25 04 26

Proust, Le côté de Guermantes

Car la duchesse aimait à rece­voir cer­tains hommes d’élite, à la condi­tion tou­te­fois qu’ils fussent gar­çons, condi­tion que, même mariés, ils rem­plis­saient tou­jours pour elle, car comme leurs femmes, tou­jours plus ou moins vul­gaires, eussent fait tache dans un salon où il n’y avait que les plus élé­gantes beau­tés de Paris, c’est tou­jours sans elles qu’ils étaient invi­tés ; et le duc, pour pré­ve­nir toute sus­cep­ti­bi­li­té, expli­quait à ces veufs mal­gré eux que la duchesse ne rece­vait pas de femmes, ne sup­por­tait pas la socié­té des femmes, presque comme si c’était par ordon­nance du méde­cin et comme il eût dit qu’elle ne pou­vait res­ter dans une chambre où il y avait des odeurs, man­ger trop salé, voya­ger en arrière ou por­ter un corset.