12 11 22

Gerson, Œuvres complètes

Doibvent aus­si noter et entendre les scru­pu­leux, des­quelz enten­dions conso­ler la pusil­la­ni­mi­té, com­bien que soyons a aultres choses des­voyez, et soi­gneu­se­ment consi­dé­rer qu’il leur est moult expé­dient avec le conseil de ceulx qui ont charge de leur salut, faire et pro­cé­der contre leurs scru­pules ; affin que ain­si fai­sant, ilz puissent fina­ble­ment soy acous­tu­mer, ne les craindre point, ain­si que les char­pen­tiers acous­tu­mez, seu­re­ment et har­die­ment che­minent sur les toictz très haultz où les aultres non acous­tu­mez ad ce, seroint incon­ti­nent en péril de leur vie s’ilz atten­toint telle chose pré­su­mer. Aussi pensent et si consi­dèrent les pusil­la­nimes scru­pu­leux que aul­cu­ne­fois l’en­ne­my de gendre humain impugne l’homme par ordures de cogi­ta­tions, ain­si que a l’as­sault des villes et chas­teaulx est acous­tu­mé de faire avec ordures quel­conques l’on peult trou­ver. Aulcuneffois par tumulte soul­dain ou espou­van­te­ment incon­si­dé­ré et non pre­veu, ain­si que sem­bla­ble­ment, avec les ton­nerres des bom­bardes et aultres machines, ont cous­tume faire les impu­gna­teurs des for­tresses, et ain­si que les jocu­la­teurs et bour­de­reaux scaivent cau­ser paour et crainte es enfans non expers de ter­reur et hor­reur. Telz scru­pu­leux ne doibvent avoir cure ou soy eston­ner de telles choses, ne beau­coup liti­ger ou debatre avec elles ; ains plus tost si les vili­pendent et democquent, disant avec ung saint père : ton immon­dice soit sur toy, diable. Dieu est mon adiu­teur, ie ne crain­dray point car tu es immunde espe­rit ; ton œuvre est immun­dice. Je ne crain­dray point tes ter­reurs, assaultz et espouan­te­ment, car j’ay pour défen­seur cel­luy qui doibt venir toy iuger ensemble tous les vifz et mors.

Semblablement les pusil­la­nimes scru­pu­leux ont de sca­voir que si leurs confes­sions les inquiètent plus que ne appaisent et tran­quillisent, prou­veu tou­tef­fois qu’ilz n’ayent point iuge­ment en soy ferme et arres­té de péché mor­tel, ce que sou­vent ilz pour­roient congnoistre par ce que si en cas sem­blables eux mou­vans, ilz estoient requis et inter­ro­guez dos aultres ain­si tente, diroint telz cas n’estre point péchez mor­telz ; adoncques du conseil de leurs confes­seurs deb­vroint ces­ser de trop sou­vent s’en voul­loir confes­ser, et neant­moins confi­dem­ment célé­brer ou com­mu­nier en disant : sire Dieu, les prières que ie pros­terne devant ta face ne sont pas offertes en mes Justifications, car elles sont nulles, et si scay bien que quant mil fois ie me confes­se­rois, si tu me veulx estroi­te­ment dis­cu­ter ie ne seray pas munde devant toy ; ta seule misé­ri­corde me mun­de­ra. Et pour­tant en la mul­ti­tude de tes mise­ra­tions, ie entre­ray et appro­che­ray a ton sainct autel et sacre­ment avec ta crainte, crai­gnant de toy plus offen­ser si ie le lais­roye que si j’en approche, pour tant que tu l’as com­man­dé estre ain­si faict en mémoire de toy ; et ie suis deb­teur a plu­sieurs pour les­quelz suis tenu de prier.

Nul doibt doub­ter que telle humi­lia­tion ne soit plus accep­table a Dieu que la vaine pre­sump­tion d’aul­cuns les­quelz, après leur confes­sion et quelque petite dévo­tion, se réputent dignes et bien mundes, comme sans crainte de si grans mis­teres appro­chans. Mais serait aul­tre­ment de faire quant l’on auroit conscience arres­tée et qua­si cer­taine de péché mor­tel, car il le faul­droit confes­ser. Or n’est il pas ain­si de péché véniel, loquel iamais ne chiet soubz obli­ga­tion de confes­ser sacra­men­ta­le­ment en spé­cia­li­té, com­bien qu’il soit très utile aul­cu­nef­fois ; ains suf­fit de ce faire confes­sion en géné­ra­li­té, car les péchez vénielz sont diver­se­ment effa­cez, comme par confes­sion géné­rale, par l’o­rai­son domi­ni­cale, tun­sion de la poic­trine.

,
« De reme­diis contra pusil­la­ni­mi­ta­tem » Œuvres com­plètes [1405]
,
t. 9
,
chap. 9
, , ,
p. 396–397