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Il avait, dit-il main­te­nant, amé­na­gé depuis le tout début sa Physiognomonie de manière qu’elle lui appa­rût aujourd’hui dans toutes ses par­ties comme entiè­re­ment rela­tive aux Mange-pas-cher, de fait qu’elle soit rela­tive aux Mange-pas-cher, donc à Einzig, Grill, Goldschmidt et Weninger, dont il devait don­ner, l’un après l’autre, un bref cur­ri­cu­lum vitae, avant qu’il ne dût appro­fon­dir leurs autres points de réfé­rence par­ti­cu­liers. Il m’avait, tou­jours à par­tir d’une marque exis­ten­tielle carac­té­ris­tique de cha­cun des Mange-pas-cher, selon l’expression qu’il avait, lui Koller, employée, solide et pro­bante, pour ain­si dire déchif­fré les Mange-pas-cher l’un après l’autre. Pourquoi a‑t-il pré­ci­sé­ment com­men­cé par le com­mer­çant Weninger, je ne le sais pas, mais ce fait a assu­ré­ment la signi­fi­ca­tion qui lui revient, car après coup il avait été clair pour moi qu’il n’avait pas pu com­men­cer par Grill ou Goldschmidt, ni non plus par Einzig, s’il ne vou­lait pas d’entrée de jeu échouer dans ses efforts pour tout au moins m’indi­quer, sinon m’expliquer, les Mange-pas-cher.

Les Mange-pas-cher [1980]
trad. Claude Porcell
L’imaginaire / Gallimard 2018
p. 94