab etwas in Ulrichs Wesen, das in einer zerstreuten, lähmenden, entwaffnenden Weise gegen das logische Ordnen, gegen den eindeutigen Willen, gegen die bestimmt gerichteten Antriebe des Ehrgeizes wirkte, und auch das hing mit dem seinerzeit von ihm gewählten Namen Essayismus zusammen, wenn es auch gerade die Bestandteile enthielt, die er mit der Zeit und mit unbewußter Sorgfalt aus diesem Begriff ausgeschaltet hatte. Die Übersetzung des Wortes Essay als Versuch, wie sie gegeben worden ist, enthält nur ungenau die wesentlichste Anspielung auf das literarische Vorbild  ; denn ein Essay ist nicht der vor- oder nebenläufige Ausdruck einer Überzeugung, die bei besserer Gelegenheit zur Wahrheit erhoben, ebensogut aber auch als Irrtum erkannt werden könnte (von solcher Art sind bloß die Aufsätze und Abhandlungen, die gelehrte Personen als »Abfälle ihrer Werkstätte« zum besten geben) ; sondern ein Essay ist die einmalige und unabänderliche Gestalt, die das innere Leben eines Menschen in einem entscheidenden Gedanken annimmt. Nichts ist dem fremder als die Unverantwortlichkeit und Halbfertigkeit der Einfälle, die man Subjektivität nennt, aber auch wahr und falsch, klug und unklug sind keine Begriffe, die sich auf solche Gedanken anwenden lassen, die dennoch Gesetzen unterstehn, die nicht weniger streng sind, als sie zart und unaussprechlich erscheinen. Es hat nicht wenige solcher Essayisten und Meister des innerlich schwebenden Lebens gegeben, aber es würde keinen Zweck haben, sie zu nennen  ; ihr Reich liegt zwischen Religion und Wissen, zwischen Beispiel und Lehre, zwischen amor intellectualis und Gedicht, sie sind Heilige mit und ohne Religion, und manchmal sind sie auch einfach Männer, die sich in einem Abenteuer verirrt haben.

Nichts ist übrigens bezeichnender als die unfreiwillige Erfahrung, die man mit gelehrten und vernünftigen Versuchen macht, solche große Essayisten auszulegen, die Lebenslehre, so wie sie ist, in ein Lebenswissen umzuwandeln und der Bewegung der Bewegten einen »Inhalt« abzugewinnen  ; es bleibt von allem ungefähr so viel übrig wie von dem zarten Farbenleib einer Meduse, nachdem man sie aus dem Wasser gehoben und in Sand gelegt hat. Die Lehre der Ergriffenen zerfällt in der Vernunft der Unergriffenen zu Staub, Widerspruch und Unsinn, und doch darf man sie nicht eigentlich zart und lebensunbeständig nennen, da man sonst auch einen Elefanten zu zart nennen müßte, um in einem luftleeren, seinen Lebensbedürfnissen nicht entsprechenden Raum auszudauern. Es wäre sehr zu beklagen, wenn diese Beschreibungen den Eindruck eines Geheimnisses hervorriefen oder auch nur den einer Musik, in der die Harfenklänge und seufzerhaften Glissandi überwiegen. Das Gegenteil ist wahr, und die ihnen zugrunde Hegende Frage stellte sich Ulrich durchaus nicht nur als Ahnung dar, sondern auch ganz nüchtern in der folgenden Form  : Ein Mann, der die Wahrheit will, wird Gelehrter  ; ein Mann, der seine Subjektivität spielen lassen will, wird vielleicht Schriftsteller  ; was aber soll ein Mann tun, der etwas will, das dazwischen liegt  ? Solche Beispiele, die »dazwischen« liegen, liefert aber jeder moralische Satz, etwa gleich der bekannte und einfache  : Du sollst nicht töten. Man sieht auf den ersten Blick, daß er weder eine Wahrheit ist noch eine Subjektivität. Man weiß, daß wir uns in mancher Hinsicht streng an ihn halten, in anderer Hinsicht sind gewisse und sehr zahlreiche, jedoch genau begrenzte Ausnahmen zugelassen, aber in einer sehr großen Zahl von Fällen dritter Art, so in der Phantasie, in den Wünschen, in den Theaterstücken oder beim Genuß der Zeitungsnachrichten, schweifen wir ganz ungeregelt zwischen Abscheu und Verlockung. Man nennt etwas, das weder eine Wahrheit noch eine Subjektivität ist, zuweilen eine Forderung. Man hat diese Forderung an den Dogmen der Religion und an denen des Gesetzes befestigt und ihr dadurch den Charakter einer abgeleiteten Wahrheit gegeben, aber die Romanschriftsteller erzählen uns von den Ausnahmen, angefangen beim Opfer Abrahams bis zur jüngsten schönen Frau, die ihren Geliebten niedergeschossen hat, und lösen es wieder in Subjektivität auf. Man kann sich also entweder an den Pflöcken festhalten oder zwischen ihnen von der breiten Welle hin und her tragen lassen  ; aber mit welchem Gefühl !? Das Gefühl des Menschen für diesen Satz ist ein Gemisch von vernageltem Gehorchen (einschließlich der »gesunden Natur« , die sich sträubt, an so etwas auch nur zu denken, aber, durch Alkohol oder Leidenschaft nur ein wenig von ihrem Platz verrückt, es sofort tut) und gedankenlosem Plätschern in einer Woge voll Möglichkeiten. Soll dieser Satz wirklich nur so verstanden werden  ? Ulrich fühlte, daß ein Mann, der etwas mit ganzer Seele tun möchte, auf diese Weise weder weiß, ob er es tun, noch ob er es unterlassen soll. Und ihm ahnte doch, daß man es aus dem ganzen Wesen heraus tun oder lassen könnte. Ein Einfall oder ein Verbot sagten ihm gar nichts. Die Anknüpfung an ein Gesetz nach oben oder innen erregte die Kritik seines Verstandes, ja mehr als das, es lag auch eine Entwertung in diesem Bedürfnis, den seiner selbst gewissen Augenblick durch eine Abstammung zu nobilitieren. Bei alledem blieb seine Brust stumm, und nur sein Kopf sprach  ; aber er fühlte, daß in einer anderen Weise seine Entscheidung übereinfallen könnte mit seinem Glück. Er könnte glücklich sein, weil er nicht tötet, oder glücklich sein, weil er tötet, aber er könnte niemals der gleichgültige Eintreiber einer an ihn gestellten Forderung sein. Das, was er in diesem Augenblick empfand, war kein Gebot, es war ein Gebiet, das er betreten hatte. Er begriff, daß alles darin schon entschieden sei und den Sinn besänftigt wie Muttermilch. Aber es war kein Denken mehr, was ihm das sagte, und auch kein Fühlen in der gewöhnlichen, wie in Stücke gebrochenen Weise  ; es war ein »ganz Begreifen« und doch auch wieder nur so, wie wenn der Wind eine Botschaft fern herüberträgt, und sie kam ihm weder wahr noch falsch, weder vernünftig noch widervernünftig vor, sondern ergriff ihn, als wäre ihm eine leise selige Übertreibung in die Brust gefallen.

Und so wenig man aus den echten Teilen eines Essays eine Wahrheit machen kann, vermag man aus einem solchen Zustand eine Überzeugung zu gewinnen  ; wenigstens nicht, ohne ihn aufzugeben, so wie ein Liebender die Liebe verlassen muß, um sie zu beschreiben. Die grenzenlose Rührung, die ihn zuweilen untätig bewegte, widersprach dem Tätigkeitstrieb Ulrichs, der auf Grenzen und Formen drang. Nun ist es ja wahrscheinlich richtig und natürlich, erst wissen zu wollen, ehe man das Gefühl sprechen läßt, und unwillkürlich stellte er sich vor, was er dereinst finden wollte, werde, wenn es auch nicht Wahrheit sei, dieser doch an Festigkeit nichts nachgeben  ; aber in seinem besonderen Fall ähnelte er dadurch einem Mann, der sich ein Rüstzeug zusammenstellt, indes ihm darüber die Absicht erstirbt. Wann immer man ihn bei der Abfassung mathematischer und mathematisch-logischer Abhandlungen oder bei der Beschäftigung mit den Naturwissenschaften gefragt hätte, welches Ziel ihm vorschwebe, so würde er geantwortet haben, daß nur eine Frage das Denken wirklich lohne, und das sei die des rechten Lebens. Aber wenn man eine Forderung lange Zeit erhebt, ohne daß mit ihr etwas geschieht, schläft das Gehirn genau so ein, wie der Arm einschläft, wenn er lange Zeit etwas hochhält, und unsere Gedanken können ebensowenig dauernd stehen bleiben wie Soldaten im Sommer auf einer Parade  ; wenn sie zu lange warten müssen, fallen sie einfach ohnmächtig um. Da Ulrich ungefähr in seinem sechsundzwanzigsten Jahr den Entwurf seiner Lebensauffassung abgeschlossen hatte, kam sie ihm in seinem zweiunddreißigsten Jahr nicht mehr ganz aufrichtig vor. Er hatte seine Gedanken nicht weitergebildet, und abgesehen von einem ungewissen und spannenden Gefühl, wie man es bei geschlossenen Augen hat, wenn man etwas erwartet, zeigte sich in ihm auch nicht viel von persönlicher Bewegung, seit die Tage der zitternden ersten Erkenntnisse vorbei waren. Wahrscheinlich war es trotzdem eine unterirdische Bewegung von solcher Art, was ihn mit der Zeit in der wissenschaftlichen Arbeit verlangsamte und daran hinderte, in sie seinen ganzen Willen zu setzen. Er geriet durch sie in einen eigentümlichen Zwiespalt. Man darf nicht vergessen, daß die exakte Geistesverfassung im Grunde gottgläubiger ist als die schöngeistige  ; denn sie unterwürfe sich »Ihm« , sobald er geruht, sich ihr unter den Bedingungen zu zeigen, die sie für die Anerkennung seiner Tatsächlichkeit vorschreibt, wogegen unsere schönen Geister, wenn Er sich äußerte, nur fänden, daß sein Talent nicht ursprünglich und sein Weltbild nicht verständlich genug seien, um ihn auf eine Stufe mit wirklich gottbegnadeten Begabungen zu stellen. So leicht wie irgendwer von dieser Gattung konnte sich Ulrich also nicht unbestimmten Ahnungen hingeben, aber andererseits konnte er sich ebensowenig verhehlen, daß er in lauter Exaktheit jahrelang bloß gegen sich selbst gelebt habe, und er wünschte, daß etwas Unvorhergesehenes mit ihm geschehen möge, denn als er das tat, was er etwas spöttisch seinen »Urlaub vom Leben« nannte, besaß er in der einen wie in der anderen Richtung nichts, was ihm Frieden gab.

Vielleicht könnte man zu seiner Entschuldigung anführen, daß das Leben in gewissen Jahren unglaublich schnell entflieht. Aber der Tag, wo man beginnen muß, seinen letzten Willen zu leben, ehe man dessen Rest hinterläßt, hegt weit voran und läßt sich nicht verschieben. Das war ihm drohend klar geworden, seit fast ein halbes Jahr vergangen war, ohne daß sich etwas änderte. Während er sich in der kleinen und närrischen Tätigkeit, die er übernommen hatte, hin und her bewegen ließ, sprach, gerne zuviel sprach, mit der verzweifelten Beharrlichkeit eines Fischers lebte, der seine Netze in einen leeren Fluß senkt, indes er nichts tat, was der Person entsprach, die er immerhin bedeutete, und es mit Absicht nicht tat, wartete er. Er wartete hinter seiner Person, sofern dieses Wort den von Welt und Lebenslauf geformten Teil eines Menschen bezeichnet, und seine ruhige, dahinter abgedämmte Verzweiflung stieg mit jedem Tag höher. Er befand sich in dem schlimmsten Notstand seines Lebens und verachtete sich für seine Unterlassungen. Sind große Prüfungen das Vorrecht großer Naturen  ? Er hätte gerne daran geglaubt, aber es ist nicht richtig, denn auch die simpelsten nervösen Naturen haben ihre Krisen. So blieb ihm eigentlich nur in der großen Erschütterung jener Rest von Unerschütterlichkeit übrig, den alle Helden und Verbrecher besitzen, es ist nicht Mut, es ist nicht Wille, es ist keine Zuversicht, sondern einfach ein zähes Festhalten an sich, das sich so schwer austreiben läßt wie das Leben aus einer Katze, selbst wenn sie von den Hunden schon ganz zerfleischt ist.

Will man sich vorstellen, wie solch ein Mensch lebt, wenn er allein ist, so kann höchstens erzählt werden, daß in der Nacht die erhellten Fensterscheiben ins Zimmer schauen, und die Gedanken, nachdem sie gebraucht sind, herumsitzen wie die Klienten im Vorzimmer eines Anwalts, mit dem sie nicht zufrieden sind. Oder vielleicht, daß Ulrich einmal in solcher Nacht die Fenster öffnete und in die schlangenkahlen Baumstämme blickte, deren Windungen zwischen den Schneedecken der Wipfel und des Bodens seltsam schwarz und glatt dastanden, und plötzlich Lust bekam, im Schlafanzug, wie er war, in den Garten hinunterzugehn  ; er wollte die Kälte in den Haaren fühlen. Als er unten war, schaltete er das Licht aus, um nicht vor der erleuchteten Türe zu stehn, und nur aus seinem Arbeitszimmer ragte ein Lichtdach in den Schatten hinein. Ein Weg führte zum Gittertor, das auf die Straße mündete, ein zweiter kreuzte ihn dunkel deutlich. Ulrich ging langsam auf diesen zu. Und dann erinnerte ihn die zwischen den Baumkronen emporragende Dunkelheit plötzlich phantastisch an die riesige Gestalt Moosbruggers, und die nackten Bäume kamen ihm merkwürdig körperlich vor  ; häßlich und naß wie Würmer und trotzdem so, daß man sie umarmen und mit Tränen im Gesicht an ihnen niedersinken mochte. Aber er tat es nicht. Die Sentimentalität der Regung stieß ihn im gleichen Augenblick zurück, wo sie ihn berührte. Durch den Milchschaum des Nebels kamen vor dem Gitter des Gartens in diesem Augenblick verspätete Fußgänger vorbei, und er hätte ihnen wohl wie ein Narr erscheinen können, wie sich sein Bild, in rotem Schlafanzug zwischen schwarzen Stämmen, nun von diesen loslöste  ; aber er trat fest auf den Weg und ging verhältnismäßig zufrieden in sein Haus zurück, denn wenn etwas für ihn aufbewahrt war, so mußte es etwas ganz anderes sein.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 62 : La terre même, mais Ulrich en particulier, rend hommage à l’utopie de l’essayismetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 319-325
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Ulrich se rappelait encore très bien comment l’incertitude avait retrouvé son crédit. On avait pu lire de plus en plus souvent des déclarations dans lesquelles des gens qui exercent un métier assez incertain, des poètes, des critiques, des femmes, ou ceux dont la vocation est de former la « nouvelle génération », se plaignaient de ce que la science pure fût un poison qui dissolvait les grandes œuvres de l’homme sans pouvoir les recomposer, et en appelaient à une nouvelle foi, à un retour aux sources intérieures, à un renouveau spirituel ou autres chansons du même genre. Naïvement, il avait commencé par penser que c’étaient là des gens qui s’étaient blessés en faisant du cheval et maintenant, clopinant, réclamaient à grands cris qu’on les oignît d’âme  ; mais il dut reconnaître peu à peu que cet appel réitéré qui lui avait paru d’abord si comique trouvait partout de vastes échos  ; la science commençait à se démoder, et le type d’homme indéfini qui domine notre époque avait commencé à s’imposer.

Ulrich s’était refusé à prendre la chose au sérieux, et il continua à développer à sa manière ses dispositions intellectuelles.

Du tout début de la jeunesse, de ces temps où elle commence à prendre conscience d’elle-même et qu’il est souvent si touchant, si bouleversant de retrouver plus tard, il lui restait encore en mémoire toutes sortes d’imaginations naguère aimées, entre autres l’idée de « vivre hypothétiquement ». Ces deux mots continuaient à évoquer maintenant le courage et l’ignorance involontaire de la vie, le temps où chaque pas est une aventure privée de l’appui de l’expérience, le désir de grandeur dans les rapports et ce souffle de révocabilité que ressent un jeune homme lorsqu’il entre dans la vie en hésitant. Ulrich pensait qu’il n’y avait réellement rien à y reprendre. Le sentiment passionnant d’être élu pour quelque chose, quoi que ce soit, voilà la seule chose belle et certaine qu’il y ait en celui dont le regard mesure pour la première fois le monde. S’il contrôle ses émotions, il n’est rien à quoi il puisse dire oui sans réserve  ; il cherche la bien-aimée possible, mais il ne sait pas si c’est la bonne  ; il est en mesure de tuer sans être certain qu’il doit le faire. Le désir qu’a sa propre nature d’évoluer l’empêche de croire à l’accompli  ; mais tout ce qui vient à lui fait comme s’il l’était déjà. Il pressent que cet ordre n’est pas aussi stable qu’il prétend l’être  ; aucun objet, aucune personne, aucune forme, aucun principe ne sont sûrs, tout est emporté dans une métamorphose invisible, mais jamais interrompue, il y a plus d’avenir dans l’instable que dans le stable, et le présent n’est qu’une hypothèse que l’on n’a pas encore dépassée. Que pourrait-il donc faire de mieux que de garder sa liberté à l’égard du monde, dans le bon sens du terme, comme un savant sait rester libre à l’égard des faits qui voudraient l’induire à croire trop précipitamment en eux  ? C’est pourquoi il hésite à devenir quelque chose  ; un caractère, une profession, un mode de vie défini, ce sont là des représentations où perce déjà le squelette qui sera tout ce qui restera de lui pour finir. Il cherche à se comprendre autrement  ; avec cet appétit qu’il a de tout ce qui pourrait l’enrichir intérieurement (serait-ce même au-delà des limites de la morale ou de la pensée), il a l’impression d’être un pas, libre d’aller dans toutes les directions, mais qui va toujours d’un point d’équilibre au suivant, et toujours en avançant. Et s’il pense, un beau jour, avoir eu l’idée juste, il s’aperçoit qu’une goutte d’une incandescence indicible est tombée dans le monde, et que la terre, à sa lueur, a changé d’aspect.

Plus tard, quand sa puissance intellectuelle eut augmenté, Ulrich en tira une idée qu’il n’attacha plus désormais au mot trop incertain d’hypothèse, mais, pour des raisons bien précises, à la notion caractéristique d’essai. Un peu comme un essai, dans la succession de ses paragraphes, considère de nombreux aspects d’un objet sans vouloir le saisir dans son ensemble (car un objet saisi dans son ensemble en perd d’un coup son étendue et se change en concept), il pensait pouvoir considérer et traiter le monde, ainsi que sa propre vie, avec plus de justesse qu’autrement. La valeur d’une action ou d’une qualité, leur essence et leur nature mêmes lui paraissaient dépendre des circonstances qui les entouraient, des fins qu’elles servaient, en un mot, de l’ensemble variable dont elles faisaient partie. C’est là, d’ailleurs, la description tout à fait banale du fait qu’un meurtre peut nous apparaître comme un crime ou comme un acte d’héroïsme, et l’heure de l’amour comme la plume tombée de l’aile d’un ange ou de celle d’une oie. Ulrich la généralisait. Tous les événements moraux avaient lieu à l’intérieur d’un champ de forces dont la constellation les chargeait de sens, et contenaient le bien et le mal comme un atome contient ses possibilités de combinaisons chimiques. Ils étaient, pour ainsi dire, cela même qu’ils devenaient, et de même que le mot « blanc » définit trois entités toutes différentes selon que la blancheur est en relation avec la nuit, les armes ou les fleurs, tous les événements moraux lui paraissaient être, dans leur signification, fonction d’autres événements. De la sorte naissait un système infini de rapports dans lequel on n’eût plus trouvé une seule de ces significations indépendantes telles que la vie ordinaire en accorde, dans une première et grossière approximation, aux actions et aux qualités  ; dans ce système, ce qui avait l’apparence de la stabilité devenait le prétexte poreux de mille autres significations, ce qui se passait devenait le symbole de ce qui peut-être ne se passait pas, mais était deviné au travers, et l’homme conçu comme le résumé de ses possibilités, l’homme potentiel, le poème non écrit de la vie s’opposait à l’homme copie, à l’homme réalité, à l’homme caractère. Au fond, dans cette conception, Ulrich se sentait capable de toutes les vertus comme de toutes les bassesses  ; le fait que les vertus et les vices, dans une société équilibrée, sont ressentis généralement, quoique secrètement, comme également fâcheux, était pour lui la preuve de ce qui se produit partout dans la nature, à savoir que tout système de forces tend peu à peu à une valeur, à un état moyen, à un compromis et à une pétrification. La morale au sens ordinaire du mot n’était plus pour Ulrich que la forme sénile d’un système de forces que l’on ne saurait, sans une réelle perte de force éthique, confondre avec la véritable morale.

Peut-être ces conceptions trahissaient-elles aussi une sorte d’incertitude devant la vie  ; mais l’incertitude n’est quelquefois que le refus des certitudes et des sécurités ordinaires, et l’on est d’ailleurs en droit de rappeler que même une personne d’expérience comme l’Humanité semble se conformer à des principes analogues. Elle révoque à la longue tout ce qu’elle a fait pour le remplacer par autre chose  ; pour elle aussi, avec le temps, les crimes se transforment en vertus et inversement, elle bâtit à coups d’événements de grandes architectures intellectuelles qu’elle laisse après quelques générations s’écrouler  ; la seule différence est que cela se produit successivement au lieu de se produire dans l’unité d’un sentiment individuel, et l’on ne voit dans la chaîne de ses tentatives aucun progrès, alors que le devoir d’un essayiste conscient serait, en gros, de transformer cette négligence en volonté. L’orientation de mainte évolution intellectuelle laisse prévoir que cette métamorphose pourrait n’être plus très lointaine. La laborantine d’hôpital, tout de blanc vêtue comme une fleur, qui broie dans un petit plat de porcelaine blanche les matières d’un patient afin d’en tirer, avec la collaboration de quelque acide, un frottis pourpre dont la juste coloration sera le prix de son attention, se trouve déjà, même si elle ne s’en doute pas, dans un monde plus transformable que la jeune dame qui frémit devant le même objet aperçu dans la rue. Le criminel entré dans le champ magnifique de son acte n’est plus qu’un nageur contraint de suivre un courant irrésistible, et toute mère dont l’enfant a été emporté par un tel courant le sait bien  ; simplement, jusqu’ici, on ne le croyait pas, parce qu’on n’avait pas de place pour cette croyance. Les psychiatres appellent la grande gaieté « euphorie » ou, en allemand, « dépression gaie », comme s’il s’agissait d’un gai malaise, et ils ont montré que tous les paroxysmes, ceux de la chasteté comme ceux de la sensualité, ceux du scrupule comme ceux de la frivolité, ceux de la cruauté comme ceux de la compassion, débouchent dans le pathologique. L’idée de la vie saine aurait dès lors bien peu de sens, si elle n’avait pour but qu’un compromis entre deux excès  ! Et son idéal serait bien mesquin s’il n’était réellement que le refus d’exagérer ses idéaux  ! De telles constatations nous conduisent donc à ne plus voir dans la norme morale l’immobilité figée d’un règlement, mais un mouvant équilibre qui exige à tout instant que l’on travaille à le renouveler. On commence à considérer de plus en plus souvent comme le fait d’un esprit borné d’assigner pour caractère à un homme une tendance à la répétition acquise involontairement, pour rendre ensuite son caractère responsable de ces mêmes répétitions. On apprend à reconnaître quels échanges se font entre le dedans et le dehors, et c’est précisément par la compréhension de ce qu’il y a d’impersonnel dans l’homme qu’on a fait de nouvelles découvertes sur la personnalité, sur certains types de comportement fondamentaux, sur l’instinct de la construction du Moi qui, comme l’instinct de la construction du nid chez les oiseaux, bâtit son Moi de toute espèce de matériaux, selon une ou deux méthodes toujours identiques. On est même déjà si près de pouvoir endiguer, grâce à des influences définies, toute sorte d’états de dégénérescence comme on endigue un torrent, que seule une négligence sociale ou un reste de maladresse peuvent expliquer qu’on n’arrive pas encore à transformer à temps un criminel en archange. On pourrait citer ainsi beaucoup d’autres exemples, des faits dispersés, pas encore collationnés, qui, pris tous ensemble, nous font éprouver à la fois une lassitude à l’égard des approximations grossières nées pour être appliquées dans des conditions plus simples, et le besoin de transformer dans ses fondements mêmes une morale qui depuis deux mille ans ne s’est jamais adaptée au changement du goût que dans ses détails, et de l’échanger une bonne fois contre une autre, épousant plus étroitement la mobilité des faits.

Ulrich konnte sich noch gut erinnern, wie das Unsichere wieder zu Ansehen gekommen war. Immer mehr hatten sich Äußerungen gehäuft, wo Menschen, die ein etwas unsicheres Metier betrieben, Dichter, Kritiker, Frauen und die den Beruf einer neuen Generation Ausübenden, Klage erhoben, daß das pure Wissen einem unseligen Etwas gleiche, das alles hohe Menschenwerk zerreiße, ohne es je wieder zusammensetzen zu können, und sie verlangten einen neuen Menschheitsglauben, Rückkehr zu den inneren Urtümern, geistigen Aufschwung und allerlei von solcher Art. Er hatte anfangs naiver Weise angenommen, das seien Leute, die sich aufgeritten haben und hinkend vom Pferd steigen, schreiend, daß man sie mit Seele einschmiere  ; aber er mußte allmählich erkennen, daß der sich wiederholende Ruf, der ihm anfangs so komisch erschienen war, einen breiten Widerhall fand  ; das Wissen fing an, unzeitgemäß zu werden, der unscharfe Typus Mensch, der die Gegenwart beherrscht, hatte sich durchzusetzen begonnen.

Ulrich hatte sich dagegen aufgelehnt, das ernst zu nehmen, und bildete nun seine geistigen Neigungen auf eigene Art weiter.

Aus der frühesten Zeit des ersten Selbstbewußtseins der Jugend, die später wieder anzublicken oft so rührend und erschütternd ist, waren heute noch allerhand einst geliebte Vorstellungen in seiner Erinnerung vorhanden, und darunter das Wort »hypothetisch leben« . Es drückte noch immer den Mut und die unfreiwillige Unkenntnis des Lebens aus, wo jeder Schritt ein Wagnis ohne Erfahrung ist, und den Wunsch nach großen Zusammenhängen und den Hauch der Widerruflichkeit, den ein junger Mensch fühlt, wenn er zögernd ins Leben tritt. Ulrich dachte, daß davon eigentlich nichts zurückzunehmen sei. Ein spannendes Gefühl, zu irgendetwas ausersehen zu sein, ist das Schöne und einzig Gewisse in dem, dessen Blick zum erstenmal die Welt mustert. Er kann, wenn er seine Empfindungen überwacht, zu nichts ohne Vorbehalt ja sagen  ; er sucht die mögliche Geliebte, aber weiß nicht, ob es die richtige ist  ; er ist imstande zu töten, ohne sicher zu sein, daß er es tun muß. Der Wille seiner eigenen Natur, sich zu entwickeln, verbietet ihm, an das Vollendete zu glauben  ; aber alles, was ihm entgegentritt, tut so, als ob es vollendet wäre. Er ahnt  : diese Ordnung ist nicht so fest, wie sie sich gibt  ; kein Ding, kein Ich, keine Form, kein Grundsatz sind sicher, alles ist in einer unsichtbaren, aber niemals ruhenden Wandlung begriffen, im Unfesten liegt mehr von der Zukunft als im Festen, und die Gegenwart ist nichts als eine Hypothese, über die man noch nicht hinausgekommen ist. Was sollte er da Besseres tun können, als sich von der Welt freizuhalten, in jenem guten Sinn, den ein Forscher Tatsachen gegenüber bewahrt, die ihn verführen wollen, voreilig an sie zu glauben  ! Darum zögert er, aus sich etwas zu machen  ; ein Charakter, Beruf, eine feste Wesensart, das sind für ihn Vorstellungen, in denen sich schon das Gerippe durchzeichnet, das zuletzt von ihm übrig bleiben soll. Er sucht sich anders zu verstehen  ; mit einer Neigung zu allem, was ihn innerlich mehrt, und sei es auch moralisch oder intellektuell verboten, fühlt er sich wie einen Schritt, der nach allen Seiten frei ist, aber von einem Gleichgewicht zum nächsten und immer vorwärts führt. Und meint er einmal, den echten Einfall zu haben, so nimmt er wahr, daß ein Tropfen unsagbarer Glut in die Welt gefallen ist, deren Leuchten die Erde anders aussehen macht.

In Ulrich war später, bei gemehrtem geistigen Vermögen, daraus eine Vorstellung geworden, die er nun nicht mehr mit dem unsicheren Wort Hypothese, sondern aus bestimmten Gründen mit dem eigentümlichen Begriff eines Essays verband. Ungefähr wie ein Essay in der Folge seiner Abschnitte ein Ding von vielen Seiten nimmt, ohne es ganz zu erfassen, – denn ein ganz erfaßtes Ding verliert mit einem Male seinen Umfang und schmilzt zu einem Begriff ein – glaubte er, Welt und eigenes Leben am richtigsten ansehen und behandeln zu können. Der Wert einer Handlung oder einer Eigenschaft, ja sogar deren Wesen und Natur erschienen ihm abhängig von den Umständen, die sie umgaben, von den Zielen, denen sie dienten, mit einem Wort, von dem bald so, bald anders beschaffenen Ganzen, dem sie angehörten. Das ist übrigens nur die einfache Beschreibung der Tatsache, daß uns ein Mord als ein Verbrechen oder als eine heroische Tat erscheinen kann und die Stunde der Liebe als die Feder, die aus dem Flügel eines Engels oder einer Gans gefallen ist. Aber Ulrich verallgemeinerte sie. Dann fanden alle moralischen Ereignisse in einem Kraftfeld statt, dessen Konstellation sie mit Sinn belud, und sie enthielten das Gute und das Böse wie ein Atom chemische Verbindungsmöglichkeiten enthält. Sie waren gewissermaßen das, was sie wurden, und so wie das eine Wort Hart, je nachdem, ob die Härte mit Liebe, Roheit, Eifer oder Strenge zusammenhängt, vier ganz verschiedene Wesenheiten bezeichnet, erschienen ihm alle moralischen Geschehnisse in ihrer Bedeutung als die abhängige Funktion anderer. Es entstand auf diese Weise ein unendliches System von Zusammenhängen, in dem es unabhängige Bedeutungen, wie sie das gewöhnliche Leben in einer groben ersten Annäherung den Handlungen und Eigenschaften zuschreibt, überhaupt nicht mehr gab  ; das scheinbare Feste wurde darin zum durchlässigen Vorwand für viele andere Bedeutungen, das Geschehende zum Symbol von etwas, das vielleicht nicht geschah, aber hindurch gefühlt wurde, und der Mensch als Inbegriff seiner Möglichkeiten, der potentielle Mensch, das ungeschriebene Gedicht seines Daseins trat dem Menschen als Niederschrift, als Wirklichkeit und Charakter entgegen. Im Grunde fühlte sich Ulrich nach dieser Anschauung jeder Tugend und jeder Schlechtigkeit fähig, und daß Tugenden wie Laster in einer ausgeglichenen Gesellschaftsordnung allgemein, wenn auch uneingestanden, als gleich lästig empfunden werden, bewies ihm gerade das, was in der Natur allenthalben geschieht, daß jedes Kräftespiel mit der Zeit einem Mittelwert und Mittelzustand, einem Ausgleich und einer Erstarrung zustrebt. Die Moral im gewöhnlichen Sinn war für Ulrich nicht mehr als die Altersform eines Kräftesystems, das nicht ohne Verlust an ethischer Kraft mit ihr verwechselt werden darf.

Es mag sein, daß sich auch in diesen Anschauungen eine gewisse Lebensunsicherheit ausdrückte  ; allein Unsicherheit ist mitunter nichts als das Ungenügen an den gewöhnlichen Sicherungen, und im übrigen darf wohl daran erinnert werden, daß selbst eine so erfahrene Person, wie es die Menschheit ist, scheinbar nach ganz ähnlichen Grundsätzen handelt. Sie widerruft auf die Dauer alles, was sie getan hat, und setzt anderes an seine Stelle, auch ihr verwandeln sich im Lauf der Zeit Verbrechen in Tugenden und umgekehrt, sie baut große geistige Zusammenhänge aller Geschehnisse auf und läßt sie nach einigen Menschenaltern wieder einstürzen  ; nur geschieht das nacheinander, statt in einem einheitlichen Lebensgefühl, und die Kette ihrer Versuche läßt keine Steigerung erkennen, während ein bewußter menschlicher Essayismus ungefähr die Aufgabe vorfände, diesen fahrlässigen Bewußtseinszustand der Welt in einen Willen zu verwandeln. Und viele einzelne Entwicklungslinien weisen dahin, daß dies bald geschehen könnte. Die Gehilfin in einem Krankenhaus, die, blütenweiß gekleidet, den Kot eines Patienten in einem weißen Porzellanschüsselchen mit helfenden Säuren zu einem purpurfarbenen Aufstrich verreibt, dessen richtige Farbe ihre Aufmerksamkeit belohnt, befindet sich schon jetzt, auch wenn sie es nicht weiß, in einer wandelbareren Welt als die junge Dame, die vor dem gleichen Gegenstand auf der Straße erschauert. Der Verbrecher, der in das moralische Kraftfeld seiner Tat geraten ist, bewegt sich nur noch wie ein Schwimmer, der mit einem reißenden Strom mitmuß, und jede Mutter, deren Kind einmal hineingerissen worden ist, weiß das  ; man hat es ihr bisher bloß nicht geglaubt, weil man keinen Platz für diesen Glauben hatte. Die Psychiatrie nennt die große Heiterkeit eine heitere Verstimmung, als ob sie heitere Unlust wäre, und hat erkennen lassen, daß alle großen Steigerungen, die der Keuschheit wie der Sinnlichkeit, der Gewissenhaftigkeit wie des Leichtsinns, der Grausamkeit wie des Mitleidens ins Krankhafte münden  ; wie wenig würde da noch das gesunde Leben bedeuten, wenn es nur einen mittleren Zustand zwischen zwei Übertreibungen zum Ziel hätte  ! Wie dürftig wäre es schon, wenn sein Ideal wirklich nichts anderes als die Leugnung der Übertreibung seiner Ideale wäre ?! Solche Erkenntnisse führen also dazu, in der moralischen Norm nicht länger die Ruhe starrer Satzungen zu sehen, sondern ein bewegliches Gleichgewicht, das in jedem Augenblick Leistungen zu seiner Erneuerung fordert. Man beginnt, es immer mehr als beschränkt zu empfinden, unwillkürlich erworbene Wiederholungsdispositionen einem Menschen als Charakter zuzuschreiben und dann seinen Charakter für die Wiederholungen verantwortlich zu machen. Man lernt das Wechselspiel zwischen Innen und Außen erkennen, und gerade durch das Verständnis für das Unpersönliche am Menschen ist man dem Persönlichen auf neue Spuren gekommen, auf gewisse einfache Grundverhaltensweisen, einen Ichbautrieb, der wie der Nestbautrieb der Vögel aus vieler Art Stoff nach ein paar Verfahren sein Ich aufrichtet. Man ist bereits so nahe daran, durch bestimmte Einflüsse allerhand entartete Zustände verbauen zu können wie einen Wildbach, daß es beinahe nur noch auf eine soziale Fahrlässigkeit hinausläuft oder auf einen Rest von Ungeschicklichkeit, wenn man aus Verbrechern nicht rechtzeitig Erzengel macht. Und so ließe sich sehr vieles anführen, Zerstreutes, einander noch nicht nahe Gekommenes, was zusammenwirkt, daß man der groben Annäherungen müde wird, die unter einfacheren Bedingungen für ihre Anwendung entstanden sind, und allmählich die Nötigung erlebt, eine Moral, die seit zweitausend Jahren immer nur im kleinen dem wechselnden Geschmack angepaßt worden ist, in den Grundlagen der Form zu verändern und gegen eine andere einzutauschen, die sich der Beweglichkeit der Tatsachen genauer anschmiegt.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]t. 1chap. 62 : La terre même, mais Ulrich en particulier, rend hommage à l’utopie de l’essayismetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 314-318
Mode : Lu

[D]e toutes les propriétés du mot âme, la plus remarquable est bien que les jeunes gens ne puissent le prononcer sans rire. Même Arnheim et Diotime redoutaient de l’employer seul : dire que l’on a une âme grande, noble, lâche, téméraire ou basse, est encore concevable, mais dire tout simplement « mon âme », personne n’en aurait le courage. C’est un mot strictement réservé aux gens d’âge, et on ne peut le comprendre que si l’on admet que se fasse de plus en plus sensible au cours de la vie un quelque chose pour lequel on a le plus grand besoin d’un nom sans arriver à le trouver, jusqu’au jour où l’on accepte enfin à contrecœur d’adopter celui que l’on avait d’abord dédaigné.

Comment donc doit-on décrire ce quelque chose ? Que l’on choisisse de rester immobile ou de marcher, l’essentiel n’est pas ce que l’on a devant soi, ce que l’on voit, entend, veut, saisit ou dompte. C’est devant vous un horizon, un demi-cercle ; mais il y a une corde qui réunit les deux extrémités de ce demi-cercle, et le plan de cette corde traverse le monde par le milieu. En avant de nous, visage et mains pointent hors de ce plan ; les sensations et les aspirations accourent à nous devant lui ; et personne ne doute que ce que l’on fait dans cet espace soit toujours raisonnable, ou du moins passionné ; cela signifie que les circonstances extérieures ont une manière de conditionner nos actions que tout le monde peut comprendre, et que, même si nous faisons, sous le coup de la passion, quelque chose d’incompréhensible, cet incompréhensible a encore, en fin de compte, sa manière propre. Mais si parfaitement compréhensibles et pleines que paraissent alors toutes choses, le sentiment obscur n’en demeure pas moins qu’il n’y a là qu’une demi-plénitude, une demi-compréhension. L’équilibre n’y est pas tout à fait, et l’homme avance pour ne pas chanceler, comme le fait un danseur de corde. Comme il avance à travers la vie et laisse derrière soi du vécu, le vécu et ce qui est encore à vivre forment une espèce de cloison, et le cheminement de l’homme finit par ressembler à celui du ver dans le bois, qui peut y sinuer à son aise et même retourner en arrière, mais n’en laisse pas moins toujours un espace vide derrière lui. C’est à ce sentiment effrayant d’un espace aveugle et amputé derrière tout espace rempli, à cette moitié perpétuellement manquante, même si chaque chose forme un tout, que l’on finit par remarquer ce que l’on appelle l’âme.

De plus, on la pense, on la devine, on la sent évidemment tout le temps, sous la forme des succédanés les plus divers, et chacun selon son tempérament. Dans la jeunesse, c’est un sentiment très net d’incertitude en tout ce que l’on fait : était-ce bien ce qu’il fallait faire ? Dans la vieillesse, c’est l’étonnement de n’avoir pas fait davantage de tout ce que l’on s’était proposé. Dans l’entre-deux, c’est la consolation de penser que l’on est un sacré type, un brave type, ou un « type » tout court, même s’il y a dans ce que l’on fait des petites choses pas toujours parfaitement justifiables ; ou bien, que le monde n’est pas ce qu’il devrait être, de sorte qu’en fin de compte tout ce que l’on n’a pas pu faire aboutit encore à un compromis satisfaisant ; sans compter que beaucoup de gens imaginent encore, au-dessus de toutes choses, un Dieu qui garde dans sa poche le morceau qui leur manquait. L’amour seul adopte à cet égard une attitude particulière ; dans cette exception, la seconde moitié grandit. L’être que l’on aime paraît se dresser là où d’ordinaire il manque quelque chose. Les âmes s’unissent pour ainsi dire « dos à dos » et se rendent elles-mêmes superflues. C’est pourquoi la plupart des hommes, une fois passé le premier grand amour, ne sont plus sensibles à l’absence de l’âme ; cette prétendue folie accomplit donc un travail social méritoire.

Von allen Eigentümlichkeiten dieses Wortes Seele ist aber die merkwürdigste, daß junge Menschen es nicht aussprechen können, ohne zu lachen. Selbst Diotima und Arnheim scheuten sich, es ohne Verbindung zu gebrauchen ; denn eine große, edle, feige, kühne, niedrige Seele zu haben, das läßt sich noch behaupten, aber schlechtweg zu sagen, meine Seele, das bringt man nicht über sich. Es ist ein ausgeprägtes Wort für ältere Leute, und das ist nur so zu verstehen, daß man annimmt, es müsse sich im Laufe des Lebens irgend etwas immer fühlbarer machen, für das man dringend einen Namen braucht, ohne ihn zu finden, bis man schließlich den ursprünglich verschmähten dafür widerstrebend in Gebrauch nimmt.

Wie soll man es also beschreiben ? Man kann stehn oder gehn, wie man will, das Wesentliche ist nicht, was man vor sich hat, sieht, hört, will, angreift, bewältigt. Es hegt als Horizont, als Halbkreis voraus ; aber die Enden dieses Halbkreises verbindet eine Sehne, und die Ebene dieser Sehne geht mitten durch die Welt hindurch. Vorn sehen das Gesicht und die Hände aus ihr heraus, laufen die Empfindungen und Bestrebungen vor ihr her, und niemand bezweifelt : was man da tut, ist immer vernünftig oder wenigstens leidenschaftlich ; das heißt, die Verhältnisse außen verlangen in einer Weise unsere Handlungen, die jedermann begreiflich ist, oder wenn wir, von Leidenschaft befangen, Unbegreifliches tun, so hat schließlich auch das seine Weise und Art. Aber so vollständig dabei alles verständlich und in sich geschlossen erscheint, wird es doch von einem dunklen Gefühl begleitet, daß es bloß etwas Halbes sei. Es fehlt etwas am Gleichgewicht, und der Mensch dringt vor, um nicht zu wanken, wie es ein Seilläufer tut. Und da er durchs Leben dringt und Gelebtes hinter sich läßt, bilden das noch zu Lebende und das Gelebte eine Wand, und sein Weg gleicht schließlich dem eines Wurms im Holz, der sich beliebig winden, ja auch zurückwenden kann, aber immer den leeren Raum hinter sich läßt. Und an diesem entsetzlichen Gefühl eines blinden, abgeschnittenen Raums hinter allem Ausgefüllten, an dieser Hälfte, die immer noch fehlt, wenn auch alles schon ein Ganzes ist, bemerkt man schließlich das, was man die Seele nennt.

Man denkt, ahnt, fühlt sie natürlich allezeit hinzu ; in den verschiedensten Arten von Ersätzen und je nach Temperament. In der Jugend als ein deutliches Gefühl der Unsicherheit bei allem, was man tut, ob es wohl auch das rechte sei. Im Alter als Staunen darüber, wie wenig man von dem getan hat, was man eigentlich vorhatte. Dazwischen als Trost, daß man ein verfluchter, tüchtiger, braver Kerl sei, wenn auch nicht alles im einzelnen zu rechtfertigen ist, was man tut ; oder daß ja auch die Welt nicht so sei, wie sie sollte, so daß am Ende alles, was man verfehlt hat, noch einen gerechten Ausgleich darstellt ; und schließlich denken manche Leute sogar über alles hinaus an einen Gott, der das ihnen fehlende Stück in der Tasche trägt. Eine besondere Stellung nimmt dabei nur die Liebe ein ; in diesem Ausnahmefall wächst nämlich die zweite Hälfte zu. Der geliebte Mensch scheint dort zu stehen,, wo sonst stets etwas fehlt. Die Seelen vereinigen sich sozusagen dos à dos und machen sich dabei überflüssig. Weshalb die meisten Menschen nach dem Vorübergehen der einen großen Jugendliebe das Fehlen der Seele nicht mehr empfinden, und diese sogenannte Torheit eine dankbare soziale Aufgabe erfüllt.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]vol. 1chap. 45 : Muette rencontre de deux sommitéstrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 231-232
Mode : Lu

[Q]ue la séance s’achevât par une résolution était dans l’ordre. En effet, que le couteau mette le point final à une rixe, qu’à la fin d’un morceau de musique les dix doigts frappent les touches tous ensemble une ou deux fois, que le danseur s’incline devant sa cavalière ou que l’on vote une résolution : si on agit ainsi, c’est que le monde ne serait pas rassurant, où les événements tout bonnement s’esquiveraient, sans avoir dûment certifié d’abord qu’ils sont réellement advenus.

[D]aß die Sitzung mit einer Resolution schloß, war in Ordnung. Denn ob man bei einer Rauferei mit dem Messer den Schlußpunkt setzt oder am Ende eines Musikstücks alle zehn Finger ein paarmal gleichzeitig in die Tasten schlägt, oder ob der Tänzer sich vor seiner Dame verbeugt, oder ob man eine Resolution beschließt : es wäre eine unheimliche Welt, wenn die Geschehnisse sich einfach davonschlichen und nicht am Ende noch einmal gehörig versichern würden, daß sie geschehen seien ; und darum tut man es.

Robert MusilL’homme sans qualités [1930]vol. 1chap. 44 : Suite et fin de la grande séance. Ulrich trouve de l’agrément à Rachel, et Rachel à Soliman. L’Action parallèle est dotée d’une organisation solidetrad. Philippe JaccottetLe Seuil1995p. 229