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Publié en 2016

37 entrées
Mode : Lu

168. C’est la diglossia associée à la dichotomie écrit-oral qui conditionne la création de la poésie au sens moderne par les Troubadours. Elle occupe le terrain sans opposition, à la différence de la poésie des Anciens qui est marquée nécessairement comme intellectuellement inférieure.

169. L’importance de la poésie des Troubadours (et de la prose vernaculaire qui en dépend) apparaît mieux. En outre le trobar a inventé le concept fondamental de toute poésie : l’amour, inséparable de l’amour de la langue.

170. La poésie est mémoire de la langue par amour, par l’amour.

171. L’oralité poétique contemporaine est une non-non oralité.

172. Le dissoi logoi recommande l’association de noms communs pour la mnémonique des noms propres, et réciproquement. La poésie (Gertrude) traite les noms communs comme les noms propres des choses.

173. Le poète « fabbro » pratique une « mimesis » particulière : l’imitation de la poésie par la poésie. C’est le pendant du travail d’invention de la mémoire.

174. Le « big shopper » est mon instrument d’aède.

175. Que la poésie ne dit pas « quelque chose ». Parce que ce qu’elle dit n’est pas séparable d’elle ; du moins dans les poèmes.

176. Car la poésie qui est l’absente de tout poème, dit la langue, est sa mémoire.

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146. L’invention des arts de la mémoire constitue une tentative de sauvetage de la conception ancienne de la poésie, des arts de la parole et de l’ouïe plus généralement (aussi le conte) permettant une traduction visuelle interne.

147. Tel est le sens du « ut pictura poesis ».

148. Il faut réapprendre à marcher dans sa tête.

149. Ce n’est pas seulement une référence commune dans la langue qui a été perdue avec la chute de la poésie, parce qu’on ne l’apprend plus, c’est toute vraie référence individuelle à la poésie.

150. Un poème doit être mémorable, pour être mémorisé, ou au moins revisité intérieurement.

151. La position « simonidienne » serait : il n’y a pas que la poésie qui est mémorisable. Tout l’est, grâce aux « arts ». On peut « traduire » l’oral en visuel. Et on peut le faire chacun pour soi.

(…)

154. Le jeu de la poésie orale est un jeu entre répétition et invention, entre le plaisir de la surprise et celui de la reconnaissance (see Henry James). Il importe donc d’étudier le contraste entre le formulaïque et le reste. Et ceci montre encore le lien avec les stratégies mnémoniques (see la « broken formula » de Bacon et la maxime à la Rochefoucauld ; see le partimen).

(…)

157. La conception orale, « mimétique » de la poésie interdit l’identification de la poésie avec un individu séparé, pourvu d’une âme individuelle. C’est ce caractère qu’a conservé la poésie, d’où la lutte indispensable contre le « biographique ».

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3497. Entre poésie et prose, un critère de partition : le mémorable. Ce n’est pas qu’un critère pragmatique.

3498. Il y a vingt-cinq ans Denis Roche disait : « la poésie est inadmissible ; d’ailleurs elle n’existe pas. » Aujourd’hui, Emmanuel Hocquard dit à peu près : « la poésie est trop admissible ; et elle existe trop. »

3499. Qui ne connaît qu’un poète ne connaît rien à la poésie.

3500. Qui ne lit qu’un poète n’en lit aucun.

3501. Qui n’a retenu qu’une seule ligne de poésie n’en connaît aucune.

3502. Chaque unité poétique posée (en mémoire externe), que ce soit un poème ou un vers ou autre chose, n’est qu’une histoire figée de cette même unité.

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133. La déduction mémorielle est à la fois naturelle, universelle (« prouvée » par Cherechevski) et condition de la logique, de la syntaxe, de la métrique (du rythme dans la langue). Telle est la thèse que je proposerai, en toute irresponsabilité.

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31. Peut-on appliquer la théorie de l’anamnèse au souvenir ? l’opinion (vraie) du souvenir, c’est ce dont on se souvient. Mais il y a un autre souvenir, un souvenir-savoir qui serait l’ingegno de Vico ?