08 04 18

Foucault, les quatre modalités alèthurgiques  : prophétique (destinal), saptientiel (ontologique), pédagogique (technique), parrêsiastique (éthique).
Il me semble – c’est tout cas ce que j’ai essayé de vous montrer, même schématiquement – que, dans la culture grecque, à la fin du Ve siècle-début du IVe siècle, on peut repérer bien répartis en une sorte de rectangle, ces quatre grands modes de véridiction :
– celui du prophète et du destin,
– celui de la sagesse et de l’être,
– celui de l’enseignement et de la tekhnê,
– et celui de la parrêsia avec l’êthos.
Mais si ces quatre modalités sont ainsi assez bien déchiffrables séparables et séparées les unes des autres à cette époque, un des traits de l’histoire de la philosophie antique (sans doute de la culture antique en général), c’est entre le mode de dire-vrai caractéristique de la sagesse et le mode de dire-vrai caractéristiques de la parrêsia, une tendance à se rejoindre, à se joindre, à se lier l’un à l’autre en une sorte de modalité philosophique du dire-vrai, un dire-vrai très différent du dire-vrai prophétique, différent aussi de cet enseignement des tekhnai dont la rhétorique sera un des exemples. On verra s’isoler, se former en tout cas un dire-vrai philosophique qui prétendra, avec de plus en plus d’insistance, dire l’être ou la nature des choses dans la mesure seulement ou ce dire-vrai pourra concerner, pourra être pertinent, pourra articuler et fonder un dire vrai sur l’êthos dans la forme de la parrêsia. Et dans cette mesure-là, on peut dire que sagesse et parrêsia vont jusqu’à un certain point bien sûr, se confondre. En tout cas, elles vont être comme attirées l’une vers l’autre, il va y avoir comme un phénomène de gravitation de la sagesse et de la parrêsia, gravitation qui se manifestera dans ces fameux personnages de philosophes disant la vérité des choses, mais disant surtout leur vérité aux hommes, tout au long de la culture hellénistique et romaine, ou gréco-romaine.

Foucault, Le courage de la vérité, cité par De Libera (dernier cours 2018 ; le schéma est de De Libera), pp 27–28
 
Fiche De libera (cours du 26 03 2018) :
Foucault sur le Moyen Âge (Courage de la vérité, p. 28- 29): regroupements alèthurgiques
1) Regroupement de la modalité prophétique et de la modalité parrèsiastique*. – c’est le rôle que Foucault attribue aux grands prédicateurs ; ils jouent dans la société médiévale le rôle du prophète et celui du parrèsiaste ; le rôle de celui qui dit l’imminence menaçante du demain, du Jugement dernier, de la mort qui approche, de celui qui dit franchement aux hommes » en toute parrêsia, quels sont leurs fautes, leurs crimes en quoi et comment ils doivent changer leur mode d’être.
2) Regroupement de la modalité de la sagesse et de la modalité de l’enseignement**: CV : 29 « … en face de cela, il me semble que cette même société médiévale, cette même civilisation médiévale a eu tendance à rapprocher les deux autres modes de véridiction : la modalité de la sagesse qui dit l’être des choses et leur nature, et puis la modalité de l’enseignement. Dire vrai sur l’être et dire vrai sur le savoir, cela a été la tâche d’une institution, aussi spécifique du Moyen Âge que l’avait été la Prédication : l’Université. La Prédication et l’Université me paraissent être des institutions propres au Moyen Âge, dans lesquelles on voit se regrouper, deux par deux, les fonctions dont je vous ai parlé, et qui définissent un régime de véridiction, un régime du dire-vrai très différent de celui qu’on pouvait trouver dans le mode hellénistique et gréco-romain, où parrêsia et sagesse étaient plutôt combinées ».

« Cours du 26 mars 2018 »
Collège de France 2018
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