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À bas la production de marchandises inutiles et trop rapidement périssables, à bas la croissance incontrôlée de nouvelles entreprises, à bas la dévalorisation accélérée, à bas l’extraction insensée d’énergie naturelle en voie d’épuisement, à bas l’industrialisation concentrée en quelques nations, à bas la production polluante, à bas l’exploitation déséquilibrée de la terre ; mais surtout il faut expulser de la vie de l’homme-capital le travail producteur seulement de marchandise. Ceci est la quintessence des recommandations qui concluent le rapport du MIT, et ceci est le sens explicite des suggestions de Mansholt. Mais si le capital renonce à se surproduire, s’il déconsacre l’eucharistie des consommations, à quel nouveau saint va-t-il se vouer ? C’est facile à prévoir : le règne de l’abondance matérielle pour quelques-uns est révolu, vive le règne de l’ascèse spirituelle pour tous. Qu’on abaisse les heures de travail à la machine de quarante à vingt par semaines, qu’on soit davantage au service des « services personnels » ; qu’on augmente le temps libre, que « fleurissent » dans ce nouveau temps libre (de la liberté d’être inutiles) la culture et la poésie, qu’on se socialise au plus vite, en faisant de la vie une école du devoir permanent, esthétique et philosophique ; qu’apparaisse chez tout homme le poète de sa survie. Le capital à visage humain a besoin d’un peuple plus policé.

Apocalypse et révolution [Invariance, année IX, série III, n°2 et 3, 1976–1977]
chap. 4 : Ch
trad. Lucien Laugier
La Tempête 2020
p. 111 § 57