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Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs

Or, si en dor­mant mes yeux n’avaient pas vu l’heure, mon corps avait su la cal­cu­ler, il avait mesu­ré le temps non pas sur un cadran super­fi­ciel­le­ment figu­ré, mais par la pesée pro­gres­sive de toutes mes forces refaites que comme une puis­sante hor­loge il avait cran par cran lais­sé des­cendre de mon cer­veau dans le reste de mon corps où elles entas­saient main­te­nant jusque au-des­sus de mes genoux l’abondance intacte de leurs pro­vi­sions. S’il est vrai que la mer ait été autre­fois notre milieu vital où il faille replon­ger notre sang pour retrou­ver nos forces, il en est de même de l’oubli, du néant men­tal ; on semble alors absent du temps pen­dant quelques heures ; mais les forces qui se sont ran­gées pen­dant ce temps-là sans être dépen­sées le mesurent par leur quan­ti­té aus­si exac­te­ment que les poids de l’horloge ou les crou­lants mon­ti­cules du sablier.