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Proust, Le côté de Guermantes

La flexi­bi­li­té phy­sique essen­tielle aux Guermantes était double ; grâce à l’une, tou­jours en action, à tout moment, et si par exemple un Guermantes mâle allait saluer une dame, il obte­nait une sil­houette de lui-même, faite de l’équilibre instable de mou­ve­ments asy­mé­triques et ner­veu­se­ment com­pen­sés, une jambe traî­nant un peu soit exprès, soit parce qu’ayant été sou­vent cas­sée à la chasse elle impri­mait au torse, pour rat­tra­per l’autre jambe, une dévia­tion à laquelle la remon­tée d’une épaule fai­sait contre­poids, pen­dant que le monocle s’installait dans l’œil, haus­sait un sour­cil au même moment où le tou­pet des che­veux s’abaissait pour le salut ; l’autre flexi­bi­li­té, comme la forme de la vague, du vent ou du sillage que garde à jamais la coquille ou le bateau, s’était pour ain­si dire sty­li­sée en une sorte de mobi­li­té fixée, incur­vant le nez bus­qué qui sous les yeux bleus à fleur de tête, au-des­sus des lèvres trop minces, d’où sor­tait, chez les femmes, une voix rauque, rap­pe­lait l’origine fabu­leuse ensei­gnée au XVIe siècle par le bon vou­loir de généa­lo­gistes para­sites et hel­lé­ni­sants à cette race, ancienne sans doute, mais pas au point qu’ils pré­ten­daient quand ils lui don­naient pour ori­gine la fécon­da­tion mytho­lo­gique d’une nymphe par un divin Oiseau.