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Proust, Le côté de Guermantes

— Je ne dor­mais pas, répon­dis-je en m’éveillant.
Je le disais de bonne foi. La grande modi­fi­ca­tion qu’amène en nous le réveil est moins de nous intro­duire dans la vie claire de la conscience que de nous faire perdre le sou­ve­nir de la lumière un peu plus tami­sée où repo­sait notre intel­li­gence, comme au fond opa­lin des eaux. Les pen­sées à demi voi­lées sur les­quelles nous voguions il y a un ins­tant encore entraî­naient en nous un mou­ve­ment par­fai­te­ment suf­fi­sant pour que nous ayons pu les dési­gner sous le nom de veille. Mais les réveils trouvent alors une inter­fé­rence de mémoire. Peu après, nous les qua­li­fions som­meil parce que nous ne nous les rap­pe­lons plus. Et quand luit cette brillante étoile, qui, à l’instant du réveil, éclaire der­rière le dor­meur son som­meil tout entier, elle lui fait croire pen­dant quelques secondes que c’était non du som­meil, mais de la veille ; étoile filante à vrai dire, qui emporte avec sa lumière l’existence men­son­gère, mais les aspects aus­si du songe et per­met seule­ment à celui qui s’éveille de se dire : « J’ai dormi. »