25 04 26

Proust, Le côté de Guermantes

Est-ce parce que nous ne revi­vons pas nos années dans leur suite conti­nue jour par jour, mais dans le sou­ve­nir figé dans la fraî­cheur ou l’insolation d’une mati­née ou d’un soir, rece­vant l’ombre de tel site iso­lé, enclos, immo­bile, arrê­té et per­du, loin de tout le reste, et qu’ainsi, les chan­ge­ments gra­dués non seule­ment au dehors, mais dans nos rêves et notre carac­tère évo­luant, les­quels nous ont insen­si­ble­ment conduit dans la vie d’un temps à tel autre très dif­fé­rent, se trou­vant sup­pri­més, si nous revi­vons un autre sou­ve­nir pré­le­vé sur une année dif­fé­rente, nous trou­vons entre eux, grâce à des lacunes, à d’immenses pans d’oubli, comme l’abîme d’une dif­fé­rence d’altitude, comme l’incompatibilité de deux qua­li­tés incom­pa­rables d’atmosphère res­pi­rée et de colo­ra­tions ambiantes ?