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Naître, voi­là mon idée à pré­sent, c’est-à-dire vivre le temps de savoir ce que c’est que le gaz car­bo­nique libre, puis remer­cier. Ça a tou­jours été mon rêve au fond. Toutes les choses qui ont tou­jours été mon rêve au fond. Tant de cordes et jamais une flèche. Pas besoin de mémoire. Oui, voi­là, je suis un vieux fœtus à pré­sent, che­nu et impo­tent, ma mère n’en peut plus, je l’ai pour­rie, elle est morte, elle va accou­cher par voie de gan­grène, papa aus­si peut-être est de la fête, je débou­che­rai vagis­sant en plein ossuaire, d’ailleurs je ne vagi­rai point, pas la peine. Que d’histoires je me suis racon­tées, accro­ché au moi­si, et enflant, enflant. En me disant, Ça y est, je la tiens ma légende.

Malone meurt
Minuit 1951
p. 47