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L’idée de châ­ti­ment se pré­sen­ta à son esprit, cou­tu­mier à vrai dire de cette chi­mère et impres­sion­né pro­ba­ble­ment par la pos­ture du corps et par les doigts cris­pés comme dans la souf­france. Et sans savoir exac­te­ment quelle était sa faute il sen­tait bien que vivre n’en était pas une peine suf­fi­sante ou que cette peine était en elle-même une faute, appe­lant d’autres peines, et ain­si de suite, comme s’il pou­vait y avoir autre chose que de la vie, pour les vivants. Et il se serait sans doute deman­dé s’il fal­lait vrai­ment être cou­pable pour être puni, sans le sou­ve­nir qu’il avait, de plus en plus acca­blant, d’avoir consen­ti à vivre dans sa mère, puis à la quit­ter. Mais là non plus il ne pou­vait voir sa vraie faute, mais plu­tôt encore une peine, qu’il n’avait pas su mener à bien et qui loin de l’avoir lavé de sa faute n’avait fait que l’y enfon­cer plus avant. Et à vrai dire peu à peu les idées de faute et de peine s’étaient confon­dues dans son esprit comme font sou­vent celles de cause et d’effet chez ceux qui pensent encore. Et c’était sou­vent en trem­blant qu’il souf­frait et en se disant, Ça va me coû­ter cher.

Malone meurt
Minuit 1951
p. 61