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Nietzsche ne dit pas que la pensée de l’Éternel Retour et de la préexistence qu’elle suppose achève à elle seule le fatalisme. Il dit qu’en second lieu c’est pour avoir éliminé le concept de volonté que son fatalisme est intégral. Si déjà la pensée de l’Éternel Retour dans ses prolongements abolit avec l’identité du moi le concept traditionnel du vouloir, Nietzsche semble, sous le second aspect de son fatalisme, faire allusion à sa propre physiologie. Selon celle-ci, il n’y a pas de vouloir qui n’en soit un de puissance et sous ce rapport la volonté n’est autre chose que l’impulsion primordiale dont aucune interprétation morale à partir de l’intellect ne saurait jamais suspendre les innombrables métamorphoses qu’elle traverse, les figures qu’elle adopte, les prétextes qui les provoquent, soit le but invoqué, soit le sens que, dans ces métamorphoses, cette impulsion, au niveau de la conscience, prétend se donner. De la sorte, la fatalité se confondrait avec la force impulsionnelle qui, précisément, excède le « vouloir » du suppôt et déjà le modifie, donc menace son identité stable.

Nietzsche et le cercle vicieux
Mercure de France 1969
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