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Publié en 1987

66 entrées
Mode : Lu

Quelques minutes plus tard, elle faisait son entrée en scène : au sortir de sa penderie, la lumière du jour la fait reculer, elle secoue sa robe qui traîne par terre comme un perroquet faisant gonfler ses plumes.

Ingmar BergmanLaterna Magicatrad. Lucie AlbertiniGallimard1987p. 177
Mode : Lu

Créer est une chose facile, on le fait quand et comment on veut. Mais quand je fais quelque chose, je le fais moi-même, en moi, et avec ce que je suis moi-même et je lui donne l’empreinte de ma propre image. […] Seul Dieu fait quelque chose ; la divinité ne fait rien, elle n’a rien à faire : en elle il n’y a rien à faire, et elle n’a jamais non plus regardé autour de soi. Dieu et la divinité sont distincts comme l’agir et le non-agir !

Maître Eckhart« De la sortie de l’esprit et de son retour chez lui » Sermons et traitésGallimard1987p. 116-118
Mode : Lu

Un saint dit : Tout ce qu’on peut dire de Dieu, Dieu ne l’est pas. Un autre dit : Tout ce qu’on ne peut dire que de Dieu, Dieu l’est aussi. Sur quoi un grand maître décide qu’ils ont tous deux raison !

Maître Eckhart« De la perfection de l’âme » Sermons et traitésGallimard1987p. 71
Mode : Lu

-- Je ne puis nullement consentir à ce que vous vous arrêtiez de couper et d’ingérer, et je ne crois pas du tout que vous soyez réellement rassasié. Si vous dites que vous êtes à deux doigts de l’asphyxie, vous ne dites très certainement pas la vérité. Je suis obligée de croire que ce ne sont là que des politesses. Je renonce volontiers, je l’ai dit, à quelque forme que ce soit de bavardage spirituel. Je suis sûre que vous êtes principalement venu pour prouver que vous êtes un gros mangeur et pour manifeste que vous avez de l’appétit. Cette opinion, je ne saurais en démordre à aucun prix ; au contraire, je voudrais instamment vous prier de vous plier de bonne grâce à ce qui est inévitable ; car je puis vous assurer qu’il n’existe pas pour vous d’autre possibilité pour vous lever de table que celle qui consiste à finir et à ingérer bien proprement tout ce que je vous ai coupé et vous couperai encore

Je crains que vous ne soyez perdu sans aucun espoir de salut, car vous ne pouvez ignorer qu’il existe des maîtresses de maison qui contraignent leurs invités à se servir et à enfourner jusqu’à ce qu’ils s’effondrent. C’est un destin lamentable et pitoyable qui vous attend ; pourtant vous le supporterez avec courage. Il nous faut tous, un jour ou l’autre, consentir un grand sacrifice !

Obéissez et mangez ! L’obéissance est tellement douce. Quel inconvénient, si vous y succombez ?

Robert WalserLa promenade [1917]trad. Bernard LortholaryGallimard1987p. 57
Mode : Lu

En outre, l’œil est attiré par deux chapeaux de paille ou d’été. L’histoire de ces chapeaux de paille pour hommes est la suivante : c’est que soudain, dans l’air clair, je vois deux ravissants chapeaux ; sous ces chapeaux se tiennent deux messieurs très comme il faut, qui paraissent vouloir s’adresser le bonjour en soulevant leurs couvre-chefs d’un geste fringant, gracieux et beau : spectacle où manifestement les chapeaux jouent un plus grand rôle que leurs détenteurs ou propriétaires.

Robert WalserLa promenade [1917]trad. Bernard LortholaryGallimard1987p. 12-13
Mode : Lu

Dieu sait que la foi – surtout la foi lucide, qui se reconquiert des griffes des religions – a disparu, au point qu’on ne retrouve qu’avec peine et patience les rescapés du conformisme, du doute et de l’athéisme au milieu d’une humanité brutale et matérialiste, d’un grouillis de jambes, qui ne portent plus d’âmes, qui ne sont vraiment plus que jambes d’os et de chair pour courir après les biens terrestres, botter et écraser les obstacles à leurs désirs, jambes qui inondent la terre, tellement que l’oiseau ne trouve plus l’herbe sous leur piétinement.

Michel Potay« Liminaire à l’édition de 1983 » La Révélation d’ArèsMaison de la Révélation1987p. 177
Mode : Lu

Le Christ que je vis n’était pas un esprit, mais une personne bien en volume et certainement pesante, car je sentis la lourdeur de son bras quand il posa sa main sur ma tête. Quand il m’oignit les lèvres je distinguai les sillons de la peau des phalangettes et les ongles normaux.

Michel Potay« Liminaire à l’édition de 1974 » La Révélation d’ArèsMaison de la Révélation1987p. 36
Mode : Lu

Outre mes difficultés de discernement, il faut bien dire en effet que rien dans ma vie de pécheur ne me rendit jamais digne et capable de la mission sublime que Dieu me confie. Rien, ni mérites, ni mêmes dispositions spirituelles, car, homme de prière, je n’étais pas mystique ; pasteur pugnace, je n’étais ni doux, ni contemplatif ; témoin de plusieurs miracles dans ma vie passée je fus souvent incrédule ; je ne fus jamais intéressé par les annales du surnaturel, les récits derévélations et d’apparitions que je jugeais niais, dénués de dynamique pastorale et donc inutiles. Je n’étais vraiment pas l’homme qui pouvait s’attendre à être tiré de son sommeil une nuit de janvier, appelé dans un lieu de sa maison pour y voir et entendre le Christ.

Michel Potay« Liminaire à l’édition de 1974 » La Révélation d’ArèsMaison de la Révélation1987p. 32
Mode : Lu

Je constatai ainsi que pour introduire l’essentiel, l’Évangile, dans les esprits religieux les plus éclairés il fallait passer par leur curiosité pour l’accessoire, les circonstances de sa révélation et ses conséquences pratiqurs et secondaires.

Michel Potay« Liminaire à l’édition de 1974 » La Révélation d’ArèsMaison de la Révélation1987p. 31