16 02 21

In my city one wished me death,
Nevermind,
The stars last more than one night –
The hid­den so dis­poses imagination,
And so the body to take on a nature
Opposed it seems to itself, of which no idea
Can be given the mind, but that a man
Out of need of his nature should try not to exist
Or appear changed
Is as impossible
As for any thing to be made out of nothing,
This eve­ryone with a lit­tle reflection
May see :
Anyone can kill him­self, com­pel­led by some other
Who twists his right hand
Which holds per­haps a sword
So it is led against his own heart,
Or like Seneca by the com­mand of a tyrant,
Be for­ced to open his veins,
To avoid more evil by taking on less –
Many things sleep­wal­kers do
They would not dare if awake –
All of which shows
That the body can do many things
By the laws of its nature
At which the mind is amazed ;
No one knows how
The mind moves the body
(Cerebral charges ? were discovered
Some time ago thru poetry
Not sur­pri­sed in the least
By new science)
Or by what means,
Nor how many degrees of motion
It can give the body,
Nor with what speed it can move it.
Whence if men say this or that action
Arises from the mind
That has power over the body
They confess spe­cious words
That do not regard it with wonder ;
When the body sleeps
The mind’s uncons­cious (Spinoza very ear­ly on that)
Has not the power
It has when awake.
The mind is not always apt
For thin­king its subject,
Only as the body is apt
For the image of this or that
To excite it
Does the mind see the object.

I loo­ked
When we dream that we speak
We think we speak
From free deci­sion of the mind ;
Yet we do not speak, or if we do,
This deci­sion thought to be free
Is ima­gi­na­tion – or memory ;
Is nothing but the accord
An idea involves.
A sus­pen­sion of judgment
Apprehends, is not free.
In dreams also we dream that we dream,
I grant no one is deceived
In so far as he perceives.
The ima­gi­na­tions of the mind
in themselves
Involve no error,
But I deny that a man
affirms nothing
In so far as he perceives –

SPINOZA.

Dans ma ville on sou­hai­tait ma mort,
N’y pen­sons plus,
Les étoiles durent plus qu’une nuit –
Ce qui est caché dis­pose l’imagination,
Et le corps l’emporte sur une nature
Qui semble se contra­rier, ce qui passe l’entendement,
Mais qu’un homme veuille échap­per aux besoins de sa nature
Pour ten­ter de ne pas exis­ter ou chan­ger d’apparence,
C’est aus­si impossible
Que de faire sur­gir quelque chose de rien.
Avec un peu de réflexion, n’im­porte qui
Peut voir :
Chacun peut se tuer soi-même sous la contrainte d’un autre
Qui lui tord la main droite
Munie d’un sabre peut-être,
Il le fera à contrecœur,
Ou comme Sénèque sur l’ordre d’un tyran,
Forcé de s’ou­vrir les veines
Pour parer au mal par un moindre mal –
Il y a bien des choses que font les somnambules
Et qu’ils n’o­se­raient faire éveillés.

Tout cela montre
Que le corps peut faire beau­coup de choses
Selon les lois de la nature
Et l’es­prit en est sidéré ;
Nul ne sait comment
L’esprit fait bou­ger le corps
(Électricité céré­brale ? On l’a découvert
Il y a quelque temps par la poésie
Nullement sur­prise par la science nouvelle)
Ni de quelle manière
Je peux trans­mettre au corps
Une quan­ti­té d’impulsions
Ni à quelle vitesse ça peut le faire bouger.
Dès lors, si les hommes disent que telle ou telle action
Procède de l’esprit
Qu’il exerce un pou­voir sur le corps
Ils admettent des argu­ments fallacieux
Étrangers à cette merveille ;
Quand le corps est endormi
L’inconscent de l’es­prit (voir Spinoza très tôt sur la question)
N’a pas le pouvoir
Qui est le sien à l’é­tat de veille.
L’esprit n’est pas tou­jours à même
De pen­ser un objet,
Dès qu’il s’en forme une image
Ou que l’i­mage excite
L’esprit voit l’objet.

Voyez
Quand nous rêvons que nous parlons
Nous croyons parler
Comme si notre esprit déci­dait librement ;
Cependant nous ne par­lons pas, ou si nous le faisons,
Cette déci­sion qui se croyait libre
Est le pro­duit de l’i­ma­gi­na­tion – ou de la mémoire ;
Ce n’est rien d’autre qu’une concordance
Que toute idée implique.
Le juge­ment suspendu
Appréhende quelque chose, sans être libre.
Dans les rêves aus­si nous rêvons que nous rêvons,
Je vous accorde que nul ne se leurre
Pour autant qu’il perçoive.
L’imagination en elle-même
N’implique pas l’erreur,
Mais je nie qu’un homme
n’af­firme rien
Quand il perçoit.

SPINOZA

,
« A12 » « A »
,
trad.  François Dominique trad.  Serge Gavronsky
, , ,
p. 187–189
, (tra­duc­tion parue chez Virgile, 2003, p. 86–88à