17 01 16

À sup­po­ser qu’il y ait « de bons vers, de mau­vais vers, et le chaos » (T. S. Eliot, 1917), le pro­blème de l’histoire chao­tique et de ses ban­deaux n’est pas réso­lu. Même les vers de Frost parlent de la forme visée dans l’informe : « que souffle le chaos !/ que se fondent les nuages !/ j’attends ce qui a forme ». Les nuages sont des formes sans formes. Meschonnic inten­si­fie la contra­dic­tion en décla­rant : « Il ne s’agit pas d’opposer des formes à une absence de formes. Puisque l’informe est encore une forme. » Mais si « la liber­té n’est pas plus un choix qu’une absence de contrainte », étant « la recherche de sa propre his­to­ri­ci­té », la contra­dic­tion est la conclu­sion his­to­rique de la cri­tique du rythme : « le poète n’est pas libre devant le vers libre ». (En symé­trie et au ras de l’époque, Eliot dit élé­men­tai­re­ment : « Cela signi­fie que la liber­té n’est réel­le­ment libre qu’à se mani­fes­ter sur la base d’une limi­ta­tion arti­fi­cielle. ») L’histoire induit une récep­ti­vi­té ins­pi­rée, la pas­si­vi­té d’un ven­tri­loque : « on ne choi­sit pas ce qu’on écrit, ni de l’écrire ». La liber­té de choi­sir une « ryth­mique car­rée » (Creeley), par exemple, n’est plus une ques­tion.

Contre un Boileau
Fayard 2015
chaos creeley eliot forme/informe frost meschonnic nuage vers libre