11 04 26

Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs

À tout moment le petit che­min de fer nous arrê­tait à l’une des sta­tions qui pré­cé­daient Balbec-Plage et dont les noms mêmes (Incarville, Marcouville, Doville, Pont-à-Couleuvre, Arambouville, Saint-Mars-le-Vieux, Hermonville, Maineville) me sem­blaient étranges, alors que lus dans un livre ils auraient eu quelque rap­port avec les noms de cer­taines loca­li­tés qui étaient voi­sines de Combray. Mais à l’oreille d’un musi­cien deux motifs, maté­riel­le­ment com­po­sés de plu­sieurs des mêmes notes, peuvent ne pré­sen­ter aucune res­sem­blance, s’ils dif­fèrent par la cou­leur de l’harmonie et de l’orchestration. De même, rien moins que ces tristes noms faits de sable, d’espace trop aéré et vide, et de sel, au-des­sus des­quels le mot ville s’échappait comme vole dans pigeon-vole…