28 05 21

Parce que le travail est odieux, l’aventure illusoire, on veut réduire le malheur du temps, rien de plus naturel. Parce qu’il échoue, redouble le mal en esquivant la souffrance, le Pfuscher1 inscrit dans les choses une déprédation : individuelle, elle signe une dépravation ; sociale, elle s’efface dans l’économie. Être des confins politiques, mercenaire sans romanesque, le Pfuscher vous inflige sa marque un jour ou l’autre. Ce qu’au fond il recherche par n’importe quels moyens, voire par l’intelligence la plus acérée, une immense tendresse, c’est proprement vous estropier. Le monde résonne si mal du bruit de ses pas ! À l’origine de l’aventure, le vice, et ce que rencontre d’abord l’aventurier sont les vicissitude : travaux arbitraires, méfaits. L’aventurier va jusqu’au bout afin qu’au bout plus rien n’arrive, c’est toujours un homme couvert, couvert pr des fusils comme le Pfuscher l’est pas son assurance. L’un part, l’autre ne part pas. Afriques, Afriques, vieille Europe, toutes les villes n’ont pas eu la chance d’être rasées. J’aime Lorient car c’est nulle part.
L’art peu grandiose de couvrir ne franchit pas de frontières () inconnues. Que son commerce soit néanmoins mortel nul ne le saura, comme on connaît mal le Pfuscher au-delà des sommaires. Si l’aventure a ses disparus dont on parle, pas plus que l’accidenté, le Pfuscher n’est une figure sociale émergente. Sociologiquement parlant, le Pfuscher appelle le contre-maître, mais personne ne vit sociologiquement. Question politique mêlée encore de lourds secrets personnels. Société de négligence, société de surveillance. Même chose. […] L’artiste couvreur parle du Pfuscher avec un brin d’arrogance. Le Pfuscher n’est pas médiocre, il abîme. En gâtant, il produit des fermentations ambiguës, quoique peu originales, plutôt sur la pente, il est le mouvement du monde, sa grisaille proliférante néanmoins vivante. L’art de couvrir est stérile, la Pfuscherei l’intéresse, elle le constitue à la limite en héros anonyme. Pour l’instant, il tâte le fond de l’air.

  1. Mot allemand qui signifie bâcleur, bousilleur, gâcheur. Pfuscherei : le travail du Pfuscher. Conséquence probable de l’absence d’art dans la production en tant qu’exécution.
Michel Vachey« L’art de couvrir »Archipel plusieurs[1981] Flammarion2021p. 354–355éd. L. L. de Mars