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Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs

Tandis que le cocher pres­sait son che­val, j’écoutais les paroles de recon­nais­sance et de ten­dresse que Gisèle me disait, toutes nées de son bon sou­rire, et de sa main ten­due : c’est que dans les périodes de ma vie où je n’étais pas amou­reux et où je dési­rais l’être, je ne por­tais pas seule­ment en moi un idéal phy­sique de beau­té qu’on a vu que je recon­nais­sais de loin dans chaque pas­sante assez éloi­gnée pour que ses traits confus ne s’opposassent pas à cette iden­ti­fi­ca­tion, mais encore le fan­tôme moral — tou­jours prêt à être incar­né — de la femme qui allait être éprise de moi, me don­ner la réplique dans la comé­die amou­reuse que j’avais tout écrite dans ma tête depuis mon enfance et que toute jeune fille aimable me sem­blait avoir la même envie de jouer, pour­vu qu’elle eût aus­si un peu le phy­sique de l’emploi. De cette pièce, quelle que fût la nou­velle « étoile » que j’appelais à créer ou à reprendre le rôle, le scé­na­rio, les péri­pé­ties, le texte même, gar­daient une forme ne varietur.